Affaire Daniel Safu: Vous avez dit outrage?

Grâce aux réseaux sociaux, les Congolais vivant aux quatre coins de la planète, ont visionné, dès samedi 2 décembre, la « cérémonie » de « libération » du journaliste Daniel Safu Butshiemuni, directeur du journal « Les points saillants plus ». Quelle mise en scène! Tous ceux qui sont attachés à la défense de la liberté de l’information, du commentaire et de la critique n’ont pas manqué de ressentir des sifflements aux oreilles en entendant le chef de la police provinciale kinoise, Sylvano Kasongo Kitenge, brandir une sorte d’épée de Damoclès: « La police vous surveille à partir d’aujourd’hui ».

Après quatre jours de détention arbitraire dans un cachot de la police, le journaliste Daniel Safu a été libéré samedi. Avant de remettre celui-ci entre les mains de Léon Nembalemba, le propriétaire de « Molière télévision » et de Jean-Marie Kasamba, directeur de Télé50 et président de la section kinoise de l’UNPC (Union nationale de la presse congolaise), le « général » Sylvano Kasongo Kitenge a tenu des propos pour le moins anachroniques.

Le "général" Sylvano Kasongo Kitenge
Le « général » Sylvano Kasongo Kitenge

Successeur de Célestin Kanyama, alias « Esprit de mort », « Sylvano » a commencé par reprocher à Safu d’avoir « outragé » des « autorités ». Sans d’autres précisions. « Le fait d’être journaliste ne vous donne nullement le droit d’outrager les autorités, lançait-il en arborant un rictus. Les autorités que vous insultez sont des responsables et des pères de famille ». Et de conclure: « C’est un dernier avertissement. A la prochaine incartade, la police mettra la main sur vous avant de vous déférer devant la justice ». Rideau!

A la sortie du bureau de Sylvano Kasongo, le patron de Télé50, un kabiliste devant l’Eternel, a saisi l’occasion pour tirer la couverture de son côté en se présentant en « défenseur des journalistes ». « Mon rôle est de vous défendre, dit-il. Daniel Safu était sur le point d’être transféré à la prison de Makala ». Sans avoir été entendu par un magistrat? On est où là?

LES « CONSEILS » DE JEAN-MARIE KASAMBA

S’adressant aux journalistes présents, Kasamba de marteler: « Je vous donne un conseil: faites votre métier de journaliste en respectant l’éthique. Daniel a passé 72 heures à la police sans qu’un politicien se porte à son secours. Nous devons nous réjouir du fait qu’il soit tombé entre de bonnes mains. Imaginez qu’il soit dans de mauvaises mains, il serait dans de mauvais draps. Nous allions le perdre ».

C’est quoi donc l’éthique? Est-ce le faire de taire la vérité en supprimant les informations essentielles et en confondant le métier de journaliste à celui de propagandiste de la mouvance kabiliste?

Daniel Safu a été « enlevé » le mercredi 29 novembre alors qu’il se trouvait sur la terrasse d’un café à Kinshasa. Il a été arrêté sans mandat délivré par une autorité judiciaire. Le journaliste n’a pas été « immédiatement informé des motifs de son arrestation », comme l’impose l’article 18 de la Constitution. Pire, il a été gardé au secret durant plus de 72 heures au lieu de 48 heures. Cette même disposition stipule qu’« à l’expiration de ce délai, la personne gardée à vue doit être relâchée ou mise à la disposition de l’autorité judiciaire compétente ».

De quoi ce journaliste est-il accusé? Qui est le plaignant? Voilà deux questions qui méritent des réponses nettes et claires.

Selon le chef de la police kinoise Sylvano Kasongo, Safu dont le franc-parler est connu, aurait « outragé » des « autorités ». Lesquelles? « Joseph Kabila »? Le Premier ministre Bruno Tshibala surnommé « Maître Gims » à cause de ses lunettes aux verres teintés? L’excès de zèle affiché par la police incline à penser que l’ordre émanerait de « Kabila » en personne. Safu fait partie de ces chroniqueurs politiques qui dérangent.

« OUTRAGE »

Qu’est-ce qu’un outrage? Infraction de droit pénal, ce mot est défini comme une « expression menaçante, diffamatoire ou injurieuse, propre à diminuer l’autorité morale de la personne investie d’une des fonctions de caractère public désignée par la loi ». Autre définition juridique: « Parole, geste, menace etc. par lesquels un individu exprime sciemment son mépris à un dépositaire de l’autorité ou de la force publique et qui constituent une infraction ».

Il ne suffit pas d’accuser. Encore faut-il administrer la preuve de ses allégations.

Le rôle de la police judiciaire est connu. Il consiste à constater les infractions à la loi et à identifier l’auteur. Ce qui implique la réunion préalable des indices matériels. Sylvano Kasongo accuse Safu d’avoir « outragé des autorités » sans administrer le moindre élément matériel à l’appui de sa thèse.

Des questions restent sans réponse. Pourquoi la police n’a-t-elle pas présenté ce journaliste devant un magistrat après l’expiration du délai légal de 48 heures de garde à vue? Est-ce le rôle de la police de qualifier les faits en lieu et place du juge qui doit constater l’infraction et la culpabilité de l’individu poursuivi?

PAS DE GRATITUDE AUX RAVISSEURS

Autres questions. Peut-on franchement qualifier d’« outrage à autorité » les critiques argumentées formulées par certains journalistes kinois à l’encontre des gouvernants congolais – Joseph Kabila, en tête – du fait de leur incapacité à assurer la sécurité des personnes et des biens?

Peut-on qualifier d’outrage le fait pour un journaliste de dénoncer la mauvaise gestion, la corruption et l’enrichissement illicite des oligarques pendant que la majorité de la population peine à satisfaire des besoins élémentaires?

Peut-on qualifier d’outrage, le fait de fustiger l’incompétence autant que l’incivisme des dirigeants en place face aux ordures ménagères qui ont fini par transformer la capitale congolaise en une grande poubelle?

Est-ce un outrage de dénoncer l’existence d’un « gouvernement parallèle » qui pose des actes de gestion à la Présidence de la République alors que « Joseph Kabila » n’est guère tenu à l’obligation de rendre compte devant la représentation nationale?

Peut-on enfin qualifier d’outrage le fait de signaler les artifices que multiplie « Kabila » et ses « super faucons » pour briguer un troisième mandat en violation de la Constitution?

A toutes ces questions, la réponse tient en un mot: Non! Le journaliste Daniel Safu a été victime d’un « enlèvement ». Depuis quand exprime-t-on de la gratitude à l’endroit des ravisseurs? La lutte continue…

 

B.A.W.
© Congoindépendant 2003-2017

3 réflexions au sujet de « Affaire Daniel Safu: Vous avez dit outrage? »

  1. Si à l’heure du net, de nombreux responsables RDC commettent des grosses erreurs dans l’exercice de leurs fonctions, il y a encore la formation continue. Dites à Mr Kassongo de se faire auditeur libre en G1 et G2 en Droit et saura bien définir les infractions d’ordre public qui ne frapperaient pas le 4 ème pouvoir. Quant à MM Nemba Lemba et Kassamba, ma foi, qui oublie qu’on nous parle des élections en 2018. Le journalisme ne les empêche pas de se faire éligibles. Comme disent les Kinois. Basali nde vocal. Daniel SAFU n’a pas besoin d’apprendre aux membres du Fan Club MP le comment faire le requiem de la RDC. Malgré cela, on conntinue vu qu’on est devenu de * Jusqu’au boutistes*.

  2. VOILA DONC LA DEFINITION D’UN ETAT VOYOU.

    CE PRETENDU-GENERAL SYLVANO EN ETANT L’ECHANTILLON PIMPANT A L’IMAGE DU CRIMINEL SE CRAMPONNANT ILLEGALEMENT & ILLEGITIMEMENT AU SOMMET.

    QUE DIRE ALORS DU GIGOLO ET PSEUDO-JOURNALISTE JM KASSAMBA?

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