Affaire Kabund/Mamba: RIP la coalition FCC-CACH?

Au commencement était une déclaration de l’UDPS Jean-Marc Kabund, 1er vice-président du Bureau de l’Assemblée nationale, en date du 15 avril dernier, selon laquelle chaque réunion de deux chambres du Parlement en Congrès coûte sept millions de dollar. Il y a eu ensuite la pétition initiée le 13 mai par le MLC Jean-Jacques Mamba en vue d’obtenir la déchéance de Kabund. Seulement voilà, cette pétition contenait trois « signatures trafiquées ». L’un des trois « signataires » lésés en l’occurrence le député national Simon Mpiana Ntumba a attaqué l’initiateur de ladite pétition en justice. Depuis samedi 23 mai, l’opposant Jean-Jacques Mamba – dont la motivation reste énigmatique – est placé en résidence surveillée par le parquet général près la Cour d’appel de Kinshasa/Gombe. Mardi 26 mai, l’Assemblée nationale a voté la destitution de Kabund. En vertu du l’adage « la fraude corrompt tout » (Fraus Omnio corrumpit), des observateurs impartiaux se disent surpris de voir la présidente de l’Assemblée nationale, Jeanine Mabunda soumettre au vote cette pétition n’ayant plus de valeur parce que « souillée » par la « fraude ». La coalition « Cap pour le changement » va-t-elle boire le calice jusqu’à la lie face à un FCC/PPRD Omnipotent? Faut-il continuer à faire semblant dans une pseudo-coalition?

Jean-Marc Kabund

« C’est sans surprise pour moi. Ce passage en force du FCC est la preuve que le complot était ourdi et va au-delà de ma destitution. (…)« . En lisant à travers les lignes, Jean-Marc Kabund semble prévenir le président Felix Tshisekedi qu’il pourrait être la prochaine cible du FCC/PPRD.

Le président intérimaire de l’UDPS ne croit pas si bien dire. Sur les réseaux sociaux, on apprend qu’une organisation nébuleuse dite « collectif des universitaires » serait sur le point de d’attaquer l’actuel chef de l’Etat en justice pour l’usage d’un « faux diplôme ». Il n’y a pas de hasard. On peut gager que les officines à propagande et manipulation du FCC/PPRD sont à l’œuvre.

Une vidéo circule depuis plusieurs heures sur la toile. On y voit un quidam parler au nom « des cellules de base » et qui fait état de « sondages d’opinion » qui indiqueraient, selon lui, que « Joseph Kabila est le candidat préféré des Congolais pour la présidentielle de 2023 ». Aussitôt dit, l’individu dont question invite la chanteuse Tshala Muana à entonné sa chanson intitulée « Kabila désir ». « Tolembi nano yo te, totondi nano yo te », fredonne l’ex-reine de la danse mutuashi. Traduction: « Nous avons encore besoin de toi ».

QUELLE EST LA MOTIVATION DE JEAN-JACQUES MAMBA?

A l’image du charmeur des serpents, le FCC/PPRD joue la carte de « l’apaisement » après avoir assené un uppercut à l’UDPS. Ici, on salue l’éviction de Jean-Marc Kabund tout en invitant le parti cher à Etienne Tshisekedi à « proposer » un autre candidat au poste de premier vice-président du bureau de la chambre basse du Parlement. La mouvance définit le « profil » du postulant. Il doit être « responsable » et « instruit ». Un comble. La direction de l’UDPS va-t-elle obtempérer à cette « directive »?

Jean-Jacques Mamba

Qu’en est-il du « pétitionnaire » Jean-Jacques Mamba Kabamba? Il est toujours en résidence surveillée. L’homme a acquis une notoriété à double tranchant. Mardi soir, les analystes impartiaux s’arrachaient les cheveux pour comprendre la motivation de sa démarche. L’argent? L’amour propre blessé du fait que son assistant et messager aurait été molesté par des membres du cabinet de Kabund? D’aucuns n’hésitent pas à suspecter le leader du MLC, Jean-Pierre Bemba Gombo, de « flirter » avec le « clan Kabila ». Pour eux, la démarche de « Jean Jacques » en témoigne. « Bemba a-t-il déjà oublié le rôle joué par Kabila dans le processus de son transfert à la Cour pénale internationale? », s’interroge-t-on.

Lundi 25 mai, Jeanine Mabunda a présidé la conférence des présidents de l’Assemblée national. « Mama Mabunda » exige « l’arrêt des poursuites judiciaires » à l’encontre de ce député national étiqueté MLC. Au motif que l’arrestation de ce parlementaire « viole l’article 107 de la Constitution ». « Aucun parlementaire ne peut, en cours de session, être poursuivi ou arrêté, sauf en cas de flagrant délit, qu’avec l’autorisation de l’Assemblée nationale ou du Sénat, selon le cas », stipule le deuxième alinéa de ce texte. La conférence des présidents de conclure: « La liberté d’expression ne doit nullement être étouffée par une justice à deux vitesses. Couverts par ses immunités, le député ne être arrêté comme un malfrat ». La « majorité parlementaire » pro-kabiliste représentée par Mabunda feint l’amnésie.

DES DÉPUTES EMBASTILLER A MAKALA SOUS « KABILA »

Durant les dix-huit années de « Kabila » au pouvoir, des députés nationaux ont payé cher leur appartenance à l’opposition. Ces élus ont été arrêtés sans ménagement et transférer à la prison centrale de Makala sous des prétexte fallacieux « d’atteinte à la sûreté de l’Etat » ou « outrage au chef de l’Etat ».

A titre d’illustration, le député Muhindo Nzangi Butondo fut condamné à trois ans de prison ferme, en 2013, du chef « d’atteinte à la sûreté de l’Etat » à l’issue d’un débat dans une radio privée à Goma. Le parlementaire avait donné son opinion sur la situation sécuritaire sur la situation au Nord-Kivu. En septembre 2014, c’est fut le tour de Jean-Bertrand Ewanga is’Ewanga, alors secrétaire général de l’UNC, d’être embastillé. Il est accusé d’avoir « insulté » « Kabila » au cours d’un meeting à la Place Ste Thérèse dans la commune kinoise de Ndjili. Qui oubliera l’arrestation manu militari du député national Franck Diongo en décembre 2016. Son crime est d’avoir invité la population congolaise à ne pas tolérer le maintien de « Kabila » au pouvoir au-delà du 19 décembre 2016, date d’expiration de son second mandat. On pourrait ajouter le cas de Martin Mukonkole, en 2010, qui a été transféré à Makala en violation de la décision de la Cour suprême de justice l’assignant à résidence.

Franck Diongo Shamba, président du MLP

Pour la petite histoire, à l’exception d’Evariste Boshab qui n’a pas hésité à contester la « flagrance » retenue à charge de Mukonkole, Aubin Minaku, lui, avait donné sa langue au chat dans les cas Ewanga et Diongo. On ne pourrait que comprendre que le grand public juge « suspect » le soutien apporté à Mamba par les kabilistes.

2023, L’ANNÉE DU BILAN DE L’UDPS ET NON DU FCC-CACH

Quel est l’avenir de la coalition CACH-FCC? Poser la question, c’est y répondre. « Le CACH serait mal inspiré de rester en coalition avec le FCC », note un politologue bruxellois. Pour lui, la coalition n’est plus viable. Il faut « négocier » une « cohabitation ».

Dans une réaction pour le moins timorée, Augustin Kabuya, secrétaire général ad intérim de l’UDPS a eu ces mots: « Nous étions en train de marcher avec des hypocrites qui faisaient semblant d’être avec nous ».

Qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, Moïse Katumbi Chapwe, co-président de Lamuka, a semblé, dans sa toute récente sortie médiatique, tirer la sonnette d’alarme comme pour « faire réveiller » Fatshi qu’il continue d’appeler « mon frère ». « En 2023, ce sera le bilan de l’UDPS et non celui de la coalition CACH-FCC », a-t-il déclaré. Sera-t-il entendu?

Question ultime: combien coûte finalement une séance de travail de deux chambres du Parlement réunies en Congrès? Jean-Marc Kabund a avancé le chiffre de 7 millions de dollar. Dans un communiqué daté du 13 avril, le président du Sénat, Alexis Thambwe Mwamba, écrit notamment: « Le président du Sénat (…), après en avoir parlé à sa collègue de l’Assemblée nationale (…) tient à informer l’opinion que l’information donnée par Jean-Marc Kabund est fausse, mensongère et diffamatoire ». Tout ce ceci ne dit pas combien coûte un Congrès. Secret d’Etat?

 

B.A.W.