Amistad: le sort des Congolais est entre les mains des Congolais

Tongele N. Tongele
Tongele N. Tongele

Le 4 Juillet 1776, les Etats-Unis d’Amérique (USA) qui étaient une colonie de la Grande Bretagne avaient déclaré leur indépendance, rompu la relation coloniale avec la Grande Bretagne, et élu leur premier président au nom de George Washington. C’est lui qui était le général de la jeune armée américaine qui avait vaillamment combattu et vaincu la toute puissante armée de la britannique pour enfin conquérir l’indépendance. Vers la fin du deuxième mandat présidentiel de George Washington, la majorité écrasante des Américains l’ont supplié pour qu’il demeure président à vie, afin que seulement après sa mort puisse commencer la pratique de deux mandats à la présidence des USA. Mais George Washington avait répondu que les présidents qui vont venir après lui serviront très bien le peuple américain ou même mieux que lui, et qu’il n’était ni nécessaire ni irremplaçable. Ainsi, à la fin de son deuxième mandat, il passa le pouvoir à un autre président élu qui répondait au nom de John Adams. Après John Adams sont venus les présidents Thomas Jefferson, James Madison, James Monroe, et John Quincy Adams qui était le sixième président américain de 1825 à 1829. Retenons le nom du président John Quincy Adams pour notre histoire.

L’histoire de l’Amistad a commencé en Février 1839, lorsque les esclavagistes portugais ont capturé des centaines d’Africains du territoire de Mende, l’actuelle Sierra Leone, et les ont transportés et vendus à Cuba qui était alors une colonie espagnole. En 1839, déjà les Etats-Unis d’Amérique avaient officiellement aboli l’esclavage – officiellement parce qu’il y avait des Américains propriétaires des plantations qui continuaient avec impunité à pratiquer l’esclavage.

Lorsque les Portugais esclavagistes sont arrivés avec leur marchandise à Cuba, Messieurs Pedro Montes et Jose Ruiz ont acheté 53 de ces captifs/esclaves Africains: 49 hommes adultes et 4 enfants, dont 3 étaient des filles. Le 28 Juin 1839, Messieurs Montes et Ruiz ont embarqué leurs 53 esclaves africains dans leur bateau Amistad (« amitié », en espagnol) pour aller les déposer dans l’ile Puerto Principe (aujourd’hui Camagüey) pour travailler dans leurs plantations.

Durant ce voyage de plusieurs jours en bateau avec les esclaves enchaînés et entassés dans des conditions inhumaines, le bateau avait aussi à son bord les deux propriétaires de plantation (Montes et Ruiz) et leur capitaine du bateau (tous les trois étaient des Espagnols), ainsi que leur cuisinier qui était un Nègre. Plusieurs jours après le début du voyage, l’un des esclaves Africains du nom de Sengbe Pieh, également connu sous le nom de Joseph Cinque, avait réussi à se libérer ainsi qu’à libérer ses camarades captifs de leurs chaines dans la nuit. Armés de couteaux, et dans une bataille sanglante contre les trois Espagnols et leur cuisinier qui étaient tous munis des armes à feu, les esclaves africains ont réussi à tuer le capitaine et le cuisinier, ils ont maîtrisé et enchaîné Messieurs Montes et Ruiz, et les Africains ont pris le contrôle du bateau Amistad.

Malheureusement, les Africains ne savaient ni lire ni écrire, ne comprenaient absolument rien de la boussole, et rien de la navigation par bateau de ce genre. Que faut-il faire? Ne sachant quoi faire, les Africains ont délié Messieurs Montes et Ruiz qu’ils ont ordonné de retourner le navire en Afrique. Comme vous pouvez déjà le soupçonner, Messieurs Montes et Ruiz qui expliquaient aux Africains comment le navire se dirigeait vers l’Afrique, ont simplement manœuvré le bateau à travers les Caraïbes pour accoster aux États-Unis d’Amérique, où Messieurs Montes et Ruiz espéraient trouver du renfort chez les Américains pour récupérer la situation. C’était le 26 août 1839 lorsque les officiers de la marine américaine ont saisi l’Amistad, remis les Africains dans les chaînes avant de les escorter enchaînés dans l’Etat de Connecticut, où ils étaient accusés par Messieurs Montes et Ruiz de meurtre et de piraterie. Les Africains furent casés en prison à New Haven pour être traduits en justice.

Malheureusement pour Messieurs Montes et Ruiz, et heureusement pour les Africains, l’Amérique avait déjà aboli l’esclavage, et la pratique était illégale quoi que courante en Amérique. Messieurs Montes et Ruiz, soutenus financièrement par le gouvernement d’Espagne, avaient engagé de très bons avocats, et réclamaient qu’on leur remette les esclaves africains qu’ils avaient achetés et selon eux étaient leur propriété privée. C’est alors qu’un groupe des Américains ordinaires qui militaient pour l’abolition de l’esclave dans toutes les colonies du monde, groupe dirigé par Monsieur Lewis Tappan, Révérend Joshua Leavitt et Révérend Siméon Jocelyn, ce groupe a fait des campagnes auprès des Américains de bonne volonté, recueilli des fonds pour la défense légale des Africains au tribunal. Premièrement, le groupe a engagé l’ancien président Américain, le sixième président Américain John Quincy Adams, comme l’Avocat de défense des Africains captifs. Deuxièmement, le groupe a parcouru toute l’Amérique à la recherche de quelqu’un qui parlait la langue Mende des Africains (Sierra Leone), et ils ont finalement trouvé un locuteur Mende qui pouvait interpréter pour les Africains, leur permettant ainsi de raconter leur propre histoire dans leur propre langue pour la première fois.

En écoutant l’histoire des Africains telle que racontée par Sengbe Pieh, également connu sous le nom de Joseph Cinque, le juge du tribunal de district américain de Hartford, en Janvier 1840, avait décidé que les Africains n’étaient pas des esclaves des Espagnols, mais qu’ils avaient été illégalement capturés et devaient être libérés et renvoyés en Afrique. Messieurs Montes et Ruiz, avec tout l’agent et les bons Avocats qu’ils avaient, ils ont fait appel à la « Circuit Court » (Cour d’Appel). Après avoir entendu les parties, la « Circuit Court » a confirmé la décision de la juridiction inférieure. Messieurs Montes et Ruiz ont fait appel à la Cour suprême de Justice des USA. Lors de défense devant cette haute juridiction, l’ancien président et avocat John Quincy Adams a soutenu que le cœur de l’affaire était la volonté des États-Unis de défendre les idéaux sur lesquels l’Amérique était fondée, à savoir la Déclaration d’indépendance qui dit que chaque homme a droit à la vie et à la liberté, un droit inaliénable. Et l’ancien président de conclure: « Je ne demande rien de plus au nom de ces malheureux Africains, que cette Déclaration » qui est la nôtre, et pour laquelle nous avons versé du sang et perdu des vies.

Le 9 mars 1841, la Cour suprême a statué 7-1 pour confirmer les décisions des tribunaux inférieurs en faveur des Africains de l’Amistad. Le juge Joseph Story a rendu l’opinion de la majorité, écrivant que « il ne nous semble pas y avoir de raison de douter que ces Nègres doivent être considérés comme libres ». Finalement, malgré leur argent et richesse, Messieurs Montes et Ruiz avaient perdu devant toutes les instances légales des USA, et ils étaient rentrés à Cuba sans esclaves et sans bateau qui fut confisqué par la marine Américaine.

Cette histoire a des leçons importantes pour les Congolais et les Africains, mais nous en soulignons simplement trois:

  1. Congolais et Africains: vous devez vous approprier et maîtriser la science et la technologie pour lire des boussoles par vous-mêmes et naviguer par vous-mêmes, sinon vous serez toujours déjoués comme ce fut le cas des Africains de l’Amistad. Jusqu’aujourd’hui, vous, Congolais et Africains, vous continuez à vous tourner vers les autres pour vous naviguer dans l’exploration et l’exploitation de vos matières premières, dans la construction de vos infrastructures de base, la constructions de vos bâtiments administratifs, vos universités, vos hôpitaux, vos stades, etc. Comme ce fut le cas des Africains de l’Amistad, les autres qui sont souvent des exploiteurs et convoiteurs ou même ennemis voilés ne vous conduiront jamais là où vous voulez aller. En d’autres termes, vous devez naviguer vous-mêmes pour arriver à votre destination, pour réaliser la prospérité. Vous devez apprendre et maîtriser la technologie pour explorer, exploiter et transformer vous-mêmes vos matières premières, construire et maintenir vous-mêmes vos routes, vos chemins de fer, vos aéroports et ports, vos bâtiments administratifs, vos hôpitaux et cliniques, vos universités, vos stades, etc. Autrement, vous serez toujours conduits là où vous serez enchaînés et emprisonnés dans des guerres, dans la pauvreté et la misère. Ouvrez vos yeux, et vous ne manquerez pas de voir la vérité en face de vous. Et qu’est-ce que cette vérité vous dit? Et que pouvez-vous faire par vous-même pour vous-même afin de vivre avec dignité?
  2. La présidence de la République n’est pas et ne devrait pas être la fin de la carrière et de la vie. La vie continue après la présidence. Le sixième président Américain John Quincy Adams a continué sa vie après la présidence, il a continué à pratiquer son métier d’avocat, grâce auquel les Africains captifs ont trouvé défense et liberté. Où sont les anciens présidents et chefs d’Etat Congolais pour animer des conférences dans des instituts supérieurs et universitaires du pays afin de mobiliser et motiver les jeunes à développer leurs talents, à maîtriser les sciences et technologies pour transformer la RD Congo et faire de ce pays le moteur du développement de l’Afrique?
  3. Les Américains ordinaires souvent font des choses extraordinaires en dépit des imperfections de la Nation américaine. Et ce sont ces Américains ordinaires qui font la puissance extraordinaire de l’Amérique en altruisme, en philanthropie, en sciences et en technologies. Combien des Congolais accumulent des millions de dollars qu’ils entassent dans leurs comptes bancaires ou dans des propriétés immobilières à l’étranger pendant que des milliers ou des millions des gens dans leurs villages, villes et cités croupissent dans la pauvreté et misère sous leurs yeux d’indifférence et d’insouciance? Pendant plus d’un demi-siècle d’indépendance du Congo, où sont les traces de ces millionnaires congolais? Vous qui avez de l’argent, et vous qui êtes au pouvoir en RD Congo, vous avez deux options devant vous: vivre comme Messieurs Montes et Ruiz, et rassurez-vous que le jour de vérité et de jugement viendra quand vous allez perdre vos bateaux, vos plantations, vos comptes bancaires et propriétés entassés à l’étranger, et vous allez fuir ou disparaître dans votre Cuba comme des fantômes sans trace. Ou alors, vous pouvez choisir de vivre comme le sixième président Américain John Quincy Adams, en investissant vos avoirs et vos moyens sur place en RD Congo pour créer d’emplois pour les jeunes, pour défendre votre peuple, et leur donne liberté et vie.

 

Par Tongele N. Tongele, Ph.D.
Docteur en génie mécanique et professeur d’université aux USA
tongele@cua.edu

One thought on “Amistad: le sort des Congolais est entre les mains des Congolais

  1. C’est toujours très intéressant de lire les publications de professeur Tongele. Son dernier article,  »Amistad: Le sort des congolais entre les mains des congolais » est encore très profond dans la mesure où nous pensons souvent que notre sort dépend de l’extérieur, la communauté internationale., comme nous aimons bien le dire ainsi. Ceci pourrait s’expliquer par le système paternaliste Belge.. le congolais pense qu’il ne peut pas réussir sans financement , sans l’appui de l’extérieur. Cette dépendance est une chaîne qui attache. Pour nous en sortir, nous devons réfléchir à la manière de  »pensée action » qui ,petit à petit commence à réveiller certains d’entre nous. On peut également ajouter une deuxième chaîne, la peur permanente qui nous habite, et qui fait de nous des poltrons. Le congolais est incapable de braver les menaces, la répression etc. Pour revendiquer ses droits. Il est maintenant temps de briser les chaines qui nous attachent et c’est
    ce que le professeur nous propose à travers ses nombreuses publications qui, il faut le souligner, portent des fruits par- ci, par -là. De mon point de vue, il est temps que nos compatriotes comprennent sue’il est temps de passer de la réflexion théorique à la réflexion pragmatique.

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