« AMSORIA »: Ressacs d’une fille d’ « évolué » congolais en Belgique

La couverture de l’ouvrage « Amsoria » de Lilia Bongi

Trêve de rêveries! Après quelques heures d’un vol qui a semblé interminable, Lily et son frère arrivent « na poto ». A Bruxelles. En Belgique. En Europe! Elle qui n’y a jamais pensé. Ni rêvé. Ni désiré. Mais les y voilà. Non pas comme des migrants ayant fui la misère ou la guerre en empruntant une embarcation de fortune. Non, Lily et son frère sont des enfants d’un « évolué »! Un statut « privilégié » que l’administration coloniale belge octroyait aux « indigènes » répondant aux critères d’un « bon degré d’instruction », de « bonne moralité », et ayant adopté le « mode de vie, des valeurs, des mœurs et des comportements des Blancs »! Le papa pense (croit?) avoir fait son devoir de « civilisation »: ses enfants étudieront comme des Blancs, avec des Blancs et… au pays des Blancs!

Mais d’une famille d’accueil à l’autre – davantage motivée par la pension d’hébergement, versée du reste de façon irrégulière par le papa « évolué » – , à l’école, au travail, dans le couple « mixte » mal accepté par la famille de l’époux belge (sa belle-mère n’en rate pas une pour le faire sentir), bref, dans la vie de tous les jours, c’est le choc. Le choc des cultures, le choc des préjugés et des incompréhensions réciproques. Le choc, car Lily se rend compte que, dans leur propre pays, les Belges colonisateurs ne répondent pas tous aux critères exigés d’un « indigène » au Congo pour prétendre au statut d’ « évolué » ou de « civilisé »… Le choc de découvrir, dans les différentes familles d’accueil, cette sorte de « querelles ethniques » – souvent attribuées aux tribus « sauvages » – entre Wallons et Flamands; le choc de ressentir la différence entre la vie « sans souci » de fille d’évolué au Congo et la vie d’une fille noire réduite à sa « congolité », à son « infériorité » en Belgique…

Le choc – entre autres rudiments d’instruction ou d’initiation « civilisatrice » – avec cette leçon de morale (chrétienne?) prodiguée pompeusement et fièrement, par un couple des tuteurs, à l’arrivée dans une famille d’accueil: « Entre un Blanc et un Noir, ce sera toujours le Blanc qui aura le dernier mot. C’est comme quand on cogne deux pots, l’un en fer et l’autre en terre; c’est toujours le pot de terre qui se casse, jamais le pot de fer »! Ni apologie ni réquisitoire, ni critique historique ni manifeste politique, Amsoria relate une histoire simple, un parcours de vie. La vie de Lily. Un cocktail de déracinements et d’enracinements entre ses deux pays: fille née au Congo, devenue femme, mère et grand-mère en Belgique. Un parcours de vie avec ses ombres et lumières; ses certitudes et approximations; ses enchantements et désenchantements; ses regrets et espoirs. C’est un cri du cœur. Un témoignage qui « ne s’adresse nullement aux ‘sachants’ (sic) – historiens, scientifiques et autres experts. Il a été écrit pour les âmes sensibles dont j’espère toucher le cœur; et surtout pour les jeunes qui se posent et nous posent tant et tant de questions souvent très simples. Ne pas les toucher serait ma plus grande déception », confie l’auteure qui a, pour ce faire, opté pour l’auto-édition. Afin d’exprimer librement ses ressentis…

 

Polydor-Edgar Kabeya
« Amsoria ». Roman de Lilia Bongi, 333 pages, 20 €
Infos (lieux de vente – commandes): www.amsoria.com

2 thoughts on “« AMSORIA »: Ressacs d’une fille d’ « évolué » congolais en Belgique

  1. La vie est toujours un  » parcours de vie avec ses ombres et lumières ; ses certitudes et approximations ; ses enchantements et désenchantements ; ses regrets et espoirs  ».
    On achètera, on lira car ça promet.

  2. Il y’a dans l’actualité un autre livre ‘recensé’ par les médias, écrit par une Roumano-Congolaise née d’une mère roumaine et d’un Congolais alors étudiant en Roumanie, une société alors bien raciste et sous la dictature de Ceausescu. Le titre assez (grandi)éloquent est « La mer Noire dans les Grands Lacs », l’auteure est « Annie LULU ». C’est l’histoire de « Nili qui n’a jamais connu son père, un étudiant congolais disparu après sa naissance. Surmontant au fil des ans sa honte d’être une enfant métisse, Nili décide de fuir à Paris où elle entend, un jour, dans la rue, le nom de son père : Makasi. Ce sera le point de départ d’un long voyage vers Kinshasa, à la recherche de ses racines africaines. Elle y rencontrera l’amour, le combat politique, la guerre civile et la mort. Et en gardera un fils, auquel s’adresse cette vibrante histoire d’exil intérieur, de déracinement et de résurrection. »
    Je n’ai lu aucun de deux livres, pas encore mais j’ai profité de l’article sur le premier pour signaler le second !

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