Après le discours de Tshisekedi à la nation, la coalition FCC-CACH a-t-elle les jours comptés?

Mwamba Tshibangu
Mwamba Tshibangu

Atmosphère de crise

La crise politique entre le FCC et le CACH a perduré pendant presque deux ans au grand dam du peuple congolais. L’atmosphère politique en RDC était très tendue avant l’assermentation des trois juges de la cour constitutionnelle le 21 octobre, et pour cause. Les membres du FCC n’ont jamais digéré les ordonnances de nomination contresignés par le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Gilbert Kankonde, en l’absence du Premier ministre Ilunkamba qui était en mission à Lubumbashi.

On aurait cru que la crise était absorbée étant donné qu’on en n’était pas à la première de ce genre. Cette fois, les enjeux étaient très élevés. Les deux camps qui avaient des positions contrastées ne voulaient céder d’un pouce. Ainsi, la crise a éclaté au grand jour. L’absence du trio à la tête des trois grandes institutions du pays, notamment le sénat, la chambre des députés et le gouvernement, était sans aucun doute un signe de rupture totale. Il fallait en tirer toutes les conséquences politiques.

Le fait que la cérémonie ait eu lieu et que les juges assermentés entraient officiellement en fonction, était une victoire pour le Président de la République. Mais ce mariage contre-nature, dénoncé par le peuple congolais à plusieurs reprises, ne pouvait plus continuer. Tous les regards étaient naturellement tournés vers le garant du bon fonctionnement des institutions conformément à l’article 69 de la constitution.

Points à retenir

Saisissant le ballon au bond, Félix Tshisekedi qui avait bien entendu les cris du peuple au sein de l’hémicycle demandant la dissolution du parlement, avait, sans tarder, annoncé une adresse à la nation qui a eu lieu le 23 octobre 2020. Que faut-il retenir de son discours d’environ 7 minutes? Félix n’a pas cassé la baraque, comme d’aucuns le souhaitaient. Fermement, il a dénoncé la coalition qui n’a pas répondu aux attentes du peuple congolais. Il a épinglé 9 points: la situation de la paix et son corollaire, la sécurité nationale; le problème épineux de la commission électorale nationale indépendante (CENI) et la problématique sous-jacente de l’organisation des élections; les questions sensibles qui relèvent de la gouvernance du pays, en l’occurrence, la gestion du portefeuille de l’état, le contrôle de la territoriale et la diplomatie qui est le pivot de la politique avec le monde extérieur; et enfin, les deux points prééminents qui sont: l’indépendance de la justice qui est la clé de voûte sans laquelle l’on ne peut prétendre à l’instauration de l’Etat de droit.

Toute cette litanie était bien connue étant à la base du dysfonctionnement de la coalition et la cause principale de la paralysie de l’appareil étatique.

La solution

Au lieu de rompre du coup et provoquer une grande crise. Tshisekedi a contourné le problème préférant récolter au préalable l’avis de tous pour engager l’avenir du pays face aux adversaires ou aux partenaires qui sont prêts à tout, même à mettre le feu à la maison. Ainsi, a-t-il prospecté, après consultation, la mise en place d’une Union sacrée autour des enjeux dénoncés: « J’ai décidé d’entamer dès la semaine prochaine, une série des contacts visant à consulter les leaders politiques et sociaux les plus représentatifs, afin de recueillir leurs opinions, à l’effet de créer une union sacrée de la Nation autour des objectifs précités ».

A-t-il bien joué ses cartes?

C’est la question qui se pose. Elle n’aura d’issues qu’après son deuxième adresse à la nation sur le sujet. Politiquement, il a neutralisé les ambitions et les prétentions des gens du FCC d’un côté et de l’autre, il tend la main à tous ceux qui s’opposaient à lui ou qui l’accusaient d’avoir trahi ou vendu le pays, de descendre dans l’arène pour prospecter ensemble les voies de sortie à la crise. L’opposition parlementaire et extraparlementaire va-t-elle saisir cette occasion pour donner son point de vue? De façon générale, va-t-elle comprendre la portée de cette décision qui n’est pas à négliger au regard de tous les enjeux et de la situation nébuleuse et problématique de Minembwe? En tout cas, toutes les perspectives sont ouvertes d’autant plus que le président lui-même a soutenu formellement de ne pas laisser aucun engagement politique de quelle que nature que ce soit primer sur ses prérogatives constitutionnelles et sur l’intérêt supérieur du peuple congolais.

Voilà, sans vouloir se plonger dans des dialogues, à finalité purement politique, l’occasion est donnée à tous de sortir des ornières du FCC en trouvant une formule adéquate pour diriger le pays dans l’harmonie et la concorde en attendant l’organisation des élections libres, justes et transparentes.

Défi

On pourrait donc s’attendre à ce que la disponibilité de quelques dirigeants puisse ouvrir la voie à la prospection d’une nouvelle majorité. Faire front commun à ceux qui voudraient continuer à freiner le développement du pays au profit de leurs propres intérêts, tel est le défi lancé par le président de la république aux leaders politiques et sociaux les plus représentatifs. Est-il nécessaire de souligner que sans l’unité du pays, c’est-à-dire de toutes les filles et fils de ce pays, il sera difficile d’éloigner définitivement les ambitions de ceux qui comptent sur la division pour balkaniser facilement le pays?

 

Par Mwamba Tshibangu

2 thoughts on “Après le discours de Tshisekedi à la nation, la coalition FCC-CACH a-t-elle les jours comptés?

  1. Professeur Mwamba Tshibangu
    Azarias Ruberwa n’etait-il pas cense revenir le 21 octobre 2020 pour une deuxieme audition au sujet de Minembwegate?
    La ceremonie de prestation de serment des juges nommes pour la cour constitutionnelle n’a-t-elle pas eu lieu ce meme jour du 21 octobre 2020? Pouvait-elle avoir lieu un autre jour que celui-la? Si oui, pourquoi alors ce meme jour-la?
    Ne pensez-vous pas qu’en decidant a la hate (le 19 octobre) d' »ordonner » aux deux responsables des 2 chambres du parlement d’organiser la ceremonie de prestation de serment, alors qu’ils avaient deja manifeste leur objection a Tshilombo au cours de leur rencontre une semaine auparavant (le 13 octobre), qu’une telle initiative puisse creer une perception de cover-up ou d’empechement, par son timing, c’est a dire le meme jour du 21 octobre, date a laquelle Azarias Ruberwa etait cense revenir s’expliquer sur Minembwegate?
    Mais bien avant cela, le conseil de ministres n’avait-il pas deja charge le Premier ministre pour l’organisation de la ceremonie? Et pourquoi alors cette precipitation pour la date du 21 octobre particulierement – encore une fois, date prevue pour l’audition d’Azarias Ruberwa?
    Cette ceremonie de prestation de serment ce jour-la requerait-elle l’urgence? Laquelle?
    Pourquoi ce « passage en force » – une illusion, a mon avis, et meme une violation de la « Constitution », semble-t-il – qui prete d’ailleurs au ridicule et a l’humiliation avec l’absence remarquable non seulement des 2 responsables des 2 chambres mais aussi de ceux qui representent les symboles meme de l’imperium notamment l’armee et la police?
    Timing in politics is everything! Autrement dit, rien n’est hasard ou coincidence en politique! Pourquoi Tshilombo n’avait-il pas prononce son fameux discours de 6 minutes a la « nation » apres, justement, ses « consultations » pour « decider » et non prommettre a sa « base » (familia limete) dans un discours vraisemblablement lui destine – au fait, une « base » qui reclame le divorce avec son partenaire – qu’il a « decide » qu’il va « decider » plus tard?
    Salut, prof!

    1. Salut mon frère Chryso45,
      Vous m’amenez sur un terrain qui n’est pas le mien, celui des conjectures. Vous vous posez des questions suspicieuses, ce qui est un exercice normal en démocratie ou non. À moins que nos hommes politiques jouent vraiment à la comédie. Moi, j’ai lu et décelé dans ce discours, un message très fort du chef de l’État dans lequel il renouvelle par ailleurs devant tous son serment face à la nation. C’est plus que l’audition de Ruberwa dont on sait déjà les dessous des cartes. C’est un engagement ferme « pro patria » qui ne peut laisser des places à des doutes. Dès lors, puisque nous sommes en politique où tout peut arriver, il ne nous reste plus qu’à attendre les faits. Sachant notre détermination à tous à ne céder aucun centimètre de notre souveraineté, je crains fort que tous ceux qui pronostiquent le contraire seront déçus. Moi, j’aurais voulu que nous nous accrochions tous au moindre signal d’un patriotisme rigoureux et sans complaisance. Restons soudés et unis, mon cher frère, derrière ce joli et grand pays qui est le nôtre.
      Mwamba Tshibangu

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