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02 Février 2016

Parfait bouc Ă©missaire :

CPI : Il faut libérer Jean-Pierre Bemba Gombo

 

"Joseph Kabila" en visite chez JP Bemba après le deuxième tour de l’élection présidentielle de 2006. Ph. GLM

Ouf! La Cour pénale internationale (CPI) va enfin rendre son verdict dans l’affaire qui oppose le procureur près cette juridiction internationale à l’ancien vice-président de la République Jean-Pierre Bemba Gombo. La séance est fixée au 21 mars prochain. Et ce, après huit ans de "détention préventive". L’accusé à un domicile bien connu à Bruxelles où vit toute sa famille. Qui a dit que la justice n’était inique qu’en Afrique?

Dans son communiqué, la CPI précise que la juge Sylvia Steiner donnera lecture du jugement à partir de 14h00. Le texte indique par ailleurs que le verdict pourrait "soit acquitter, soit condamner l’accusé". En cas de condamnation, Bemba ne connaîtra la peine lui infligée qu’à une "date ultérieure". L’accusé a la possibilité d’interjeter appel.

A la demande d’Ange-Félix Patassé, alors président de la République Centrafricaine, Jean-Pierre Bemba, chef du Mouvement de libération du Congo (MLC), a envoyé, à partir du mois d’octobre 2002, à Bangui, des combattants estimés à 1.500 hommes. Mission : secourir le régime en place qui était confronté à une tentative de coup d’Etat menée par le général François Bozizé.

Après le renversement du régime Patassé, la Cour de cassation de Bangui saisit la CPI. C’était en 2003. Selon l’acte d’accusation, les troupes venues de Gbadolité, siège à l’époque de la rébellion dirigée par Bemba, auraient violé, tué et pillé la population civile durant les opérations. En droit, la qualification des faits est gravissime : crimes contre l’humanité, crimes de guerre.

L’acte d’accusation comportait plusieurs noms. Outre l’ancien président Ange-Félix Patassé, il y avait également : Jean-Pierre Bemba Gombo, Martin Koumtamadji, alias Abdoulaye Miskine (un Tchadien), le général Ferdinand Bombayake, chef d’état_major de l’armée centrafricaine, Victor Ndoubabe, Lionel Gane-Befio et le "super gendarme" français Paul Barril.

Devenu vice-président de la République en 2003, Bemba Gombo a bénéficié des immunités liées à ses fonctions jusqu’en 2006 conformément à l’accord conclu lors du dialogue inter-congolais

Le 28 mai 2008, le "Chairman", comme l’appellent ses amis et proches, est interpellé à Bruxelles par la police judiciaire belge sur base d’un mandat d’arrêt émis par le tout-puissant procureur près la CPI d’alors, Luis Moreno-Ocampo. Le transfert à La Haye est intervenu au mois de juillet. Le procès n’a débuté qu’en novembre 2010.

Un procès politico-judiciaire

Il n’est pas sans intérêt de signaler un détail qui va révéler le caractère inique du procès en cours.

En 2009, la France de Nicolas Sarkozy a initié une "réconciliation" entre les principaux acteurs politiques centrafricains. Le nouveau chef de l’Etat François Bozizé a amnistié son prédécesseur Patassé. Celui-ci a aussitôt regagné la Centrafrique.

A la CPI, Luis Moreno Ocampo décide d’absoudre le principal accusé en l’occurrence Patassé arguant qu’il n’y avait aucun élément à sa charge. La boucle est bouclée. Bemba, lui, reste le seul accusé à la barre.

Que reproche-t-on Ă  Bemba?

Selon le procureur Ocampo et son successeur Fatou Bensouda, Jean-Pierre Bemba est responsable des actes "commis" par ses hommes en sa qualité de "chef militaire". Pour l’accusation, il s’agit donc de la "responsabilité du commandant". Autrement dit, l’ancien vice-président congolais doit assumer la "responsabilité du fait d’autrui".

Cet argument a été à maintes reprises balayé du revers de la main par la défense. Pour celle-ci, Jean-Pierre Bemba avait mis des troupes à la disposition des autorités centrafricaines d’alors. Le commandement des opérations sur le terrain était géré par les Centrafricains. Ce sont les Centrafricains qui fournissaient les uniformes, les armes, le carburant et la logistique. Bemba ne pouvait, à partir de Gbadolite, organiser, diriger et contrôler les activités de ses hommes. En clair, en mettant des troupes à la disposition du gouvernement centrafricain, le leader du MLC avait délégué son autorité hiérarchique aux gouvernants à Bangui.

Depuis huit ans, les procureurs successifs près la CPI usent des artifices pour administrer la "preuve" du contraire.

Un procès a pour but de faire éclater la vérité afin de déterminer les responsabilités. Comment pourrait-on justement faire éclater la vérité vraie aussi longtemps que l’accusation jugera inutile de lancer des mandats d’arrêt à l’encontre des anciennes autorités civiles et militaires reprises dans l’acte d’accusation de la Cour de cassation de Bangui?

Certes, Patassé est décédé. Martin Koumtamadji, alias Abdoulaye Miskine, le général Ferdinand Bombayake chef d’état_major de l’armée centrafricaine, Victor Ndoubabe et Lionel Gane-Befio sont bien vivants. Pourquoi tarde-t-on à les faire venir à la barre afin qu’ils confirment ou infirment que les troupes du MLC étaient commandées par l’état-major de l’armée centrafricaine?

L’attitude de l’accusation apporte de l’eau au moulin des contempteurs de la CPI. Des contempteurs qui estiment, plus à raison qu’à tort, que l’affaire le procureur près la CPI contre Jean-Pierre Bemba n’est en réalité qu’un cirque politico-judiciaire. De même, le leader du MLC n’est qu’un parfait bouc émissaire.

C’est un secret de Polichinelle de relever le rôle joué par "Joseph Kabila" dans le processus d’embastillement de son "meilleur ennemi" à la Cour pénale internationale à La Haye. Des courriels furent échangés entre le cabinet présidentiel congolais, dirigé à l’époque par She Léonard Okitundu, et le ministre centrafricain de la Communication d’alors, Abdoul Karim Mekassoua. L’ancien ambassadeur congolais à Bangui Mugaruka bin Mubibi ne pourrait dire le contraire. L’ex-MLC Antoine Ghonda, mêmement.

Il faut libérer Jean-Pierre Bemba. Le 21 mars, la CPI aura l’occasion de redorer son blason terni en disant enfin le droit.

Baudouin Amba Wetshi
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3 Réactions

Nono [no2.bay@orange.fr] 03/02/2016 21:40:59
A la base, je ne suis pas un inconditionnel de Bemba, je ne l’ai jamais été et ne crois pas l’être devenu aujourd’hui : de conviction je suis réservé à l’égard de son orientation trop libérale et de ses méthodes plutôt autoritaires et même parfois démagogiques; il me rappelle par moments le Mobutu convaincu de sa puissance et d’une mission pour son peuple au mépris des actes conséquents effectifs pour celui-ci...
N’empêche qu’à l’élection de 2006, j’ai découvert un Bemba capable d’un réel leadership populaire et surtout une alternative autochtone face à un "JK" falot, fantoche et criminel pour mon pays ; je l’ai adopté...

Aujourd’hui le moins qu’on puisse dire est que son embastillement est d’abord politique ! Ce n’est pas qu’il soit irréprochable dans l’équipée de ses troupes en Bangui mais pas au point de le charger complètement de toutes ces graves culpabilités, il serait tout au moins co-coupable avec les Patassé et son clan ou alors coupable de négligences graves. Mérite-t-il alors plus que les protagonistes centrafricains laissés impunis d’être détenu pendant 8 ans avec aux trousses un procès truffé d’intrigues politico-judiciaires d’une Cour qui se croit tout permise au nom de son statut d’institution judiciaire internationale et veut faire du cas de Bemba un exemple qui valide enfin son existence ?

La CPI se trompe de cible et de chantier : les potentats africains qui dans leurs pays se donnent un droit de vie et de mort sur leurs citoyens et leurs opposants nécessitent bien une justice internationale au dessus d’eux, mais alors une justice juste et non politisée à la solde des puissants, non sur le mode de cette CPI qui ne s’attaque qu’aux "faibles, perdants et ennemis des puissants"...
Pire que du racisme c’est un déni de justice pour les faibles de cette planète !
La CPI a le devoir impérieux de se reformer pour s’acheter enfin une crédibilité, elle doit prendre le courage de libérer Bemba après 8 longues années de détention indue !
Quitte à ce dernier de nous prouver s’il revenait en politique que nous avons eu raison de le soutenir non seulement parce qu’il était injustement emprisonné mais aussi parce qu’il peut encore représenter une alternative à la racaille traître d’aujourd’hui ou dans tous les cas un leader politique digne de notre combat pour la démocratie !



Marie Leba [marie.leba@yahoo.fr] 03/02/2016 12:26:59

Comme Nelson Mandela, Jean-Pierre Bemba sortira de la prison pour la présidence de la République Démocratique du Congo. Papa J.P. Bemba, tozali kozela yo maboko polele.



Lidjo [lidjoma@gmail.com] 03/02/2016 08:41:59
En analysant froidement la situation lorsqu’on est face à un juge, au moment du verdict, on s’attend soit à être libéré soit se voir condamné. Qui peut vraiment déjà préjuger de l’issue du procès?
On verra au 21 mars 2016 ce que cela donnera. Bonne chance quand même au sénateur Jean-Pierre Bemba.


 

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