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13 Avril 2017

Quand le Royaume Bamoun invite à la remise en question

 

Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo

Le 9 avril 2017 à 21h55 heure de Kinshasa, au moment où, près de six décennies après les indépendances, les Etats africains ne parviennent toujours pas à concevoir et à mettre en place des systèmes politiques capables de contrôler le pouvoir du président de la république ou du magistrat suprême, TV5Monde/Afrique a diffusé un reportage qui devrait interpeller les élites africaines. Intitulé “Une démocratie africaine”, ce reportage portait sur la nature du pouvoir au Royaume Bamoun.

Le Royaume Bamoun, qui existe toujours dans les montagnes de l’Ouest du Cameroun avec Foumban comme capitale, a sept siècles d’existence. La dynastie actuelle, celle de Nchare Yen, remonte à l’année 1394. Elle étend son pouvoir sur un territoire dont l’expansion s’est arrêtée à 7.700 km² environ et un nombre d’habitants passé de 25.000 au départ à 820.000 actuellement. A cet égard, ce royaume est plus grand que plusieurs Etats modernes d’Afrique dont le Cap Vert (4.033 km²), la Réunion (2.517 km²), les Comores (2.235 km²), Maurice (2.040 km²), Sao Tomé-et-Principe (964 km²) et Seychelles (455 km²), pour ne citer que ceux-là. Par ailleurs, selon les statistiques de CIA World Factbook au 1er janvier 2014, le Royaume Bamoun est plus peuplé que Djibouti (810.179), Comores (766.865), Guinée Equatoriale (722.254), Cap Vert (538.535), Sao Tomé-et-Principe (190.428) et Seychelles (91.650).

Quand les missionnaires européens débarquent au Royaume Bamoun en 1907, ils découvrent que le Roi Njoya (1876-1933) a créé une écriture, l’écriture bamoun, aussi appelée localement écriture shü-mom et connue parfois comme l’écriture de Njoya, l’un des rares systèmes d’écriture développées en Afrique noire sans aucun apport extérieur. Carrefour entre la tradition et la modernité, Njoya, le 17ème monarque des Bamoun, a également institué un bureau d’Etat civil pour enregistrer les naissances et les mariages. Les jugements du tribunal royal sont également consignés par écrit. Le livre d’histoire, de lois et de traditions des Bamouns, qui compte plus de 1.100 pages, est alors rédigé au moyen de l’écriture royale. Sa réplique se trouve actuellement au Pitt-Rivers Museum d’Oxford au Royaume Uni.

Le pacte fondamental du Royaume Bamoun stipulait ce qui suit : “L’État Bamoun est né et Nchare en est le roi. Il désignera librement son héritier parmi ses fils”. Les conseillers intronisateurs du roi sont chargés de garder la loi fondamentale en l’état et de veiller à son application. Leur fonction est héréditaire et ils jouissent d’une autonomie totale par rapport au roi. Njoya, lui, va imposer de nouvelles lois et modifier une grande partie des lois coutumières, allant jusqu’à abolir certains privilèges. Pendant l’époque coloniale, il va négocier habilement avec les Allemands au point de préserver son autonomie. Mais, après la première guerre mondiale et la défaite de ces derniers, les colonisateurs français, considérant à tort Njoya comme un “allié des Boches”, le privent de ses pouvoirs et l’exilent à Yaoundé en 1931 pour y mourir deux années plus tard ; ce qui fera dire à un commentateur dans le reportage que les Français furent les plus idiots des colonisateurs. Une idiotie qui n’a cependant pas empêché que le Royaume Bamoun survive au système colonial, du moins sur le plan coutumier, et que ce plan soit d’un prestige tel que l’actuel roi, Ibrahim Mbombo Njoya, est resté longtemps au service de l’Etat camerounais comme ministre non seulement sous Paul Biya mais aussi sous Ahmadou Ahidjo.

Le reportage diffusé par TV5Monde/Afrique sur le Royaume Bamoun s’est penché essentiellement sur la particularité de son système politique avant le coup de balai colonial, surtout de la part de la canaille française. Il s’agissait bien sûr d’une monarchie, mais avec plusieurs charmes dignes d’un pouvoir moderne. D’abord, le trône n’était pas uniquement réservé aux hommes. La succession était verticale et non horizontale. Résultat, deux monarques qui n’avaient pas eu de fils ont pu voir leurs filles leur succéder. Pour la petite histoire, la première reine avait perdu le pouvoir parce qu’elle était tombée enceinte alors que la tradition voulait que seul un roi pouvait boire dans la cruche des jambes nues d’une reine. Or, il n’y avait pas un seul roi dans les parages de celle-ci.

Ensuite, là où les Etats modernes d’Afrique peinent à contrôler les pouvoirs des chefs d’Etat, l’idée de juger l’autorité suprême était fortement ancrée dans la tradition politique bamoun. Cela se passait lors du “Ngoun”. Aussitôt que ce grand conclave était proclamé, un mécanisme se mettait en branle dans tous les villages pour recueillir des informations sur la gestion de la res publica de la part de tous les gouvernants y compris le premier d’entre eux, le roi lui-même. Au cours du “Ngoun”, deux lances étaient plantées dans le sol. La première envoyait le message selon lequel nul ne devait être inquiété pour son opinion exprimée. La deuxième était une invitation à une justice immédiate et exécutoire pour tout abus dénoncé même et surtout de la part du roi. Concernant ce dernier, des menottes étaient déjà préparées et exhibées visiblement au lieu du “Ngoun” afin de procéder à son arrestation immédiate le cas échéant.

Enfin, dernier charme du pouvoir traditionnel bamoun. Là où la démocratie des singes, celle mise en place par des élites n’ayant d’autre ambition que d’imiter aveuglement les systèmes politiques occidentaux, conduit tout droit à l’autocratie et au blocage de toute alternance pacifique, à l’instar du gâchis tragique auquel le peuple assiste impuissant actuellement dans la bien nommée République Démocratique du Congo, en pays bamoun, le roi était intronisé pour sept ans non renouvelable.

Le reportage note de manière intéressante que l’instauration du multipartisme au Cameroun en août 1992 fut la première occasion pour le peuple Bamoun d’être divisé. La division avait atteint des proportions telles que pour la première fois, le “Nkindi”, la case sacrée et symbole fort du royaume fut brûlée. Le peuple s’apprêtait à bruler le Palais royal quand il fut arrêté dans son élan par la détermination du roi demandant à être brûlé avec le palais. Seule la réintroduction du “Ngoun” en 1993, depuis son interdiction par les colonisateurs français en 1924, a pu réconcilier le peuple Bamoun, divisé par un schéma démocratique venu d’ailleurs et copié servilement par des élites colonisées jusqu’à la moelle des os.

Il est curieux et revolant de constater que le pouvoir dans l’Afrique traditionnelle pouvait arrêter le pouvoir, surtout celui du magistrat suprême, alors que dans l’Afrique moderne, tout est éternel recommencement parce que les systèmes politiques ne permettent pas que les institutions se mettent en branle pour arrêter le pouvoir du président de la république quoi qu’il fasse. Il est curieux et révoltant de constater que le chef d’Etat le plus puisant au monde, celui des Etats Unis d’Amérique, peut être arrêté dans son élan par un petit juge alors qu’il est impossible même au juge le plus gradé d’arrêter l’élan souvent nocif des petits présidents africains.

Hier, par exemple, aucune institution républicaine n’était en mesure d’arrêter la dérive monarchique dans le Sénégal du président Abdoulaye Wade. Il aura fallu que naisse le mouvement citoyen Y’en a marre pour mobiliser les masses afin que ce soit quelqu’un d’autre et non le fils du chef de l’Etat qui succède à ce dernier. Comble de l’ironie, aujourd’hui, les Sénégalais qui n’avaient guère apprécié l’influence exercée par Karim Wade lorsque son père était aux affaires découvrent que leur démocratie est prise en otage par la dynastie “Faye-Sall”, référence faite aux deux noms de famille du couple présidentiel. Des membres de la famille de Macky Sall et ceux de son épouse Marieme Faye font des ascensions fulgurantes dans les rouages de l’Etat tout en se servant au passage sans qu’aucune institution républicaine ne soit en mesure de les arrêter. Le mouvement citoyen Y’en a marre, qui avait compté pour beaucoup dans le scrutin de 2012, a repris du service. En organisant des manifestations monstres contre Macky Sall, avec la participation des membres du parti de “l’ennemi” d’hier, l’ancien président Abdoulaye Wade.

Tout est éternel recommencement en Afrique parce que pour les élites africaines, les solutions aux multiples problèmes de gouvernance et surtout le premier d’entre eux, c’est-à-dire l’impossibilité pour les institutions républicaines de contrôler et de sanctionner, le cas échéant, le pouvoir du magistrat suprême ne proviennent pas de l’imagination créatrice de l’homme. Ces problèmes sont aussi visibles que le nez au milieu du visage. Tout le monde les voit. Tout le monde en parle et s’en plaint. Mais personne et aucun parti politique ne cherche à les résoudre. C’est à croire qu’on s’imagine que les problèmes vont se régler par eux-mêmes alors que sous d’autres cieux, on aurait déjà engagé des réformes institutionnelles en profondeur.

Il est temps que les élites africaines cessent de se lamenter face aux multiples problèmes de gouvernance auxquels nos Etats sont confrontés. Car, le système politique importé de l’Occident n’est pas l’unique horizon de notre temps. Le peuple Bamoun l’a démontré bien avant l’arrivée des colonisateurs qui, bien que partis, continuent à nous empoisonner les esprits.

Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo
© Congoindépendant 2003-2017

 

11 Réactions

Kat Nawej [katnawej@gmail.com] 14/04/2017 01:53:03
Cher MBTT,
L’une des sources d’inspiration du pouvoir coutumier les plus pertinentes est le monde des animaux. Les fables de diverses sociétés humaines le démontrent. Les pionniers Luba se sont inspirés de fourmis, dit-on. Insectes à la dimension infinitésimale, ils revêtent un sens d’organisation et de gestion efficace de la cité. Ils n’apprennent rien des intellos humains, au contraire ces derniers apprennent d’eux. Les sciences et la technologie sont retenues comme des artefacts de la civilisation. Or, les termites construisent des gratte-ciels de qualité impeccable depuis qu’elles existent. Elles produisent des antibiotiques bien avant les humains en ont pigé ce savoir. La tortue est le symbole par excellence du pouvoir de Mwant Yav. Ceux qui veulent en savoir plus peuvent consulter cet article. Cliquez l’onglet suivant: http://www.persee.fr/doc/ahess_0395-2649_1970_num_25_4_422326
Je vous exhorte, comme me l’a dit mon père, à etudier les fourmis ou les abeilles avec beaucoup plus d’attention pour apprendre d’elles leur génie de gestion des affaires publiques, en l’occurrence, l’équilibre du pouvoir et la répartition de tâches parmi les diverses parties constituante de leurs sociétés. Aussi puissante que paraisse la reine qui donne vie aux autres membres, elle est dépouillée de moyen de défense et elle nourrit par les autres tel un petit enfant. Elle est dépendante de soldats qui assurent sa garde et sa défense, et des ouvrières qui la nourrissent et nettoient la demeure. Si les ouvrières ne font pas leur travail, une famine ou une épidémie peut éclore décimant la ruche ou la fourmilière. L’existence des uns dépend mutuellement de celle des autres. Un acte de sabotage de la part des uns autres mène au suicide collectif.
Pour avoir refusé de payer leurs tributs à leur reine avare Mwin Maneeng, cette dernière noya son peuple dans ce qui devint le lac Dilolo. Notez que chez les Ruund, Cokwe et Luba, yilolo sont des subalternes qui paient leurs tributs à leurs supérieurs. Ce faisant, la révolte fiscale ou la désobéissance civile n’est pas une innovation exotique.
En conclusion, les nouvelles qui proviennent de loin sont comme un maïs épi. On ne saura jamais s’il est bon ou mauvais, immature ou infectée. Il faut l’ouvrir pour en s’en rendre compte. Sagesse Ruund



kolomabele [babeha1@yahoo.fr] 14/04/2017 03:38:28
Quelle est la contribution des citoyens de sa Majesté Ibrahim Mbombo Njoya, Roi de Bamoun, dans le processus de démocratisation au Cameroun? De mon point de vue, rien. Il a plutôt fait allégeance aux dictateurs camerounais Ahmed Ahidjo et Paul Biya. Dans le domaine de la bonne gouvernance, le Cameroun est nul. C’est un des pays les plus corrompus du monde et figure parmi les plus pauvres. Les pays comme le Cap Vert, l’Ile Maurice et les Seychelles se sont engagés dans la démocratisation. Le résultat: ils s’enrichissent. Leur PIB/Habitant(2015): Cap Vert:3.127$, Ile Maurice: 9.187$, Seychelles:14.446$. L’économie de ces 3 petits pays est basée sur les services, notamment le tourisme.Le Congo: 478$, économie de rente. Le président américain tremble devant un petit juge à cause de la force de la loi. Le plus grand juge congolais, lui, tremble devant Kabila comme une feuille sous l’ouragan, à cause de la loi de la force. Macky Sall est amnésique. Il tombe dans les mêmes travers que Wade. Il le payera. Si les Instituions ne font pas leur travail, les jeunes de Y en a marre vont le faire à leur place. C’est idiot de croire que ça n’arrive que aux autres. Au Congo, les jeunes de Filimbi et Lucha travaillent. Ils sont encore minoritaires. Les autres se soulent de la prière, la musique et la danse. Ils se réveilleront un jour. Espérons-le.



Elili [dibangu@hotmail.com] 14/04/2017 10:19:22
Cher MBTT,
Vous regardez le royaume Bamoun des Camerounais alors que le Congo est plein de ces sources dont nous pouvons nous inspirer pour concevoir nos systèmes des gestions dans notre pays ? Il vaut mieux tard que jamais. Ce que vous dites, a déjà été dit. Je crois que vous avez toutes les informations concernant les publications des thèses des doctorats des Congolais-Zaïrois-Congolais en cette matière. Si nous en sommes là aujourd’hui, ce n’est pas parce que nous ignorons tout ce que vous dites, mais c’est parce que nous avons choisi de ne pas suivre nos propres ressources et nous avons voulu suivre ce qui permet à mon oncle, ma tante, mon frère de tribu à se maintenir au pouvoir éternellement même si le pays qui l’a porté au sommet de sa gestion en souffre terriblement. J’ai assisté à des situations où, une institution universitaire, a choisi un cousin d’un gestionnaire aux commandes qui n’avait pas le profil recherché et nécessaire au bon fonctionnement de cette structure. Résultat, l’institution en question n’a pas fonctionné comme il faut pendant le mandat de ce chef,cousin de.. et ses objectifs n’ont pas été atteints. Ceci me rappelle l’opération de Zaïrianisation. Alors, au lieu de nous orienter vers les Camerounais, ne continuons pas cette erreur congolaise de ne pas apprécier le plat qu’il a dans son assiette pour privilégier le plat du voisin. Les Bamouns ne sont pas plus que les royaumes congolais (territoire du Congo) qui n’ont pas connu la dictature même si c’étaient des royaumes. Approfondissez bien les études sur le Congo, vous verrez le bien fondé de ma réaction. Que Dieu nous vienne en aide.



MAYOYO BITUMBA TIPO-TIPO [mbtt15042017@hotmail.com] 15/04/2017 10:36:07
Chers Kat Nawej et Elili,

Pour démontrer que des Etats d’Afrique précolonial avaient réussi à mettre en place des mécanismes effectifs pour contrôler et sanctionner le pouvoir du magistrat suprême, là où les Etats d’Afrique moderne échouent piteusement, je pouvais bien puiser des exemples dans le patrimoine politique traditionnel de l’actuel espace Congo-Kinshasa. D’ailleurs, dans mon livre l’Ajustement politique africain. Pour une démocratie endogène au Congo-Kinshasa, c’est dans notre espace national que je puise des exemples. Si je suis allé chez les Bamoun, à travers le reportage diffusé sur TV5Monde/Afrique, c’est pour montrer que le combat que je mène dans le forum « Opinion & débat » de CIC est aussi mené ailleurs par d’autres personnes qui, comme moi, s’interrogent sur notre incapacité à nous Africains contemporains à concevoir et mettre en place des systèmes politiques qui permettraient enfin le contrôle du pouvoir exécutif, surtout celui détenu par le magistrat suprême alors que nos ancêtres étaient capables d’un tel exploit. Il faut offrir d’autres exemples à ceux qui ne sont pas encore convaincus que nos institutions actuelles sont mauvaises et qu’il est temps que nous en prenions conscience afin d’explorer d’autres voies susceptibles de nous affranchir des pesanteurs de la démocratie des singes, celle mise en place par des élites ayant perdu tout repère en matière de gouvernance et qui s’imaginent à tort que la démocratie partisane et conflictuelle est l’unique horizon de notre temps.



Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo [mbtt15042017@hotmail.com] 15/04/2017 10:48:48
Cher kolomabele,

Quand on constate avec raison que « le président américain tremble devant un petit juge à cause de la force de la loi [et] et que le plus grand juge congolais, lui, tremble devant Kabila comme une feuille sous l’ouragan, à cause de la loi de la force », la démarche intellectuelle qui suit logiquement est celle de savoir comment placer Kabila devant non pas la loi de sa force à lui, mais devant la force de la loi comme l’est le président américain. Non seulement les Congolais n’adoptent pas une telle démarche intellectuelle, mais ils ne se posent même pas la question. Quant à votre question sur l’apport du peuple Bamoun dans le processus de démocratisation du Cameroun, vous devez retenir que celle-ci fut d’abord l’œuvre du dictateur Paul Biya et non du peuple camerounais dans son ensemble. Ensuite, ce peuple aurait-il eu la possibilité de faire entendre sa voix que cela n’aurait pas donné de résultat différent de celui de la conférence ou mieux confusion nationale souveraine dans le Zaïre de Mobutu. Et cela pour la même raison. Nous avons perdu nos repères en matière de gouvernance et nous avons développé un syndrome consistant à imiter bêtement les colonisateurs d’hier. Il est temps de prendre conscience de ce fait.



lwilu [leo.luilu@yahoo.fr] 16/04/2017 02:21:50
Ce sujet nous enrichit au plan culturel, cependant le problème du Congo-Kinshasa, reste l’emploi. Si au Congo le système politique ne fonctionne pas, c’est parce que l’économie ne tourne pas ! Les lèche-culs de Kabila ont torpillé les accords de la Saint-Sylvestre, car s’ils quittent les allées du pouvoir, il n’y a pas d’emploi pour eux. Dès lors, ils considèrent leurs postes politiques comme une rente à vie.
Pour chaque Congolais, l’essentiel c’est de vivre dans ce pays dans le bien-être et dans la paix ! Est-ce le cas ? NON ! NON ! NON !
J’ai donné déjà l’exemple d’Alassane Ouattara en Côte d’Ivoire. Il a doublé la capacité de la centrale électrique de Vridi pour attirer les investisseurs, et l’économie ivoirienne est aujourd’hui florissante. Des emplois sont créés et les Ivoiriens fichent la paix à Alassane Ouattara ! Les Congolais sont-ils incapables de faire cela ?
A l’époque coloniale, on considérait que le cuivre ne provient que du Katanga, et le diamant du Kasaï, et l’or de Kilo Moto, et le sucre de Bandundu, et l’huile du Kasaï, et l’étain du Kivu, etc … Avons-nous oublié le cadastre du géologue Jules Cornet et son expression « le Congo est un scandale géologique » ! On trouve aussi du diamant au Bandundu et à Kisangani. Il y’a aussi l’étain au Katanga. On trouve du nickel au Kasaï et au Bandundu. On peut faire de l’élevage dans toutes les provinces. On peut exploiter le pétrole au Bandundu. On peut exploiter le bois à l’Equateur et au Bandundu. Etc
Le successeur de Kabila devra doter chaque capitale provinciale d’une centrale électrique pour mettre l’énergie électrique à la disposition des investisseurs qui veulent exploiter ces richesses naturelles. La relance de l’économie congolaise va demander de la main d’œuvre qualifiée dans toutes les disciplines. Avec quelle conséquence? Les hommes politiques ne s’accrocheront pas au pouvoir car ils retrouveront l’emploi dans le monde économique.
Si les Congolais sont incapables de développer leur pays, alors il faut fédéraliser ce territoire. Et chaque province s’occupera de son propre développement. Sinon c’est la balkanisation inévitable. L’ONU ne peut pas laisser indéfiniment le Congo-Kinshasa perturber le fonctionnement de l’Afrique.



kat Nawej [katnawej@gmail.com] 16/04/2017 15:24:29
Cher Lwilu,
Je conviens avec vous sur la génération et la distribution de richesses. https://www.youtube.com/watch?v=ogDr8gUSkOs
Toutefois, la culture est l’âme de toute organisation humaine. Ce n’est pas pour rien que les entreprises allouent des sommes énormes au renforcement de leurs cultures organisationnelles. Parce que vous parlez de l’électricité, j’ose croire que vous êtes au courant de l’annonce du rachat de l’électricité en Afrique du Sud. Nous qui en produisons et en vendons aux Sudafs nous croupissons dans le noir. Veuillez jeter un coup d’oeil chez les ethiopiens: https://www.youtube.com/watch?v=u8Fcow1oe24. Ils ont une culture de gestion collégiale.



Elili [dibangu@hotmail.com] 16/04/2017 22:02:13
Cher MBTT,

Je vous remercie de tout coeur pour votre réponse à ma préoccupation, et je dois souligner une chose exceptionnelle, qui devra bien devenir une norme, votre réaction a été à la hauteur de votre personnalité. Je souligne : "Vous n’avez pas cherché les intentions"... Ceci dit, je suis d’accord avec vous quand vous faites ce constat: "notre incapacité à nous Africains contemporains à concevoir et mettre en place des systèmes politiques qui permettraient enfin le contrôle du pouvoir exécutif, surtout celui détenu par le magistrat suprême alors que nos ancêtres étaient capables d’un tel exploit". D’où vient cette incapacité ? Du manque de paradigmes ? Du fait d’incompétence intellectuelle ? C’est là que se situe mon intervention. Cette incompétence vient du choix délibérer de faire ce qui n’est pas profitable à l’être collectif, tout simplement parce que je ne veux pas mettre mon oncle, mon cousin, mon ami... sous contrôle, sinon je n’aurai plus d’avantages que j’aimerai rester seul à obtenir. Lorsque j’ai choisi de soutenir un pouvoir injuste, ou corrompu ... ce n’est pas parce que je suis incapable de trouver de modèles de gestions au profit de la majorité des citoyens. Non, je choisis de mettre à la tête de mon pays un pouvoir dictatorial parce que j’ai choisi de le faire pour des raisons personnelles...Je ne fais pas le mal parce que j’ignore le bien, mais je le fais parce que j’en tire profit. Que Dieu nous vienne en aide.



Nono [no2.bay@orange.fr] 17/04/2017 01:17:30
Le papier de Mayoyo, je ne sais pourquoi cette fois, m’a fait penser à Cheik Anta Diop (CAD), sa brillante production et le destin de celle-ci !
Il est le premier (Africain) à avoir savamment démontré que l’Egypte, la mère de toutes les civilisations était « nègre » et que les Africains nègres étaient légitimement autorisés à revendiquer un passé méritant nonobstant leur retard (technique) à l’âge moderne… Et s’il n’a pas particulièrement étudié et démontré les mérites des diverses entités qui la composent aujourd’hui, il a accompli cet insigne exploit de mettre au jour à partir cette matrice d’une « Egypte nègre » plutôt que blanche leur « unité et leur ascendance égyptienne », et du coup a ainsi validé la légitimité de toutes les tentatives ultérieures illustrant la validité de nos sociétés traditionnelles comme celles du récit du royaume de Bamoun.
Cela a ainsi convoqué chez moi deux remarques principales :

1° Je suis de plus en plus convaincu que le problème de l’Afrique et particulièrement de ses élites aujourd’hui est ailleurs que dans sa(notre) « méconnaissance » de nos mérites traditionnels ou du mieux à faire, nous ne « vivons pas » positivement et effectivement notre passé, nous n’avons aujourd’hui aucune culture qui se soucie de manière pratique, efficace et souveraine de notre avenir ! Pourquoi et comment ?
Je disais que dès 1954 CAD avait déjà levé le lièvre de notre noble passé mais 65 ans plus tard les Africains ne l’auraient pas encore attrapé, il sera donc plus fructueux de chercher pourquoi cela et comment cela a-t-il été possible ? Dans « Nations Nègres et Culture » il consacre même un chapitre à la « Naissance du mythe du Nègre » : mythe dans son sens négatif d’une construction intentionnelle de la part du Blanc qui dévalorise le Nègre, mythe double à la fois parce qu’en même temps il explique les ravages du premier sur l’Africain qui s’en aliène. Ce n’est donc pas nouveau sauf que les vieilles bonnes interrogations sont encore d’actualité. Pourquoi et comment ?

2° Mutatis mutandis, l’enseignement pratique à tirer de notre coupable désaffection de nos modèles traditionnels les plus méritants au recouvrement de nos souverainetés, le colon parti, est selon moi, ni un matraquage plaidoyer pour les porter à la connaissance de ceux d’entre les Africains qui les ignoreraient et encore moins un projet théorique qui servirait à rejoindre d’une façon ou d’une autre cette autonomie perdue à travers nos « imitations étrangères » mais d’abord les « pourquoi et le comment de notre abandon ».
Ils concernent, vous vous en doutez l’homme africain dans son penser et son agir quotidiens, la solution possible de les influencer a certes besoin des discours (académiques) qui valorisent notre passé et des textes constitutionnels adaptés qui régissent plus souverainement nos sociétés mais plus que tout cela il nous faut cibler particulièrement le Congolais qui doit « vivre » effectivement ce passé méritant et appliquer les mesures législatives, administratives modernes nécessaires pour fructifier notre passé et le retrouver adapté dans l’avenir…

Comment l’y « conditionner » ? Voilà peut-être le réel défi de nos élites qui passe par les trouvailles qui révolutionnent ce penser et cet agir nouveaux des hommes, du plus haut au plus bas, voilà comment enfin nous capitaliserons bénéfiquement l’exemplaire épopée de Bamoun et de beaucoup d’autres…



Armand [Armand1967leliondejuda@gmail.com] 17/04/2017 08:23:20
Cher Mayoyo Bitumba,
Votre modèle théorique ou stratégique est pertinent en ceci qu’il comporte les caractéristiques propres aux modèles construits en sciences humaines (ou sciences artificielles) à savoir une certaine limite quant à la capacité de prédiction de l’attitude comportementale de l’humain impliqué dans les structures des « contre-pouvoirs ». Nous aurions donc tort de lui attribuer implicitement ou subconsciemment , les capacités prédictives des modèles des sciences exactes(sciences naturelles). En effet, l’humain inséré dans ces « contre-pouvoirs » peut verser dans des attitudes « particratiques » ou « égocratiques » où qu’il soit (Afrique, Europe, Amérique, Asie, Océanie…).
Par ailleurs ces contre-pouvoirs dysfonctionnent dans le contexte d’émergence d’une souveraineté financière plus forte que la souveraineté politique. C’est le cas précis de la Belgique, France, U.E, Canada, Etats-unis où des hors-la loi « cravatés » courent la rue et ont même des promotions. Exemple : José Barroso nommé dans la nébuleuse Goldman Sachs, Jean Chrétien et Bill Clinton dans des firmes minières du sang en RDC, des ministres et magistrats belges dans le cas « Fortis-Bank » ……. Le quatrième pouvoir (à intégrer dans votre modèle stratégique) y joue juste le rôle de « Named and shamed » pas plus. Le peuple souverain finit parfois par sanctionner lors des élections. (Wait and see pour le cas de Fillon et Le Pen en France……).
En ce qui concerne la préhistoire ou histoire congolaise, de nombreux chefs furent enterrés avec leurs épouses, enfants et collaborateurs vivants. Que dites-vous par exemple de M’siri (Quoique tué par les miniers occidentaux ), des cas d’anthropophagie signalés par les prêtres protestants venus d’Angleterre , Tshaka Zoulou etc....
Globalement, votre modèle est admissible en sciences humaines ou artificielles pour autant qu’on lui reconnaisse ses limites implicites ou subconscientes......



lwilu [leo.luilu@yahoo.fr] 18/04/2017 15:54:59
@Kat Nawej
Monsieur,
Nous avons tous appris que le Congo-Kinshasa va désormais importer de Zambie l’énergie électrique pour l’industrie du Katanga ! Croyez-moi, cela signifie que le Congo est entrain de s’enfoncer dans le sous-développement ! Comment avez-vous reçu cette nouvelle, vous qui êtes du Katanga ? Pour moi c’est un choc terrible !
Kabila a roulé les Congolais dans la farine avec ses cinq chantiers (il paraît qu’il devenu boulanger). Ces fameux chantiers devaient apporter à chaque Congolais l’eau potable, l’électricité, les soins de santé, l’enseignement, le transport ! Quel est le bilan ? Un nul énorme ! Le Congolais devrait jouir du bien-être et de la paix, fruit du développement du Congo. Mais aucune statistique n’a indiqué le moindre développement du Congo depuis le 30 juin 1960. Combien de temps cela va-t-il encore durer ?
Relisez mon intervention ci-dessus : c’est clair, il n’y a pas de volonté de Kabila pour développer le Congo-Kinshasa. Et malgré cela, ses lèche-culs déchirent la constitution et les accords de la Saint-Sylvestre pour maintenir Kabila au pouvoir ! La vérité c’est probablement que les Congolais ont un cerveau spécial ! La preuve ? Lorsqu’on a diffusé les images de massacre des villageois du Kasai par les militaires de FARDC, Mende qui est originaire du Kasai avait déclaré que ces images ce sont des montages ! Incroyable ! C’est la preuve que les Congolais n’aiment pas le Congo. Il est temps de balkaniser ce pays !


 

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