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13 Avril 2017

Filimbi : « Bye Bye Kabila », toujours d’actualité

 

La campagne "Bye Bye Kabila" lancée le 19 décembre 2016

Mercredi 29 mars au siège de Wallonie Bruxelles International, le GRIP (Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité) a présenté son ouvrage « Une jeunesse africaine en quête de changement ». Lors de la conférence-débat éponyme, Floribert Anzuluni et Carbone Beni, membres du mouvement citoyen Filimbi, ont expliqué ce qu’ils nomment, avec un humour rageur, la « filimbisophie » : une expression de ras-le-bol face à la mauvaise gouvernance, les violations constantes des droits humains, la corruption endémique, la paupérisation oppressante, l’accaparement et la concentration des richesses par une minorité arrogante devenue une véritable mafia politico-financière qui gangrène les rouages de l’État en RDC.

La genèse de cette publication remonte à juin 2015 suite à une rencontre entre l’équipe du GRIP et trois des cofondateurs de Filimbi : Floribert Anzuluni, Franck Otete et Yangu Kiakwama. Ces derniers avaient débarqué en Belgique quelques semaines plus tôt, après l’intervention musclée des forces de l’ordre, lors de la première sortie publique du mouvement à Kinshasa. A cette occasion, certains membres d’un autre mouvement citoyen, la Lucha (Lutte pour le changement) avaient été interpellés, puis incarcérés pour... « tentative de déstabilisation de l’État » ! Une énième pantalonnade judiciaire d’un régime qui use et abuse de la répression. « Un régime dictatorial qui se maintient par la peur qu’il distille dans la population. Lors de mon incarcération, je subissais des tortures morales et physiques quotidiennes. J’ai été humilié, déshabillé et laissé nu pendant neuf jours ; je suis resté deux semaines sans me laver. Quand, en ces moments-là, on pense à ses enfants, à sa femme ou à sa famille, le défaitisme et l’impuissance vous submergent. Vous ne pensez plus qu’à une chose : abandonner, céder aux faveurs que l’on vous fait miroiter », confie Carbone Beni – les larmes aux yeux...

Tout en s’interrogeant sur l’incapacité chronique des institutions congolaises à défendre leur territoire et à protéger leurs citoyens, les deux « filimbistes » n’ont pas manqué de stigmatiser cette mafia politico-financière qui, pour protéger ses liens et intérêts, prend en otage toute une nation par un verrouillage tous azimuts : multiplication des entraves à l’alternance démocratique ; monopolisation des médias publics ; court-circuitage de toute règle de transparence dans les domaines économique et financier ; cannibalisation du secteur bancaire ; blanchiment institutionnalisé ; opacité dans la création d’entreprises, les affaires immobilières, les investissements, l’octroi des marchés... Un cocktail qui, sous d’autres cieux, aurait déjà provoqué une explosion sociale.

Les balbutiements de Filimbi (sifflet, coup de sifflet - en swahili) remontent aux élections de novembre 2011. Un groupe de jeunes « indignés » (étudiants, sans-emplois, entrepreneurs, cadres d’entreprises...) décide de ne plus se limiter, à l’instar de leurs aînés, aux lamentations, incantations et autres vociférations mortifères devant ce ras-le-bol généralisé. A la manière de lanceurs d’alerte, le groupe prend l’initiative de créer un réseau citoyen visant à prévenir, collecter et dénoncer les irrégularités lors du processus électoral. Hélas ! Faute de moyens, cette action salutaire n’a pu se généraliser sur tout le territoire.

C’est finalement en novembre 2012, malgré la répression, les intimidations, les menaces et les harcèlements continuels des services de sécurité, que le mouvement prend réellement son envol après la prise de Goma, le 20 du même mois, par les rebelles du M23. Pour ces jeunes citoyens du Kivu – déjà choqués par l’irresponsabilité des dirigeants incapables, selon eux, de développer économiquement et socialement le pays tout en s’accaparant de ses richesse - c’était l’humiliation de trop qui symbolisait l’inexistence de l’État, voire sa complicité.

Conformément à l’article 64 de la constitution qui stipule : « Tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation des dispositions de la présente constitution », Filimbi lance une campagne de sensibilisation et d’éveil citoyen auprès des jeunes. En mettant l’accent, notamment, sur des étapes essentielles qui fondent un État de droit : l’alternance démocratique, le respect des prescrits constitutionnels et l’obligation pour les dirigeants de rendre compte de leur gestion.

C’est ainsi que Filimbi a décliné l’invitation de participer non seulement au dialogue tenu du 1er septembre au 18 octobre 2016 sous la facilitation (complication ?) du Togolais Edem Kodjo, mais également à celui organisé sous les auspices de la Conférence nationale épiscopale (Cenco) du 8 au 31 décembre de la même année. Une manière d’inviter la jeunesse congolaise (et pas seulement elle !) à se prendre en charge et à se délier de la versatilité des acteurs politiques et de leurs slogans à « démocratie variable » - selon qu’ils sont au pouvoir ou dans l’opposition.

A la question de savoir qu’est devenu le mot d’ordre « Bye Bye Kabila », les deux orateurs de Filimbi ont répondu en chœur : il est toujours d’actualité, nous allons continuer à sensibiliser et à mobiliser sur l’alternance puisque la prolongation du mandat présidentiel, au-delà du 19 décembre 2016, a violé la constitution et aucun dialogue ne l’a ni stipulé ni reconnu expressément ! Autant dire que le récent dévoiement du compromis chapeauté par la Cenco ne leur donne pas tort...

Polydor-Edgar Kabeya
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1 Réaction

Sulatani la passion du congo [sergentita@gmail.com] 14/04/2017 06:41:06
Franchement je ne suis plus partant pour un autre quelconque dialogue, les résolutions de celui de la Cenco sont meilleures,il suffisait
de les appliquer pour nous puissions voir le bout du tunnel en lieu est place elles ont été sabotées l’une partie (Rassop) ne se reconnait plus dans tout ce qui se fait bref l’accord a échoué faute de volonté politique surtout de la Mp maintenant avant son nouveau chez elle se retrouve dans un cul de sac,impossible d’appliquer un accord ou le Rassop pourtant acteur majeur a levé son pied et là nous attendons parler d’un troisième ronde,combien de dialogue faudra-t-il pour que le pays regagne sa constitutionalité bref le dialogue est devenu une strategie de gagner du temps pour la Mp quu du reste est de mauvaise foi avec kabila il faut employer la méthode forte


 

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