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10 Mai 2017

Gouvernement Tshibala : ce qu’on reverra

 

Wina Lokondo

Bruno Tshibala et ses ministres viennent d’être nommés par Joseph Kabila. Exit le gouvernement Samy Badibanga. Celui-ci aura duré moins de cinq mois. Il entre sur la liste des gouvernements éphémères que le pays a connus depuis l’indépendance, le record de la brièveté (un mois) étant détenu par celui du général Likulia, le dernier du maréchal Mobutu. Celui de Bernardin Mungul Diaka venant sur la seconde marche du podium suivi de celui de Patrice Lumumba (65 jours). Samy Badibanga laisse sa statuette, parmi celles de précédents premiers ministres, dans le jardin de la primature ainsi que sa photo à l’intérieur de son bâtiment principal, voisinant celle de Matata Ponyo, son prédécesseur, et celle de Bruno Tshibala, son successeur. Pour l’éternité. Mais en termes de bilan, son gouvernement est passé comme une lettre à la poste, sans trace, sans action pour la postérité.

Celui de Bruno Tshibala marquera-t-il l’Histoire ? Il y a à en douter vu sa composition. Les kabilistes se sont donnés la part du lion avec, pour eux, tous les ministères importants dirigés par les mêmes personnes, les inconditionnels de Joseph Kabila qui – ils n’en font pas mystère – ne souhaitent pas voir les élections se tenir en décembre prochain – la CENI, leur caisse de résonance, en cherche déjà les arguments justificatifs, dont opportunément les malheureux événements au Kasaï central en plus des habituelles antiennes, les raisons financières et techniques - et se battront pour renvoyer les scrutins à la saint-glinglin. Or, justement, c’est en parvenant à organiser les élections en décembre comme consigné dans l’Accord de la Saint Sylvestre – et si les plaisirs du pouvoir ne l’enivrent pas et que lui-même ne devienne pas aussi un « wumeliste » - que Bruno Tshibala pourra faire entrer son nom dans le panthéon politique du pays comme celui dont le gouvernement aura piloté et réussi la première passation démocratique de pouvoir à la tête de l’Etat. Le laissera-t-on réussir ce pari et à l’échéance convenue ?

D’ici là, nous verrons les mêmes pièces de théâtre que proposent habituellement les Congolais. Les réjouissances d’abord. Les quelques nouveaux nommés seront fêtés, les jours qui viennent, par les « leurs », par les « frères » de leur ethnie ou de leur province. Occasion, pour ces derniers, de signifier ou de rappeler à chaque nouveau ministre qu’il est appelé à les servir, eux, prioritairement. Leur grand nombre parmi le personnel de son cabinet en est souvent le premier signe. Ethnicisme institutionnalisé, collectivement assumé, médiatisé, banalisé. Une inconsciente balkanisation psychologique du pays par les Congolais eux-mêmes. Qui facilitera, s’en étonnera-t-on ?, la balkanisation territoriale que - on nous le raconte souvent - des officines « étrangères » prépareraient. Doit-on accepter l’une et refuser l’autre ?

Il y aura ensuite les gratitudes et les félicitations. Les messages de remerciements à Joseph Kabila inonderont l’espace cathodique, les ondes de radios et la presse écrite venant des « frères » d’ethnie de ministres qui rendront hommage au chef de l’Etat d’avoir hissé un de leurs fils ou de leurs filles à une haute charge nationale ou de lui avoir renouvelé sa confiance en le maintenant au gouvernement. On entendra et on lira également les félicitations des Pdg des entreprises publiques à l’endroit de leur nouveau ministre de tutelle, espérant d’être, par leurs empressées et non désintéressées congratulations, en bonne grâce auprès de ce dernier.

On reverra de nouvelles attitudes très révérencieuses à l’égard de Joseph Kabila par les mêmes qui l’agonisaient de reproches il n’y a pas si longtemps, qui le pointaient du doigt comme le « mal congolais », qu’un certain Joseph Olenghankoy présenta aux Congolais comme un « oiseau migrateur » dont il fallait absolument se méfier. Les salamalecs au « Raïs » s’accompagneront, comme d’habitude, des revirements de langage, comme nous l’ont servi les Yves Kisombe, Germain Kambinga, Thomas Luhaka, Omer Egbake et bien d’autres redoutables antikabilistes d’hier, ministres et enthousiastes kabilistes d’aujourd’hui qui soulignent, à chaque prise de parole publique, que toutes leurs actions posées les sont d’après la « vision ou avec la directe instruction du chef de l’Etat ». Bruno Tshibala et ses ministres du Rassemblement arrivent-ils avec leur propre « vision » (nous la détailleront-ils ?) ou vont-ils mettre en exécution celle de Joseph Kabila – vision qu’on connaît, laquelle a produit des mauvais effets et qui a mis le pays dans sa triste situation actuelle ?

Enfin, on ne manquera pas aussi de revoir les mêmes spectacles de la part de l’éternel ministre de la communication Lambert Mende nous donnant les messages d’un gouvernement qui, très probablement, se réunira rarement car cette rencontre entre ministres, pourtant nécessaire et importante partout ailleurs, n’entre pas dans la conception de la gestion de l’Etat du président Kabila. Lambert Mende dont le rôle de porte-parole doit consister à rapporter à l’opinion ce qui a été (effectivement) débattu et décidé au Conseil des ministres, mais qui, d’après lui, consiste à démentir, et souvent sans convaincre, tout ce qui est dit sur le Congo et ses dirigeants – même lorsque les accusations et les faits sont avérés -, à invectiver l’opposition, à dire tout le mal qu’il pense de la « communauté internationale » qu’incarne la Monusco, un témoin gênant, et à souhaiter son départ, à ruminer la mort de Patrice Lumumba et la vengeance contre ses assassins, à expliquer les affaires criminelles en lieu et place du procureur (comble-t-il l’inexplicable et étonnant silence médiatique des magistrats en RDC, eux pourtant, maîtres de l’action judiciaire ?), à annoncer de prétendus complots régulièrement ourdis contre notre pays, mais dont ils ne citent jamais nommément les noms de conspirateurs ni clairement les lieux où ils se trouvent, à claironner son « nationalisme » que rien n’a jamais prouvé - ni ses propos ni ses actes, ni non plus les actions de sa famille politique dite des « nationalistes ».

On reverra bien d’autres mêmes actions et mêmes comportements, et de la part des mêmes acteurs, qui n’ont malheureusement pas fait avancer le Congo. La crise politique et économique actuelle en est la preuve. Bruno Tshibala orientera-t-il les choses autrement ? Prendra-t-il une autre direction, et une bonne, pour la conduite du pays ? Se montrera-t-il digne d’un proche compagnon et d’un des héritiers politiques d’Etienne Tshisekedi ? Va-t-il finalement matérialiser les idées de l’illustre disparu ? Les trahira-t-il ?

Wina Lokondo
© Congoindépendant 2003-2017

 

4 Réactions

Nono [no2.bay@orange.fr] 10/05/2017 21:49:25
On reverra tout ce que vous dites et tout ce qui le prolonge, cher ami, mais on reverra et entendra aussi les litanies des protestataires dits de l’opposition qui ne brillent point ni par leur lucidité, ni par leur courage ni par leur responsabilité...
On attend d’eux unité et force de propositions pour changer les choses et surtout en ce moment force d’entraînement du peuple pour que celui-ci arrive peut-être à mieux signifier sa révolte, son insatisfaction...
Mais que font-ils et que fait exactement le peuple Congolais ?

Nous ne pouvons en effet continuer à voir jouer et toujours gagner ’JK’ et son sinistre camp au grand malheur de ce pays ? Quand est-ce que patriotes et démocrates de ce pays, plus exactement ceux de son élite politique et intellectuelle joueront-ils peut-être aussi mais au moins gagneront et avec eux le peuple ?
Ou alors il nous faut définitivement désespérer du Congo, mettre de côté l’espoir de son ’développement’ dans les délais prévisibles, totika kaka "Nzambe asala" ignorant hélas qu’"Allah n’est pas obligé" comme avait ainsi intitulé Kourouma une de ses fictions et comme d’ailleurs il est ainsi dit dans les "livres saints’... ?
Pauvre pays !!!



Sulatani la passion du congo [sergentita@gmail.com] 11/05/2017 05:38:56
je salue la qualité de l’analyse du Compatriote Winna et surtout la manière de décrire Mr Mande dont le congo démocratique se souviendra du rôle macabre encore longtemps au point que toute personne portant ce nom risquerait de ruiner son ambition et concernant les questions pertinentes du rôle que devrait jouer Mr Tshibala, de la manière dont il a été nommé ne présage rien de bon ni un avenir meilleur même le Patriarche Tshisekedi n’aurait jamais accepté. Alors d’un type comme ça que pouvons-nous attendre rien du tout, sauf le rappel de ce vieux adage qui dit" quelque soit le nombre d’année passée sous l’eau jamais un tronc d’abre ne s’est transfomé en un crocodile"



Jo Bongos [jo.bongos@msn.com] 11/05/2017 11:14:35
Nkana Wina,

On reverra probablement tout cela. Et certains d’entre nous, ravalant la honte et l’impuissance devant tant d’humiliation collective, et ce, dans une démarche cathartique, nous dirions, comme Agatha Christie : ’’Un peuple de moutons finit par engendrer un gouvernement de loups.’’, ou comme Stéphane Hessel : ’’Je vous souhaite à tous d’avoir votre motif d’indignation. C’est précieux. Quand quelque chose vous indigne, comme j’ai été indigné par le nazisme, alors on devient militant, fort et engagé. On rejoint le courant de l’Histoire et le grand courant de l’Histoire doit se poursuivre grâce à chacun. Si, aujourd’hui comme alors, une minorité active se dresse, cela suffira, nous aurons le levain pour que la pâte lève. ’’

Comment ce peuple autrefois si grand, si fier accepte-t-il aujourd’hui de se mettre à genoux devant des rwandais ?



lokumbaa [alnoch@hotmail.com] 11/05/2017 16:19:11
Bien cher Wina,
La plupart des questions que vous soulevez ont déjà des réponses bien connues.Cette équipe est là uniquement pour un enrichissement personnel,pas pour le bien-être du peuple congolais.Le premier d’entr’eux sera un copier-coller de Badibanga,sans aucune marge de maneuvre et sans aucune autorité devant ses ministres,car sans envergure ni pouvoir réel.
Il fera le béni oui-oui pour se taper du fric et c’est tout.Il a été bien choisi pour sa servilité.Quand viendra le moment de le démettre,au moins sa pauvreté sera oubliée car en ce moment le compte en banque alignera au moins sept chiffres en monnaie forte.Et viendra le suivant.


 

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