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10 Septembre 2017

Pourquoi la machine à voter présentée par Nangaa est plutôt une opportunité à saisir…

 

Des urnes remplies de bulletins entreposées dans un lieu non sécurisé lors des élections de 2011

En RDC, les élections de 2006 et 2011 ont montré que la vraie tricherie commence dès la fin du scrutin avec les fameux centres locaux de compilation des résultats.

Ce qui était fait jusque-là c’est que les différents bulletins de vote ainsi que les procès-verbaux étaient regroupés dans un entrepôt sans aucun aménagement pour protéger ces éléments très sensibles contre les intempéries et les mauvaises manipulations humaines.

En plus, les résultats publiés n’étant pas détaillés par bureau de vote, le seul niveau de détail mis à disposition par la CENI a toujours été ces résultats compilés dans les conditions que l’on sait.

La photo reprise ci-dessus illustre ce qui s’y passait. Bien malin qui pourrait garantir la fiabilité des résultats issus d’un tel désordre…

Lors d’un échange mardi 5 septembre dernier avec les journalistes à la Maison des élections, le président de la CENI, Corneille Nangaa, a présenté une machine à voter qui, selon ses dires, apporterait les avantages suivants : fiabilité, rapidité et réduction des coûts.

Sans savoir si le président a un agenda caché derrière cette solution sortie de son chapeau à moins de 3 mois de l’expiration du délai fixé par l’accord de la Saint-Sylvestre, nous restons convaincus que cette machine à voter peut effectivement présenter les avantages évoqués si certaines conditions sont réunies. Vu comme ça, cette machine à voter peut donc constituer une opportunité pour des élections plus transparentes dont les résultats pourront être plus facilement contrôlés et publiés rapidement.

Un vote plus fiable

Une des faiblesses des scrutins de 2006 et 2011 c’est le manque de transparence dans le processus entre les dépouillements dans les bureaux de vote et la publication des résultats compilés dans les centres locaux de compilation des résultats.

Il suffit de revoir les images du capharnaüm que représentaient des centres locaux de compilation pour se rendre compte de l’impossibilité de recompter les voix ou recalculer les résultats d’une circonscription lorsque les résultats publiés sont contestés.

Avec la machine à voter, tout commence par le fait que les bulletins de vote ne sont pas pré-imprimés. Il n’existe aucun papier avant le vote. C’est au moment du vote sur une machine qu’un bulletin sort de l’imprimante de la machine avec le vote apparent qui vient d’être effectué pour que le bulletin soit glissé dans une urne.

A la fin des votes, les membres du bureau de vote procèdent à 3 opérations en présence des témoins :

- Dépouillement électronique : la machine à voter imprime le résultat électronique issu du scrutin en autant d’exemplaires qu’il y a des témoins.

- Après ce dépouillement électronique vient le dépouillement physique qui se fait avec les bulletins sortis de la machine à voter et les deux résultats doivent absolument être identiques.

- Si tout est correct, on peut poser un scellé sur l’urne dont les résultats ont été validés électroniquement et physiquement, et les différents témoins signent les procès-verbaux. Vu que les bulletins sont plus petits et ne ressemblent plus à ces "livres" connus en 2011, leur conservation prendra moins de place et pourra se faire dans des armoires plus compacts, ignifuges et sous scellé loin du capharnaüm de 2011.

Avec un tel scrutin, lorsque les résultats sont publiés, il n’y a aucune raison que la ventilation par bureau de vote ne soit pas faite vu que la compilation se fait de manière électronique aussi. Chaque état-major de parti politique aura donc le loisir de pouvoir vérifier la fiabilité du total publié en le confrontant à un total effectué sur base de leurs propres copies des procès-verbaux électroniques et physiques.

Présenté comme ci-dessus, nous pourrions avoir un vote en effet plus fiable qui offre plusieurs niveaux de contrôle. On gagne le temps avec le vote et la compilation assistée par ordinateur et les résultats publiés par l’ordinateur sont confrontés au résultat du dépouillement physique.

Un vote plus rapide

La rapidité dont on parle ici sera plutôt constaté par le court délai entre la fin des votes et la publication des résultats. Nous nous rappelons tout ce que ce long délai dans les scrutins passés a pu provoquer comme tension et occasion de tripatouillage des résultats dans les différents centres locaux de compilation des résultats.

Par contre, vu la nouveauté de ce système, il faudra plus de temps pour faire la réception du matériel, faire des tests de conformité et de fiabilité, et enfin former le personnel des bureaux de vote.

Il pourrait aussi y avoir un peu plus de temps pour assister les citoyens qui ne sont pas habitués avec les outils informatiques au moment du vote, mais la différence n’est pas énorme entre ce temps et le temps pour assister les personnes analphabètes ou en difficulté avec la vue au moment d’un scrutin avec de bulletins en papier.

Une réduction des coûts

La notion de réduction des coûts n’est pas évidente. Aussi, une réduction n’est possible que quand les coûts des deux systèmes de vote sont connus et peuvent être comparés. Etant donné que nous n’avons pas tous ces éléments, il revient à la CENI de prouver que ce mode de scrutin va effectivement coûter moins cher.

Nous allons essayer de l’approcher avec les éléments en notre possession, car en cette matière il existe plusieurs coûts cachés qui ne sont visibles que par les agents de la CENI.

Le temps étant également un facteur qui pèse sur les finances d’une élection, on peut déjà dire que le fait de s’appuyer sur les ordinateurs pour compiler les résultats en un temps de record, il y a déjà un gain qui peut être quantifié financièrement.

La commande des bulletins de vote et leur expédition dans les différents bureaux de vote est également un poste budgétaire énorme pour les élections. Le fait d’éliminer ce facteur fera sûrement économiser de l’argent, argent qu’il faudra en même temps dépenser pour acheter les machines à voter avec tous leurs accessoires : imprimante, onduleur, générateur électrique et équipements télécoms pour la connexion au site central de la CENI.

Avec un peu plus de sérieux, ce matériel pourrait servir pour au moins 3 scrutins et durer 10 ans. SI cette prouesse est réalisée (réalisable ?) le gain et encore plus évident car la commande effectuée pour les élections de 2017 servira pour les élections 5 ans après, puis 10 ans après. Ça revient à étaler dans le temps l’usage du matériel et procéder à l’amortissement de ce matériel comme le font toutes les organisations du monde.

Conclusion

Dans cet article, nous avons volontairement omis d’être très technique, notamment lorsque nous avons parlé de la fiabilité, car il y a encore d’autres moyens de se baser sur la technologie pour corser les choses et éviter de tomber dans les pièges qui seront tendus par les concepteurs de la fraude massive basée sur la machine à voter :

- Imposer un fichier log détaillé issu de la machine à voter qui pourra attribuer un numéro séquentiel unique aux bulletins qui en sortent et retracer le vote ;

- Imposer que le logiciel utilisé sur la machine à voter et le serveur central soit signé électroniquement et que l’empreinte de la signature électronique du programme utilisé sorte de manière apparente dans les PVs électroniques pour une contre-vérification avec des clés publiques publiées par la CENI ;

- Imposer un fichier log issu du serveur qui servira pour compiler les résultats ;

- Imposer que soit publié et distribuer aux différents états-majors un fichier des résultats détaillé par bureau de vote pour leur permettre de faire des contre-vérifications.

Comme on peut le voir, au lieu de se limiter à adopter une posture purement politique basée sur la suspicion légitime à l’égard de l’actuelle direction de la CENI, les différents acteurs politiques et de la société civile devraient plutôt saisir cette opportunité pour fiabiliser le scrutin et imposer les contrôles de premier niveau (et plus ?) en s’appuyant sur des outils et des méthodes que le mode de scrutin connu jusqu’ici ne permettent pas.

Patrice Mputu
© Congoindépendant 2003-2017

 

3 Réactions

Belewono [belewono@yahoo.co.uk] 13/09/2017 05:54:12
A Patrice Mputu

https://www.youtube.com/watch?v=DxXCs6z1oxE



Evolution [kilandi_mata@yahoo.fr] 15/09/2017 10:11:14
C?est édifiant cet article. L?opposition ne doit pas que voir du noir dans tout. Il faut constituer une équipe de techniciens informatiques pour bien gérer ensemble les votes avec ces machines.
De l?autre côté, la CENI doit être clair sur le fournisseur et la disponibilité de ces machines.



Nono [no2.bay@orange.fr] 15/09/2017 12:12:41
Cher Compatriote Mputu,

A votre niveau, vous n’êtes pas sans savoir que la principale critique qu’appelle votre décryptage est que celui-ci est « hors-sol », et partant on ne peut que se demander si il ne participe pas consciemment ou inconsciemment de la propagande de la Ceni (en fait le pouvoir) qui du jour au lendemain s’est entiché de nous l’imposer sans crier gare !
« Hors sol » veut dire que le débat se situe ici non sur l’utilité, la légalité et même la faisabilité d’un vote (semi)électronique dans l’absolu, non pas tant sur le gain de temps, l’économie au budget qu’il apporterait ou même pas sur les opportunités de tricherie qu’il peut représenter en général mais que tous ses possibles avantages et inconvénients ne peuvent être utilement posés sur la balance que dans le cadre d’une discussion sereine, loin des pressions et nécessités d’un processus déjà en cours !

On ne peut débattre utilement et éclairer les politiques et l’opinion en même temps en extrapolant le cas propre du Congo à des considérations d’ordre général comme en vantant le ?génie propre? de notre fameuse « machine à voter » en tant que telle sans considérer l’usage complet qu’on en peut faire chez-nous…
Notre environnement politique, vous le savez bien est truffé chez-nous d’un côté de velléités de « n passage en force » et de l’autre de « méfiance légitime »…
Alors quel observateur attentif et honnête, je veux que vous en soyez un, n’aurait raison de craindre que la technique ne vienne ici offrir une bienheureuse béquille à une Ceni ouvertement inféodée au pouvoir avec des raisons évidentes de retarder et de fausser le processus électoral étant déjà hors-mandat depuis presqu’un an et quel analyste serait louable à vanter les mérites du vote (semi)électronique sans tenir compte de ce contexte ?


 

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