Le viol utilisé comme arme de destruction des populations
Photo MSF
Un documentaire sur le viol au Kivu, diffusé jeudi 15 novembre, par Arte a ému plus d’un spectateur tant congolais qu’étranger. Dans son édition datée du dimanche 18 novembre, l’hebdomadaire parisien "Journal du Dimanche" publie un long reportage sur le viol dans la province du Nord-Kivu.
« Le viol, une arme de guerre au Congo ». C’est le titre d’un reportage réalisé par l’Allemande Susanne Babila, diffusé jeudi 15 novembre sur la chaîne franco-allemande « Arte ». Le documentaire donne la parole aux victimes de ces atrocités. Elles sont de tous les âges: enfants, adolescentes, adultes, voire seniors. Elles connaissent parfaitement le mode opératoire de leur calvaire. « Un homme vous tient les mains, l’autre les deux jambes et le troisième vous plaque sa main sur la bouche », explique l’une d’elle. Et d’ajouter:« Quand vous avez un peu de chance, ils vous abandonnent après vous avoir violée, sinon, ils vous torturent ensuite à l’aide de bouts de bois, puis vous vous mettez à saigner ». Plus généralement, leurs histoires se résument à une attaque nocturne des hommes en armes blanches qui débarquent dans le village. Ils pillent. Ils battent les enfants. Les filles et les femmes sont violées, torturées ou emmenées comme esclaves sexuelles. Des récits insupportables comme celle de Ndamosu, 70 ans, qui est grièvement blessée à la tête et au bas ventre. Elle a été violée par cinq hommes, son mari et ses cinq enfants tués par balles. Ntakobajira, 30 ans, enlevée, violée par plusieurs hommes pendant 1 an, avant de s’enfuir. De même cette adolescente de 18 ans qui a subi des violences sexuelles pendant 3 ans et à qui on a enlevé son fils. Le cas de Elisa, 10 ans, choque. Cette fillette violée a subi de graves lésions qui a nécessité l’ablation complète de son organe génital. «Elle ne pourra jamais être mère », commente le médecin chef de l’hôpital de Panzi - où sont recueillies les victimes, Denis Mukwege Mukangere, qui explique : « Nous soignons 10 femmes par jour, soit 3 000 à 3 600 par an, pour cas de viol. Parmi elles, 1 000 à 1 200 doivent subir une intervention chirurgicale majeure.» Ces agressions sexuelles sont accompagnées d’une très grande violence, explique l’équipe soignante. Il convient de signaler que les personnes violées sont souvent rejetées par les autres membres de la communauté. Elles vivent avec la hantise que les violeurs reviennent la nuit. Ce qui a amené le député belge (MR) Daniel Ducarme a demandé une « refonte urgente » de l’ordre judiciaire congolais pour que «ces crimes ne demeurent pas impunis». En plus tonne ce député, «il est inadmissible d’abandonner ces femmes meurtrie après les premiers soins". Ducarme plaide pour un renforcement des moyens des hôpitaux et pour une reinsertion sociale efficace des victimes. Ce drame humain qui prévaut à l’est de la RD Congo est connu de tous. Les auteurs présumés de ces agressions sont dans la majorité de cas identifiés. Ils sont issus notamment de l’armée régulière, des mutins ralliés au général déchu Laurent Nkunda, des miliciens hutus rwandais. La Mission onusienne en RD Congo, forte de 17 000 hommes, déplore le manque des moyens pour protéger les civils : « Je ne dispose que de trois bataillons, soit un soldat pour 143 kilomètres», affirme le commandant local. «Ne pas réagir s’apparente non seulement à l’hypocrisie mais à un acte coupable», réagit Ducarme.
Tout manque
Le député souhaite que la Belgique s’investisse dans le concret. «Vouloir établir un Etat de droit et la garantie de respect des droits humains» est louable, clame-t-il avant d’ajouter: "Mais il faut que cela s’accompagne d’actes.» Dans cette perspective, le député Ducarme a posé vendredi 16 novembre une question orale au chef de la diplomatie belge, Karel De Gucht, ayant pour objet : « Urgence d’une intervention déterminée et organisée de la communauté internationale contre les viols commis au Congo (Bukavu)». L’intensification de combat ces dernières semaines dans la région a jeté sur les routes un grand nombre de déplacés, surtout des femmes plus vulnérables au harcèlement sexuel. A tout considéré dans ces agressions sexuelles, il y a plus la volonté de détruire toute une population que le simple recherche de plaisir. Dans son édition datée dimanche 18 novembre, l’hebdomadaire parisien "Le journal du Dimanche" (JDD) publie un poignant reportage de son envoyé spécial au Nord Kivu, Alain Malo. Sous le titre "Congo, la tragédie oubliée", le journaliste rapporte les témoignages de plusieurs femmes violées. En guise de sous-titre, on peut lire ces mots : "500 000 déplacés et des viols par milliers. Au coeur de l’Afrique, le Nord Kivu vit un drame humanitaire. Une guerre passée sous silence". Le journaliste relate : "Dans le conflit du Nord Kivu, le viol est une arme. Un moyen de se venger". Alain Malo a visité plusieurs camps où sont recueillis les déplacés. C’est le cas de Mugunga et du Lac Vert. "Les latrines ont débordé", écrit-il citant le "président du comité des déplacés" qui lui a montré une immense mare noire d’où se dégage une "odeur insoutenable". Le journaliste poursuit : "Un peu plus loin, une vieille grand-mère à bout de forces exhibe une plaie purulente à la jambe. (...). Des gamins quémandent un savon, de la nourriture, une bâche en plastique pour protéger leurs habitations des averses violentes qui s’abattent sur la région. Tout manque. (...). L’aide alimentaire peine à arriver". Après avoir constaté que "la vacance du pouvoir est patente" dans cette région congolaise, Malo de rappeler que lors des élections de l’année dernière "Laurent" (Sic!) Kabila avait promis de restaurer l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire. Pour l’envoyé spécial du JDD, l’annonce reste une "vaine promesse". Des observateurs internationaux redoutent une reprise des hostilités compte tenu de l’ "intransigeance" de Joseph Kabila qui a lancé une "offensive de grande ampleur" contre les positions de Nkunda. "Ce serait un véritable désastre", estime un responsable du MSF cité dans le journal. L’implication récente des Etats-Unis et l’accord signé à Naïrobi entre le Rwanda et la RD Congo suscitent un certain espoir, conclut Alain Malo.