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22 Juillet 2012

Kagame est «un paralytique». Relativisons-le !

 

Mbelu Babanya Kabudi. Photo CIC

Les annexes du dernier rapport des experts de l’ONU publié le 04 juin 2012 ont presqu’anéanti Kagame. Ses mensonges ne lui seront plus d’un grand secours. Ils le rendront de plus en plus ridicule. D’ailleurs, Kagame est « un paralytique » que nous devrions relativiser pour penser un peu plus aux questions beaucoup plus sérieuses d’intégration économique et politique pour notre sous-région. La lutte pour la mise sur pied des organisations sous-régionales (efficaces) d’intégration panafricaine devrait se mener concomitamment avec celle de la mise hors d’état d’agir de toutes « les petites mains du capital ». L’Amérique Latine devrait nous inspirer. Elle y arrive tant bien que mal.

Depuis le début de la tragédie des Grands-Lacs (vers les années 1990), au fur et à mesure que les années passent, le danger de falsifier l’histoire de cette sous-région semble devenir imminent. Les annexes du dernier rapport des experts de l’ONU ont tellement mis le Rwanda de Paul Kagame sur le devant de la scène que le risque d’oublier que Kagame est « un paralytique » devient grand.

Ce risque est tellement grand que plusieurs compatriotes se limitent à commenter l’actualité de notre sous-région quotidiennement sans la fonder sur certaines sources mieux informées au sujet de notre commune tragédie. D’où l’importance de rappeler certaines « confidences » pouvant éclairer notre compréhension de cette tragédie.

En août 2008, faisant allusion au silence de Paris sur les accusations portées à son encontre par Kagame, Denis Sassou Nguesso, le président du Congo-Brazzaville, confiait à Pierre Péan cette parabole : «Quand le paralytique assis au pied d’un manguier joue avec des feuilles vertes, c’est qu’il y a quelqu’un dans l’arbre qui les lui a jetées. Sinon, il ne joue qu’avec des feuilles mortes !» Et d’ajouter : « Il suffirait à Paris de dire à ses «amis» les protecteurs de Kagame - les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et Israël - de calmer un peu leur protégé pour que les attaques cessent !» Contrairement aux apparences, Kagame jouit toujours de cette protection, même si ses murs de fissurent de plus en plus. Et il est difficile de parler de Kagame sans faire allusion à Joseph Kabila. Sassou en parle aussi dans sa « confidence » à Pierre Péan. Il dit : « …ce jeune Kabila, président du Congo voisin : « venu de nulle part, en quinze jours il a eu les honneurs de Paris, Bruxelles, Londres et Washington…Joseph est un cheval de Troie du président rwandais. Officiellement, pendant la journée, il s’oppose à Kagame, mais la nuit tombée, il marche avec lui… » (P. Péan, Carnages. Les guerres secrètes des grandes puissances en Afrique, Paris, Fayard, 2010, p. 531) Le dernier huis-clos organisé en marge de la conférence d’Addis Abeba en dit long sur cette complicité.

Perdre de vue cette double réalité peut constituer un handicap sérieux à la sortie de la guerre d’agression et/ou des « crimes organisés en Afrique centrale. »
Pour rappel, au Tribunal Pénal International pour le Rwanda, ce sont les USA et ka Grande-Bretagne qui ont tout fait pour que les crimes commis par les membres du FPR, proches de Paul Kagame, ne puissent pas être jugés. Ces deux pays se sont battus becs et ongles pour que la Procureure de ce TPIR, Carla Del Ponte, puisse en être défenestrée. (Lire à ce propos F. Hartmann, Paix et châtiment. Les guerres secrètes de la politique et de la justice internationales, Paris, Flammarion, 2007 et C. Del Ponte, La traque, les criminels de guerre et moi. Madame la Procureure accuse, Feltrinelli Editore, Milan, 2008).

Dernièrement, ce sont les USA qui ont failli bloquer la publication des annexes du rapport des experts de l’ONU sur le soutien du Rwanda aux rebelles du M23 (publié le 04 juin 2012).

Ce rappel nous semble important dans la mesure où il peut guider les différentes actions des compatriotes et de leurs « amis » soucieux de mettre un terme au gangstérisme économique rongeant notre pays depuis les années 90. Il est important que nous sachions qu’en menant des actions diplomatiques et/ou militaires contre le Rwanda de Paul Kagame, ce n’est pas seulement à cet individu que nous nous en prenons mais aussi à ses parrains et à « leurs chevaux de Troie ». De cette perception des choses pourrait (aussi) dépendre l’efficacité de ces actions. Nous devons toujours faire très attention ! Une bonne connaissance du mode opératoire des parrains de Paul Kagame nous semble indispensable à la quête des issues à la guerre d’agression imposée à notre pays.

Prenons un exemple. Pourquoi, dès que Kagame est pris la main dans le sac, après la publication du dernier rapport des experts de l’ONU, une proposition d’une force neutre d’interposition est aussitôt proposée à nos frontières sans que nous sachions qui va réellement la prendre en charge ? Les parrains de Kagame savent pertinemment bien que la déstructuration du Congo (RD) ne vient pas que de l’extérieur : le ver est dans le fruit. Donner l’impression que le Rwanda de Kagame s’est calmé n’empêchera pas « aux chevaux de Troie » de poursuivre leur œuvre de « destruction créatrice » à l’intérieur de notre pays. Il ne serait pas exclu que la présence de cette force dite neutre à nos frontières puisse contribuer à la neutralisation de toute résistance intérieure orchestrée contre les « chevaux de Troie » de cette œuvre diabolique.

La lutte est âpre. Elle doit être conduite avec intelligence et sagesse. A un certain moment, elle devra dépasser la réduction du Rwanda à « ces tueurs tutsis au cœur de la tragédie congolaise ». Il appartiendra aux meneurs intelligents et sages de cette lutte d’en décider. Pourquoi ? Pour une raison simple : le gangstérisme économique est une lutte menée par le capitalisme sauvage contre toute forme de solidarité et coopération entre les peuples (du Sud et même du Nord). Et ce capitalisme a plusieurs visages. Les USA sont un ensemble de plusieurs Etats fédéraux. L’UE est un ensemble de 27 pays. La Chine , c’est un milliard et demi d’habitants. Continuer à croire que le Congo, avec ses 60 ou 70 millions d’habitants, doit pouvoir faire éternellement face à ces « partenaires extérieurs » plus peuplés et coordonnant souvent ensemble leurs actions, nous semble être une étroitesse de vue. Voilà pourquoi la lutte contre le gangstérisme économique entretenu par le capitalisme sauvage doit être mené sur fond d’un panafricanisme des peuples (promouvant la solidarité, la coopération et la justice sociale.) Cela peut se faire concomitamment. La tendance la plus facile serait de croire qu’il y a lieu de mener une lutte après une autre. Il serait plus facile de débarrasser le Congo de ses « chevaux de Troie » et de ses ennemis extérieurs avant de penser aux alliances sous-régionales et à l’intégration économique et politique. La voie la plus facile ne semble pas être la plus efficace. Cela d’autant plus que le capitalisme sauvage règne là où, souvent, par ses « petites mains », il divise.

Et puis, pourquoi ne pourrions-nous pas nous inspirer de l’exemple de ces pays capitalistes ? Comment ?

Au jour d’aujourd’hui, malgré l’importance de leurs budgets militaires, ils ne savent plus « agresser » « leurs ennemis réelles et/ou imaginaires » en solitaire.
Plusieurs pays se mettent ensemble au sein de l’OTAN pour agir. Ou ils instrumentalisent l’ONU et ses casques bleus. Tous ces pays savent qu’une union intelligente et sage fait la force. Sur ce point, nous pourrions les imiter.

Si nous ne voulons pas nous inspirer de l’exemple de ces pays, il y a celui de l’Amérique Latine. Les progrès du socialisme du XXIème siècle coïncident avec ceux des organisations d’intégration régionale. Au jour d’aujourd’hui, l’Amérique latine et les Caraïbes ont, au nombre des organisations d’intégration régionale, l’UNSASUR (Organisation supranationale rassemblant l’ensemble des Etats sud-américains fondée en 2008), la CELAC (Communauté des Etats latino-américains et caribéenne, fondée en 2011) et l’ALBA (Organisation régionale, fondée en 2005 et impulsée par le Cuba et le Venezuela et élargie notamment à la Bolovie, l’Equateur et le Nicaragua). Ces organisations régionales aident les pays de l’Amérique Latine et des Caraïbes à résister contre le contrôle capitaliste des espaces géopolitiques et géostratégiques et à assurer, tant soit peu, le bonheur collectif partagé. Elles s’efforcent d’être fondées sur la solidarité, la coopération et la justice sociale (et non sur la compétitivité et la concurrence comme les pays capitalistes).

Les efforts d’intégration économique et politique peuvent être les lieux de l’apprentissage du vivre-ensemble. Celui-ci n’est pas une génération spontanée. Il adviendra au fur et à mesure que les constitutions démocratiques des pays de la sous-région pourront promouvoir la pratique de la liberté, de la justice et de l’égalité dans le respect de la dignité humaine. Les routes et les autoroutes de la communication et de la télécommunication peuvent sérieusement y aider.

Mbelu Babanya Kabudi
© Congoindépendant 2003-2013

 

7 Réactions

Lokumu Ekolo [lokumuekolo@gmail.com] 22/07/2012 23:01:16
A tous ceux qui pensent que le capitalisme dans son fonctionnement actuel a de l’avenir se trompent. Aujourd’hui nous sommes tous témoins de ses limites. Ceux qui ont des yeux (spirituel supportez le terme) se rendent compte que c’est de l’escroquerie d’une minorité en défaveur des peuples. Nous avons besoin des prophètes (encore une fois supportez le terme) pour lire les signes des temps et anticiper le type de système du futur qui réponde véritablement aux besoins des indignés du capitalisme d’aujourd’hui dans sa forme actuel dont le nombre ne cesse de s’agrandir. Puisque les Africains paient le prix de ce système, il est important que pendant sa lutte pour son émancipation d’initier en meme temps des combinaisons du futur. Ceux qui ont suivi le discours et les préoccupations du président Zuma en Afrique du Sud liront aussi ces signes de temps. Et si la RSA tient c’est parce l’ANC est au pouvoir. Ce qu’elle sera demain personne ne sait et c’est à parier.

Merci encore Mbelu. Vous avez une vision non naïve mais pragmatique et prophétique (Excusez-moi je voulais dire anticipative). A ne pas censurer S.V.P
Salutations patriotiques.



VUATA [mvuatambon@voo.be] 23/07/2012 12:44:03
Je ne le répèterai jamais assez : le Congo paie très cher ses orientations et ses choix pro-occidentaux !



Nkwa Ngolo Zonso [nkwangolozonso@yahoo.fr] 23/07/2012 13:00:31
Le panafricanisme n’est nullement la solution à nos problèmes actuels. Sur le plan de la misère généralisée, il convient de noter que le Congo est potentiellement plus riche que le Botswana et le Ghana, pour ne citer que ces exemples. Dans ces deux pays, les populations vivent de loin mieux que les Congolais. Cela signifie que rien qu’en passant de la mauvaise à la bonne gouvernance, les Congolais pourraient vivre de loin mieux que les Botswanais et les Ghanéens. Au chapitre de l’agression et de la balkanisation, on retiendra d’abord que le fait d’être membre de la CPGL avec notre agresseur, le Rwanda, ne protège pas notre pays. Ensuite, le fait d’être membre de la SADCC, organisation sous-régionale à laquelle ne fait pas partie l’agresseur, n’a pas poussé les autres Etats membres de la SADCC à se montrer solidaire de notre pays.

C’est depuis les années 60 que l’idéal panafricaniste a été concrétisé avec la création de l’OUA. Depuis lors, plusieurs regroupements sous-régionaux ont vu le jour. De même que l’OUA, aujourd’hui UA, les regroupements sous-régionaux africains sont financés par l’Union Européenne et d’autres bailleurs extérieurs. A quelques rares exceptions, les peuples ne savent même pas à quoi ils servent.

Par ailleurs, quand on parle de « notre sous-région », il y a lieu de se demander où commence celle-ci et où elle se termine, quand on sait que notre pays fait déjà partie de plusieurs regroupements sous-régionaux qui, en plus, ne nous apportent rien.

Les regroupements sous-régionaux sont importants parce que les Etats-Unis, par exemple, sont un ensemble de plusieurs Etats fédéraux ? Oui, mais le Congo peut aussi le devenir. Le capitalisme sauvage entretient un gangstérisme économique ? Oui, mais pas seulement au Congo. Cela est aussi valable en Belgique où des milliers de Congolais, y compris Mbelu lui-même, mangent tranquillement la semoule et le spiringue, preuve que ce gangstérisme n’empêche pas qu’on se sente, en Belgique, bien mieux qu’au Congo.

Panafricanisme des peuples à la place de celui des dirigeants ? Oui, mais cela ne sera possible que quand les pouvoirs africains appartiendront aux peuples ou quand les chefs d’Etat africains rendront enfin des comptes à leurs peuples. Un parti sans démocratie interne ne peut diriger démocratiquement un pays une fois arrivé au pouvoir. De même, des Etats dirigés par des potentats ne peuvent construire un regroupement sous-régional viable. Commençons donc par trouver comment remettre le pouvoir au peuple.





moise jeremie [jmavubi@yahoo.fr] 23/07/2012 13:33:27
Cher Mbelu:
Merci pour cette analyse tres pertinente. J’ai comme l’impression que nous, les Africains, nous ne savons pas imiter les bonnes choses a cause de notre egoisme et egocentrisme a outrance. Par exemple, les peuples des 27 pays de l’UE peuvent circuler librement dans chacun de ces pays sans trop de tracasseries de visa et pourboires. Mais nous ici en Afrique, les unions que nous fondons ne sont que de la poudre aux yeux des pauvres populations pendant que les gouvernants dilapident toutes les ressources des pays. Par exemple, la RDC est membre de la SADC, du COMESA, etc, mais quelles dividendes en tire la pauvre population congolaise? Pour aller en Zambie, en Afrique du Sud, c’est un vrai calvaire; et meme pour entrer en Uganda, il faut debourser cinquante dollars americains (US $ 50). Ou est le serieux dans nos regroupements regionaux? Quel benefice en tire la pauvre population?
Pour ma part, je crois fermememt que nos gouvernants, particulierement ceux de la RDC (a tous les niveaux) sont des sadiques, des individus TRES CYNIQUES, si cyniques que l’une des meilleures solutions a entreprendre, c’est de les chasser, les extirper a la maniere des tunisiens et des egyptiens. Nous en avons la force; c’est la bonne volonte qu’il nous reste a avoir.



bbs [bbensita@gmail.com] 23/07/2012 21:05:26
Je suis d’accord avec votre analyse. Est-ce que les anglo-saxons sont pour le Rwanda et contre le Congo? Votre analyse donne un élément de réponses. Ils sont pour les richesses de l’Afrique en général et du Congo en particulier. Accepteraient-ils une forme de Balkanisation du Congo? Je doute que cela soit l’agenda des multinationales travaillant au Congo dans la clandestinité la plus totale. Quand on connait la liberté d’actions dont jouissent les multinationales occidentales, on ne peut pas penser que ce qui se passe au Congo soit décidé dans le bureau du président Américain. Qui finance l’achat d’armes? L’état Américain? Sous quel chapitre? Autant Elf a joué un rôle important dans la déstabilisation de Lissouba autant les multinationales occidentales pourraient soutenir une forme d’instabilité nourrie par la cupidité des uns et la médiocrité des autres. Ceci étant votre analyse porte sur des solutions au problème du Congo. Comme toujours les solutions passent par l’impact des Congolais sur la scène internationale et nationale. Ici n’est pas le lieu de décliner la profession de chacun d’entre nous. Mais pour ceux d’entre nous travaillant comme gestionnaires des affaires internationales ou professeurs d’universités ou gestionnaires d’intérêts économiques, il y a une évidence qui saute aux yeux. Les Congolais sont relativement moins représentés que d’autres nationalités Africaines dans les cercles internationaux, universitaires et managériaux. Nous perdons la guerre d’influence sur notre continent et partout ailleurs car emportés souvent par des questions subalternes, célestes et de survivance à la misère qui tenaille nos familles respectives. Notre impact international a beaucoup diminué en qualité et en quantité. Notre élite est vieillissante, décadente et inadaptée aux questions de l’heure. Notre structure intellectuelle s’est effritée avec l’apparition de la génération Kitendi et Ndombolo. Notre vrai défi est de reconquérir le terrain perdu. Cela prendra du temps après un gâchis qui a commencé au milieu des années 1975. Nous avons un déficit énorme par rapport à la taille de notre pays. Si le Congo devrait repartir aujourd’hui il lui faudrait une politique d’immigration comme le Canada en a un. Les Congolais ne réalisent souvent pas que la prise de pouvoir par Kabila est une manifestation externe de notre vieillissement intellectuel. Kabila aurait eu du mal à exister devant des illustres personnages politiques, culturels, intellectuels et diplomatiques des années 70. La question n’est pas Kabila ou Kagame. La question c’est nous, nos enfants et le Congo d’ici à 30 ans. De toutes les façons que Kabila tombe ou reste pour quelques temps, je ne vois pas par quel moyen nous allons combler notre déficit économique, financier, inventif et intellectuel dans les 10 ans à venir car notre système éducatif est à plat et notre imaginaire porté sur la satisfaction immédiate.



Lontonga [lontonga@yahoo.fr] 24/07/2012 00:23:54


Runiga veut prendre les congolais pour ses imbéciles.Monsieur Runiga ,cette fois ça ne passera pas.Runiga parle d’inovation par rapport à la gestion de Kabila tout en recourant au mensonge méthodique et sempiternel des mouvements politico-militaires au Congo-Kinshasa.Runiga, personne ne vous attend
chez nous.Le CND,leRCD et l’Afdl tous précurseurs du M23 dont tu es le porte-parole font partie de la MP.Vous vous retrouvez dans tous les organes de l’État-MP-PPRD-RCD-CNDP.Si Ntaganda est général trois étoiles,c,est en vertu des accords que vous évoquez!Déo Ruguiza vous represente à l’Ofida mais que cherchez-vous cher Runiga?La personne qui vous envoie au front avec Kagame,Kabarebe,Kayonga,Kanambe :
Monsieur Ruberwa n’a qu’à attendre son moment.Vous le cachez, mais nous sommes tous au courant que c’est Ruberwa votre futur Président.C’est lui qui fait tout financièrement avec Kabila.Arrêtez des mensonges frères tutsi.



BOMA OMENA Henri [henriboma@hotmail.com] 25/07/2012 03:55:55
Alors que je pensais avoir lu une nouvelle péjoration envers le « panafricanisme » dans la réaction de l’Internaute NNZ alias MBTT, celui termine sa réaction en dissipant ma crainte. Il écrit désormais : « PANAFRICANISME DES PEUPLES A LA PLACE DE CELUI DES DIRIGEANTS ? OUI, MAIS … »

Ne désespérons donc pas, continuons le combat même si le très distingué et inégalé MBTT alias NNZ nuance son approbation : « PANAFRICANISME DES PEUPLES A LA PLACE DE CELUI DES DIRIGEANTS ? OUI, MAIS CELA NE SERA POSSIBLE QUE QUAND LES POUVOIRS AFRICAINS APPARTIENDRONT AUX PEUPLES OU QUAND LES CHEFS D’ETAT AFRICAINS RENDRONT ENFIN DES COMPTES A LEURS PEUPLES […] COMMENÇONS DONC PAR TROUVER COMMENT REMETTRE LE POUVOIR AU PEUPLE ».

Parfait, c’est exactement, selon moi, le souhait de l’enseignement de MBELU : ne pas attendre lesdits « dirigeants » et commencer à identifier, parmi nos diverses actions et réflexions, celles qui inventent et renouvellent des dynamiques et contenus propres au PANAFRICANISME DES PEUPLES. En effet, autant est-il légitime que les Occidentaux prétendent dire, de leurs divers points de vue à eux, ce qu’est et ce que doit être notre Humanité, autant est-il légitime que l’Afrique (surtout l’Afrique subsaharienne) ait conscience d’être un espace de la Civilisation où s’élaborent des discours et des actions posant ce qu’est et ce que doit être notre Humanité.

Certes !, personne ne peut dire ce que serait aujourd’hui l’Histoire de la Nation africaine si, hormis la traite négrière, les Européens avaient continué, depuis le XVIème siècle, à porter leurs regards et leurs cupidités ailleurs que chez nous tandis qu’ils avaient massacré et massacraient en Afrique du Nord, en Orient, en Extrême Orient, en Amérique et en Océanie. Alors que personne ne peut précisément dire ce que serait la Nation africaine si les peuples africains avaient réussi, comme l’élite militaire japonaise au XVIIème siècle, à juguler, dès l’abord, les dominations occidentales sur leurs terres, nous négligeons, en tant que héritiers des tragédies de la colonisation de l’Afrique subsaharienne par l’Europe, l’enseignement des autres tragiques aventures de la domination coloniale européenne ailleurs qu’en Afrique subsaharienne. Cette négligence a pour conséquence, par exemple pour nous les Subsahariens, de nous faire négliger que nous avons risqué l’extermination à l’instar des peuples exterminés par les Occidentaux découvrantt, et « inventant », à partir du XVIème siècle les autres différentes parties de notre planète en s’octroyant, là aussi, le privilège de les nommer. Or, les Européens n’ont pas attendu la conquête de notre planète depuis le XVIème siècle pour savoir que, au-delà de la barrière désertique de l’Afrique du Nord, il y a des peuples sur les terres de l’Afrique subsaharienne. Mais, hormis la traite négrière jusqu’au XIXème siècle, l’Afrique subsaharienne fut relativement épargnée des logiques occidentales de la cupidité créatrice et destructrice propre au capitalisme. Imanignez ce qu’aurait été la destruction de l’Afrique si les Européens s’y étaient aventurés comme ils s’aventurèrent en Amérique à la recherche cupide d’une route des Indes ou à la recherche des mythiques mines de l’Eldorado ! Un cauchemar !

On ne répondra donc pas précisément à la question de savoir ce que serait aujourd’hui la Nation africaine si les Subsahariens avaient refusé de contribuer à la traite négrière et s’ils avaient pu empêcher ou être épargnés des cupidités du capitalisme colonialiste occidental. Mais, on constate que, même si les Subsahariens n’avaient pas été dominés, ils auraient dû ASSUMER LA CONFRONTATION AVEC L’OCCIDENT CAR CELUI-CI N’ACCEPTE PAS LA DIFFERENCE SANS AVOIR TENTE DE LA COMBATTRE. Or, aujourd’hui et malgré leur commune responsabilité quant au futur de notre Humanité, il y a, de façon fondamentale, une confrontation entre l’Occident et l’Afrique comme, de façon plus particulière, il y a confrontation entre le gouvernement des U.S.A. et le peuple zaïro-congolais quant à la façon de mettre fin – une fois pour toutes ! – aux logiques de destruction des populations en faisant instrumentaliser des bandits armés en R.D.C. par le gouvernement rwando-tutsi lui-même instrumentalisé par le gouvernement états-unien ; ces deux gouvernements étant soumis aux logiques occidentales de cupidité créatrice et destructrice propre au capitalisme. Ce sont ces logiques-là que la dissertation de MBELU nous invite à contester sur le champ de la bataille idéologique et médiatique en nous réinvestissant dans le « panafricanisme ».

La dissertation de MBELU pointe l’avantage stratégique que les Zaïro-Congolais n’utilisent pas suffisamment sur le champ de la bataille idéologique et médiatique alors que, au-delà de leurs luttes pour l’intégrité territoriale de leur pays et pour leur souveraineté politique, ils sont eux-aussi, au même titre que tous les Humains, appelés à créer et recréer notre Humanité par leurs actions et leurs paroles : ils sont appelés à dire notre Humanité et lui bâtir un avenir. Bref ! autant il est légitime que les Occidentaux prétendent dire, de leurs divers points de vue à eux, ce qu’est et ce que doit être notre Humanité, autant est-il légitime que l’Afrique (ou l’Afrique subsaharienne), ait conscience d’être un espace de la Civilisation où s’élaborent des discours et des actions posant ce qu’est et ce que doit être notre Humanité.

Tel est le PANAFRICANISME DES PEUPLES dont MBELU nous entretient ici. Parce qu’il doit précéder et légitimer les tentatives d’unité et d’une « indépendance radicale » au niveau des Etats africains, ce « panafricanisme des peuples », n’est pas le « panafricanisme » des conférences diplomatiques et autres organisations intergouvernementales sous-régionales ou continentales : ce « panafricanisme des peuples » est et doit être la référence légitimant ou délégitimant le « panafricanisme des gouvernements ».

Complétant le propos de MBELU, l’Internaute qui signe BBS (Bernard BEN SITA) indique bien, dans sa réaction à la dissertation de MBELU ici commentée, la responsabilité de chacun de nous pour bâtir le PANAFRICANISME DES PEUPLES en prenant part aux discours et actions posant ce qu’est et ce que doit être notre Humanité et la place de l’Afrique au sein de notre Humanité.

Œuvrant à ce PANAFRICANISME DES PEUPLES, chaque nouvelle génération d’Africains contribuera au renouvellement des fondements de l’avantage stratégique que les Zaïro-Congolais n’utilisent pas suffisamment sur le champ de la bataille idéologique et médiatique.

Cet avantage est, rappelons le, une idéologie dont personne ne dispose de l’exclusivité du "copyright". Cette idéologie est le PANAFRICANISME.

Parce qu’il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau de son bain, MBELU nous parle de l’utilité à préserver et enrichir le PANAFRICANISME au lieu de rejeter celui-ci en arguant du prétexte qu’il y a eu et il y a mauvais usage de cette idéologie globale (et non seulement politique) qu’est le PANAFRICANISME.

Il y a eu et il y a mauvais usage du PANAFRICANISME lorsque nous nous enfermons dans l’illusion de l’aboutissement de l’Histoire comme si – sur notre continent – nous n’avions plus qu’à être consommateurs égoïstes et frustrés des indépendances formelles de chacun de nos Etats, et, ce faisant, comme si nous devions accepter de nous enfermer nous-mêmes dans les maladresses et tromperies commises lors desdites indépendances et dans les conséquences desdites maladresses et tromperies.

Si, négligeant les exhortations de MBELU, nous persistons à donner carrière à cette illusion que notre Histoire a connu son définitif aboutissement dans les tragédies des indépendances et dans les conséquences de ces tragédies, nous renonçons à disposer de nous-mêmes, nous restreignons notre Histoire aux faits et rumeurs concernant les locataires des institutions de nos Etats actuels, … bref !, nous nous contentons d’attendre qu’une illusoire providence (INDEPENDEMMENT DE NOTRE CAPACITE A NOUS UNIR ET A CONCERTER NOS DISCOURS ET ACTIONS) nous apporte des instruments théoriques de gouvernance (ICI JE NE VISE PAS UNQIUEMENT LA « POLITOLOGIE » DE MBTT alias NNZ) ou nous apporte des hommes intègres et compétents à nous gouverner (ICI JE PENSE IRONIQUEMENT A OBAMA DISANT QUE L’AFRIQUE N’A PAS BESOIN DE L’IDEOLOGIE DE L’HOMME PROVIDENTIEL ALORS QUE OBAMA POURSUIT LE SOUTIEN DE CES PREDECESSEURS ENVERS KAGAME, LE « PARALYTIQUE » SE POSANT EN HOMME FORT D’UNE SOI-DISANT PROVIDENTIELLE HEGEMONIE TUTSI EN AFRIQUE CENTRALE).


 

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