Aubin Minaku assimile la marche du 31 décembre à une « tentative de coup d’Etat »

Dans un « appel à la paix » qu’il a lancé vendredi 29 décembre en français, en lingala, en kikongo et en swahili, le président de l’Assemblée nationale – qui porte également la casquette de secrétaire général de la mouvance kabiliste dite « majorité présidentielle » – a promis, en termes à peine voilés, des bosses et des plaies aux manifestants. Au motif, selon lui, que la marche initiée par les laïcs chrétiens cacherait une « tentative de coup d’Etat ». Les marcheurs devraient prendre le contrôle les bâtiments symbolisant les institutions. Selon lui, l’objectif serait de « chasser Joseph Kabila du pouvoir ».

"Joseph Kabila" et Aubin Minaku
« Joseph Kabila » et Aubin Minaku

Dans une intervention sur la télévision d’Etat « RTNC », Aubin Minaku a commencé par clamer sa peine à comprendre le bien-fondé de la manifestation programmée ce dimanche 31 décembre. « Nous avons aujourd’hui un calendrier électoral qui a été accueilli favorablement par la communauté nationale et internationale, dit-il. Pourquoi cette marche? ». Pour lui, les initiateurs de cette marche ne peuvent agir que par « crainte des élections ». C’est ainsi qu’ils veulent « chasser Joseph Kabila » pour s’emparer du pouvoir.

Arborant son sourire narquois habituel, Minaku de lâcher une phrase que chacun pourra interpréter à sa manière: « Les services nous ont appris qu’il y a des groupes qui s’organiseraient pour attaquer les chrétiens à la sortie des paroisses. Le but serait de faire couler le sang et imputer ces atrocités aux pouvoirs publics. Ces groupes cherchent à provoquer des troubles. En tant que natif de Kinshasa, je ne veux plus voir le sang couler dans cette ville ».

Les propos tenus par Minaku frisent l’irresponsabilité. On aurait espéré entendre le président de l’Assemblée nationale dire qu’il a saisi les autorités judiciaires afin d’ouvrir une enquête sur les groupuscules dont question. Rien. Le problème, l’homme est tiraillé entre deux intérêts inconciliables. D’un côté, l’intérêt général et de l’autre l’intérêt du « clan » au pouvoir. Le régime congolais est chapeauté par un parti unique de fait appelé la « majorité présidentielle ». Celle-ci contrôle l’armée, la police, l’armée, les « services » et les finances publiques.

Les législateurs de 2005 avaient envisagé l’éventualité d’une telle confusion entre l’Etat et le parti dominant. C’est connu, tout homme qui détient une parcelle du pouvoir, a tendance à en abuser. « Nul ne peut instituer, sous quelque forme que ce soit, de parti unique sur tout ou partie du territoire national, énonce l’article 7 de la Constitution. L’institution d’un parti unique constitue une infraction imprescriptible de haute trahison punie par la loi ».

Devrait-on parler d’intimidation de la part de Minaku? Il semble bien que non.

Kalev Mutondo
Kalev Mutondo

Selon des sources sécuritaires à Kinshasa, une réunion a eu lieu jeudi 28 décembre au siège de l’Agence nationale de renseignements sous la présidence du chef barbouze Kalev Mutondo.

Selon ces sources, « Kalev » aurait adressé un rapport à « Joseph Kabila » indiquant notamment que la marche programmée aurait pour but de s’attaquer aux bâtiments qui symbolisent l’Etat. A savoir: le Palais du peuple (siège du Parlement), le Palais de la nation où se trouve la Présidence de la République et la Primature.

Des informations encore difficiles à vérifier laissent entendre que « Kabila » aurait ordonné l’arrestation des principaux curés. Les premières interpellations devraient intervenir dès samedi 30 décembre. « Le chef de l’Etat a instruit l’administrateur général de l’ANR de mener une répression sans rémission », confie un « securocrate ». Selon celui-ci, un ordre analogue aurait été donné aux unités spéciales de la police et de la « Garde république », les tristement célèbres « GR ».

Au moment où ces lignes sont écrites, des « opérationnels » auraient déjà été déployés sur le terrain. But: infiltrer les marcheurs. Un analyste kinois a eu ces mots:« C’est dommage que les organisateurs de cette marche aient manqué un certain sens de la discrétion. Toute leur stratégique circule sur les réseaux sociaux… »

 

Baudouin Amba Wetshi
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