Avantages et dérapages d’un découpage

Pierre Englebert

Alors que les contorsions du régime de Joseph Kabila pour se maintenir au pouvoir focalisent l’attention, la politique congolaise a subi ces dernières années, dans son arrière-cour provinciale, de profonds bouleversements passés largement inaperçus, mais dont les implications sont potentiellement lourdes de conséquence.

Ces bouleversements trouvent leur origine dans le démembrement, opéré en 2015, de six des onze provinces que comptait le pays. Déjà prévue dans la Constitution de 2006, cette réforme, longtemps repoussée, a finalement été mise en œuvre pour couper l’herbe sius le pied de Moïse Katumbi, l’ex-gouverneur du Katanga –province éclatée en quatre entités.

Derrière les manœuvres politiciennes, ce découpage a radicalement transformé le paysage politique en créant des provinces ethniquement homogènes. Comme le montre une étude qu’Alma Bezares-Catderon, Lisa Jené et moi-même venons de publmier avec le Secure Livelihoods Research Consortium de l’Overseas Development Institute, à Londres, onze des vingt et une nouvelles entités ont désormais des majorités ethniques, contre trois auparavant. Les Ngbaka de Jean-Pierre Bemba constituent ainsi 54% de la population du Sud-Ubangi, les Ngbandi de Mobutu 59% de celle du Nord Ubangi, les Tetela de Patrice Lumumba 76% des habitants du Sankuru, les Lubakat de Joseph Kabila (par son grand-père paternel) 80% de ceux du Haut Lomami, les Luba de Félix Tshisekedi 82% des résidents du Kasaï Oriental, etc.

Aucun de ces groupes n’était auparavant majoritaire dans sa province et cette évolution chambarde les règles de la politique locale. Le « tribalisme » a beau avoir mauvaise réputation, il n’est pas nécessairement négatif. « Posséder » une province pourrait inciter les élites locales à la développer, et l’homogénéité ethnique favorise l’action collective. Le régime mise sans doute aussi sur le fait certaines d’entre elles pourraient se satisfaire de détenir le pouvoir dans leur province et le revendiquer avec moins de force à Kinshasa.

Mais ce nouveau paysage politique cache plus de dangers qu’il n’offre d’horizons nouveaux. Il a d’abord engendré son lot d’instabilité, avec pas moins de dix-sept motions de censure émises contre des gouverneurs par les assemblées provinciales depuis 2015. Certaines furent orchestrées par Kinshasa pour punir des personnalités trop autonomes. D’autres, par les assemblées elles-mêmes, rejetant des figures imposées par le pouvoir. Tout ceci n’a laissé que peu de temps à la gouvernance, et la plupart des provinces n’ont adopté aucun édit depuis 2015 (si ce n’est pour lever des taxes).

Plus profondément, ce redécoupage a transformé la politique nationale: les exécutifs ménageraient traditionnellement un certain équilibre entre les communautés. Mais aujourd’hui il est fréquent que les élites des groupes dominants s’emparent des institutions locales et en excluent les autres. Dans toutes les provinces à majorité ethnique, le gouverneur vient désormais du groupement dominant. Dans les provinces de l’ex-Katanga, sa représentation dans les institutions dépasse de loin son poids démographique, laissant un nombre croissant de Congolais sur la touche.

Le découpage a aussi favorisé une recrudescence des discours d’autochtonie. Ceux qui appartiennent à des groupes ethniques supposément « originaires » d’une province insistent pour que les autres ne bénéficient pas des mêmes droits. Ce discours, qui était auparavant déployé surtout contre les rwandophones et, occasionnellement, contre les Kasaïens, se généralise. Exemple: un Lunda vivant à Lubumbashi, originaire de sa province de résidence (Le Katanga) jusqu’en 2015, se retrouve à présent originaire du Lualaba tout en résidant dans le Haut-Katanga. Le nombre de Congolais vivant en dehors de leur province d’origine, donc plus vulnérables économiquement et politiquement, a ainsi augmenté. Ils représentent désormais 20% de la population du pays.

A moins que les autorités nationales et provinciales ne parviennent à les modérer, ces phénomènes risquent d’avoir des conséquences explosives dans un pays où l’exclusion et la misère sont déjà sources de violence. Mais, accaparés par leurs manœuvres pour rester au pouvoir, les dirigeants congolais semblent avoir d’autres chats à fouetter.

 

Par Pierre Englebert
Senior Fellow au Conseil Atlantique et
professeur de politique africaine à Pamona College (Etats-Unis)
Tribune, in J.A. n°3011 du 23-29.09.2018

13 réflexions au sujet de « Avantages et dérapages d’un découpage »

  1. Il faut être membre d’atlantic Council (la bande à Peter Pham) pour pondre un tel article.

    Pourquoi ne pas dire qu’ils visent une province où les rwandophones seront majoritaires après avoir massacré les autochtones.

    Après le départ de ces mafieux à la tête du pays, il faut revenir à 8 pronvinces:

    Kinshasa, Bandundu, Kivu, Kasaï, Bas-Congo, Équateur, Katanga, Orientale.

    1. @mwana ya mokolo lopango.
      Le découpage des provinces et leur gestion par les originaires n’ont profité que à leurs animateurs qui perçoivent des émoluments importants qu’ils ne méritent pas. Au regard des résultats désastreux sur le terrain.

      Je suis de votre avis. On doit supprimer ces structures budgétivores et nommer les non originaires à la tête des nos anciennes 8 provinces. La nation y gagnera dans sa lutte contre le tribalisme, ce fléau qui fait de nous un peuple des primitifs dans ce monde devenu un grand village.

  2. Discutable. Il faut peut-être lire toute l’étude in extenso. Mais il faut aussi relever que toutes les provinces décomposées sont subitement devenues GRAND X, Y, ou Z. Audelà de la fragmentation, il est né le sentiment/nostalgie d’appartenir à l’ancienne province, ou du moins à ne pas la laisser disparaitre. Ce sentiment est aujourd’hui très vif et politiquement mobilisateur (soutiens au Dauphin). Le pouvoir se partageant et se mangeant à Kinshasa, aucune petite nouvelle region ne peut s’assurer seul un ancrage viable dans la scène politique/
    Celà ne revèle-t-il pas la vraie forme que devrait revetir l’Etat, une federation des nations-tribus construite au tour des la communauté des sentiments et d’idéaux?
    La RDC est un Etat plurinational et le federalism est la forme idéale de son organistaion et de sa gestion.

  3. Chers Compatriotes,
    La RDC est un Etat plurinational et le fédéralisme est la forme idéale de son organisation et de sa gestion ? Je ne crois pas que cela soit défendable ni indiscutable. Seuls ceux qui veulent profiter de cette forme de gestion la brandissent. Sous forme unitaire, pendant la deuxième république, le Zaïre reste une période de gloire de ce pays. Nous nous sommes battus contre le régime de la deuxième république parce que nous voulions aller plus loin. Le manque d’esprit de gestion prévisionniste a conduit le pays dans un trou dont nous n’apercevons pas encore le fond. Ceux qui veulent du fédéralisme, le recherchent pour devenir ce qu’ils souhaitent à la tête de leurs Etats provinces afin de les gérer à leur profit. Il est étonnant le nombre de détournement d’argents des enseignants dans certaines provinces du pays. Le Fédéralisme nous conduira facilement à l’expérience de la Yougoslavie. Que Dieu nous évite de commettre cette erreur, et qu’Il nous vienne en aide.

  4. Kolomabele ,
    Donc selon vous revenir aux 8 provinces et nommer des non originaires à la tête des celles ci ??? Savez vous ce que cela nous a rapporté au Kongo central ? Nzuzi wa Mbombo avait profité de cet « opportunité  » pour injecter le plus grand nombre possible de ses frères et soeurs chez nous et pas n’ importe ou mais là ou pue l’ argent . Après vous
    taxez les kongo de xénophobes et séparatistes parce qu’ ils veulent rester maître chez eux . Mais qu’ est ce qu’ on peut lire ici de fois … De toute les façon ce pays est amené à disparaître ainsi chacun pourra travailler comme il se doit pour faire avancer son état . « Chacun chez soi et les vaches seront mieux gardé » ; dit on ! Mpumina a bien résumé la chose …

  5. pour la la province du haut-lomami c est 100 pour cent d un même groupe tribal.
    cette tribu déborde dans les provinces du tanganyka du haut- katanga et du lualaba.
    De grâce aprofondissez vos expertises!
    bwanga

  6. Avez-vous oublié que c’est un rwandais qui est ministre de la décentralisation au Congo ? M’enfin, réveillez-vous ! Ne voyez-vous pas ce qui se cache derrière tout ça ?
    Comment dit-on naif en kinyarwanda ?

  7. Elili tous ceux comme vous qui ne veulent pas du confédéralisme ne sont que des incapables , des paresseux et des profiteurs , dont la culture est basé sur la cueillette et le ramassage. Nous les kongo sommes des cultivateurs , i ‘ ardeur au travail est inscrit dans notre adn depuis l’ époque du royaume de Kongo . C’ est votre maître Mobutu qui a détruit les routes des dessertes agricoles sans oublier le chemin de fer Kinshasa – Matadi qui facilitait l’ évacuation des produit agricoles. Et tout ceci a découragé tous nos agriculteurs … Certains ont choisi l’ exode vers Kinshasa . Aucun parmi tous les gouverneurs non originaire nommé par Mobutu n’ avait un projet de développement pour nos contrées . Leur seul projet de société fut le djalelo à la gloire du guide éclairé . Nous avons des projets pour faire avancer notre cher Kongo central et nombreux sont les dignes fils de la province qui attendent cet opportunité pour monter des unités des productions … Les autres provinces peuvent perpétuer ce système ultra centralisé , nous on en veut pas . Nous voulons le confédéralisme et tant que vous ferez obstruction pour empêcher le Kongo central d’ accéder à son autonomie , notre objectif sera l’indépendance du Kongo central .

  8. @nkomi mbuta.
    Nzuzi wa Mbombo a été gouverneur du Bas-Zaïre de 1972 à 1974.Il y a donc de cela un peu moins d’un demi siècle.Ces frères et soeurs qu’elle a injecté dans les régies financières pour « manger » ne sont plus là. Certains doivent avoir pris leur retraite,d’autres sont décédés.Rendre Mamu Cathérine responsable de la débâcle actuelle du Kongo Central est une explication qui ne tient pas la route;46 ans après son départ de la tête du Kongo Central.
    Depuis 1992,nos provinces sont gérées par les originaires.Elles ne marchent pas;elles reculent.Tous les ministres et les députés provinciaux du Kongo Central sont ne Kongo. Quel est leur bilan? Zéro,comme leurs collègues des autres provincettes.
    Kabila a massacré à deux reprises des centaines de disciples de Mwanda Nsemi,aucune réaction des Ne Kongo. C’est Floribert Chebeya,un mushi-muswahili du Sud-Kivu qui avait osé ouvrir la bouche. Cela lui a coûté la vie.Mwanda Nsemi lui même a disparu,dans l’indifférence générale,même de Ne Kongo. Claude Mvuemba,katumbiste jusqu’au boutiste,est le seul a soulevé le petit doigt. Sa voix est diluée,inaudible.

  9. Chers Compatriotes,
    Notre compatriote NKOMI MBUTA écrit : « Aucun parmi tous les gouverneurs non originaire nommé par Mobutu n’ avait un projet de développement pour nos contrées . Leur seul projet de société fut le djalelo à la gloire du guide éclairé . Nous avons des projets pour faire avancer notre cher Kongo central et nombreux sont les dignes fils de la province qui attendent cet opportunité pour monter des unités des productions …  » Cette déclaration montre bien les limites de notre compatriote. Les projets de développement doivent être des projets des gouverneurs ? Ceci n’est pas mon point de vue. Les projets de développement sont œuvres de n’importe quel citoyen qui est passionné et amoureux de ce qu’il veut faire pour son pays. Je ne veux pas l’attrister, ou invoquer les faits qui peuvent choquer des familles éprouvés. Je voulais cependant demander à notre compatriote le bilan des derniers gouverneurs du Congo Central qui sont originaires de là. Cher compatriote, les images du pays sont plus qu’éloquentes au sujet du pays pendant la deuxième république et après. Que Dieu nous vienne en aide dans cette lutte pour la vraie libération du Congolais et du Congo.

  10. Nkolomabele ,
    Juste quelques questions : Pourquoi ceux qui dirigent ce pays font tout pour empêcher le BDM / BDK d’ accéder à la tête du Kongo central ? Pourquoi à chaque élection provinciale de grosses enveloppes bien garnis sont distribué aux députés pour qu’un porteur de mallette soit élu gouverneur au Kongo central ? Savez vous dans quelles conditions le ticket Mbatshi Mbatsha / Deo Nkusu avaient été élu gouverneur et vice gouverneur face au duo Kuka Unzola / Ne Muanda Nsemi ? De même que Jacques Mbadu et Atou Matubuana ? Et dites moi pourquoi après coup tous les députés s’ étaient évaporé dans la nature pour échapper au courroux de la population ? Quand on choisi de manger à la même table que le diable on ne peut en aucun cas travailler pour le bien de la population . Ceux qui se sont comporté de la sorte sont des kongo qui ont adopté les mauvaises habitudes venu d’ ailleurs . Et en plus pourquoi la rétrocession de 40 % n’ est pas d’ application ? Savez vous que la Perenco verse annuellement 6.000.000.000 de dollars au gouvernement et que ce dernier ne donne que 1.000.000 pour la gestion de la province ? Savez vous qu’ un hélico fait la navette Boma -Matadi-Kinshasa pour ramener la recette journalière aux charognards tapis à Kinshasa .Même l’ argent des péages routiers sont confisqué par les dirigeants de ce pays . Dites moi dans de telles conditions que peuvent faire les dirigeants provinciale avec des miettes qu’ ils reçoivent de Hippolyte Kanambe et ses acolytes ? Croyez vous que si Ne Muanda Nsemi avait accédé à la tête de la province on aurait connuu ces genres d’ agissements ? Non ! Voilà pourquoi ces criminels ont toujours combattu le BDM / BDK pour continuer de saigner le Kongo central financièrement . Et la raison qui les pousse de s’ opposer à l’ idée d’ une RDC confédérale et éventuellement à l’ accession du Kongo central à son indépendance . Et dernière question dites moi si un vrai kongo digne de ce nom voudrait devenir membre d’ une association des malfaiteurs comme le PPRD ? Ceux que Nzuzi wa mbombo avaient injecté chez nous sont toujours là du moins leurs progénitures et continuent d’ occuper toutes les hautes fonctions à l’ Ofida comme les « mina sema » par ailleurs . Si vous en doutez allez y voir au port de Boma et Matadi et dans quelle langues s’ expriment ils à l’ Ofida , DGM , Anr , etc … Et si vous trouvez cela normal dites moi pourquoi ? et Pourquoi vous vous opposez au confédéralisme ?

    1. @komi mbuta.
      Le problème du Congo,c’est l’homme qui habite cet espace géographique;et non la forme de l’Etat.
      La Chine et et la France sont des Etats unitaires.Regarde leur niveau de développement;il n’ y a pas match avec le Congo.L’Allemagne,la Belgique et les USA sont des fédérations,regarde leur niveau.Même si le Congo devenait un Etat fédéral,si l’homme congolais continue à refuser d’entrer dans l’Histoire,rien marchera. Si notre élite politique et intellectuelle continue à se comporter comme de grands irresponsables et si le peuple persiste à s’installer dans cette mentalité médiévale qui le caractérise, en avancera pas.Oui,notre classe politique a un sens de l’intérêt général à la limite nul.Le peuple croit trouver son salut dans le communautarisme tribal,avec une croyance religieuse frisant l’idiotie.
      L’unitarisme,le fédéralisme sont des mots.Si le congolais ne change pas,point de salut. Notre salut ne viendra pas non plus du démembrement.Les Etats issus de la balkanisation de l’ex Yougoslavie se sont-ils développés pour autant? Du tout. Les immigrés kosovars sont traités en Occident au même que titre les syriens,les afgans, les irakiens et les africains subsahariens.En France,une kosovare,mère de 3 enfants,s’est jetée du 10è étage d’un immeuble,parce que la police la cherchait pour la reconduire de force dans son pays.
      Le morcellement du Congo n’est pas une panacée,selon moi.

  11. Nkolomboka vous n’ avez répondu à aucune des questions que je vous ai posé , car vous n’ avez pas d’ arguments à faire valoir . Faut il que je vous rappelle ce que fût le Royaume de Kongo avant l’ arrivée de l’ homme blanc ? Que ‘ est ce que vous appelez » tribalisme » ??? Vous me citez les exemples des pays occidentaux mais vous ignorez une chose ; que ces pays sont à base ethnique ! La première puissance économique de l’ Europe l’ Allemagne est un état ethnique . Des pays comme la Finlande , la Suède , la Norvège , l’ Islande , l’ Espagne ( et ce n’ est pas pour rien que les catalans veulent leur pays à eux . Le Portugal , la Grèce etc …. Vous croyez que c’ est quoi ? Et le Japon , la Corée vous croyez que ce sont des états multinationaux ? Lorsqu’ on appartient à un peuple qui n’ a pas d’ histoire on s’ accroche toujours à ce que le colonisateur à laissé . Hors nous les kongo avons une histoire et un passé glorieux , je ne vois pas pourquoi devons nous oublier tout cela pour s’ accrocher à quelque chose qu’on nous a imposé par les colons blancs . Désolé mais la RDC est un état multinational et comme cela ne fonctionne pas il faut y mettre un terme . Pour rappel sans la colonisation jamais cette RDC n’ aurait jamais vu le jour et ni vos ancêtres ni les nôtres n’ étaient présent le jour ou ces frontières ont été délimité donc elles n’ ont aucune légitimité . Pourquoi vous vous y accrochez ??? Donc tout ce que fait l’ homme blanc est sacré , il ne faut pas y toucher n’ est ce pas ? Je vous rappelle qu le pays le kongo a été balkanisé par ces colons et pourquoi ne devons nous pas le réhabiliter ?

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