Boyenga: « Laissons le nouveau Président travailler. Rendez-vous dans 100 jours ou avant! »

En pleine polémique suscitée par les « résultats provisoires » de l’élection présidentielle du 30 décembre 2018 – publiés le 10 janvier par la Ceni (Commission électorale nationale indépendante) -, Frédéric Boyenga Bofala, juriste de formation, président du parti UNIR-MN, avait préconisé l’organisation, sous l’égide des Nations Unies, d’un « second tour » afin de « départager démocratiquement » le « président élu » Félix Tshisekedei Tshilombo et Martin Fayulu Madidi qui continue à revendiquer la « victoire ». C’était le mercredi 16 janvier 2019. A l’aube du samedi 20 janvier, la Cour constitutionnelle a donné les résultats définitifs confirmant l’élection de « Félix ». Pendant que le nouveau chef de l’Etat était investi, jeudi 24, Boyenga est revenu à la charge dans un entretien avec Congo Indépendant. « Au nom de la paix », il demande au peuple congolais de laisser le nouveau Président « travailler » sans toutefois baisser la garde étant donné que celui-ci ne dispose pas de majorité à l’Assemblée nationale. Pour lui, « les Congolais doivent rester vigilants afin d’empêcher toute révision de la Constitution touchant au mode de scrutin, au nombre ainsi qu’à la durée des mandats du Président de la République ».

Jeudi 24 janvier 2019. Les Congolais de l’intérieur comme ceux de l’étranger n’oublieront pas cette date. C’est le jour où ils ont suivi la cérémonie d’investiture du « nouveau Président élu » Félix Tshisekedi Tshilombo, 55 ans.

Tout en regrettant le caractère « chaotique » de cette consultation électorale, certains d’entre eux assurent avoir vécu un « moment historique ». C’est la première fois, disent-ils, qu’ils aient eu l’occasion d’assister, dans leur pays, à une « passation de pouvoir civilisée », selon la formule consacrée, entre un Président sortant et un Président entrant. La quête de la « vérité des urnes » et les grincements de dents dans le camp de la coalition « Lamuka » sont quasiment oubliés. Comme pour dire que la paix n’a pas de prix.

Les Congolais de l’intérieur comme ceux de l’étranger ont suivi avec une certaine émotion le « malaise vagal » qui avait tétanisé un moment le successeur de « Joseph Kabila » en pleine lecture de son allocution. Bien que le suspens n’ait duré que moins d’un quart d’heure, des analystes estiment que le président Tshisekedi Tshilombo devrait prendre au sérieux cette « alerte ». « Je lui conseillerais de ne pas négliger ce qui ressemble bien à une sonnette d’alarme sanitaire, estime Frédéric Boyenga Bofala. Il devrait consulter un spécialiste afin de subir des examens approfondis ».

Tout en souhaitant « bon vent » au nouveau chef de l’Etat, le Président de l’UNIR-MN estime néanmoins que « sa tâche est loin d’être facile ». Et ce au regard des « attentes de la population ». L’homme s’est interrogé sur la marge de manœuvre que disposera le cinquième Président du Congo-Kinshasa face une Représentation nationale acquise à la mouvance kabiliste dite « FCC » (Front commun pour le Congo).

IL N’Y A PAS DEUX PRÉSIDENTS

Se reportant sur la polémique post-électorale, Boyenga, qui est juriste de formation, a regretté que les « observateurs électoraux assermentés » – c’est le cas notamment de ceux de la Conférence épiscopale nationale du Congo – se soient contentés de clamer que les résultats proclamés ne reflétaient pas la réalité des urnes. « Pourquoi n’avaient-ils pas fourni les preuves de leurs allégations à la Cour constitutionnelle? », s’est-il interrogé. Et d’ajouter: « Martin Fayulu n’aurait pas dû s’autoproclamé Président. Cette prise de position l’a préjudicié. Il n’y a pas deux présidents au Congo ».

Pour cet acteur politique, les Congolais sont divisés. Aussi, estime-t-il que « réconcilier les Congolais » devrait être parmi les priorités du nouveau Président. Il s’agit, selon lui, de « rétablir entre les Congolais la chaîne d’union nationale qui a été rompue par des détresses et autres exclusives ».

D’après Boyenga, il importe d’organiser un « recensement général de la population » afin d’identifier non seulement les nationaux mais aussi les étrangers qui vivent sur le territoire national. « L’heure est venue de savoir qui est qui sans la moindre xénophobie. Combien sommes-nous? »

A l’instar de ses concitoyens, « Frédéric » peine à comprendre que l’ancienne carte d’identité dite « Carte pour citoyen » ait été invalidée, en juin 1997, au lendemain de la prise du pouvoir par l’AFD, sans qu’un autre document l’ait remplacée. « Je n’ai jamais vu les citoyens d’un pays vivre sans un document officiel d’identité. La carte d’électeur ne peut en aucun cas servir de carte d’identité », s’enrage-t-il.

Congolais de la diaspora, Boyenga estime que l’heure est venue de se pencher sur l’épineuse question de la double nationale. Pour lui, les nouveaux gouvernants doivent reconnaître aux Congolais d’origine, c’est-à-dire membres d’une des tribus du pays, de détenir une double nationalité. « Un Congolais d’origine reste Congolais toute sa vie », fait-il remarquer.

Outre l’amélioration du cadre et de la qualité de vie de la population, le juriste estime que l’Etat doit se cantonner dans un rôle d’ « impulseur » de l’économie. « L’Etat n’a pas pour mission de créer des emplois, martèle-t-il. Il doit se limiter à mettre en place un cadre légal pour favoriser les investissements et la création des entreprises ».

« PAS DE CHÈQUE EN BLANC »

Lucide, Frédéric Boyenga, s’est interrogé, à maintes reprises, sur la « marge de manœuvre » du nouveau Président élu face aux partisans de l’ex-président « Joseph Kabila » qui ont raflé la majorité des sièges à l’Assemblée nationale. Il s’est interroge également pour savoir « par quelle alchimie », le FCC a pu remporter un tel « succès » aux législatives alors que son candidat à la présidentielle Emmanuel Ramazani Shadari a été sévèrement sanctionné par les électeurs.

Depuis que les résultats des législatives ont été publiés, des commentateurs prêtent à « Joseph Kabila », devenu sénateur à vie, l’ambition de briguer le poste de Président du Sénat. L’article 75 de la Constitution fait de celui-ci le « remplaçant provisoire » du Président de la République « en cas de vacance » au sommet de l’Etat. Suivez leur regard…

Pour Boyenga Bofala, les Congolais doivent, « au nom de la paix », laisser le nouveau Président « travailler » sans toutefois lui donner un « chèque en blanc ». « Ils doivent cependant rester vigilants afin de faire échec à toute tentative de révision de la Constitution touchant particulièrement le mode du scrutin, le nombre ainsi que la durée des mandats du Président de la République », souligne-t-il. Et de conclure: « rendez-vous dans 100 jours ou même avant… »

Baudouin Amba Wetshi

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