Bukanga-Lonzo

Le 15 juillet 2014 fut un grand jour. Le président Joseph Kabila inaugurait le Parc agro-industriel de Bukanga-Lonzo d’une superficie de 80.000 hectares à quelque 240 km de Kinshasa. Comme à l’accoutumée, il y eut des discours. Les orateurs rivalisaient d’éloquence sur la sécurité alimentaire. Démosthène les aurait enviés! On apprit que ce Parc allait produire en cinq ans: maïs, soya, légumes, manioc, poulets, œufs, poisson, porc et aliments pour bétail. Sapristi!

La production allait être destinée aux marchés local et international. Des travaux de construction des infrastructures furent effectués: routes, hangars, entrepôts, silos, ateliers. Mais cinq plus tard, c’est la bérézina. Le parc est à l’arrêt. Enfer et damnation!

Au lieu du maïs, manioc, et tutti quanti, il n’y a plus que la brousse. Les équipements et engins sont délaissés, mutilés, cannibalisés, brisés, martyrisés, à l’abandon. Stupeur et tremblements!

Qui est responsable de la débâcle du Parc agro-industriel de Bukanga-Lonzo? Où est passé le magot? C’est cela la quintessence de la polémique entre l’ancien Premier ministre Augustin Matata Ponyo et l’Inspecteur général des Finances (IGF) Jules Alingete Key. Les fins limiers de l’IGF affirment que 287.050.817,91 dollars ont été décaissés pour financer le parc agro-industriel. Sur ce total de 287 millions de dollars, seuls 80 millions ont servi au projet. Une affaire de gros sous! On a dépensé des millions de dollars sans résultat. Toute action appelle réaction. Matata Ponyo rua dans les brancards. Stupeur et tremblements!

Sommes-nous dans la République Kleptocratique du Congo ou dans la République des Juges? Une image vaut mieux que mille mots. Tenez. Le 10 mai, le Botswana et la Zambie ont inauguré un pont reliant les deux pays. Ce bel ouvrage qui a une longueur de 923 mètres a coûté 259,3 millions de dollars, soit moins que Bukanga-Lonzo. Saperlipopette!

Qui l’eût cru? Qui l’eût dit? Où est donc passé le magot? L’Inspection générale des Finances a vite fait de désigner l’auteur intellectuel de la débâcle de Bukanga-Lonzo. Il s’agit de Matata Ponyo. Le procureur près la Cour de Cassation a demandé au Sénat de lever son immunité parlementaire afin de l’entendre sur les malversations financières lui reprochées. Il en est de même de la Sénatrice Ida Kamonji Naserwa ancienne conseillère à la primature.

Réponse du berger à la bergère, Matata affirme que la justice est instrumentalisée politiquement. Saperlipopette! Selon lui, le rapport de l’IGF est truffé de mensonges et de contre-vérités. C’est du folklore. Il ne se reproche rien! Il déclare urbi et orbi qu’il est le meilleur Premier ministre que le pays ait connu depuis 1960 en matière de gouvernance! En attendant le jugement, s’il a lieu, nous assistons à une guerre par médias interposés entre l’IGF et Matata. D’après mon ami qui sait ce qui se passe dans tous les coins et recoins de Kinshasa, il y a eu même génération spontanée d’un groupe de journalistes d’investigation. Les quatre journalistes ont absous complètement Matata. Ils affirment dans leur rapport du 21 janvier 2021 que la principale raison de la débâcle de Bukanga-Lonzo est l’arrêt brusque, en février 2017, de son financement par le gouvernement, soit à l’époque de Bruno Tshibala. Il se devait de continuer à remplir le tonneau des Danaïdes! Stupeur et tremblements!

Les inévitables messages de soutien de telle ou telle province ont commencé à fuser et à polluer la presse et la télévision. Vivement le jugement pour mettre fin à la polémique. Ce sera pièce contre pièce. Où sont passés les millions de dollars. D’après mon ami qui sait tout, si on avait donné cette somme directement aux vrais agriculteurs, le pays aurait fait des progrès dans l’autosubsistance alimentaire. On dit chez nous que si ton lit bouge et fait une bosse, c’est qu’il y a un singe dedans.

 

GML

6 Commentaires on “Bukanga-Lonzo

  1. L’arrogance et la suffisance de Matata Ponyo n’ont d’égal que la déconfiture dans laquelle lui et son chef ont plongé le pays. La corruption, le népotisme, le clientelisme, c’est ça le tableau du soit disant « meilleur » Premier Ministre que le Congo ait connu depuis 60 ans. Un peu de modestie, il se vante d’avoir réalisé des promesses en économie avec une croissance à deux chiffres, mais au fait, quel a été le moteur de cette croissance ? Il s’est contenté de cette économie extravertie, c’est à dire de la rente minière. Et qu’en est il de la transformation de nos matières premières pour créer de valeur ajoutée ! Bukanga lonzo aurait permis à la RDC de relancer et diversifier son économie, l’échec est total, alors Matata doit cesser de fanfaronner, qu’il aille s’explique devant son juge.

  2. BUKANGA-LONZO ! ?
    @ Où que l’on aille et n’importe comment on y va, le diagnostic économique et social est clair comme l’eau de roche : 7 ans après l’erection du fameux Parc Agro-industriel inauguré en grande pompe ave les espoirs définitifs d’une auto-suffisance alimentaire pour le pays, il a tourné au fiasco. Le parc est à l’arrêt, au lieu du maïs, manioc, et tutti quanti en abondance c’est la brousse qui couvre les lieux , les équipements et engins sont délaissés, mutilés, cannibalisés, brisés, martyrisés, à l’abandon, des 287.050.817,91 dollars décaissés par le Trésor Public, seuls 80 millions ont pu servir au projet soit plus de 200 millions envolés en pure perte pour le pays pour remplir les poches de quelques uns. Qui sont-ils sinon d’abord l’ancien PM Matata Ponyo qui était aux manettes du pays et du projet, au moins auteur intellectuel sinon plus de cette débâcle retentissante. C’est à peu-près le diagnostic fait par l’IGF à l’issue de son enquête.
    @ C’est à quoi Matata commence par répondre que la justice est instrumentalisée politiquement, politiquement c’est qui son ancien mentor au Fcc, le nouveau pouvoir ou quelques autres adversaires politiques qui auraient les bras particulièrement longs ? Le rapport serait truffé de mensonges et de contre-vérités, lui le meilleur PM que le pays aurait connu et nous voici devant une guerre folklorique par médias interposés entre l’IGF et Matata, entre pro-Matata et anti-Matata. Il affirme ensuite que ce sont ses partenaires notamment la sud-africaine Africom et ses collaborateurs qu’il s’est choisi lui-même qui en seraient coupables ou encore que c’est après son départ que tout s’est gâté !
    @ Vite un procès exemplaire qui confronte les uns et les autres, il ne peut en être autrement pour une disparition sans calendrier et sans itinéraire de plus de 200 millions des caisses du pays, il y’a bien des responsables. Voilà pourquoi cette défense arrogante et quasiment ubuesque de Matata choque au plus haut niveau le Congolais. Avant toute chose comment ne peut-il comprendre ou feindre de ne pas le comprendre que le grief principal qui lui est fait repose sur un principe simple et essentiel : un PM lucide et responsable qui chapeaute un projet aussi majeur pour le pays aurait dû être pour le moins plus soucieux du début à la fin de sa bonne réalisation ; c’est une démission hautement coupable que de se défausser comme le premier venu imputant ses échecs à des partenaires ou à des collaborateurs que par ailleurs il a lui-même choisis. Ou alors il veut se prémunir de sa propre mégestion avec des dividendes substantiels qu’il en a soutirés. Matata a chanté urbi et orbi qu’il revenait dans son pays répondre sans peur devant sa justice, alors si cette affaire n’aboutit pas à une instruction judiciaire, économique et politique en bonne et due forme, il en sera définitivement fini des slogans sur ‘l’Etat de droit’ ou du ‘Peuple d’abord’ entonnés par le pouvoir et ses sympathisants…

  3. Celui qui croyait enfumer tous les Congolais par la cravate rouge et une avalanche de chiffres macro-économiques se révèle finalement comme un vulgaire gredin, qui n’avait à son actif que son arrogance sans bornes car se sachant protégé par son mentor, qu’il arrosait depuis son arrivée inattendue et inexpliquée à la tête du BCECO!
    Au lieu de se répandre dans des déclarations « urbi et orbi », qu’il aille simplement présenter ses arguments de béton devant les juges! Il n’en sortira que plus grand!
    Docteur en chiffres macro-économiques, va!

  4. Le Sénat réuni à hui-clos vient de rejeter la levée d’immunité de Matata demandée par le Procureur général près la Cour Constitutionnelle (ou de Cassation on ne se retrouve pas dans leurs info) pour soupçons des détournements des deniers publics dans le cadre du programme Bukanga Lonzo. Le Sénat bafouille en invoquant l’incompétence de la Cour constitutionnelle, mais de qui se moquent-ils tous ces guignols, ils ne sont même pas foutus de savoir chez qui ils devraient s’adresser. En tant qu’ancien PM et Sénateur en exercice ne relève-t-il pas de la plus haute Cour ? Une vraie farce en direct, du pur copinage qui passe par pertes et profits des millions engloutis dans ce projet. C’est décréter sans honte ni scrupules qu’il n’y a pas de coupables . Une grotesque capitulation en rase campagne du pays ‘visible’. Inacceptable, le vol promis officiellement en vertu, où va le Congo ? Pauvre pays !

    1. @ Ndeko Nono,
      l’IGF n’avait-il pas dit que le Sénat était un repaire des voleurs ?
      Nolite manducare inter lupos !

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