« Candidat commun » de l’Opposition: « Félix » et « Vital » se rétractent

Tout ça pour ça? Voilà une réunion qui a suscité pas mal d’espoir qui est en train de se muer en une « pièce de théâtre » bien de chez nous comme le dire les Congolais de l’intérieur autant ceux de l’étranger aiment qualifier toute situation « kafkaïenne ». Lundi 12 novembre. Les Congolais ont été surpris  d’apprendre que Felix Tshisekedi Tshilombo et Vital Kamerhe ont retiré leurs signatures apposées la veille sur le « communiqué final » de la rencontre de Genève dont le temps fort reste la désignation d’un « candidat commun » de l’Opposition en la personne de Martin Fayulu Madidi. Pressés par leurs « bases », « Fatshi » et « VK » ont semblé découvrir qu’ils étaient à la tête des partis de masses et qu’il serait suicidaire, pour eux, d’aller à l’encontre de la volonté des militants. On a de la peine à croire que des leaders politiques sain de corps et d’esprit aient pu signer un accord aux implications politiques majeures sans avoir consulté leurs membres et cadres ni obtenir de « mandat express » de la part de ceux-ci.

« Toboyi Fayulu eeeee! », « Baleyi mbongo ya Kabila eeee ». Ces quolibets étaient scandés, lundi, par deux groupes antagonistes qui se faisaient face sur l’avenue de l’Enseignement. Dans le premier groupe, on pouvait identifier des militants de l’UNC de Vital Kamerhe. Dans le second, des membres de la coalition « Dynamique de l’opposition » et de l’ECIDé que dirige Martin Fayulu Madidi. Il y a quelques semaines, les protagonistes de ces deux camps ne faisaient qu’un. « Ne nous décevez pas », criaient-ils ensemble en direction des leaders de l’opposition.

Lundi 12 novembre, les opposants à l’oligarchie kabiliste ont livré un spectacle lamentable. Un spectacle où l’inconstance cohabitaient allègrement avec la désinvolture. « Joseph Kabila » et les « stratèges » du Front commun pour le Congo (FCC) n’ont pas manqué de savourer du petit lait. L’unité et l’image de l’opposition, elles, ont pris un sacré coup.

Tout s’est passé comme dans une pièce de théâtre à plusieurs actes.

PREMIER ACTE: Dimanche 11 novembre, après trois jours de discussions, sept leaders de l’Opposition, réunis du 9 au 11 novembre, à Genève, ont désigné, à la surprise générale, Martin Fayulu Madidi en qualité de « candidat de l’opposition ». Aucun observateur sérieux n’osait parier un seul franc congolais que ce choix allait être bien accueilli par les « combattants » de l’UDPS décidés à voir ce rôle revenir « de droit » à leur leader. Après l’invalidation de Jean-Pierre Bemba et l’impossibilité politico-judiciaire pour Moïse Katumbi de se faire enrôler, les leaders de l’UDPS et de l’UNC sont considérés comme les « poids lourds » de l’opposition engagés à la présidentielle du 23 décembre.

DEUXIÈME ACTE: Au cours d’un point de presse, « Fatshi » insistera sur son soutien à Fayulu en précisant qu’il allait convaincre les militants de son parti à accepter cette mesure: « Ils doivent être d’accord. (…). Nous voulons le changement et le changement passe par le soutien à la candidature de Martin Fayulu. S’ils veulent la continuité de la Kabilie, ils feront d’autres choix. Moi, je vote pour le changement et le changement aujourd’hui s’appelle Martin Fayulu ».

TROISIÈME ACTE: La désignation de Fayulu a provoqué un mouvement de colère au sein de l’UDPS et de l’UNC. La décision prise par les « 7 » a été bruyamment rejetée. Dans la matinée de lundi 12 novembre, les « combattants » de l’UDPS ont pris d’assaut le siège de ce parti en arrachant, au passage, quelques posters de propagande de « Fatshi président ». Un ultimatum de 48 heures sera « signifié » à « Félix » pour retirer sa signature. Un comble!

QUATRIÈME ACTE: aussitôt dit, aussitôt fait! Dans une interview téléphonique pour le moins théâtrale, Tshisekedi Tshilombo annonce: « Je retire ma signature, au nom de l’UDPS, de cet accord que nous avons signé dimanche à Genève ». Et d’ajouter: « Un parti c’est d’abord sa base. La base de l’UDPS est le moteur de notre parti. Allez à l’encontre de la base, c’est signer ma mort politique ».

Vital Kamerhe, Président de l’UNC

CINQUIÈME ACTE: Et voici « VK » qui emboîte le pas à son collègue. Il donne, à son tour, une interview au même média. Et ce dans une posture tout aussi théâtrale. Téléphone portable à la main, il déclare: « J’annonce donc que je retire ma signature pour respecter la volonté de ma base. Sans cette base, je vais m’auto-flageller et vais moi-même m’auto-exclure du parti ».

SIXIÈME ACTE: Président du parti « Congo na biso », Freddy Matungulu Mbuyamu a été le premier à clamer sa « consternation » face à cette double rétractation: « Nous avons signé cette déclaration hier. Je suis revenu aujourd’hui. Je trouve ce développement très perturbateur et dangereux. L’accord a un fondement. Son objectif fondamental est de souder l’opposition. C’est la reconnaissance que personne d’entre nous ne pourra gagner ces élections tout seul, y compris l’UDPS ».

SEPTIÈME ET DERNIER ACTE: Interrogé lundi par TV5, Martin Fayulu se dit « totalement révulsé » par ces retraits de signatures alors que les signataires ont « agi en âme et conscience » en prenant la ferme engagement de ne pas violer cet accord.

Et maintenant! Il est désormais clair que « Fatshi » et « VK » vont participer à la campagne électorale, chacun de son côté. On peut gager que les quatre leaders en l’occurrence Jen-Pierre Bemba, Moïse Katumbi, Freddy Matungulu et Adolphe Muzito vont maintenir leur soutien à Martin Fayulu. Chacun pour soi, Dieu pour tous!

QUESTIONS: En qualifiant le communiqué final signé dimanche 11 novembre d’ « aventure de mauvais goût faite à Genève », le secrétaire général de l’UDPS, Jean-Marc Kabund, considère-t-il son président du parti comme un « aventurier » pour avoir, selon ses dires en lingala, failli « brader 40 années de lutte »? « Fatshi » et « VK » ne pouvaient-ils pas consulter leurs bases respectives avant de parcourir la distance séparant Kinshasa de Genève? Pouvaient-ils franchement ignorer que la décision prise n’allait pas rencontrer l’assentiment de leurs militants? Pourquoi ont-ils semblé jouer la comédie trois jours durant?

Un leader est par définition une personne qui établit une vision pour l’avenir. Il est, à ce titre, celui qui fixe le cap et montre le chemin. Un leader est tout le contraire d’un « mouton ». Lundi 12 novembre 2018, « Fatshi » et « VK » semblaient éprouver le plus grand mal à maintenir un minimum de discipline au sein de leurs « troupes ». On espère que la « base » ne s’est pas emparé du pouvoir dans ces deux formations politiques qui présentaient, lundi 12 novembre, un certain air de Cour du Roi Pétaud…

 

Baudouin Amba Wetshi