Ces « mauvais génies » qui gravitent autour de Felix Tshisekedi

Dimanche 30 juin, la terre entière a suivi, en « mondovision », via les réseaux sociaux, une scène qui rappelle les « années Joseph Kabila ». On a vu des policiers congolais bastonner avec délectation des manifestants et des journalistes d’un média privé. Cinq mois après l’investiture de Felix Tshisekedi Tshilombo à la tête de l’Etat, les anciennes méthodes (brutalité, jet de gaz lacrymogènes, tirs à balles réelles) semblent de retour. Il en est de même des éléments de langage. C’est le cas du mot « complot » qui semble revenir en force. Une situation propre aux Etats policiers. L’heure est manifestement au « durcissement » du régime. Les mauvaises habitudes ont plus que jamais la peau dure.

Dans une récente analyse publiée sur les réseaux sociaux, Jean-Jacques Wondo Omanyundu, passe au crible les « sécurocrates » qui « encerclent » le président Felix Felix Tshisekedi. Cet analyste cite notamment François Beya Kasonga (ancien patron de la DGM et actuel conseiller spécial – CS – du chef de l’Etat en matière de sécurité), Roger Kibelisa Ngambasui (ancien numéro 2 de l’Agence nationale de renseignements et actuellement Assistant principal du CS) et Inzun Kakiat (administrateur général de l’ANR). Des barbouzes (c’est nous qui l’ajoutons) rompus au « culte du complot » ainsi que dans l’art de la manipulation. Bref, des affabulateurs d’Etat.

LA TRAQUE DE FAUX CONSPIRATEURS

Les barbouzes de l’ANR et du Renseignements militaires semblent ignorer que les « services » ont une mission noble. Une mission qui consiste non pas à préserver le pouvoir d’un satrape mais bien à surveiller les « menaces » internes et externes qui planent sur le fonctionnement des institutions. L’Etat ne doit pas être confondus avec les puissants du moment. Hélas, depuis le 30 juin 1960 à ce jour, la « Sûreté nationale » du Congo-Zaïre n’a jamais « excellé » que dans la traque de faux conspirateurs.

Il n’est pas sans intérêt d’ouvrir la parenthèse pour rappeler cette histoire cocasse du général Louis Bobozo qui croyait que le mot « conspirateur » était un nouveau grade que l’on venait d’introduire dans l’armée. Un jour, cet officier – qui avait gagné ses galons grâce à sa bravoure qu’au nombre d’années passées dans les académies militaires – serait allé se plaindre auprès du président Mobutu Sese Seko. Au motif, selon lui, que plusieurs jeunes officiers ont été promus « conspirateurs » et pas lui. Fermons la parenthèse.

Plus sérieusement, en visite le 2 juillet à Bunia, chef-lieu de la province de l’Ituri, le président Felix Tshisekedi n’a pas manqué de stupéfier ceux qui écoutaient son harangue lorsqu’il a attribué l’insécurité qui règne dans cette partie du pays à un « complot ». On imagine qu’il s’agit d’un de ces « éléments de langage » contenus dans un rapport lacunaire et biaisé rédigé par des « agents » de l’ANR ou ceux de l’ex-Demiap. Le problème, le chef de l’Etat n’est pas allé jusqu’au bout de sa logique en désignant les « comploteurs ». Qui complote contre qui? Voilà une question qui nécessite des éclaircissements.

Augustin Kabuya, secrétaire général ad intérim de l’UDPS

OUTRANCES VERBALES  

A Kinshasa, 48 heures avant la manif’ annoncée par LAMUKA, le secrétaire général ad intérim de l’UDPS, Augustin Kabuya, a prévenu, vendredi 28 juin, que les « combattants » de son parti seraient prêts à prendre les armes pour combattre tous ceux qui tenteraient de renverser le pouvoir de Felix Tshisekedi. En clair, la « jeunesse » de cette formation politique va se muer en milice. « Nul ne peut, sous peine de haute trahison, organiser des formations militaires, paramilitaires ou des milices privées, ni entretenir une jeunesse armée », stipule l’article 190 de la Constitution.

On a attendu en vain qu’une « voix autorisée » vienne « recadrer » ce cadre de l’UDPS, le parti présidentiel. Kabuya est réputé piètre communicateur et adepte des outrances verbales. 

Durant les dix-huit années de pouvoir de « Joseph Kabila », on a assisté à la dénonciation de plusieurs complot-bidons non suivis de procès public pour faire triompher la vérité. Les victimes sont généralement des pères et mères de famille innocents. Georges Leta Mangasa, ancien patron  de l’ANR et Nono Lutula, ancien conseiller spécial de Mzee Kabila en matière de sécurité en savent quelque chose. Il en est de même du colonel Eddy Kapend et consorts. Depuis dix-neuf ans, ils sont embastillés à Makala suite à un procès inique.

On rappelle que quelques six mois seulement après son investiture en janvier 2001, « Joseph Kabila » a fait organiser un procès à Likasi contre 98 personnes impliquées dans un prétendus complot contre son défunt prédécesseur et lui-même. Le général Calvin Kandolo et l’ambassadeur Emmanuel Dungia étaient parmi les accusés.

« DÉRIVE AUTORITAIRE »

Il semblerait que les Barbouzes civils et militaires que « Felix » a « hérité » de son prédécesseur s’ennuient ferme. Pour tromper cet ennui, ces derniers suspecteraient les quelques leaders que comptent encore la Coalition LAMUKA de « conspirer » contre l’actuel Président de la République.

Cinq mois après le semblant de « renouveau » intervenu après l’investiture de Tshisekedi Tshilombo à la tête de l’Etat, on assiste au retour des errements du passé. L’heure est au « culte du soupçon » ainsi qu’à la dérive autoritaire.

Tout a commencé par le refus du gouverneur de Kinshasa, le PPRD Gentiny Ngobila, de « prendre acte » de la « manifestation pacifique » organisée, dimanche 30 juin, par la Coalition politique LAMUKA. Un cas sans précédent depuis l’accession de « Felix » au sommet de l’Etat. A l’appui de son oukase, Ngobila, d’invoquer, sans rire, le caractère « sacré » du jour-anniversaire de la proclamation de l’indépendance.

Contre toute attente, le président Tshisekedi s’est cru en droit de mêler le prestige attaché à sa fonction à un acte aussi indéfendable en approuvant l’acte posé par ce gouverneur, en « mondovision ». C’était lors de l’interview qu’il a accordée le 28 juin à Lubumbashi aux médias France 24 et RFI.

Dimanche 30 juin, la terre entière a vu avec stupéfaction des policiers congolais lancer de gaz lacrymogènes en direction des manifestants. La terre entière a vu également des policiers bastonner non seulement des manifestants sans armes mais aussi des journalistes. On se croirait à la « belle époque » du dictateur « Kabila » qui n’a aucune attache psychologique avec le Congo-Zaïre.

« FELIX » N’EST NI MEILLEUR NI PIRE QUE « JOSEPH »

Lambert Mende Omalanga, ancien porte-parole du Gouvernement

Au moment où ces lignes sont écrites, le signal du média kinois RTVS1, reste coupé depuis le samedi 29 juin. Sans le moindre préavis. Ni notification. Des pratiques d’une autre époque. L’ancien ministre de la Communication Lambert Mende Omalanga a dû s’esclaffer.

Dans un communiqué daté du 2 juillet, La Voix de Sans Voix pour les droits de l’Homme « désapprouve » cette mesure qui « porte préjudice non seulement au droit de la population à l’information (…), mais aussi, au personnel de cette chaîne qui risque d’être privé de son droit au travail ». La « VSV » invite les autorités « compétentes » à « rétablir sans délai ni conditions le signal » de ce média privé. C’est connu, tout détenteur d’une parcelle de pouvoir est tenté d’en abuser. 

Le président Felix Tshisekedi compte dans son proche entourage des hommes de qualité. Il y a malheureusement aussi plusieurs « mauvais génies » de ce même entourage. Les noms sont repris dans les lignes qui précèdent. La liste n’est pas exhaustive.

Contrairement au pouvoir personnel et personnalisé de « Kabila », l’actuel chef de l’Etat devrait « institutionnaliser » l’Etat et redonner à celui-ci son caractère impartial.

Pour être respecté, L’Etat doit incarner l’intérêt général. Il ne peut en aucun cas être assimilé au bien personnel d’un « clan » ou d’un parti. 

Depuis le 30 juin, l’image du Président Felix Tshisekedi est quelque peu écornée. Au point qu’il n’est plus rare d’entendre des voix s’élever pour clamer, sans doute avec une pointe d’exagération, que « Felix Tshisekedi n’est ni meilleur ni pire que son prédécesseur Joseph Kabila ». Un comble après cinq mois d’exercice du pouvoir d’Etat.

 

B.A.W.