Coalition CACH-FCC: Le premier « couac »!

Cinquante-deux jours, jour pour jour, après la passation de pouvoir à la Présidence de la République entre le « sortant » « Joseph Kabila » et l’ « entrant » Felix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, les « jeunes » de la mouvance kabiliste et les « Combattants » de l’UDPS se toisent. Dans un communiqué daté du 16 mars, Papy Pungu Lwamba, président de la Ligue des jeunes du « PPRD » menace de venger le saccage d’un de bureaux de cette formation politique par des militants de ce parti. L’élection des sénateurs a servi de détonateur.

Les têtes d’affiche des plateformes CACH (Cap pour le changement) et FCC (Front commun pour le Congo) avaient-elles pris soin de consulter, au préalable, leurs « bases » respectives avant de conclure leur « accord de partenariat »? La tentation est forte de répondre par la négative au vu de la violente réaction des « combattants » au lendemain de l’élection des sénateurs.

Papy Pungu, président des « Jeunes leaders »

Le communiqué publié samedi 16 mars par Papy Pungu Lwamba, l’homme reconnaissable par son béret rouge, semble confirmer que les deux « bases » sont loin de regarder dans la même direction. Et que le partenariat scellé entre les deux plateformes n’engageraient que les « leaders ».

Dans son communiqué, Papy Pungu hurle tout le mal qu’il pense des « attaques violentes », imputées à des membres de l’UDPS communément appelés « combattants ». Ceux-ci auraient non seulement dégradé des bâtiments du PPRD mais aussi des « membres d’autres forces politiques en compétition ».

Sans aller jusqu’à qualifier l’UDPS de « mauvaise perdante », Papy Pungu fait remarquer que la « défaite » est une « option normale dans toute compétition démocratique » et « ne peut nullement justifier des attaques violentes » telles que constatées.

« IMBONERAKURE »

Le PPRD Papy Pungu Lwamba qui a pour modèle les « Imborakure » burundais ne s’arrête pas en si bon chemin. Il « met en garde » les « combattants » de l’UDPS face à ce qu’il qualifie d’ « égarements qui sont de nature à fragiliser la paix sociale et doivent cesser immédiatement ».

Flashback. Vendredi 15 mars, la Commission électorale nationale (mal qualifiée) indépendante (CENI) a organisé l’élection des sénateurs dans 24 provinces sur les 26 que compte le pays. Surprise: l’UDPS, considérée comme étant la « fille aînée » de l’opposition zaïro-congolaise, n’a obtenu qu’un sénateur à Kinshasa. Le parti y compte pourtant douze députés provinciaux.

Au Kasaï Oriental, considéré jadis comme un des bastions du parti cher à feu « Tatu Etienne », on ne compte qu’un sénateur.

Samedi 16, plusieurs dizaines de « combattants » sont descendus dans certaines grandes artères de la capitale pour crier leur colère contre les députés provinciaux étiquetés UDPS. Les protestataires scandaient des slogans contre le FCC. Cette mouvance kabiliste est accusée de forger son omnipotence dans la chambre haute du Parlement en soudoyant les « grands électeurs » que sont les parlementaires provinciaux.

Les « combattants », eux, ne s’expliquent pas les résultats obtenus alors que, pour la ville de Kinshasa, quatre voix suffisaient pour élire un sénateur. De passage sur le boulevard Sendwe, les protestataires ont vandalisé le siège provincial du PPRD et lacérer un poster de « Kabila » avant d’aller brûler des pneus au Palais du peuple, siège du Parlement.

Au Kasaï Oriental, des habitations appartenant aux députés provinciaux de l’UDPS ont été pillées ou incendiées. A Goma, des militants et sympathisants de cette formation politique ne sont pas allés par quatre chemins en exigeant la démission du président intérimaire Jean-Marc Kabund-A-Kabund.

ERREUR OU FAUTE POLITIQUE?

Dans la province du Haut Katanga, des combattants ont interpellé le président Felix Tshisekedi l’invitant non seulement à « écouter » les préoccupations de la « base » mais surtout à faire radier de l’UDPS les députés suspectés d’avoir été « corrompus ».

Dans un communiqué daté du 16 mars, rédigé sur papier ordinaire, le « dircab » du Président de la République, Vital Kamerhe (VK), rapporte que « le chef de l’Etat s’est entretenu avec le président de la Cour constitutionnelle, le président et le vice-président de la CENI sur la situation qui prévaut dans certaines villes du pays après l’élections des sénateurs ». Les frustrations d’un parti au pouvoir deviennent-elles une « affaire d’Etat »?

Plus grave, « VK » d’ajouter qu’ « à la suite de ces entrevues », le président Tshisekedi « a reçu les délégués des militants du CACH/UDPS frustrés par le comportement de leurs députés provinciaux ». Le locataire du Palais de la nation les a invités au calme et les a informés de la tenue lundi 18 mars à 10h00, d’une importante réunion interinstitutionnelle. 

On se trouve là face à un conflit d’intérêt qui frise la « faute politique ». D’abord, parce que devenu chef de l’Etat, Felix Tshisekedi Tshilombo n’est plus l’homme d’un parti politique ou d’un clan. Il est, désormais, au service de toute la nation congolaise.

Va-t-on convoquer toute une réunion interinstitutionnelle parce que les militants de l’UDPS et ceux de l’UNC, deux associations de droit privé, sont frustrés de constater que leur parti respectif  n’ont pas obtenu le nombre de sénateurs qu’ils escomptaient? 

CACH-FCC: « MARIAGE CONTRE-NATURE »

De quoi s’agit-il? Il s’agit de plusieurs cas présumés de corruption. La présomption d’innocence oblige! La corruption ne relève pas de la politique politicienne. Il s’agit d’un délit pénal. Il incombe, dès lors, au procureur général près la Cour de cassation de se saisir du dossier.

André-Alain Atundu Liongo

Une fois n’est pas coutume, c’est le lieu de saluer la démarche suivie par le FCC André-Alain Atundu Liongo. Confronté au même phénomène décrié ici, ce dernier a déposé plainte auprès du procureur général près la cour d’appel de la Mongala en citant nommément les « suspects ». Il va sans dire que nul ne peut se faire justice soi-même.

Aux dernières nouvelles, on apprenait, dimanche, que le président intérimaire de l’UDPS, Jean-Marc Kabund, a annoncé que son parti « rejette les résultats » des élections sénatoriales. Au nom de quel principe? La loi du plus fort?

L’Etat de droit dont claironne, matin, midi et soir, le personnel politique zaïro-congolais, n’est-il pas finalement un Etat où règne la primauté du droit et où l’ensemble des autorités politico-administratives agit en se conformant aux règles de droit en vigueur?

La coalition CACH-FCC vient de connaitre son premier « couac ». Il y a lieu de craindre que d’autres « fausses notes » surviennent à l’occasion notamment de l’élection des gouverneurs de province et du partage de portefeuilles au niveau du gouvernement central. Cinquante-deux jours après l’investiture du nouveau magistrat suprême, le Premier ministre n’est toujours pas nommé. L’ancienne équipe gouvernementale continue à expédier les affaires courantes. 

Lentement mais sûrement, la coalition CACH-FCC révèle son caractère de « mariage contre-nature ». Les deux « conjoints » n’ont ni valeurs communes. Ni la même vision de la société congolaise de demain.

 

Baudouin Amba Wetshi