Cols blancs, mains sales

Avec des dizaines de milliers de civils blessés, violés et tués chaque année, des millions de personnes déplacées et des centaines de milliers d’enfants déscolarisés et affamés dont un grand nombre ne survivront pas, la RDC a atteint des sommets dans l’horreur. Le pays n’étant pas en guerre avec des puissances étrangères auxquelles on pourrait imputer la responsabilité de cette situation, cette responsabilité incombe aux gouvernants du pays qui dans une arrogance sans bornes nient la réalité et poussent le cynisme jusqu’à refuser l’aide internationale pour venir en aide aux réfugiés et réduire le nombre d’enfants qui meurent de faim. Ils confirment ainsi leur responsabilité criminelle.

Les horreurs subies par des millions de personnes dans plusieurs régions du pays résultent de la disparition de l’état de droit, initiée par les prédations et les malversations commises par les gouvernants que les congolais appellent les kulunas (bandits) en cols blancs qui ont instrumentalisé toutes les institutions pour assurer leur impunité. Pour assurer leur maintien au pouvoir Ils ont conclu un pacte avec les hommes armés aux termes duquel, ceux-ci soutiennent les cols blancs et en contrepartie ils ont feu vert pour terroriser, violer et tuer afin d’anéantir toute velléité de résistance aux cols blancs et pour s’enrichir par tous les moyens: trafic de matières premières, pillages, vols, rackets etc…

Par leurs crimes économiques ils maintiennent les populations dans une misère abjecte, par leur instrumentalisation des institutions ils ont érigé l’impunité en système et ils ont remplacé tous les mécanismes de règlement pacifique des conflits (terriens, communautaires, politiques etc.) par la violence. Ainsi ils ont transformé le pays en zone de non droit et d’Etat failli utilisant la terreur et le chaos en système de gouvernement afin de se maintenir au pouvoir. On peut considérer que la bande au pouvoir mène une guerre contre sa propre population et ils illustrent ainsi les définition de Clausewitz: « La guerre n’est qu’un prolongement de la politique par d’autres moyens…. la guerre n’est pas un acte politique isolé, décorrélé de la pratique politique quotidienne, elle en est son extension logique, une autre forme de politique ».

Les principaux responsables de la catastrophe humanitaire que traverse le pays sont donc bien des cols blancs qui en sont les commanditaires.

Qui sont ces cols blancs? Pour la plupart il s’agit de hauts responsables des institutions du pays: présidence, gouvernement, magistrature, parlement, entreprises publiques etc.

Jusqu’à présent, ceux qui s’opposent au groupe au pouvoir se focalisent sur le chef du groupe et ses sicaires armés alors que les principaux complices sont les cols blancs qui volent, pillent, corrompent et font la propagande. Les actions pacifiques menées jusqu’à présent ont montré leurs limites. Les manifestations réprimées dans le sang et les sanctions contre quelques individus de l’appareil sécuritaires n’ont pas déstabilisé la bande au pouvoir.

QUE FAIRE?

Dans un article daté du 6 septembre 2016 et publié par le site www.agoravox.fr , l’intellectuel mauritanien Ely Mustapha, professeur d’université, préconise une stratégie à l’encontre des cols blancs qu’il considère comme le talon d’Achille du pouvoir. Extrait de l’article:

« Pour combattre un dictateur, il faut s’intéresser à ses collaborateurs. Ces derniers ne sont ni plus ni moins que le véritable moteur qui maintient la dictature en marche. Ils sont son talon d’Achille. Son point faible. Et c’est en frappant son talon d’Achille que l’on met à genou le système qu’il porte.
En effet, nos dictateurs s’entourent de personnes qu’ils choisissent pour leur nature rampante et corvéable et utilisent leurs compétences pour se maintenir au pouvoir. Ces personnes, souvent sans foi ni loi, obéissant au doigt et à l’œil pour des raisons bassement matérielles ou cyniquement personnelles, travaillent pour la pérennité de leur maître. Ce sont des ministres, des conseillers, des Présidents directeurs généraux, des présidents de partis, des gradés militaires et sécuritaires ». Pour l’auteur, « les collaborateurs des dictateurs, sont les véritables responsables des actes de ces derniers. Ce sont des exécutants complices, connaissant pertinemment la portée de leurs actes et les méfaits qu’ils engendrent. Ils s’associent à leurs méfaits et à ce titre se doivent d’être les premiers la cible de toute action visant à faire tomber un régime dictatorial ».

Pour démontrer la responsabilité des cols blancs et préparer des actions en justice il faut commencer par documenter et étaler au grand jour leurs activités criminelles.

Il faut hiérarchiser les responsables et commencer par les conseillers de la présidence, les premiers ministres, les ministres en charge des départements dits de souveraineté et les propagandistes, les hauts magistrats et dirigeants d’entreprises publiques …

À suivre …

 

Par Jean-Marie Lelo Diakese

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