Enfin, un intellectuel défenseur des ‘combattants’

Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo
Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo

En réfléchissant sur le combat des ‘combattants’, j’ai aligné des arguments pour mieux le condamner. J’ai été content de lire la réaction de Muana ya mokolo lopango qui a fait de même pour être « globalement en désaccord avec[moi]« , selon ses propres termes, allant jusqu’à déclarer que « nous partons sur des positions tellement diamétralement opposées que la moindre convergence [lui] semble hors de portée ». Quels sont ses arguments?

Le défenseur des ‘combattants’ note que je parle d’eux « comme si c’était un groupe de gens et un sujet qui ne nous concernent pas directement ». Il se pose alors une question à laquelle il répond lui-même. Qui sont les ‘combattants’? Ce sont nos compatriotes. Quel est l’intérêt d’une telle question? Faut-il en déduire que quand un compatriote pose un acte répréhensible, il ne faut pas le blâmer? Si tel est le fond de la pensée de Muana ya mokolo lopango, peut-il expliquer pourquoi il stigmatise le comportement de nos dirigeants qui sont aussi nos compatriotes?

Alors que les ‘combattants’ se comportent comme des donneurs de leçons face aux musiciens congolais se produisant en Occident, voilà que leur intellectuel de défenseur me traite de donneur de leçons. Soyons sérieux! Parmi les ‘combattants’ donneurs de leçons d’hier, plusieurs ont rejoint Félix Tshisekedi qui fut un des leurs. Ils sont désormais lancés dans la course à l’enrichissement rapide et sans cause. Comme les Kabilistes qu’ils pourfendaient pourtant. Mieux, ils trouvent normal de se retrouver dans une coalition avec ces derniers. Où est le sérieux? Qu’est-ce qui nous garantit que ceux qui continuent ce combat aujourd’hui ne ferait pas de même une fois invités au festin du pouvoir?

Muana ya mokolo lopango dresse un tableau sombre de la situation du pays qui est connue de tous: « Une catastrophe qui dure depuis plus de 20 ans. Viols, massacres et pillages se poursuivent dans l’indifférence générale. Le Congolais est devenu une qualité ô combien négligeable. La chosification du Congolais est telle qu’on peut le massacrer et le jeter dans une fosse commune sans qu’aucune voix ne se lève. Alors que faire? ». Il enchaîne alors pour répondre à sa propre question: « La diaspora congolaise envoie tous les ans l’équivalent du budget national pendant que les autres pillent. Elle a donc un mot à dire et les combattants font partie de la diaspora. Seuls ceux qui ne font rien et regardent tout ça de loin, font des boucans ».

Je fais partie de la diaspora congolaise. Depuis que j’ai quitté Kinshasa en 1991, je n’ai jamais remis les pieds dans cette ville-poubelle. Avec mes émoluments de « Bula Matadi sans frontières » et connaissant la réalité salariale en Occident, je peux affirmer, sans crainte d’être contredit, que je figure parmi les membres de la diaspora qui transfèrent le plus d’argent au pays. Une fois, la Poste de la ville dans laquelle j’habite en Europe a alerté la Police sur les transferts qu’effectuaient mon épouse ou ma fille en direction de Kinshasa après que je leur ai fait des virements par PC Banking. Puisque mon épouse travaillait alors au Bureau de Police et que son salaire avait été fixé en fonction du mien, la Police avait rassuré la Poste qui était alors liée par un contrat avec Western Union que nos transferts étaient bien de l’argent propre. Mais des transferts pour qui? Pour des membres de la grande famille africaine restée au pays. A l’intérieur même de celui-ci, les transferts d’argent s’inscrivant dans ce cadre se font au quotidien. Par ailleurs, pris individuellement, les transferts des migrants sont une goutte d’eau par rapport aux actes des musiciens de la trempe de Werrason ou Fally Ipupa. Car, au-delà de la solidarité familiale, ceux-ci posent des gestes louables en faveur des affligés qui sont légion au pays. Et puis, quelle vision de la gouvernance étatique véhicule-t-on quand on met en exergue les transferts des migrants pour souligner leur droit à la parole dans la gestion de la chose publique dans leur pays d’origine? Etre citoyen ne suffit-il pas?

Les transferts des migrants sont une réalité qu’il convient de souligner. Je les mets également en lumière dans mon deuxième ouvrage: ‘Migration Sud/Nord: Levier ou obstacle? Les Zaïrois en Belgique’ (Bruxelles, Institut Africain-CEDAF, Paris, L’Harmattan, 1995). Mais cela donne-t-il à qui que ce soit le droit de dicter leur conduite aux musiciens ou encore de brutaliser leurs fans voulant se rendre aux concerts? Muana ya mokolo lopango répond par l’affirmatif. Il note que « le blocus existe en Occident. Ce n’est pas une invention des Congolais. Le blocus des salles de spectacle (allez demander à Dieudonné et autres artistes), des autoroutes, des dépôts de carburant, des universités, des centres commerciaux… le blocus économique des certains pays par les occidentaux (embargo). Aucun blocus ne touche directement ceux qui sont visés. AUCUN! C’est un moyen de pression pour infléchir une position, attirer l’attention, faire entendre la voix… ».

Tout cela est bien beau. Mais si l’embargo décrété par les ‘combattants’ contre les productions des musiciens congolais restés au pays est un moyen pour se faire mieux entendre, pour porter la cause du long martyr du peuple congolais à l’agenda des grands de ce monde, un tel moyen ne serait-il pas plus retentissant si l’on empêchait le concert d’une grande vedette occidentale? Pourquoi ne s’opposer qu’aux seuls concerts des musiciens congolais restés au pays? Muana ya mokolo lopango semble avoir une réponse toute faite: « La musique est devenue un instrument d’abrutissement des Congolais pendant que la maison brûle. Quoi de plus normal qu’on s’attaque au centre d’intérêt de cette masse ». Finalement, que visent les ‘combattants’? La visibilité ou la mort de la musique congolaise qu’ils consomment quotidiennement dans leurs voitures et maisons ainsi qu’au cours de leurs fêtes? Si la musique congolaise doit mourir parce qu’elle abrutit les Congolais, pourquoi les ‘combattants’ tolèrent-ils la même musique faite par les Congolais de la diaspora qui non seulement jouent leurs propres répertoires aux concerts mais également les succès des musiciens restés au pays?

A y regarder de près, il y a lieu de s’interroger sur la motivation de la préfecture de Paris, par exemple, quand elle annule les concerts des musiciens congolais restés au pays pour éviter d’éventuels débordements des ‘combattants’. Ces concerts sont donnés par des Africains pour des publics africains dans leurs écrasantes majorités. Paris agirait-elle de la même manière s’il s’agissait par exemple d’un concert de Johnny Halliday de son vivant? Ne mettrait-elle pas tous les moyens en œuvre pour barrer la route au théâtre de mauvais goût des ‘combattants’? N’y a-t-il pas une certaine dose de racisme dans ces annulations?

L’intellectuel défenseur des ‘combattants’ poursuit: « Quand la maison brûle, on attend que tous les enfants participent à éteindre le feu ». Est-ce là une image correcte de la situation d’un pays en grande difficulté ou en danger? Le pays brûle et il faut que tout le monde mette la main à la pâte pour éteindre l’incendie? D’accord! Mais j’ai des questions à poser à Muana ya mokolo lopango. Avez-vous arrêté de manger depuis que notre pays brûle tellement que vous êtes occupé à éteindre l’incendie? Avez-vous arrêté de prendre du plaisir en voyageant comme touriste, en allant au restaurant, en pratiquant votre sport favori ou encore en faisant l’amour avec votre épouse ou vos concubines depuis que le pays brûle, tellement que vous êtes occupé à éteindre l’incendie? Avez-vous arrêté d’aller en boite, au cinéma ou d’organiser des fêtes ou d’y participer depuis que le pays brûle, tellement que vous êtes occupé à éteindre l’incendie? Avez-vous arrêté d’exercer votre profession et de gagner de l’argent depuis que le pays brûle, tellement que vous êtes occupé à éteindre l’incendie? Comme les ‘combattants’, vous devez montrer l’exemple en arrêtant toute autre activité humaine. Dans le cas contraire, vous n’avez pas le droit d’imposer aux musiciens congolais de saborder leur profession sous prétexte que le pays est en danger. Il n’existe pas un seul peuple au monde qui se lèverait comme un seul homme et cesserait toute activité pour ne se consacrer qu’à la défense de la patrie en danger.

L’intellectuel défenseur des ‘combattants’ déclare qu’il fait partie d’un « groupe de 7 personnes » qui, « depuis 2008, dépose des mémos (CPI, multinationales, UE, parlement français, UK et USA) sur différents sujets […]«  et « rencontre des parlementaires… et d’autres Congolais font de même voire plus. À chaque fois, on [leur] dit ‘mobiliser les vôtres, alerter l’opinion publique…' ». Il s’agit là des initiatives louables pour son pays. Mais quand on passe au crible les arguments qu’il avance dans son plaidoyer pour le combat des ‘combattants’, il y a lieu de se demander si dans son groupe, ils ne rencontrent pas leurs interlocuteurs occidentaux avec des arguments de même nature, c’est-à-dire faciles à battre en brèche. Par ailleurs, en quoi l’embargo contre les productions des musiciens congolais résidant au pays mobilise-t-il les Congolais? Lors du dernier concert de Fally Ipupa à Paris, la preuve n’avait-elle pas été faite que les mélomanes congolais étaient de loin plus nombreux que les ‘combattants’?

Enfin, fier de ses activités en faveur du pays qui tardent pourtant à donner des résultats sur le terrain, Muana ya mokolo lopango me tance en ces termes: « Vous-même, avez-vous créé ou participez-vous à un groupe d’intellos pour réfléchir sur les actions à mener pour le Congo? Si vous avez des bonnes idées, appelez vos frères combattants de Belgique et faites des propositions ». D’abord, il convient de noter que quel que soit le danger menaçant un Etat; quel que soit le drame que vit un peuple, jamais celui-ci ne se lèvera comme un seul homme pour combattre le danger. Cela est tout simplement impossible. Au début de la Deuxième guerre mondiale, la population française, par exemple, était évaluée à 38.640.000. Le nombre des résistants à la fin de la guerre en 1945 variait entre 300.000 à 500.000, soit tout au plus 1,29% de la population totale. Par ailleurs, si jamais à la sortie du drame actuel, le Congo-Kinshasa devrait mettre en place une commission, comme jadis la France, pour reconnaître ses résistants, les ‘combattants’ et leur intellectuel de défenseur sont-ils certains d’en faire partie?

Le combat pour l’émancipation d’une nation revêt plusieurs volets. Mais pour un Etat qui souffre d’une mauvaise gouvernance endémique, ce combat doit avant tout se jouer sur le plan intellectuel. Pour preuve, hier, le ‘Guide-éclairé’ Mobutu Sese Seko a été chassé du pouvoir. Le ‘Libérateur’ Laurent-Désiré Kabila a pris sa place pour aussitôt se révéler, lui aussi, comme un dictateur. Laurent-Désiré Kabila est mort dans des circonstances qui restent encore à élucider. Un homme se présentant comme son fils a pris le pouvoir. Avec lui aux commandes, la nation entière est allée à trois reprises aux élections dans le cadre d’un système politique dit démocratique. Mais le successeur de Laurent-Désiré Kabila s’est également illustré comme un dictateur. Tout changement au sommet de l’Etat congolais n’est donc qu’un éternel recommencement. Cela démontre, si besoin en était, qu’au niveau national, les intelligences doivent se mobiliser pour explorer les voies et moyens de sortir de l’impasse. Telle est la nature du combat que je mène au niveau individuel.

Depuis le 24 avril 1990, date du lancement officiel du deuxième processus de démocratisation de mon pays, je crie de ma voix isolée que la voie choisie par ma nation qui m’est chère, celle de la démocratie des singes, c’est-à-dire une démocratie mise en place par des êtres humains qui s’imaginent qu’ils sont sur terre pour imiter servilement le génie créateur occidental en matière de gouvernance démocratique, cette voie disais-je, mène à tout sauf à la démocratie. Certes, j’aurais préféré m’être trompé dans mes réflexions anticipatives qui ont fait l’objet d’une publication: ‘L’Ajustement politique africain. Pour une démocratie endogène au Congo-Kinshasa’ (Paris, L’Harmattan, Montréal, L’Harmattan Inc., 1999). Mais chaque jour qui passe me donne raison. Car, on a beau chercher la démocratie au Congo-Kinshasa depuis 2006, année des premières élections dites démocratiques, on ne trouve que la dictature et la misère du peuple. Et le combat des ‘combattants’ ne peut rien changer à cet état des choses. Pour preuve, l’actuel président du pays est un ancien ‘combattants’.

Par Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo

14 thoughts on “Enfin, un intellectuel défenseur des ‘combattants’

  1. Chers Compatriotes,
    MBTT écrit : « Depuis le 24 avril 1990, date du lancement officiel du deuxième processus de démocratisation de mon pays, je crie de ma voix isolée que la voie choisie par ma nation qui m’est chère, celle de la démocratie des singes, c’est-à-dire une démocratie mise en place par des êtres humains qui s’imaginent qu’ils sont sur terre pour imiter servilement le génie créateur occidental en matière de gouvernance démocratique, cette voie disais-je, mène à tout sauf à la démocratie. Certes, j’aurais préféré m’être trompé dans mes réflexions anticipatives qui ont fait l’objet d’une publication: ‘L’Ajustement politique africain. Pour une démocratie endogène au Congo-Kinshasa’ (Paris, L’Harmattan, Montréal, L’Harmattan Inc., 1999). Mais chaque jour qui passe me donne raison ». J’ai une observation: MBTT constate jusqu’à maintenant l’échec de la démarche engagée par les Congolais pour établir chez eux un état de droit: un régime démocratique. Ceci est un fait, et ce fait est indéniable. Ma difficulté vient de la conclusion à laquelle MBTT aboutit. Il dit conclut de cet échec que sa publication est la voie à suivre. Mais cette voie à suivre conduirait à quoi ? à établir un état de droit, un régime démocratique au Congo ? Est-ce une certitude ? Comment prouve-t-il cette certitude qui a fait l’objet de sa publication ? L’échec de Félix Tshisekedi dans la recherche de l’établissement d’un état de droit est un constat d’une réflexion précipitée qui ne tient pas compte de la particularité de la situation de Tshisekedi fils. MBTT peut-il nous donner un exemple d’un pays où le changement radical dans la gestion de la chose publique s’est effectuée dans les mêmes conditions dans un laps de temps aussi court ? Même avec la révolution que nous prônons, les résultats ne peuvent pas être obtenus aussi vite. MBTT veut-il nous convaincre qu’il a trouvé la voie ou une voie parmi d’autres ? Que Dieu nous vienne en aide.
    Car, on a beau chercher la démocratie au Congo-Kinshasa depuis 2006, année des premières élections dites démocratiques, on ne trouve que la dictature et la misère du peuple. Et le combat des ‘combattants’ ne peut rien changer à cet état des choses. Pour preuve, l’actuel président du pays est un ancien ‘combattants’.

    1. Cher Elili,
      Je suis content que tu ne reviennes pas sur les arguments pour ou contre le combat des « combattants » contre les productions scéniques des musiciens congolais restés au pays. Car on peut facilement balayer les arguments en faveur d’un tel combat, tout en mettant en lumière les contradictions dans lesquelles s’empêtrent les « combattants » eux-mêmes. Comme moi et comme toute personne honnête, vous constatez que l’échec de notre deuxième processus de démocratisation « est un fait, et ce fait est indéniable ». Mais que faisons-nous ? Nous persistons dans l’erreur au lieu de chercher des voies et moyens de rectifier le tir. En prévoyant un nouvel échec et en suggérant une autre piste bien avant les premières élections dites démocratiques de 2006, je montre que l’échec actuel pouvait être évité si on avait amorcé le deuxième processus de manière rationnelle. Je ne dis pas que la voie que je propose est la seule possible. Ce serait d’ailleurs contraire à ma façon de voir les choses dans ce domaine. Car j’estime que la démocratie occidentale n’est pas l’unique horizon de notre temps et que d’autres voies sont possibles et imaginables pour enraciner la démocratie. Je dis simplement aux Congolais et aux autres Africains qui sont logés à la même enseigne que les Congolais : voici une voie possible. Ce faisant, je participe à la recherche indispensable des voies alternatives ; ce qui devrait être le devoir de toutes les intelligences africaines. Et quand quelqu’un propose autre chose, puisqu’en matière de gouvernance comme dans bien d’autres domaines, tout commence par la réflexion ou l’articulation des propositions concrètes, le débat doit être sur la proposition nouvelle et pas sur autre chose. Est-elle de nature à enraciner la démocratie ? Si oui, on aligne ses arguments. Si non, on fait de même. Pour votre information, lors des consultations nationales sous le régime de Laurent-Désiré Kabila, un médecin congolais qui représentait la diaspora de Belgique, le Dr. François Lula Mupondo, avait partagé ma vision, brandissant mon livre. Intéressé, Laurent-Désiré Kabila avait instruit le Ministre de l’Information Didier Mumengi de lui en procurer un exemplaire. L’avait-il fait ? Le Dr. Lula n’en sait rien. L’intérêt de l’information que je vous livre ici est que dans un pays qui avait déjà échoué à instaurer un système politique démocratique au lendemain de l’indépendance, on ne peut pas déclarer vouloir construire la démocratie sans se poser des questions sur l’échec passé et en tirer des leçons. Ne me prêtez donc pas d’autres intentions.

  2. Erreur
    Cette partie du texte est à ne pas considérer « Car, on a beau chercher la démocratie au Congo-Kinshasa depuis 2006, année des premières élections dites démocratiques, on ne trouve que la dictature et la misère du peuple. Et le combat des ‘combattants’ ne peut rien changer à cet état des choses. Pour preuve, l’actuel président du pays est un ancien ‘combattants’ ». Je m’excuse pour cette erreur.

  3. Compatriotes Mayoyo et Muana ya mokolo lopango,
    # Permettez qu’à la lecture de vos deux interventions je vous réponde à partir d’un point de vue plus consensuel. Non pas que le débat qui de principe est le contraire de l’unanimisme soit ici vain mais parce que d’un côté je me demande si à ce stade de l’immobilisme assassin de notre pays des réflexions et actes posés ensemble ne seraient pas plus efficients et de l’autre il y’a dans le combat politique à chaque niveau une dimension politicienne, psychosociale à ne jamais perdre de vie. En effet l’action politique dans sens pratique de conquête de pouvoir pour ceux qui sont dehors et de maintien pour ceux qui sont dedans exige des stratégies pour y entrer en plein avant de pouvoir mettre en pratique ses idées. Elle comporte ainsi à chaque stade des priorités et des pratiques de masse loin de la seule offre des programmes.
    # Du coup les priorités de contenu d’un Mayoyo se complètent forcément de la nécessité d’une propagande plus qu’elles ne sont contradictoires à première vue.Voilà les justifications de ma naïveté à chercher aussi à construire entre nous des ponts qui nous rassemblent plutôt que des murs qui vont nous diviser et ne profiteront qu’à nos ennemis !
    # Ecartons de prime abord le reproche de « donneurs leçons », désuet, la preuve il vient de vous deux. Lorsqu’on défend des idées, le risque de le paraître est patent.
    Ensuite celui de jouer au plus patriote que l’autre : ne nous trompons pas à travers les mots et actes des uns et des autres qui semblent se contredire, le combat des combattants comme la charge de leurs contradicteurs sont bel et bien nôtres à nous tous Congolais, ceux de tous les enfants du pays, que nous approuvions peu ou prou ou rien de leurs différentes modalités. Je reste en effet convaincu que pour la plupart d’entre nous, nous sommes engagés de bonne foi pour le meilleur du pays avec nos idées et nos moyens. Placer des combattants peu outillés face à des intellos est davantage une facilité de description plutôt qu’un diagnostic clé en mais qui prétend opposer les uns aux autres. Ce n’est pas non plus juger définitivement les qualités et actes des uns par rapport à ceux des autres, c’est au-delà, planter les bases possibles d’un dialogue, d’une collaboration utile entre fils du pays. Voilà comment personnellement je veux voir les choses : la diaspora garante de l’aide au pays par les envois de ‘western unions’ n’a plus droit à la parole que ceux qui sont sur place y compris les musiciens qu’elle condamne, elle a davantage à faire profiter de ses conseils et de ses services dans sa situation d’expatrié dans des pays plus nantis.
    # Enfin, venons-en aux faits en cause ! Face aux actes de nos combattants de la diaspora qui refusent de cautionner les productions de nos musiciens pour cause de sources d’abrutissement, de deuil des nôtres qui tombent au pays sous l’occupation rwandaise…, la question qui se pose et posent la plupart des intervenants ici n’est pas tant, selon moi, celle de leur légitimité et encore moins de leur légalité mais celle de leur efficacité. La question n’est pas non plus tant celle de notre approbation mais celle de leurs effets réels pour le pays. Quel impact réel les violences des alentours de la Gare de Lyon à Paris et autres de leurs manifestations ont-elles sur la gouvernance à Kinshasa, en quoi peuvent-elles influer sur le cours de notre Gouvernement à contrer effectivement l’occupation tant décriée ? Tant et si bien que leurs actes seraient notoirement bénéfiques pour le pays, nous n’en discuterions même pas ici. Mais c’est vrai c’est un combat, on ne peut juger de son destin final qu’après l’avoir mené…
    # Les réponses à cette question sont divergentes, c’est la pluralité démocratique des opinions.
    Muana ya mokolo lopango pense que leur combat est non seulement efficace mais aussi indispensable ; « Quand la maison brûle, on attend que tous les enfants participent à éteindre le feu », dit-il. Il ajoute que la geste des combattants comme les embargos dans le monde sont une arme au service de leurs auteurs pour des cibles identifiées…
    Mayoyo n’en voit pas les effets d’autant que leur appel au boycottage du concert de Fally Ipupa n’a pas empêché la présence massive à Bercy des jeunes Congolais et pense plus généralement « qu’il n’existe pas un seul peuple au monde qui se lèverait comme un seul homme et cesserait toute activité pour ne se consacrer qu’à la défense de la patrie en danger »…
    #Arrêtons-nous là et coupons la poire en deux car personne n’a le monopole des stratégies !
    A MML;, dans tous les cas moi je veux voir aujourd’hui nos Concitoyens prêts à se mobiliser d’une façon ou d’une autre comme vous le justifiez dans votre récit, les partenaires étrangers que vous avez approchés vous recommandent de « mobiliser les vôtres, alerter l’opinion publique… ». Voilà la bonne occasion ! Imaginons déjà qu’au niveau de Congo Indépendant où nous avons plaisir à échanger nous en faisions aussi non pas seulement un lieu de débats entre opinions opposées mais celui où construire des projets effectifs pour notre cher pays ? C’est là où le combat des combattants peut davantage entrer en ligne…
    A Mayoyo ; je renchéris que si « le combat pour un État comme le nôtre qui souffre d’une mauvaise gouvernance endémique se joue sur le plan intellectuel », il se joue aussi sur le volet de la mobilisation préalable qui permet aux idées et programmes bien réfléchis d’être repris par un plus grand nombre et que les politiques arrivés au pouvoir les mettent en pratique, pour que le combat légitime des ‘combattants’ devienne un sujet de mobilisation pour tous et puisse tenter de faire changer les choses…
    VOILA MON MESSAGE CONSENSUEL ! A PLUS !

    1. Cher Nono,
      Quand on pense à l’insouciance quasi généralisée de l’homme congolais face aux malheurs qui s’abattent sur lui, on ne peut qu’admirer la grande capacité de mobilisation des « combattants ». Qu’ils l’utilisent correctement et je vais être parmi les premiers Congolais à les applaudir. Partout où ils sont en Occident, les régimes politiques leur offrent des opportunités qu’ils peuvent saisir plutôt que de s’acharner lâchement contre les musiciens de leur pays pour des raisons qui ne sont pas raisonnables.
      On ne peut qu’être d’accord avec vous quand vous soulignez la nécessité de « mobilisation préalable qui permet aux idées et programmes bien réfléchis d’être repris par un plus grand nombre ». J’en suis conscient et je peux vous rassurer que parfois, je me demande pourquoi je ne laisse pas tout tomber pour me jeter dans l’arène politique dans l’espoir de susciter une telle mobilisation. Mais vous conviendrez avec moi que même les « combattants » dont le sens de mobilisation est remarquable, ils ont de quoi faire bouillir les marmites de leurs épouses respectives. Par ailleurs, je l’ai déjà écrit, les idées nouvelles ne doivent pas être vulgarisée au niveau des masses forcément par leurs initiateurs. Les politiques peuvent prendre le relais.

      1. Bien d’accord avec vous, cher ami ! C’est ce qui me fait dire que vos deux opinions et propositions sont justes chacune à sa fenêtre, elles ne sont pas exclusives les unes par rapport aux autres. Elles sont d’autant complémentaires que leur matérialisation tarde à venir les unes sans les autres.
        Une résistance et une mobilisation actives contre l’occupation comme un travail intellectuel des programmes sont indispensables pour réussir un jour le changement que nous attendons. Muana ya mokolo lopango qui privilégie les unes et Mayoyo qui privilégie l’autre ne s’opposent pas autant qu’ils le proclament ou autant que nous voulons les voir. Voilà mon avis et mon message consensuels !

    2. ADDENDA
      #Arrêtons-nous là et coupons la poire en deux car personne n’a le monopole des bonnes stratégies !
      A MML; moi je veux voir aujourd’hui dans tous les cas nos Concitoyens prêts à se mobiliser d’une façon ou d’une autre comme vous le justifiez dans votre récit, « les partenaires étrangers que vous avez approchés vous recommandent de « mobiliser les vôtres, alerter l’opinion publique… » » . Voilà la bonne occasion ! Imaginons déjà qu’au niveau de Congo Indépendant où nous avons plaisir à échanger nous en faisions aussi non pas seulement un lieu de débats entre opinions opposées mais celui où construire en concertation ensemble des projets effectifs pour notre cher pays ? C’est là où le combat des combattants peut davantage entrer en ligne…
      A Mayoyo ; je renchéris que si « le combat pour un État comme le nôtre qui souffre d’une mauvaise gouvernance endémique se joue sur le plan intellectuel », il se joue aussi sur le volet de la mobilisation préalable qui permet aux idées et programmes bien réfléchis d’être repris par un plus grand nombre et que les politiques arrivés au pouvoir les mettent en pratique. Le combat légitime des ‘combattants’ deviendra alors un levier et un motif de mobilisation pour tous et finira par faire changer les choses. Une équipe, un homme peut en effet disposer du meilleur modèle démocratique à proposer, il ne pourra le mettre en œuvre qu’après être arrivé au pouvoir.
      C’est ce préalable qui démontre que vos deux avis sont complémentaires, qu’au travail purement intellectuel doit s’adjoindre une propagande, une pédagogie active de conquête de pouvoir !
      # VOILA MON MESSAGE CONSENSUEL ! A PLUS !

      1. Cher Nono,
        Nos deux avis seraient complémentaires si l’on discutait de l’importance des idées et de la mobilisation pour construire un Congo nouveau. Mais ce dont on discute ici, c’est du combat des « combattants » contre les productions scéniques des musiciens congolais restés au pays. Il n’y a rien à construire avec un tel combat. Mais on peut se poser la question de ce qu’on pourrait bien faire de la grande capacité de mobilisation des combattants. Ça, c’est une autre question susceptible de susciter un autre débat. Quant aux nouvelles idées, il n’y a aucun mal à les partager et en discuter d’autant plus que nous nous trouvons ici dans une tribune libre. Il ne faut donc pas chercher à construire à tout prix des ponts même là où ce n’est pas nécessaire.

      2. Cher Mayoyo,
        « Nos deux avis seraient complémentaires si l’on discutait de l’importance des idées et de la mobilisation pour construire un Congo nouveau. Mais ce dont on discute ici, c’est du combat des « combattants » contre les productions scéniques des musiciens congolais restés au pays. » Vous n’avez peut-être pas compris mon pari dès le début de ma réponse ou vous ne l’acceptez pas. Justement moi j’ai choisi exprès d’enjamber la plate question du combat des combattants contre les concerts de nos musiciens. Il manquait d’intérêt selon moi et j’ai privilégié son prolongement : la nécessité et le choix des programmes ainsi que l’importance de la mobilisation dans le combat politique pour le changement, que j’ai lus derrière vos deux avis.

  4. Cher Nono,
    Si comme Mwana ya mokolo lopango vous estimez que les musiciens congolais restés au pays méritent que leurs productions en Occident soient combattues par les « combattants », alignez vos arguments. Mais ne dites pas qu’un tel sujet manque d’intérêt. Cela dit, si vous préférez aborder une autre question, ce qui est votre droit, abordez-le mais ne construisez pas de pont entre les prises de position de Mwana Mokolo lopango et les miennes sur une question bien spécifique qui ne présente pas d’intérêt pour vous. Voila ce que je voulais vous dire. Il n’y a pas de pont possible entre quelqu’un qui fait l’apologie de la violence, de sucroit avec des arguments qui ne volent pas haut, et quelqu’un qui condamne cette violence.

    1. Svp, je n’ai pas d’arguments à aligner sur le droit des combattants à s’en prendre aux musiciens parce que ce n’est pas mon avis. Je vous ai simplement précisé que j’avais pris le parti à ce stade de considérer cette question à tort ou à raison d’ailleurs comme accessoire, une polémique qui risque de ne nous amener nulle part. A la lecture de vos deux arguments, j’ai ainsi privilégié, si vous voulez, les enseignements à tirer de la violence d’une mobilisation populaire vs l’impératif d’un travail intellectuel sur les programmes qui semblaient vous opposer pour leur complémentarité possible dans une stratégie vers une gouvernance meilleure. Vous avez le droit de considérer ma position non-fondée mais ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Je n’ai justifié aucune violence, pour moi il n’y a pas que la seule violence à tirer du combat des combattants, c’est tout !

      1. PS
        Vous adressant à Elili, vous avez écrit vous-même, cher Mayoyo : « Je suis content que tu ne reviennes pas sur les arguments pour ou contre le combat des « combattants » contre les productions scéniques des musiciens congolais restés au pays.[…] » Mes propos n’insistent pas davantage sur la légitimité du combat brouillon des combattants, lisez-les bien, ils veulent le dépasser d’autant qu’une mobilisation populaire bien réfléchie et bien menée dans notre pays reste une nécessité au delà des gesticulations des combattants.

  5. ADDENDUM
    « […]Mes propos n’insistent pas davantage sur UN SATISFECIT du combat brouillon des combattants (TEL QU’LS LE PRATIQUENT SUR LE TERRAIN)[…] »

    1. Cher Nono,
      Contrairement à vous, je ne pense pas que prendre position dans le combat des « combattants » contre les productions en Occident des musiciens congolais restés au pays soit un problème négligeable ou accessoire. Il s’agit d’un problème réel dont les musiciens souffrent et la culture musicale congolaise souffrent énormément. Cela dit, sur la capacité de mobilisation des « combattants », il faut bien reconnaitre qu’elle est tout simplement formidable d’autant plus qu’elle contraste avec ce que l’on pourrait considérer comme passivité de la part de notre peuple sur place au pays. Mais il s’agit-là d’un autre sujet que quelqu’un d’autre peut aborder.

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