Gouvernement: Le projet de budget 2020 condamne l’Exécutif à l’inaction

Le budget 2020 du Congo-Kinshasa est sous le feu des critiques alors qu’il n’est qu’au stade de projet. Le gouvernement du Premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba n’a pu « trouver » que 11.853, 4 milliards de Francs congolais (CDF) soit 7,0 milliards de $ US pour financer le « programme commun » de la coalition CACH-FCC pour l’année prochaine. Pendant ce temps, les nouveaux membres du gouvernement multiplient des « effets d’annonce ». Sans moyens à fin. Néophytes pour la grande majorité d’entre eux, les nouveaux ministres semblent confondre l’action et la « gesticulation ».

A peine annoncé, le projet de loi des finances pour l’exercice 2020 subit des attaques à boulets rouges. Le chiffre arrêté, en l’occurrence 11.853,4 milliards CDF, est unanimement qualifié de dérisoire pour un pays dont la population est estimée à 90 millions.

Des observateurs y voient un manque criant d’ambitions de la part de l’Exécutif. D’aucuns se demandent par quel « miracle » l’exécutif national pourra financer non seulement son imposant programme – aux allures de catalogue de bonnes intentions s’articulant sur quatorze piliers – mais surtout « la gratuité de l’enseignement de base » dans les établissements publics aux quatre coins du pays.

Après avoir épilogué sur le taux d’accroissement (14,5%) du budget sous examen par rapport à celui de 2019, le « Premier » Sylvestre Ilunga Ilunkamba et son gouvernement ont fini par prendre conscience de l’impopularité de l’ « enveloppe » annoncée.

Le « Premier » Sylvestre Ilunga Ilunkamba

Aux dernières nouvelles, on apprend que le « chiffre définitif » de ce projet budgétaire sortira des délibérations du Conseil des ministres de ce vendredi 4 octobre. C’est ce qui ressort de la « réunion de conjoncture économique » qui s’est tenue mardi 1er octobre sous la présidence du Premier ministre. Le ministre du Budget (Jean Baudouin Mayo Mambeke) et ses collègues en charge du Plan (Elysée Munembwe), de l’Enseignement primaire, secondaire et technique, EPST (Willy Bakonga), et de la Défense nationale (Aimé Ngoy Mukena) étaient présents. Le ministère des Finances était représenté par le numéro deux de ce département (Junior Mata M’Elanga). La Banque centrale du Congo avait envoyé un délégué.

RÉACTIONS

Président du MLP (Mouvement lumumbiste progressiste), Franck Diongo Shamba, un passionné des questions budgétaires, a été le premier à donner de la voix. Au cours d’un point de presse qu’il a animé mardi 1er octobre, ce membre de l’opposition a estimé qu’il ne serait nullement excessif d’élever le budget 2020 à la somme de dix milliards de $ US. Pour lui, le budget en cours d’élaboration devrait être à la hauteur d’un pays qui abrite 90 millions d’âmes.

Lors de la présentation du programme du gouvernement fin août dernier, c’est un Premier ministre Ilunga, friand de la rhétorique, qui avait lancé un « credo » qui tient en huit mots: « le redressement national à partir de la base ». « Comment pourra-il promouvoir les services sociaux de base, poursuivre la décentralisation effective du pays et consolider l’autorité de l’Etat à l’Est avec une enveloppe aussi modique? », s’interrogent des analystes.

En mission à Kinshasa, des experts du FMI (Fonds Monétaire International) ont exhorté les dirigeants congolais à prévoir un « budget réaliste ». C’est-à-dire un budget qui tient compte des « recettes réalisables » et des « besoins du développement du pays ».

C’est le message que le chef de la délégation du FMI, Mauricio Villafuerte, a transmis successivement au « Premier » Ilunga Ilunkamba ainsi qu’à la présidente de l’Assemblée nationale, Jeanine Mabunda. Il leur a, par ailleurs, fait part de la disponibilité de cette institution de Bretton Woods à offrir son « expertise et ses conseils » pour permettre au Congo-Kinshasa de se doter d’une loi de finances plus proche des réalités.

Les experts du FMI n’ont pas raté l’occasion de rappeler l’impérieuse nécessité de promouvoir la lutte contre la corruption et la bonne gouvernance. Celle-ci implique notamment la transparence, la responsabilité et l’efficacité.

A propos de la transparence et la responsabilité, les envoyés du Fonds ne sont pas allés par quatre chemins en suggérant la mise en adjudication publique des actifs miniers. Il s’agit de procéder à la publication de tous les contrats miniers ainsi qu’à la divulgation de la propriété réelle des contractants. Sans omettre la diffusion des états financiers vérifiés des entreprises d’Etat.

Lors de l’interview qu’il a accordée le 22 septembre dernier aux médias français « TV5 Monde » et « Le Monde », le président Felix Tshisekedi Tshilombo a dit sa volonté de « remettre de l’ordre dans le secteur minier ». Réussira-t-il? Il est de notoriété publique que l’ex-président « Joseph Kabila » tient à ce secteur comme à la prunelle de ses yeux.

A preuve, le ministère des Mines est retombé dans l’escarcelle de la mouvance kabiliste dite FCC (Front commun pour le Congo). Le PPRD Willy Kitobo Samsoni a succédé à Wivine Mumba Matipa qui a laissé une « histoire ». Cette dame a, jusqu’au bout, refusé d’exécuter les ordonnances portant nomination de nouveaux comités de gestion respectivement à la Gecamines et à la SNCC (Chemins de fer). Ces décrets ont été signés en juin dernier par « Fatshi ».  D’aucuns y voient une démonstration de l’impuissance de ce dernier.

SILENCE… ON GESTICULE

Une réunion du Conseil des ministres

Pendant que Sylvestre Ilunga peine à trouver les moyens d’action pour son équipe, les nouveaux membres du gouvernement se livrent à de la « gesticulation ». Histoire de se donner l’impression de « travailler ».

Novices en politique, ces messieurs et dames semblent ignorer que la roue a déjà été inventée. Et que pour promouvoir le changement, le verbe ne suffit pas. Les services publics ont besoin de crédits nécessaires, suivant le sacro-saint triptyque: mission, moyens, résultats.

Que voit-on? Au lieu de consacrer les trois premiers mois à apprendre le « métier » par l’écoute des experts de leurs secteurs d’activités respectifs, les nouvelles « excellences » se comportent en « surdoués ». Ils multiplient des « effets d’annonce » sur les projets à réaliser. Ci-après, un petit florilège:

Vendredi 7 septembre, le rapporteur de l’aile dissidente de l’AFDC-A, Robin Rachidi, a appelé les ministres Nene Ilunga Nkulu et Steve Mbikayi et le vice-ministre Lutundula Okito « à promouvoir par leur savoir faire l’émergence de RDC ». Comprenne qui pourra.

Lors de la remise-reprise avec le ministre sortant de l’Economie nationale, le nouveau titulaire de ce département, Mme Acacia Bandubola Mbongo, a dit haut et fort sa volonté « de veiller, non seulement, à la stabilité des prix sur le marché, mais aussi à faciliter l’entrepreneuriat des femmes, des jeunes et des personnes vulnérables, afin de booster l’économie du pays ».

Au ministère de la Jeunesse, Eraston Kambale, alias « Billy », bouillonne d’initiatives. En fait, ce jeune ministre semble confondre l’action et l’agitation. Lors d’une visite au secrétariat général de son département, il a rappelé la « vision du gouvernement ». Celle-ci consiste, selon lui, « à promouvoir la jeunesse à travers une insertion dans les centres d’apprentissages des métiers et de formation des métiers et de formation professionnelle, ainsi que des brigades agricoles et artisanales ». A l’instar de ses collègues, « Billy » ne souffle pas un mot sur les moyens mis à la disposition de son département.

Au ministère de PT-NTIC (Postes et télécommunications…), Augustin Kibassa Maliba voit grand. Il a pris l’engagement de connecter les provinces en fibre optique. Combien ça coûte? Silence radio. Quid des moyens financiers? Mystère!

La « palme d’or » revient, sans conteste, au vice-ministre des Finances, Junior Mata M’Elanga. Cet ancien cadre à la BCDC (ex-Banque commerciale zaïroise) semble ignorer que l’homme politique, devenu ministre, n’est plus l’homme d’un parti ou d’un clan. Il est au service de la nation toute entière.

Tout comme ses collègues, Mata semble ignorer également qu’en communication, l’action ou réalisation constitue en soi un message. Et qu’on attend des gouvernants d’exercer le « ministère de l’action » et non le « ministère de la parole ».

Fin septembre, au risque de marcher sur les plates bandes de son collègue en charge de la Jeunesse, le vice-ministre « Junior » a tenu un « rassemblement populaire » dans la commune de Kalamu. Thème: « Engagement civique pour le progrès de la RDC ».

Dans son harangue, il a présenté la « feuille de route » de… sa formation politique « pour l’encadrement de la jeunesse ». « Cette feuille de route, s’articule sur trois points: le soutien du Président de la République, la formation au leadership politique des jeunes et la création du Fonds de garantie pour le développement », déclarait-il. Ouf!

Osons espérer que, vendredi 4 octobre, le gouvernement Ilunga Ilunkamba 1er dotera le pays d’un « budget réaliste » pour l’exercice 2020. A contrario, l’Exécutif national sera condamné à l’inaction. L’immobilisme. Les ministres, eux, vont continuer à gesticuler…

 

Baudouin Amba Wetshi

7 thoughts on “Gouvernement: Le projet de budget 2020 condamne l’Exécutif à l’inaction

  1. M’enfin…
    Un tel projet de budget n’est pas sérieux. A-t-on pris en compte les pérégrinations touristiques du président et les 200-300 euros qu’il faut verser à chaque taliban pour le motiver à venir l’accueillir ?
    Déjà qu’on a toujours pas retrouvé les 15 millions de dollars perdus au Bindo…

    1. @Jo Bongos,
      Sans oublier les 200 petits orphelins rwandais (qui ont récemment atterri en perte de vitesse à Kinshasa) qu’il va falloir entretenir et scolariser dans des établissements de haute facture. Y a-t-on pensé ?

    2. Ah..mais les $15 millions « disparus » servent a quelque chose…Surtout vu que notre « Touriste-en-chef » s’invite a toutes les occasions lui permettant de voyager a l’etranger pour y feter, nocer, et parler pour ne rien dire au dela de vides promesses. Avez-vous dit un diletant?

  2. # Depuis des lustres notre budget est une immense abomination et une honte pour un pays de plus de 80 millions d’habitants et potentiellement doté, non seulement parce qu’il est lilliputien mais surtout parce qu’il procède d’une forfaiture organisée de nos gouvernements successifs à se donner des marges pour mieux voler l’État. Aujourd’hui son projet à 7 milliards irrite à raison tout le monde, population, société civile et parlementaires tant de l’opposition que de la majorité qui sont d’avis que ce budget ne correspond pas aux ambitions du gouvernement et aux attentes du peuple congolais. Le projet du nouveau PR d’investir dans de nombreux secteurs et les programmes ambitieux de nos nouveaux ministres, tous, confondent certes « action et gesticulation » mais c’est d’abord parce qu’ils ne tiennent pas compte du ‘sacro-saint triptyque: mission, moyens, résultats’ et ici les moyens de leurs ambitions somme toute légitimes !
    # Et les MOYENS, c’est toujours là où les Congolais ont toujours péché, globalement ils existent et il faut les trouver dans les RECETTES de l’État qui sont dilapidées au profit des pilleurs à col blanc, personnes physiques et morales, nationaux d’ailleurs comme étrangers qui excellent dans la corruption et les détournements. C’est dire qu’avec une meilleure gouvernance et une gestion disciplinée de nos ressources il est aujourd’hui possible de passer d’un maigre budget de 5 milliards à au moins 10 milliards à augmenter progressivement. C’est exactement ce que le peuple reproche au nouveau PM de ne pas chercher toutes ces niches de recettes qu’une gestion défaillante a toujours sciemment oubliées.
    # Pour l’heure, c’est un projet qui doit être soumis à l’Assemblée nationale, il est donc encore temps pour que la présidence et le gouvernement reviennent sur les chiffres annoncés et que le Parlement puisse en discuter en prenant la réprobation générale comme l’exigence d’un budget qui réponde aux ambitions du nouveau pouvoir et aux attentes du pays profond. Sinon il est à craindre qu’un budget de 7 milliards ne permette même pas au gouvernement d’exécuter son programme, le « condamne à l’inaction » comme titré ici. Le nouveau PR a en effet décidé des mesures sociales et économiques coûteuses comme la gratuité de l’enseignement (au moins 2 milliards), la construction des infrastructures, le Plan national du numérique ou la modernisation de l’agriculture… sans compter le prix à payer pour la pacification du pays et l’éradication de l’épidémie d’Ebola et les multiples réformes judiciaires et autres qui attendent. A craindre donc que le nouveau pouvoir n’apparaisse plus qu’un champion en « multiples effets d’annonce » et le programme du nouveau gouvernement avec ses 14 piliers, un « catalogue de bonnes intentions ».
    # A noter que les promesses de campagne deTshisekedi tablaient sur une enveloppe budgétaire de 86 milliards sur une décennie de mandat d’où d’abord une impérative maximisation des recettes publiques. Les efforts du gouvernement Ilunga 1 sont donc insuffisants, ils nécessitent d’améliorer « les mécanismes de lutte contre la corruption et des mesures concernant le « coulage » des recettes ».
    Le nouveau PR a sollicité lors de ses voyages en Amérique l’aide du FMI et de la BM, ceux-ci sont disponibles pour lui offrir leurs « expertise et conseils » pour une loi de finances plus réaliste mais n’ont pas manqué de rappeler l’impérieuse lutte contre la corruption et l’indispensable bonne gouvernance avec transparence et responsabilité et souci de l’efficacité. C’est l’occasion pour Tshisekedi d’en tenir compte et pourquoi pas d’en profiter pour prendre des distances avec son prédécesseur qui avait fait le contraire au risque de démontrer son impuissance, c’est la seule façon de défendre les immenses besoins de développement du pays…

  3. Ce n’est pas seulement les ministres neophytes qui s’elucubrent en gesticulations et vides discours sans moyens, mais aussi et surtout leur boss FATshi qui se tremousse dans ses promesses irrealistes tout laissant son Dir-Cab Kamerhe detourner et voler de maigres deniers de l’Etat. FATshi ne fait que multiplier de voyages budgetivores et inutiles a letranger pour mendier de financements des partenaires externes.

  4. La véritable question est de savoir ceux qui profitent des mamelles de l’état sont-ils prêts à laisser les choses se dérouler normalement. Il est assez étonnant de voir que malgré un budget de l’état toujours en deçà des besoins, le train de vie de l’état ne cesse d’augmenter et que des politiques et hauts fonctionnaires de l’administration civile comme militaire vivre comme des pachas. Cela veut dire que la corruption est bien installée dans les rouages de l’état.
    La lutte contre ce cancer se fera-t-elle par des slogans ou par des actions résolues ? Peut-on faire du neuf avec des corrompus notoires ? That is the question !

  5. Finalement le gouvernement congolais se serait engagé à amender le projet de budget à la hausse face à la virulente levée de bouclier de l’opposition, de l’opinion et aux recommandations du FMI. Et comme les recettes fiscales restent néanmoins faibles, s’impose encore une fois la nécessité de recourir aux recettes extérieures par des appuis budgétaires de certains partenaires bilatéraux comme les USA mais aussi la Belgique d’où Tshisekedi revient et d’autres mais surtout des institutions comme le FMI avec lequel il négocie un nouveau programme d’aide à court terme qui devrait intervenir dans 6 mois. Il y’a aussi le projet d’un lancement d’une prochaine émission obligataire par la Banque centrale. 
    On voit que l’essentiel reste néanmoins l’mpératif d’une bonne gouvernance avec chasse à la corruption autant pour maximiser nos recettes que pour mieux repondre aux conditions des prêts extérieurs. Sans compter la diversité des ressources, ne pas dépendre que du secteur minier, pour minimiser progressivement cette trop grande dépendance de l’extérieur…

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