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5  FEVRIER 2007

 

Kabila inaugure son mandat dans le sang

photo d'archives.

Les affrontements sanglants dans la province du Bas-Congo ont fait 87 morts et plusieurs blessés graves

Le patron de la Mission de l’ONU en RDC (Monuc), William L. Swing, se dit « préoccupé  par l’augmentation de violations des droits de l’homme par les forces de sécurité », à la suite des massacres, mercredi 31 janvier et jeudi 1er février, des manifestants civils abattus par des militaires dans la province du Bas-Congo. Swing a demandé « aux forces de l’ordre de respecter le principe de proportionnalité ». Quatre-vingt-sept tués dont 10 membres des forces de sécurité, tel est le bilan officiel de ces affrontements. Les autorités ont utilisé des moyens disproportionnés notamment des roquettes pour mater des manifestants, membres du mouvement politico religieux, Bundu dia Kongo (BDK), qui contestaient la victoire d’un membre de la mouvance présidentielle à l’élection du gouverneur du Bas-Congo, une province où l’opposition est majoritaire. « Ces violences laissent un goût amer, après des élections (en 2006) célébrée par le monde entier comme les premiers scrutins libres depuis plus de 40 ans », lance un responsable de la Monuc pour qui, Joseph Kabila « a donné le ton du nouveau régime ». De l’avis général, si les manifestants se sont parfois montrés violents, s’attaquant aux sièges locaux d’institution, les habitants des villes affectées témoignent surtout de la brutalité de la répression orchestrée par l’armée, venue renforcée une police débordée. A Boma, situé à 50 km du chef-lieu de la province, Matadi, un habitant a dit que des militaires ont ouvert le feu contre des manifestants armés « de bâtons en bois et des balais ». Et un diplomate d’estimer que « l’armée a été lâchée dans la rue. C’est très dangereux parce qu’on a absolument pas réglé le problème politique qui est à la base de ces violences ». Le ministère de l’intérieur affirme, pour sa part, avoir voulu tuer dans l’œuf un plan visant à paralyser la province, qui abrite le premier port du pays. Le « BDK » qui est allié au MLC, présentait un candidat comme vice gouverneur de province. De son coté, le MLC a déposé des recours contre les résultats à Matadi, mais aussi à Kinshasa, où il a aussi été défait bien qu’étant favori. « Ce qui s’est passé au Bas-Congo peut arriver à Kinshasa », a prévenu samedi Fidèle Babala, cadre du MLC. « En confisquant le pouvoir, on crée les conditions d’une nouvelle rébellion dans un pays qui vient de sortir de la guerre (1998-2003), au lieu de s’atteler au développement. Nous n’accepterons pas de voir s’installer une nouvelle dictature sans rien faire, surtout après ce qui s’est passé au Bas-Congo », a-t-il affirmé. Le sénateur Jean-Pierre Bemba, président du MLC, a appelé une demie-journée de « deuil national » ce lundi 5 février, à la mémoire des victimes du Bas-Congo. L’autorité urbaine de la ville-province de Kinshasa, quant à elle, réagit face à ce message. Dans un message radio-télévisé, samedi, le gouverneur de la ville appelle plutôt les kinois « à vaquer librement à leurs occupations » ce lundi. Selon l’amiral Baudouin Liwanga, tous les « fauteurs de troubles » trouveront sur leur chemin les forces de l’ordre qui ont pris des dispositions pour « briser toute action tendant à troubler l’ordre public ». « L’opposition commence à tester sa capacité de mobilisation populaire. Si le pouvoir continue à tout verrouiller, on se prépare à des journées chaudes », a estimé un autre diplomate. Pour un officiel occidental, « le pays est un vrai chaudron. Le Bas-Congo a vécu en deux jours une tuerie d’une ampleur inégalée en trois ans de transition, et l’est reste très instable ». Si la contestation politique prenait un tour violent à Kinshasa, la « marge de manœuvre de Kabila serait très étroite », estime-t-il, redoutant de voir déployée en masse dans les rues d’une capitale traditionnellement hostile au camp présidentiel.

   Ali KALONGA (avec AFP et radio okapi)

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