« Joseph Kabila » obsédé par la « Présidence à vie »

Le Congo-Kinshasa fait face, depuis mardi 23 juin, à une nouvelle crise socio-politique entre le Fcc et le Cach. A l’instar des crises précédentes, celle-ci a pour toile de fond des propositions de loi destinées à satisfaire l’obsession de l’ex-président « Joseph Kabila » à redevenir calife à la place du calife. Une « présidence à vie ». Depuis mardi, la commission politique, administrative et judiciaire (PAJ) de l’Assemblée nationale – dirigée par le très kabiliste Lucain Kasongo Mwadiamvita – est occupée à « toiletter » les trois propositions dont question. La finalité de ces textes est de renforcer l’emprise du ministre de la Justice (Fcc) sur les magistrats du parquet d’une part et d’autre part, d’intégrer ce membre de l’exécutif dans le Conseil supérieur de la magistrature qui gère la carrière de ces derniers. Un véritable recul de l’Etat de droit. La population congolaise paraît décidée à barrer la route à cette aventure.

Depuis mercredi 24 juin, des caciques de la mouvance kabiliste dite « Front commun pour le Congo » peinent à justifier l’opportunité autant que l’urgence de cette « réforme judiciaire ». Une réforme qui intervient au lendemain du « procès de 100 jours » au cours duquel des mandataires publics étiquetés Fcc ont été jugés et condamnés. C’est le cas notamment de Benjamin Wenga de l’OVD (Office des voiries et drainage) et Fulgence Lobota Baramosi du Foner (Fonds national d’entretien routier).

Lucain Kasongo Mwandiamvita

Selon des sources, ces propositions de lois chahutées auraient déjà été entérinées par les membres de la commission « PAJ » de l’Assemblée nationale à la tête de laquelle se trouve, l’impénitent Lucain Kasongo Mwandiamvita. En septembre 2015, ce député et son collègue Simplice Ilunga avaient initié une proposition de loi toute aussi controversée portant organisation d’un référendum constitutionnel. But: retarder les élections générales qui devaient être convoquées 90 jours avant l’expiration du second mandat du Président en exercice soit le 19 décembre 2016.

VERS UNE « LUTTE FINALE »?

Au cours d’un point de presse qu’il a animé mercredi, Néhémie Mwilanya Wilondja, coordonnateur du Fcc, a martelé que les trois textes législatifs en préparation ne seront pas retirés. On s’achemine lentement mais sûrement vers une sorte de « lutte finale » aux conséquences imprévisibles. Et pour cause?

Dans un communiqué daté du 25 juin, l’UDPS (Union pour la démocratie et le progrès social) ne joue pas non plus la carte de la conciliation. Elle signale qu’elle n’a pas encore donné le « mot d’ordre » à ses combattants de « descendre dans la rue ». Ce parti présidentiel de prévenir qu’elle n’hésitera pas à le faire au cas où le Fcc persisterait à ignorer la volonté populaire. « Attention, on peut commencer la violence, mais il n’est pas facile de l’arrêter d’un trait », a répondu Emmanuel Ramazani Shadary, secrétaire permanent du PPRD.

Force est de constater qu’il manque cruellement des hommes de compromis tant dans l’Udps que dans le Pprd. Ici et là, on ne trouve que des va-t-en-guerre.

Porte-parole adjointe à la Présidence de la République, Tina Salama a communiqué, jeudi 25 juin, la position du chef de l’Etat suite aux événements de la veille. « Le chef de l’Etat rappelle à la classe politique de toute tendance, sa responsabilité de n’entreprendre, surtout en cette période d’état d’urgence, que des initiatives qui privilégient l’intérêt de la nation et la paix sociale ».

UNE FOLLE AMBITION: 2023

Sur son compte Twitter, le défenseur des droits humains Dismas Kitenge du « Groupe Lotus » note, pour sa part, que « la situation actuelle en RDC est explosive et tire son origine au manque de crédibilité et de légitimité des élections du 30 novembre 2018 ».

Dans une déclaration commune publiée jeudi 25 juin 2020, le Canada, le Royaume-Uni et les Etats-Unis n’ont pu s’empêcher d’exprimer leur « préoccupation devant les récentes propositions de lois qui pourraient être utilisées pour amoindrir l’indépendance de l’appareil judiciaire qui est un élément fondamental d’une démocratie accomplie et de la bonne gouvernance ». « Réduire cette indépendance viendrait à miner la protection des droits civils et politiques en RDC », soulignent-ils.

Obsédé par sa folle ambition de reconquérir le fauteuil présidentiel en 2023 – en dépit du fait que les articles 70 et 220 de la Constitution le disqualifient -, « Joseph Kabila » n’a pas manqué de balayer du revers de la main ces remontrances formulées par des « impérialistes », selon la rhétorique chère aux « nationalistes-souverainistes » autoproclamés qui fréquentent Kingakati, le ranch de l’ex-Président.

Laurent Nkundabatware

Depuis son accession à la tête de l’Etat congolais le 26 janvier 2001, le successeur de Mzee LD Kabila a pris goût au pouvoir ainsi qu’aux avantages et privilèges qui s’y rattachent. L’homme n’a cessé de multiplier des artifices pour assurer la pérennité de son imperium. Il n’a pas hésité à monter des actions de diversion sous la forme de rébellions et de mutineries avec l’aide de ses parrains rwandais. En 2008, on a assisté à la naissance de la « mutinerie » du CNDP (Congrès national pour la défense du peuple) qui s’est muée en « rébellion », dirigée par Laurent Nkundabatware.

Après les élections chaotiques du 28 novembre 2011, on a vu naître, en juin 2012, une « mutinerie ». Celle du M23. En lieu et place de financer le développement, l’Etat congolais a englouti d’importantes sommes d’argent sous la rubrique « dépenses de souveraineté ». Autrement dit, « efforts de guerre ».

PRÉSIDENCE A VIE

En juin 2013, tel un magicien, « Kabila » sort de son chapeau un « machin » dénommé « Concertations nationales ». Il assigne à ce forum trois missions. A savoir: rétablir la cohésion nationale,  consolider l’unité nationale et mettre fin aux cycles de violence à l’Etat du pays. Des fallacieux prétextes. Aucun de ces objectifs ne sera atteint.

En fait, le dictateur espérait que les « concertateurs », alléchés par le partage des maroquins, allaient lever l’option d’une révision constitutionnelle en faisant sauter le verrou représenté par l’article 220 de la Constitution. Une disposition qui interdit de toucher notamment au nombre ainsi qu’à la durée du mandat du président de la République. La modification du mode de scrutin pour l’élection du Président n’est pas non plus envisagé.

Après l’échec des « Concertations », « Kabila » n’a pas désarmé. Bien au contraire. Il lance, en 2016, le « dialogue politique inclusif ». La suite est connue avec le débauchage successif de deux personnalités de l’UDPS pour exercer les fonctions de Premier ministre.

En septembre 2016 soit trois mois avant l’expiration du second mandat de son Président de frère, Zoé « Kabila », qui ne s’était jamais exprimer qu’en swahili, sort de son silence. Dans un entretien avec l’hebdomadaire « Jeune Afrique », il annonce sans sourciller: « Nous ne sommes pas prêts à céder le pouvoir à n’importe qui ». Traduction: nous sommes arrivés au pouvoir par la force des armes, nous partirons par la force des armes.

Comment ne pas donner raison aux évêques catholiques qui ont écrit en juillet 2017 qu’une minorité de concitoyens ont pris le Congo-Kinshasa en otage pour (c’est nous qui l’ajoutons) satisfaire l’obsession de « Kabila » à la « Présidence à vie »? « Les Congolais ont compris que seule la lutte pourra arracher le pays des tentacules de la pieuvre », résume un activiste politique.

 

B.A.W.

10 thoughts on “« Joseph Kabila » obsédé par la « Présidence à vie »

  1. CHER BAW,
    IL N’Y A JAMAIS EU DE DOUTE QUANT AUX VISEES DE 3e MANDAT – ET POURQUOI PAS PRESIDENCE-A-VIE – DE « KABILA » ET SA BANDE VOMIE FCC, MALGRE UN SEMBLANT D’ALTERNANCE AU SOMMET.
    L’ARROGANCE DE SES PLANTONS MWILANYA, MINAKU, THAMBWE, MABUNDA ET AUTRES KLEPTOCRATES PPRD-FCC MANIPULANT DE LOIS AU PARLEMENT ET LA SUCCESSION A LA CENI LE PROUVE A SUFFISANCE, ET CE SOUS LE NEZ D’UN PRESIDENT IMPUISSANT.
    LA QUESTION N’EST PAS DE CONFIRMER LES VISEES DIABOLIQUES DU VOYOU-DE-KINGAKATI ET SA BANDE DE CRIMINELS AYANT MIS LE PAYS A GENOUX EN 18 ANS DE GESTION KLEPTOCRATIQUE ET SANGUNAIRE. LA QUESTION EST PLUTOT DE SAVOIR LA RIPOSTE QUE LEUR RESERVENT LES CONGOLAIS AYANT DIT « PLUS JAMAIS UN KABILA », AU PRIX DU SACRIFICE SUPREME DE NOS MARTYRS !

    1. Le Président est impuissant que dans ta tête d’un haineux manipulateur simple théoricien, car Fatshi travaille et nous le prouve par les faits. Il ne veut pas trop parler, mais il pose des actes forts et, demain, avec l’appui de notre peuple, il réussira à faire partir les fcc. Avec ce dernier événement, ne sais-tu pas que ces gens ont très peur et, là, ils sont désarçonnés complètement ? Et s’ils veulent la guerre, nous allons les aplatir par notre peuple et l’UDPS. Abandonnes ta haine injustifiée envers le « fils de l’homme », suis pas kasaïen, mais un UDPS de longue date ayant participé à l’implantation du parti dans la FUNA à kinshasa à l’époque du feu docteur mpongo, ensemble avec Feu Kingotolo antoine , ancien secrétaire de Kasa vubu. Avais-tu souhaité voir LAMUKA plein de farceurs hommes d’affaires accéder au pouvoir ?

  2. Qu’un OVNI aux origines très floues se mette à manipuler des individus qui se disent docteurs, professeurs, … dépasse notre entendement.
    L’homme qui n’a attérri (en perte de vitesse) à Kinshasa qu’en 1997, une vieille Kalachnikov modèle 1947 en bandoulière et quelques cailloux dans sa gibécière, le voilà brassant des milliards de dollars et détournant de la rectitude morale cadres universitaires, officiers supérieurs,… Quel opprobre!

    1. Cher KUM Alex, vous avez raison on a profité de la naïveté de notre peuple et la gloutonnerie de notre classe politique compradore , c’est pourquoi , depuis que j’ai connu ce forum, mes pauvres avis consistent à marteler sur l’insuffisance et l’incapacité de la structure mentale des soi- disants intellectuels , et médiocres docteurs en droit, et comme nous n’avons aucune parcelle de pouvoir dans le système politique mis en place par les occupants très bien identifiés jusqu’à usurper notre identité au vu et au su de certains de nos frères congolais complices et malades mentaux , en bonne santé physique , nous implorons la force agissante qui agit déjà du DIEU, de nos ancêtres d’intensifier son feu et sa lumière sur l’étendue de notre territoire national et surtout sur la structure mentale du peuple Rdcongolais pour une prise de conscience rationnelle , afin que les occupants qui semblent s’éterniser chez-nous dégagent Ainsi-soit-il.

      1. @Mwamba Rama,
        Cher compatriote,
        Je valide vos propos. Que le Très-Haut exausse nos prières. Nous sommes ensemble.

  3. #  » ‘JK’ obsédé par une ‘présidence à vie’  » !?
    On peut définir ainsi le substrat de sa geste coutumière depuis qu’on la suit à la fin de son mandat constitutionnel
    mais en fait la « présidence à vie » est l’application de son ‘moteur psychologique et moral’ ambiant qui est un ‘instinct de survie physique et politique’ qui l’habite. Au-delà d’un certain messianisme bien galvaudé qui le convaincrait qu’il est utile pour le Congo, ‘JK’ ne se voit (sur)vivant qu’à la tête de ce pays où il est resté fossoyeur pendant 18 ans.
    # Sa réussite aujourd’hui est d’avoir convaincu son actuel successeur que le chemin de son propre succès passait par un deal avec lui. Il se retirait un moment en sa faveur pour revenit en force et celui-ci sans doute aléché et aveuglé par le pouvoir et ses privilèges qu’on lui lâchait ainsi de façon si inattendue de sa part en compétition avec d’autres candidats plus ‘indiqués’ à cette occasion.
    Aujourd’hui tout ce que fait ‘JK’ suit son agenda : il a conquis une majorité politique à travers des élections frauduleuses, s’en sert pour déjouer les coups de ses adversaires politiques et maintient ainsi sa suprématie politique alors qu’il a quitté la présidence. Voilà comment il tient en otage le peuple Congolais.
    # Il serait ainsi plus qu’inconcevable aujourd’hui qu’un Congolais doute encore de ses visées antidémocratiques hégémoniques. Alors, plutôt que nous contenter de les décrypter et les dénoncer, notre devoir patriotique c’est de trouver concretement les moyens de les contrer partout, sur le terrain politique et si besoin dans la rue.
    # Comment d’autre sinon en commençant par nous réunir, à former un front uni contre un pouvoir ambigu que l’alliance contre-nature en cours à vidé de sa nécessaire dimension souveraine surtout que le partenaire incriminé est un cheval de Troie des puissances extérieures.
    Il se trouve que tel que va la scène politique, c’est là une occasion et une nécessité de restructurer utilement les alliances politiques. Le président aurait tout à gagner à se rallier ses anciens compagnons de route aujourd’hui en dehors du pouvoir majoritaire.
    # A bon entendeur…

    1. ADDENDUM
      ** »…et celui-ci N’A RIEN PERCU DE CE STRATAGÈME, sans doute alléché et aveuglé par le pouvoir et ses privilèges… »

  4. PS
    La contestation d’aujourd’hui si elle a été davantage initiée par les militants de l’Udps, elle a vu la participation de tout un peuple, dans tous les cas devrait être l’affaire de tous les patriotes Congolais. Si elle a été motivée pour contester un projet de loi liberticide au profit du FCC, elle vaut aussi contre le même FCC qui ne cesse de prendre en otage les Congolais.
    Notre défi capital reste ainsi d’empêcher le FCC d’assujettir tout le peuple pour ses profits.
    Ses membres sont des Congolais comme des autres qui souffrent d’un bilan défaillant de près de 25 ans depuis l’Afdl de triste mémoire, ils finiront par comprendre le besoin de changement qui habite la majorité des Congolais. Nous aurons tort de ne pas prendre les armes aujourd’hui pour nous libérer d’un pouvoir criminel et inefficace.
    A nos armes, Citoyens, que déjà cette loi ne passe pas !!!

  5. NONO
    – « Sa réussite aujourd’hui est d’avoir convaincu son actuel successeur que le chemin de son propre succès passait par un deal avec lui » : NON, c´est la subjectivité de Nono qui s´exprime ici. L´interprétation nonoéenne est hasardeuse.
    – « Aujourd’hui tout ce que fait ‘JK’ suit son agenda » : Il ne suit pas toujours son agenda. Il n´est pas parfait ou infaillible. Autrefois, il avait un agenda, mais il n´avait pas réussi à modifier la Constitution pour rester Président.
    – « Le président aurait tout à gagner à se rallier ses anciens compagnons de route aujourd’hui en dehors du pouvoir majoritaire » : Lors de son investiture, il avait TENDU LA MAIN. Ses anciens compagnons ne l´ont non seulement repoussée, mais aussi insultée : MAIN SALE ! On fait comment ? On continue de supplier les arrogants et méchants (cf. La promesse de Muzito de destabiliser le pays pour empêcher la venue des investisseurs. Ki « ennemi ya Congo »). Vous avez une pastorale à faire auprès de ces compagnons. En passant, j´ai entendu SAFU de LAMUKA demander aux gens de Lamuka de rester à la maison et d´ignorer les contestations contre les lois Minaku, car ce sujet était de la distraction. Musala eza munene !

Comments are closed.