« Joseph Kabila » relance la « récréation »

« Je vous annonce la fin de la recréation ». Qui parle ainsi? « Joseph Kabila »! C’était le 18 février 2006, à l’issue de la promulgation de la Constitution en vigueur, adoptée par référendum fin 2005.

Cette phrase fut accueillie par des applaudissements nullement convenus. La population présente avait cru assister à un événement historique: la fin du pouvoir pour le pouvoir et de l’autoritarisme. Bref, l’avènement d’un nouvel ordre politique fondé sur des élections libres, démocratiques et transparentes. L’avènement de la primauté du droit.

Après les 25 années de totalitarisme de l’Etat-MPR de Mobutu Sese Seko (1965-1990) suivie par la très longue et chaotique « transition démocratique » (mai 1990 – mai 1997), la population zaïro-congolaise ne cachait plus une lassitude certaine à l’encontre de son personnel politique. La population avait soif de Changement.

Mal inspirés, Laurent-Désiré Kabila et ses mentors ougandais et rwandais – initiateurs de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre (AFDL) -, crurent erronément que le peuple zaïro-congolais était juste demandeur d’un changement de nomenklatura: les « mobutistes » honnis devaient « dégager » au profit des « kabilistes ». Erreur fatale.

Dès sa prise de pouvoir le 17 mai 1997 à Kinshasa, LD Kabila s’est empressé de restaurer le totalitarisme et l’arbitraire. Ces comportements anachroniques que les Zaïro-Congolais avaient « vomis » bruyamment lors des consultations nationales lancées par le président Mobutu (janvier- mars 1990) et des travaux de la Conférence nationale souveraine (1991-1992).

Aveuglé par « sa » victoire, le Mzee n’a pas été capable de lire les signes de temps. Il n’a pas perçu que ce peuple n’était plus les « ex-indigènes du Congo-Belge » qu’il a connu avant de prendre le chemin de l’exil au début des années 60. Le Zaïro-Congolais des années 90 a acquis une certaine conscience politique. Il est demandeur non pas de la substitution de certains acteurs politiques par d’autres mais bien d’une transformation de la société toute entière. Il veut l’éradication d’un système. Un système qui l’empêche d’aspirer à un autre avenir.

Durant les premiers jours et mois de la « libération », les mots ci-après revenaient couramment dans toutes les bouches: spoliation, arrestation arbitraire, détention arbitraire, exécution extrajudiciaire, ostracisme, discrimination etc. La suite est connue: la mort mystérieuse de LD Kabila, la tenue du dialogue inter-congolais et la mise sur pied du régime de transition « 1+4 ». Un régime qui a semblé n’avoir qu’un seul souci: « le partage équitable et équilibré du pouvoir ».

En applaudissant « Joseph Kabila » le 18 février 2006, la population congolaise avait cru que « le pouvoir ne sera plus au bout du fusil ». Et que l’élection sera à l’avenir le mode exclusif de dévolution de l’imperium. La population congolaise avait cru également que la nouvelle Loi fondamentale tournait définitivement la page de la dictature, de la mauvaise gouvernance, de l’impunité etc.

Depuis son accession à la tête de l’Etat un certain 26 janvier 2001, le successeur de Mzee a démontré qu’il était tout sauf un démocrate. Intolérant, il ne laisse à ses contempteurs que trois possibilités: la prison, l’exil ou la mort. Sa préoccupation première est de s’en mettre plein les poches. « Elu » en 2006 et « réélu » en 2011, « Joseph Kabila » a pris goût au pouvoir. Il a pris goût à l’argent.

Selon des « mauvaises langues », le Congo-Kinshasa est, depuis 2001, régenté par la fratrie « Kabila ». Joseph, Jaynet, Zoé et Selemani s’occupent respectivement des mines et hydrocarbures, des marchés publics, des imprimés de valeurs et du secteur bancaire. L’ex-Zaïre est devenu un « butin de guerre » pour cette mystérieuse famille et ses mentors ougandais et rwandais.

A travers, ses « petits soldats », « Joseph Kabila » ne fait plus mystère de sa détermination à faire modifier la Constitution. But: briguer un troisième mandat. Et ce, en dépit des interdits contenus dans les articles 70 et 220.

Des journalistes réputés pour leur esprit mercantile, enhardissent cette dérive dictatoriale en alléguant que « rien ne pourra se faire contre cet homme ». Au motif que celui-ci « tient l »armée utile’ et contrôle toutes les provinces (…) ». Le ministre Tryphon Kin-Kiey Mulumba ne dit pas autre chose. Pire, il prend le gravissime risque de lancer l’idée d’une modification de la Constitution afin d’instaurer l’élection du Président de la République au suffrage universel indirect.

Depuis le mois de juin 2013, « Joseph Kabila » affiche une « belle indifférence » face à tous ceux – Congolais ou étrangers – qui l’invitent à respecter la Constitution. Comptant sur la force et la capacité de ses sbires à ôter la vie, le « raïs » s’enferme dans ses certitudes. Il est vrai que le doute ne peut procéder que de la réflexion.

En voulant modifier les règles du jeu juste pour préserver les intérêts mafieux d’une caste, le locataire du palais de la nation s’érige en obstacle à l’avènement de l’alternance démocratique. Il relance ainsi la « recréation » dont il avait annoncé la fin, sur un ton démagogique, le 18 février 2006.

L’atmosphère politique qui règne au Congo-Kinshasa à quelques quinze mois de l’expiration du second et dernier mandat de « Joseph Kabila » n’est pas sans rappeler l’ambiance délétère qui prévalait dans ce pays en 1998 et 1999. Bonjour, la « crise de légitimité »!

A défaut de désavouer, ici et maintenant, les initiatives téméraires de ses thuriféraires, « Joseph Kabila » risque de trouver en face de lui non pas les opposants politiques mais un interlocuteur coriace: le peuple congolais. Rendez-vous est pris pour le 20 décembre 2016…

 

Baudouin Amba Wetshi