« Joseph Kabila » s’est auto-disqualifié

« Le président de la République est le chef de l’Etat. Il représente la nation et il est le symbole de l’unité nationale. Il veille au respect de la Constitution. Il assure par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics et des institutions ainsi que la continuité de l’Etat. Il est le garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire, de la souveraineté nationale et du respect des traités et accords internationaux ». Telle est la stipulation de l’article 69 de la Constitution. Un article qui érige le chef de l’Etat en régulateur de la vie politique, mieux, « l’arbitre suprême ».

Depuis le lancement du débat sur le « dialogue politique », le président sortant « Joseph Kabila » s’affiche plus que jamais en chef de « clan ». Le clan des réactionnaires qui rêvent d’une prolongation de son bail à la tête de l’Etat, en violation de la Constitution. Le prétexte avancé est de « prendre le temps » de préparer des « élections crédibles » afin, disent-ils, de « prévenir des violences postélectorales ».

Lors des joutes oratoires entre les pros et anti-dialogue, il n’est pas rare d’entendre certains acteurs politiques de la « majorité présidentielle » présenter « Joseph Kabila » comme étant le « garant de la Constitution » ou le « garant des institutions ». Une allusion à l’article précité.

Depuis son accession à la tête de l’Etat congolais dans les conditions que l’on sait, « Joseph Kabila » n’a cessé de se révéler bien incapable de se hisser à la hauteur de la fonction exceptionnelle qu’est celle du chef d’un Etat. A fortiori le chef d’un Etat de la dimension du « Grand Congo ».

A quelques douze mois de l’expiration de son second et dernier mandat, « Joseph Kabila » est, sans doute, encore le chef de l’Etat du Congo-Kinshasa. Pour combien de temps encore? Dieu seul le sait. Les semaines et mois à venir pourraient être riches en rebondissements.

« Joseph Kabila » est également le représentant de la nation congolaise. C’est, en effet, lui qui exerce l’effectivité du pouvoir. Peut-il encore se prévaloir du titre de garant de cette Constitution dont il tente désespérément de contourner les articles 70 et 220 afin de briguer un troisième mandat?

A-t-il jamais incarné l’unité nationale? Peut-il se targuer du titre « d’arbitre » alors qu’il s’appuie sur un groupe des Congolais contre d’autres? Peut-il enfin revendiquer la qualité de « garant » du fonctionnement régulier des institutions et de l’intégrité du territoire national au regard de l’instrumentalisation de la justice et de la force publique, du désordre instauré dans la Territoriale suite au découpage précipité du territoire national et de l’incapacité d’assurer la sécurité des personnes et des biens notamment dans le territoire de Beni?

Dans les pays démocratiques où ceux qui aspirent à le devenir, le chef de l’Etat est considéré comme un arbitre. L’arbitre suprême. « Je serai le Président de tous mes compatriotes y compris de ceux qui n’ont pas voté pour moi ». C’est la phrase rituelle que tout chef d’Etat fraîchement élu prononce en guise de gage de son impartialité.

Arbitre, le chef de l’Etat est censé transcender les contingences partisanes. C’est lui qui est appelé à clore le débat en montrant le chemin de l’apaisement. « Joseph Kabila », lui, n’a pas cessé de se comporter en « grand commun diviseur ».

Le chef de l’Etat est un rassembleur. Il n’est plus l’homme d’une ethnie ou du parti ou groupe des partis qui a contribué à le porter au pouvoir. Il est au service de toute la nation.

Lors de son investiture le 20 décembre 2011, « Joseph Kabila » avait juré « solennellement devant Dieu et la nation » de « ne se laisser guider que par l’intérêt général » et de « consacrer toutes » ses « forces à la promotion du bien commun et de la paix ». En ne respectant pas ces engagements, il s’est auto-disqualifié.

Enfin, en confiant aux confessions religieuses, lundi 2 novembre, que « c’est le glissement ou la guerre », le président sortant devient plus jamais une menace pour la stabilité, la paix et la sécurité. Une menace qu’il importe d’écarter avant qu’il ne soit trop tard. L’heure a sonné pour sortir le sortant…

 

Baudouin Amba Wetshi