Kinshasa: Enterrement de « première classe » pour John Bompengo

Qui a financé l’enterrement de « première classe » auquel a eu droit, samedi 3 août 2019, Jean Bompengo Ingole, alias « John », un des condamnés à perpétuité dans l’affaire dite de l' »assassinat de LD Kabila »? L’homme est décédé le 12 juillet dernier à la prison militaire d’Angenga, province de la Mongala, où il purgeait sa peine depuis 2003. Des témoins assurent que le colonel Eddy Kapend, aide de camp du défunt Président au moment des faits, était présent au cimetière. Si cette information était confirmée, on se trouve face à un cas sans précédent. Qui a pris en charge les frais funéraires? C’est la question qui hante les esprits.

On ne parle pas de mal de mort. D’abord par compassion pour la famille éplorée. Ensuite par respect pour la mémoire du disparu fût-il un des condamnés à perpétuité dans cette parodie de procès des présumés – prétendus? – assassins du président Laurent-Désiré Kabila.

Décédé le 12 juillet dernier à la prison militaire d’Angenga, le « commandant » John Bompengo, a été inhumé le samedi 3 août au très « sélect » cimetière « Nécropole, entre terre et ciel », situé dans la périphérie de Kisnhasa. Ici, le coût de l’ensevelissement oscille entre 3.000 à 5.000 USD. Des montants qui sont loin d’être à la portée de la bourse de la grande majorité de la population congolaise vivant avec moins de 1,2 USD par jour. Certaines sources font état d’ « inhumation VIP » qui serait facturée entre 20.000 et 25.000 USD au même endroit. Une information à confirmer.

Question: Qui a pris en charge les frais d’inhumation de Jean Bompengo? Tous les yeux étaient braqués samedi vers « Kingakati ». Procès d’intention? C’est à voir.

Selon certains témoins, le colonel Eddy Kapend, un des condamnés à mort dans la même affaire, était présent au cimetière. A la grande stupéfaction des personnes présentes. Si cette information était confirmée, l’ombre de l’ancien président « Kabila » apparaît plus que jamais en filigrane. 

« CADAVRE PRIS EN OTAGE »

C’est la première fois que le corps d’un des présumés assassins de Mzee a été rendu à sa famille pour pour permettre à celle-ci d’accomplir le travail de deuil. On rappelle le cas du condamné à mort Rocky Kaciko Biamungu, décédé le 3 avril 2015, dont le cadavre fut mis littéralement « sous séquestre » à la morgue de l’hôpital général Mama Yemo. Et ce pour une raison inconnue. « Quelqu’un » redoutait-il que la famille recourt à un médecin légiste pour pratiquer l’autopsie? Qui? 

Dans un communiqué daté du 5 avril de la même année, l’association de défense des droits humains « La Voix des Sans Voix » avait accusé les autorités de l’époque d’avoir pris « en otage » le corps de cet ancien attaché de sécurité au ministère de l’Intérieur. L’autorisation de levée du corps par la famille devait, semble-t-il, venir de « Joseph Kabila », alors chef de l’Etat.

C’est la première fois que la dépouille d’un des condamnés du fameux procès est mise en terre « au grand jour » après l’organisation de veillées mortuaires par les proches. C’est également la première fois que Kapend est autorisé à sortir de la prison de Makala pour assister à une cérémonie d’inhumation. On se demande bien à quel titre?

Avant Bompengo, on comptabilisait déjà une dizaine de prisonniers emportés soit par la maladie soit par les conditions carcérales où les sévices corporels étaient banalisés. On peut citer notamment: Nico Bavurha, Kilayi Patrick Mangalalu, Salumu Mubekwa dit Sharp Sharp, Fariala Panda, Jean-Jacques Kakwat Mbuj, Oscar Mayembe. Sans oublier le général Yav Nawej dont le décès remonte au 30 mai 2013. « John Bompengo est le premier condamné dans cette affaire qui repose en paix dans une sépulture », commente un observateur. « Les autres condamnés décédés ont été enterrés de manière anonyme tels des vulgaires malfrats dans des endroits connus des seuls bourreaux du régime de Joseph Kabila », ajoute-t-il.

QUI ÉTAIT JOHN BOMPENGO?

Natif de la province de l’Equateur, âgé de 58 ans, Bompengo était membre de la sécurité rapprochée du président LD Kabila. Au lendemain du décès de celui-ci, « John » est accusé d’avoir exécuté onze citoyens libanais dans le camp militaire de Kibomango, situé près de la capitale. « Il était reproché à John Bompengo d’avoir exécuté un ordre mal donné », assure, sans rire, un fonctionnaire des « services » contacté par l’auteur de ces lignes. Un ordre mal donné par qui? Pour toute réponse, l’interlocuteur se met à tousser. Une « toux » suivie de mutisme.

Eddy Kapend à la fin de son procès

Dans une interview accordée, mi-juillet dernier, à Congo Indépendant dès l’annonce du décès de Bompengo, le lieutenant Georges Mirindi, un des condamnés à mort qui vit en exil, avait décrit « John » sous les traits de ce qu’on appelle sous d’autres cieux un « tueur de la République ». C’est le rôle que le disparu aurait joué sous le régime de Mzee Kabila. Et ce au su et au vu du duo Kapend-« Joseph »

D’après Mirindi, Bompengo était en service à l’immeuble « GLM« , l’ancien siège du Groupe Litho Moboti, que les prétendus « libérateurs » du 17 mai 1997 avaient transformé en un « centre de torture ». Ce lieu sinistre était placé, selon lui, sous le commandement respectivement de Jean-Claude Kifwa dit Tango Tango et du colonel Eddy Kapend.

Pour Mirindi, Bompengo faisait partie de ces « témoins gênants » pour l’ancien président « Kabila ». L’homme faisait partie de ces hommes et femmes « qui détiennent une partie de la vérité » sur les circonstances exactes de la mort de Mzee LD Kabila. « Bompengo était un des témoins gênants », soulignait l’exilé en poursuivant: « Cet homme a commencé à massacrer bien avant l’affaire de ces malheureux libanais. Il avait reçu cette mission d’Eddy Kapend et de Joseph Kabila ». Et de conclure: « Quand Bompengo descendait dans la cave du GLM, c’était la terreur. Il distribuait la mort sans motif. Il n’était pas seul. Il y avait aussi John Kabila, Yav Ditend, Henri Katandula et les autres ».

DES « FAUX COUPABLES » SOUMIS A UNE « MORT LENTE »

L’ancien Président « Joseph Kabila »

Le 16 janvier 2001, la terre entière apprenait la mort du président Laurent-Désiré Kabila. Dix jours après, « Joseph » accédait à la tête de l’Etat. Dans son allocution d’investiture, le nouveau président déclarait notamment: « Je rassure le peuple congolais qu’une enquête judiciaire est déjà ouverte afin que la lumière soit faite sur les circonstances de l’assassinat de l’illustre disparu ».

S’il est vrai qu’il y a eu deux ou trois enquêtes bâclées, il n’en demeure pas moins vrai que les conclusions de ces investigations n’ont jamais été portées dans leur intégralité à la connaissance du grand public. Une « version officielle » édulcorée sera servie à l’opinion nationale et internationale. A savoir que l’assassin présumé, membre de la garde rapprochée du défunt, a été, à son tour, abattu. Le problème, l’arme du crime n’a jamais été retrouvée. Le mobile du crime reste énigmatique. Inutile de parler du commanditaire.

Dix-huit ans après la mort mystérieuse de LD Kabila, ce sujet est devenu un sujet tabou. Le cardinal Laurent Monsengwo Pasinya fit l’objet d’un « lynchage médiatique » de la part d’une certaine presse pro-« Kabila ». Son « crime » est d’avoir demandé un nouveau procès destiné à clarifier le sort des anciens collaborateurs de Mzee qui croupissent dans la prison de Makala. Des « faux coupables » soumis à une « mort lente » par l’ancien président « Joseph Kabila ». Point n’est besoin de relever que ce dernier et sa fratrie sont les « grands profiteurs » de la disparition de LD Kabila.

Questions finales: Qui est le « bienfaiteur » qui a financé les funérailles du désormais ex-condamné John Bompengo? Quel est le « service rendu » en contrepartie duquel le défunt doit ce « privilège »?

 

Baudouin Amba Wetshi