La « coalition » Cach-Fcc: L’équilibre de la terreur!

Va-t-on assister à la fin d’une illusion appelée « coalition Fcc-Cach »? Les « bases » respectives des deux camps sont « en guerre »… des mots. Osons espérer que la guerre des mots ne va pas se muer en guerre tout court. La mouvance kabiliste réclame, depuis mardi 12 novembre, la destitution de l’UDPS Jean-Marc Kabund de son poste de 1er vice-président du bureau de l’Assemblée nationale. Il semble que ce dernier aurait « manqué du respect » à « Joseph Kabila ». Signe qui ne trompe pas. L’éviction de Kabund est exigée par un « quidam » et non pas par une voix autorisée de « porter la parole » du Fcc-Pprd. Mercredi 13 novembre, le président Felix Tshisekedi s’est montré serein et optimiste à Paris. Pour lui, « il y aura des hauts et des bas » au sein de cette coalition. La tension ambiante est, à son point de vue, compréhensible pour des organisations qui ont vécu, durant plusieurs années en antagonisme avant de se coaliser. « Nous sommes obligés de composer pour l’intérêt du peuple congolais ». L’ex-président « Kabila » est-il de cet avis? L’homme semble déprimer. Il serait « en manque » des fastes et les honneurs de l’imperium. Il serait prêt à démontrer qu’une « erreur matérielle » serait intervenue lors de l’élection présidentielle du 30 décembre 2019.  

La polémique qui fait rage entre les « sous-chefs » du cartel Cach-Fcc prend chaque jour l’allure d’une « guerre froide ». Cette « guerre » qui opposait jadis les Etats-Unis et l’Union soviétique. Chaque camp détenait la bombe nucléaire avec en toile de fond le risque d’une destruction mutuelle. Les coalitions Cash et Fcc semblent conscients de ce qui pourrait arriver aux uns et aux autres en cas de confrontation. Pour le moment, ce sont les « bases » qui multiplient les invectives. Il n’est pas exclu qu’un fanatique appuie un de ces quatre matins sur le « bouton »…

DROIT DANS SES BOTTES

Jean-Marc Kabund

Comme pour dire qu’il était droit dans ses bottes après avoir exprimé son ras-le bol vis-à-vis du Fcc, le Président a.i de l’UDPS et premier adjoint à la Présidente de l’Assemblée nationale congolaise a posté, aux premières heures de la journée de jeudi 14 novembre, depuis la capitale rwandaise, le message suivant sur son compte Twitter @kabund_jmkkrock: « A Kigali depuis hier [mercredi 13, Ndlr] pour participer à la 55ème assemblée paritaire de l’ACP et de la 38ème assemblée parlementaire paritaire de l’ACP-UE. En tant que président de la commission politique nous avons présidé les travaux en plénière en prévision de la commission de la commission mixte ACP-UE ».

A Kinshasa, le climat politique est tendu. Sur les réseaux sociaux, plusieurs « seconds couteaux » du Fcc-Pprd sont montés au créneau pour menacer Kabund de « destitution ». Dans un élément vidéo, Claude Mashala réclame ni plus ni moins que le remplacement de l’actuel 1er-vice-président du bureau de la représentation nationale par un gros gabarit de la trempe de Remy Masamba (sic!). « L’Udps n’a que 32 députés sur 500 », prévient Mashala. Le Pprd Constant Mutamba de renchérir en invitant Kabund, via un twitt, « à tirer toutes les conséquences politiques de ses injures envers le Fcc et son autorité morale, grâce à qui il a été porté au perchoir de l’Assemblée nationale. Sa démission est attendue de toute urgence ».

Le problème? Mutamba n’est pas le porte-parole du Pprd. Encore moins celui du Front commun pour le Congo (Fcc). On imagine que quelqu’un pousse cet agitateur bien connu pour clamer tout haut ce que les caciques de la mouvance kabiliste pensent tout bas sans oser le dire. Mutamba qui se dit juriste sert manifestement de « ballon d’essai » destiner à tester la capacité d’indignation de l’autre camp.

Dans une « déclaration politique » publiée le mardi 12 novembre, la « Conférence des présidents des regroupements politiques » que compte le Fcc dit avoir « appris avec indignation les propos tenus » par Kabund. Après avoir promis « de réserver des suites appropriées sur le plan institutionnel », les signataires de ce communiqué d’ajouter: « (…) Joseph Kabila est le principal artisan de la première alternance démocratique et pacifique du pouvoir au sommet de l’Etat (…) depuis l’indépendance. A ce titre, il mérite respect et considération ».

MOTION DE DÉCHÉANCE

Palais du Peuple

Au moment où ces lignes sont écrites, il semble que des députés étiquetés Pprd seraient occupés à collecter des signatures dans l’hémicycle du Palais du peuple en vue de déposer une motion de déchéance contre Kabund. Le Fcc osera-t-il mettre sa menace à exécution? Quelle serait la réaction de la haute direction et de la « base » de l’Udps? Une base qui n’a cessé d’assimiler l’alliance avec « Kabila » au mariage entre l’ange et le démon. « Même Dieu ne veut pas de cette coalition », tonne Fils Mukoko, le leader des « combattants ».

Qu’a dit Jean-Marc Kabund lors de son harangue de mardi 12 novembre? Pour l’essentiel, le Président ad intérim de l’Udps a répliqué aux caciques du Pprd qui soutiennent à cor et à cri que « Kabila a donné le pouvoir » à « Felix ». « Ceux qui prétendent avoir donné le pouvoir sont les mêmes qui ont eu recours à toutes les manœuvres pour conserver le pouvoir, a-t-il déclaré. Ils ont tué la population. Ils ont utilisé tous les moyens possibles jusqu’à tuer nos combattants à la permanence ». Pour Kabund, le pouvoir de Felix Tshisekedi émane du peuple.

Aux « bérets rouges » du Pprd qui menacent d’aller « fouiner » à la Ceni ainsi qu’à la Cour constitutionnelle, Kabund lance: « L’Udps n’est en rien responsable des résultats publiés le 30 décembre 2018 par la Commission électorale nationale indépendante et confirmés par la Cour constitutionnelle. La Ceni et cette Cour n’étaient pas dirigées par l’Udps ». « Coalition oui, mais nous n’acceptons pas qu’un individu ou un groupe d’individus défient le chef de l’Etat, poursuit-il. Nous n’acceptons pas qu’on utilise le Parlement pour bloquer les actions du chef de l’Etat ».

En termes à peine voilés, Kabund met en garde le Fcc et son « autorité morale ». Celui-ci est menacé de subir le même sort que son ancien homologue angolais qui est aujourd’hui en Espagne. « Prochainement je ne tiendrai plus ce genre de discours. Que ce soit la dernière fois pour nos partenaires de nous sous-estimés ».

A Paris, Felix Tshisekedi affichait une sérénité digne de la posture de Ponce Pilate. Était-il au courant de la sortie médiatique de son bras droit? A-t-il laissé faire celui-ci en attendant de jouer le rôle de pompier en cas « d’embrasement »?

Pour les mauvaises langues, « Kabila » et son « clan » seraient décidés à « aider » le président Fatshi à ne pas réussir là où le Pprd a échoué. Procès d’intention? Est-ce pour cette raison que Kabund a invité les « combattants » à attendre le « mot d’ordre » du parti ?

L’ÉQUILIBRE DE LA TERREUR

Membres des « bérets rouges »

La crise qui prévaut entre le Cach et le Fcc préoccupe non
seulement la « communauté internationale » mais aussi l’opinion publique congolaise. Chacun y va avec ce qu’il considère comme une solution.

Représentant spécial adjoint du secrétaire général des Nations Unies chargé des Opérations, François Grignon a déclaré, jeudi 14 novembre, que la Mission onusienne au Congo était disposée à offrir ses bons offices si les deux parties faisaient la demande.

Président de l’Asbl « ACAJ », l’avocat Georges Kapiamba se veut radical. Il exhorte le chef de l’Etat de prononcer la dissolution de l’Assemblée nationale et de convoquer des élections législatives anticipées au mois de mars prochain. Cette option est plus facile à dire qu’à faire. Et ce compte tenu du fait que le Président de la République ne dispose guère d’un pouvoir solitaire. Le premier alinéa de l’article 148 de la Constitution l’oblige, dans ce cas de figure, à consulter préalablement le Premier ministre et les présidents de deux chambres avant de « révoquer » la chambre basse. Inutile de souligner que les kabilistes y sont majoritaires.

En vue d’éteindre le feu allumé par les bases respectives, il n’est pas exclu que « Fatshi » et « Kabila » se retrouvent les jours prochains avec une coupe de champagne à la main. Les militants respectifs, eux, restent sur pied de guerre. Une guerre aux conséquences incalculables pour les deux « partenaires ».

Membre des « bérets rouges », une milice pro-« Kabila »,  un certain Henri Magie avait déclaré, en réponse aux attaques de l’Udps Fils Mukoko, que le Fcc était prêt à saisir la Cour constitutionnelle afin d’obtenir la correction d’une « erreur matérielle » intervenue, selon lui, lors de l’élection présidentielle du 30 décembre 2018.

Questions finales: « Joseph Kabila » est-il pris dans son propre piège? Serait-il déprimé, après la perte du pouvoir d’Etat, au point de pousser ses janissaires à « invoquer » ses « turpitudes » à la Ceni et à la Cour constitutionnelle? Un tel aveu ne risque-t-il pas d’entraîner une destruction mutuelle au sein de la coalition Cach-Fcc? « Nul n’est entendu invoquant ses propres turpitudes », disaient les Romains…

 

Baudouin Amba Wetshi