La mauvaise disposition des choses expliquée à mes cousins

Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo
Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo

Depuis que nous intervenons dans le forum bien nommé « Opinion & débat » du journal en ligne Congo Indépendant, nous avons déjà signé plusieurs articles portant sur les mauvaises Constitutions africaines, mauvaises puisque n’offrant pas la bonne disposition des choses indispensable, dans l’esprit d’un des penseurs des systèmes politiques occidentaux, en l’occurrence Montesquieu, pour que la démocratie et la bonne gouvernance fassent enfin partie de nos mœurs. Il ne serait sans doute pas inutile de rappeler la célèbre citation de ce philosophe des Lumières: « Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir ».

En prenant connaissance de nos réflexions, il n’est pas rare que le lecteur nous demande soit de citer un seul article de la Constitution congolaise plaçant le président de la république au-dessus de la loi, soit de comparer notre Constitution avec d’autres et de démontrer la mauvaise disposition des choses de la nôtre. Expliquer, encore expliquer et toujours expliquer a toujours été notre leitmotiv. Il convient donc d’expliquer ou de réexpliquer où commence la mauvaise disposition des choses et jusqu’où s’étend-t-elle.

Qui dit démocratie au Congo-Kinshasa pense aussitôt à la création des partis politiques. Comme en Occident. Comme partout ailleurs. Toutefois, il y a un hic. Les créateurs des partis eux-mêmes sont de plus en plus conscients que ceux-ci n’ont que l’apparence des partis. Lors des débats télévisés sur les chaines de Kinshasa, des intervenants vont jusqu’à leur préférer d’autres dénominations. Au cours d’un de ces débats que nous avions suivi il y a quelques mois sur Télé 50, un professeur d’université a eu recourt à la même dénomination que nous pour designer la réalité traduite par nos partis politiques: « Ligablo ». Ce à quoi le présentateur et modérateur de l’émission lui avait répondu en écho en utilisant le synonyme de « Bilanga ». Quelque chose qui a l’apparence d’une autre peut-elle jouer le même rôle?

Pour répondre à la question ci-dessus, il convient d’illustrer notre propos par un exemple tiré de notre vécu quotidien, surtout au niveau du village dans notre Kwilu natal et dans bien d’autres coins de notre pays. Pour préparer le « fufu », la fameuse « boule nationale », la farine de manioc sert de matière première. Mais il y a farine et farine. Quand le manioc n’a pas été bien séché au soleil, la farine obtenue a beau avoir l’apparence de farine, elle reste néanmoins de mauvaise qualité. Au final, le « fufu » aussi est de mauvaise qualité. On l’appelle alors « kadu-i-deba » en Kimbala, « luku ya kuteba » en Kikongo et « fufu ya teba » en Lingala. Il est indigeste et provoque souvent la diarrhée. Aussi, parlant d’un autre type de ce même « fufu », la charmante chanteuse Cindy Le Cœur indique sa place: « Fufu elali ekomi teba esengi babwaka na poubelle ». Car, dans le corps de l’humain, cela s’avère être un poison.

Pour revenir aux partis politiques crées par les Congolais, les « Ligablo » ou les « Bilanga » ont leur place non pas dans la construction de la démocratie mais également dans la poubelle. Mais comme nous ne comprenons pas cela et que nous nous entêtons à construire la démocratie sur une telle base, le résultat est ce à quoi nous assistons impuissants, à savoir le désenchantement démocratique. On ne peut pas espérer obtenir le même résultat avec quelque chose qui ressemble à un parti politique mais qui n’en est pas un. Déjà à ce stade important de la voie que nous avons choisie pour parvenir à la démocratie et à la bonne gouvernance, il y a une mauvaise disposition des choses ou un dysfonctionnement systémique.

Bien sûr que des reformes sont possibles pour transformer les « Ligablo » ou les « Bilanga » en partis politiques. Mais, on a beau suivre débat politique après débat, les Congolais y compris les intellectuels bardés de diplômes préfèrent s’adonner à leur exercice favori, c’est-à-dire critiquer pour critiquer sans pour autant proposer des pistes de solution. Des pistes de solution, nous en avons. Mais nous refusons de réfléchir à la place des importateurs d’idéologies. Car, nous préférons suivre une autre voie plus transparente, plus facile à mettre en œuvre et plus en phase avec notre culture, bâtir la démocratie sur base de nos sensibilités ethnico-régionales. Mais il s’agit-là d’un autre débat.

La mauvaise disposition des choses au niveau des « Ligablo » ou des « Bilanga » ne s’arrête pas à leur apparence de partis politiques. Elle se poursuit au niveau de la composition des gouvernements. La politique doit être au service de la nation. Cela est connu de tous. A commencer par ceux qui comme Mobutu Sese Seko hier ou Joseph Kabila Kabange aujourd’hui s’en servent pour se remplir les poches tout en prononçant des discours politiquement corrects sur ce but noble. Mais comment met-on la politique au service du peuple après la tenue des élections? En Occident, quand un parti n’a pas la majorité au parlement, il négocie avec un autre ou d’autres afin d’avoir cette majorité et former ensemble un gouvernement. Les négociations, cela va sans dire, portent sur la politique à mener ensemble au service du peuple. Aussi celles-ci peuvent-elles durer des mois comme le démontre l’impasse politique actuelle en Allemagne, deux mois après les dernières élections générales.

Les partis n’ayant que l’apparence de parti au Congo-Kinshasa, les négociations portent sur les postes ministériels à se distribuer. La politique à mener ensemble pour le peuple n’intéresse personne alors même qu’on reconnait unanimement que le but de la politique est de servir celui-ci. En dépit de cette grave anomalie, les différents partis du gouvernement ou de la majorité présidentielle se considèrent comme des partenaires. En réalité, on assiste tout simplement à un arrimage des clients au « Ligablo » ou « Bilanga » arrivé en tête aux élections transparentes ou truquées. On ne se rend pas compte de l’implication de ce leurre sur la démocratie et la bonne gouvernance au nom desquels tous les hommes politiques prennent la parole. Pourtant, il est évident que vis-à-vis du président de la république, l’attitude ne peut que varier selon qu’on est un partenaire ou un client.

Les partenaires ont intérêt à se respecter et à s’en tenir à l’accord conclu pour continuer à gouverner ensemble. Car, en cas de non-respect de la part de l’un ou de l’autre, cela peut conduire à la chute de tous. Par contre, un client sait qu’il peut facilement être remplacé par un autre d’autant plus que le Congo-Kinshasa vit encore à l’ère de la politique du ventre. Si le client tient à rester au pouvoir, le poste politique étant l’instrument par excellence d’ascension sociale, il a intérêt à caresser le magistrat suprême dans le sens du poil même quand il est convaincu que celui-ci est le dernier des cons. Faut-il expliquer qu’un tel contexte donne des attentes contraires au triomphe de la démocratie et de la bonne gouvernance tant espéré? Faut-il expliquer qu’une fois de plus, la mauvaise disposition des choses est plus que manifeste?

Passons maintenant aux immenses pouvoirs que les mauvaises Constitutions africaines confèrent au détenteur de l’imperium. Pouvoir de sélection. Pouvoir de nomination. Et pouvoir de démettre à sa guise les hauts commis de l’Etat. Il convient de noter d’abord que cela intervient quand la mauvaise disposition des choses est déjà à l’œuvre au niveau des partis politiques et de la composition du gouvernement, les partis étant des « Ligablo » ou des « Bilanga » et le gouvernement étant formé sur base d’aucun accord sur la politique à conduire ensemble tant qu’existe la coalition au pouvoir. Ensuite, contrairement à ce qui se passe en Occident, rares sont les postes pour lesquels le président de la république ne fait qu’entériner, à travers les nominations, des choix faits par d’autres instances ou que ses choix à lui sont endossés ou rejetés par d’autres instances. La mauvaise disposition des choses est également à l’œuvre à ce niveau qui ouvre ainsi tout un boulevard au phénomène clientéliste. Mais il y a pire. Le pouvoir du président de la république à sélectionner, nommer et démettre les hauts commis de l’Etat de manière discrétionnaire intervient dans un contexte où aucun dispositif n’a été mis en place pour que l’administration, la police, l’armée et les services secrets qui sont apolitiques jouissent d’un tel statut. Il intervient également dans un contexte où rien n’a été entrepris pour que l’esprit de carrière, complètement détruit sous la dictature de Mobutu, soit remis en l’honneur. Est-ce si difficile de comprendre qu’une fois de plus, il y a mauvaise disposition des choses et que notre schéma démocratique, en apparence identique à celui des pays occidentaux, ne peut conduire aux mêmes résultats?

La mauvaise disposition des choses ne provient pas d’un article isolé de la Constitution. Elle ne dépend pas des différences que l’on peut observer entre une Constitution et une autre. Un système politique démocratique est un tout dans lequel tout se tient. Un tout dans lequel tous les ingrédients doivent être cohérents. Il appartient à la Constitution de veiller à une telle cohérence. Il appartient à la Constitution de s’assurer qu’aucun grain de sable ne vienne squatter le moindre espace dans la belle mécanique d’une telle harmonie. Il appartient aux hommes politiques de lancer des réformes voire de réviser la Constitution aussitôt qu’ils détectent un grain de sable dans la mécanique démocratique. Quand l’homme politique souffre de myopie, l’intellectuel vient à sa rescousse. Mais quand l’homme politique et l’intellectuel sont tous les deux incapables de détecter la présence des grains de sable ou des disfonctionnements systémiques, qui sont pourtant aussi visibles que le nez au milieu du visage comme nous venons de le démontrer, il va de soi qu’ils divaguent à travers des propos creux et des diagnostics et remèdes abracadabrantesques.

Soutenir que la démocratie et la bonne gouvernance ne sont pas au rendez-vous au Congo-Kinshasa parce que les mentalités n’ont pas évolué, c’est se tromper de diagnostic. Certes, les mentalités des hommes politiques n’ont pas changé. Mais si elles n’ont pas changé, c’est parce que le système politique n’a pas changé ou, pour être plus correct, il n’a changé qu’en apparence. Soutenir également que la démocratie et la bonne gouvernance ne sont pas au rendez-vous au Congo-Kinshasa parce que le pays serait sous occupation rwandaise, c’est tout simplement du délire. Certes, des Rwandais ont infiltré les institutions congolaises à travers les opérations de mixage, brassage et bien d’autres subterfuges. Mais ces opérations ont été possibles parce que suite à la mauvaise disposition des choses soulignée ci-dessus, le pouvoir du président de la république n’est pas contrôlé et encore moins sanctionné. Alors, arrêtons de délirer et mettons-nous au travail pour une bonne disposition des choses.

 

Par Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo
© Congoindépendant 2003-2018

27 réflexions au sujet de « La mauvaise disposition des choses expliquée à mes cousins »

  1. Bonjour Cher Compatriote Mr Mayoyo Bitumba Tipo Tipo,

    Merci pour votre article à propos de notre constitution.
    Pouvez-vous me donner une petite explication concernant l’article 217 qui stipule « La République Démocratique du Congo peut conclure des traités ou des accords d’association ou de communauté comportant un abandon partiel de souveraineté en vue de promouvoir l’unité africaine ».

    Que ce que le constitutionnaliste veut dire concrètement par là et j’aimerais savoir si cet article est une bonne ou une mauvaise disposition des choses s’il vous plait ?.

    Muyele Tango

    1. Cher Muyele Tango,

      Merci pour votre question. Quand des pays décident de construire ensemble une entité supranationale à l’instar de l’Union Européenne ou de l’Union Africaine, il va de soi que pour la viabilité d’une telle entité, plusieurs questions soient réglées à ce niveau-là plutôt qu’au niveau de chaque Etat-membre. Prenons l’exemple de la politique agricole dans les pays faisant partie de l’Union Européenne. Chaque Etat-membre n’est pas libre d’avoir sa propre politique. Cela ferait désordre. Aussi parle-ton de politique agricole commune. Donc, sur le plan agricole, les Etats se sont convenus pour abandonner partiellement leur souveraineté dans l’intérêt de l’union.

  2. Cher Mayoyo,

    C’est aussi la mauvaise disposition des choses qui fait qu’un chef des terres dans le Kwango loue ses terres à des rwandais descendus de la lune avec leurs vaches pour le prix…d’une vache ?

    Mais bien sûr, c’est certainement la mauvaise disposition des choses qui fait que Gizenga, Muzitu et les autres notables du Kwilu-Kwango se la ferment. On ne parle pas la bouche pleine. Question de savoir-vivre.

    Mpangi, vous avez raison, arrêtons de délirer et mettons-nous au travail pour une bonne disposition des choses. Là, ça ne va plus du tout. Mais vraiment plus du tout.

    1. Cher Jo Bongos,

      Dans un débat, ce que vous auriez dû faire, c’est de montrer que ce que je présente comme une mauvaise disposition des choses est plutôt une bonne disposition. Ceci dit, vous êtes libre de caricaturer mes propos. Mais je vous invite à lire le dernier article de Baudouin Amba Wetshi : « Conseil de sécurité de l’Onu: Quand Okitundu perd son sang-froid… ». Face à la crise ou à la dictature qui secoue notre « démocratie », l’ambassadeur des Etats-Unis, Nikki Haley, demande au régime congolais de ne pas exprimer des « frustrations » au Conseil de sécurité à New York, mais de corriger les dysfonctionnements qui affectent l’appareil d’Etat. Je l’ai souligné mille et une fois dans ce forum. C’est ainsi qu’avancent les autres nations. Quand on ambitionne de construire la démocratie et d’asseoir la bonne gouvernance mais qu’on récolte la dictature et la désolation sur tous les plans, on doit se pencher sur les dysfonctionnements systémiques que j’expose dans cet article. La seule erreur de Nikki Haley, c’est de croire que les dirigeants congolais peuvent impulser une telle dynamique. C’est à nous peuple de le faire, d’abord à travers nos réflexions. Si vous dites à Nikki Haley que la solution au problème congolais se trouve dans le changement de mentalité sans par ailleurs lui dire comment y parvenir, elle vous prendra pour un extra-terrestre.

      1. Cher Mayoyo,

        Même quand Nikki Halley dit qu’il faut corriger les dysfonctionnements systémiques, elle ne dit pas forcement qu’il faut changer de système politique. Elle ne le dit nullement. Elle pourrait vouloir dire simplement qu’il faut respecter les textes fondateurs, les principes de démocratie et de la bonne gouvernance. A l’écouter, Nikki Halley ne semble pas suggérer un nouveau modèle de démocratie spécifique à la RDC. Il ne faut pas lui prêter des intentions qu’elle n’a pas eu.

        Réfléchir à un nouveau modèle de gouvernance fait certainement partie des outils de correction. Mais ce n’est pas le seul point cardinal.

        Dans un débat, on ne réfléchit pas à la place des autres. On présente ses propres arguments. On n’extrapole pas non plus la pensée de ceux qui s’expriment.

        1. Cher Jo Bongos,
          Oui, vous avez raison. Quand Nikki Halley dit qu’il faut corriger les dysfonctionnements systémiques, elle ne dit pas forcement qu’il faut changer de système politique. Dans cet article, j’ai écrit noir sur blanc que la mauvaise disposition des choses au niveau des « Ligablo » ou « Bilanga » peut être reformée. Les dysfonctionnements systémiques ne renvoient nullement à ce que vous croyez, c’est-à-dire « le respect des textes fondateurs, les principes de démocratie et de la bonne gouvernance ». Dysfonctionnement systémique veut dire dysfonctionnement lié à un système ou ce qui coince pour qu’un système fonctionne normalement. Nous vivons à l’ère de l’Internet. Introduisez « dysfonctionnement systémique » dans n’importe quel moteur de recherche et vous saurez de quoi Nikki Halley a parlé.

          1. Cher Mayoyo,

            Croyez-vous vraiment que j’ai besoin que quelqu’un m’explique ce qu’un dysfonctionnement systémique ?

            Je vais vous apprendre quelque chose. Vous voyez les personnes assises derrière Ms Halley et qui l’assistent dans sa tâche ? Oui, ces personnes ont fréquenté quasiment la même école. Elles peuvent être connues par certains d’entre-nous qui intervenons sur ce site pour avoir fréquenté les mêmes écoles ou s’être rencontrés grâce à des relations professionnelles communes…

            Pour le  »bura matari » que vous êtes, vous comprenez ce que je veux dire. Je vous informe donc que quand Ms Halley parle, elle ne pense pas  »structure »,  »système ». Elle pense essentiellement  »legacy ». C’est la nature de son job qui l’exige.

            Now, what would you link with legacy ? Je suis certain que vous n’avez pas besoin d’un moteur de recherche pour comprendre.

  3. Oui, mettons-nous au travail. La bonne disposition des choses, c’est de dire à nos COUSINS dans le Kwango, le Kwilu et spécialement à Popokabaka qu’ils sont servis. Leur « luku ya kuteba », « kadu-l-deba » ou « fufu ya teba » qui trainait dans leurs cases sans condiment, vient d’en trouver un: les vaches à kwashiorkor que viennent de leur lâcher les tutsis à travers leur territoire.

    Oui Monsieur Mayoyo, c’est depuis très longtemps que vous intervenez dans le forum bien nommé « opinion & débat » du journal en ligne Congo Indépendant. Vous devriez en remercier la tolérence des responsables pour vous avoir concédé la grande marge de vous réitérer dans votre turpitude, une conspiration de démocratie contre l’Afrique et particulièrement le Congo.

    En lieu et place de détourner l’attention des congolais, et spécialement ceux de votre propre contrée d’origine, j’attends de vous la cohérence de profiter de l’opportunité d’expression que vous offre justement Congo Indépendant pour dénoncer haut et fort l’invasion en cours de Bandundu par les tutsis. C’est très grave car l’intention diabolique réelle du projet de « Bukanga Lonzo » par les rwandais a été de faire de cet espace de terrain une « res nullius », une « terra nullius » à convertir en un noyau de départ de peuplement tutsi. Ce phénomène vous est contemporain compatriote Mayoyo, il se déroule sous vos yeux.

    1. Cher mamale,

      Pour votre information, je suis un lecteur de Congo Indépendant comme vous tout en exerçant ma profession de « Bula Matadi sans frontières ». Comme vous, je sais que ce journal en ligne a mis à la disposition de ses lecteurs un espace bien nommé « Opinion & débat ». Libre à chacun d’exprimer ses opinions et de débattre de celles des autres. Pour exprimer ses opinions à travers un article, on rédige un texte et on l’envoie à la rédaction du journal dont l’adresse email est bien affichée dans ce site. Si moi j’écris depuis longtemps sur des turpitudes, je constate que vous qui avez des idées brillantes, vous êtes incapable de les partager. Pas le moindre article depuis des années ! Est-ce de ma faute ? Je constate aussi que vous ne démontrez nulle part la turpitude de mes idées. Vous vous bornez à proclamer cette turpitude. C’est cela, n’avoir aucun argument à opposer à un texte. C’est cela l’arme des maillons faibles dans un forum bien nommé « Opinion & débat ». L’insulte. Remarquez que je suis si bien élevé que je ne peux pas me permettre de vous insulter. Mais retenez qu’insulter quelqu’un, c’est la chose la plus facile à faire au monde ? Même les enfants qui commencent à peine à parler le font. Vous me demandez de remercier Congo Indépendant. Connaissez-vous la relation que j’entretiens avec son rédacteur ? Je l’ai toujours dit, restons sur les textes et tout ira mieux entre nous.

  4. Cher MBTT,
    Merci de nous donner votre point de vue en partant de Montesquieu que vous citez si bien et que vous appliquez magistralement à la situation des constitutions africaines et du Congo. Mais j’ai une question. Vous affirmez : « Certes, des Rwandais ont infiltré les institutions congolaises à travers les opérations de mixage, brassage et bien d’autres subterfuges. Mais ces opérations ont été possibles parce que suite à la mauvaise disposition des choses soulignée ci-dessus, le pouvoir du président de la république n’est pas contrôlé et encore moins sanctionné ». Qui aurait pu initier la bonne disposition des choses, si ceux qui doivent le faire ont développé des attitudes, qui ne peuvent pas conduire à effectuer ce travail: « la bonne disposition »? Si je peux m’expliquer davantage. Pensez-vous que la passion du pouvoir pour le pouvoir, la passion des honneurs pour les honneurs peut développer un climat de la bonne disposition des choses, lorsque l’on sait que cette bonne disposition réduirait les ambitions d’une telle passion ? Car, dans ce pays là, ce n’est pas le seul pouvoir présidentiel qui n’est pas contrôlé, le pouvoir judiciaire qui est à la solde de la présidence n’est qu’une caisse de résonance de la présidence, le pouvoir législatif, est aussi à la solde de la présidence, tout comme le pouvoir exécutif, et tous ces niveaux des pouvoirs ne sont là que pour servir un seul niveau de pouvoir. Alors, comment cet état des faits est bien possible au Congo ? Ma lecture est différente de la votre. D’après ce que je constate, ici, j’avance une impression que vous avez le droit de contester. J’ai l’impression que d’après vous, dès que l’on voit l’erreur, ou ce qui ne marche pas, on va le corriger forcément. Si mon impression est vraie, je me dois de vous dire que la découverte de l’erreur n’est pas une condition pour la corriger. Pour corriger une erreur, il faut certes la découvrir, mais il existe une condition essentielle, c’est d’avoir la volonté de la corriger, alors, on cherchera les moyens pour le faire. Cet état de mauvaise disposition n’est pas là par ignorance, mais par choix. C’est pourquoi l’exégète (éminent scientifique du pays, le cardinal Monsengwo) a parlé de mensonge systémique. Le système de mauvaise disposition est non seulement créé, mais entretenu avec le concours des Congolais. Un Congolais d’une tribu différente à celle de Lambert Mende (l’homme qui ne peut plus être présenté), disait à un prêtre de cette tribu: « il faut dire à votre frère Mende qu’il ment sans vergogne ». Le prêtre de lui répondre: « Monsieur, peut-être lui-même ne sait pas qu’il ment ». Une réponse bien claire, même si une autre lecture est possible. La mauvaise disposition des choses, n’est pas résultante de l’ignorance, mais bien un choix. Dieu merci, l’on parle actuellement de la médiocrité. Mais cher MBTT, cette médiocrité dont on parle maintenant, après l’intervention du Cardinal de Kinshasa, qui est resté fidèle à lui-même (car, on ne peut pas faire les études qu’il a faites, sans être quelqu’un qui cherche de l’excellence), de la médiocrité, mais celle-ci est constatable à tous les niveaux au Congo. Ce courant général exige que nous apprenions à nos jeunes d’abord à chercher l’excellence en tout. Les médiocres dans la gestion de la chose publique sont les premiers sur la liste des médiocres à combattre vu leur position et vu l’importance de cette position pour l’avenir de notre pays. Sinon, il faudra chercher de l’excellence en tout et dans tous les domaines. La mauvaise disposition des choses au Congo est une mauvaise disposition systémique pour que le pouvoir reste dans les mains de ceux qui l’ont pour qu’ils aient toujours plus que d’autres parce que le peuple n’est rien pour eux. C’est ainsi que le respect même des lieux des cultes ne peut être observé. Je dois porter à votre connaissance que le respect de ces lieux n’a été observé qu’avant l’indépendance, et pendant la deuxième république. La rébellion de Mulele a fait pire que ce que l’on a vu le dimanche le 21.01.2018. J’étais jeune, j’ai assisté à certaines réalités de cette rébellion et adulte j’ai visité la province orientale et j’ai été dans les régions où les Mulelistes, appelés Simba, avaient laissé une triste réputation. Avant d’en arriver à ce que vous proposez, il faut être sûr que vous aurez des Congolais qui aiment tellement leur pays qu’ils aimeraient que tout congolais ait un niveau de vie digne. Le danger est que ceux qui auront la charge que vous proposez ne croient qu’ils sont là pour faire quelque chose qui pourra leur donner un statut exceptionnel et que leurs familles, clans et tribus auront face aux autres une visibilité qui les distinguerait en droits. Cher MBTT, nous sommes dans les pays où souvent l’on se présente par un autre visible. Le terme « Ndeko ya », « frère de, soeur de », « mwana ya, enfant » de sont plus qu’éloquents. Cherchons d’abord à ce que tout Congolais soit considéré comme être humain, et sujet et objet de traitement humain, digne et revalorisant, de là découlera toutes sortes d’entreprises pour que cet objectif soit atteint. Vous ne pouvez pas comprendre qu’une université donne un titre de docteur à un ministre, député, sans que ce dernier ne passe par un baptême de feu scientifique. Vous direz, oui cela se fait par la mauvaise disposition. Je vous dis d’accord. Mais cette mauvaise disposition n’est pas là par ignorance, ce que je pense est votre vision (prière de me corriger). Grand merci pour votre réflexion. La mauvaise disposition est un problème technique, il peut être vite résolu, mais le changement de mentalité qui consisterait à chercher l’excellence, les valeurs, et à accorder à tout compatriote des droits d’un être humain, est un préalable pour résoudre votre problème technique. Cher MBTT, je ne cherche pas à avoir raison, je donne mon point de vue qui est différent de votre sur un point, mais qui reconnaît la pertinence de ce vous avez avancé. Que Dieu nous vienne en aide.

    1. Cher Elili,

      « Qui aurait pu initier la bonne disposition des choses, si ceux qui doivent le faire ont développé des attitudes, qui ne peuvent pas conduire à effectuer ce travail ? ». J’ai déjà répondu plusieurs fois à cette question. Notre nation a eu plusieurs rendez-vous avec l’Histoire pour ce faire. Mais elle n’a pas su en profiter non pas parce que les gens cherchent le pouvoir pour le pouvoir, mais parce que nous ne prenons pas conscience des limites de notre imitation du modèle démocratique occidental. Et mes écrits visent une telle prise de conscience. J’ai récemment cité Honoré Ngbanda et Nkema Lilo qui voient les choses comme moi même s’ils ne sont pas allés aussi loin que moi en dessinant les contours d’une alternative possible. Il y a certainement bien d’autres compatriotes. Mais il faut qu’on travaille pour davantage de prise de conscience. Je ne pense pas un seul instant que quand les conférenciers à la CNS levaient l’option du système démocratique actuel, ils se disaient que cela allait faciliter l’exercice du pouvoir par le pouvoir. Au contraire, ils étaient convaincus que la démocratie serait au rendez-vous. Il en est de même des rédacteurs de la Constitution actuelle. Ils pensaient pouvoir permettre à notre nation d’aller de l’avant. Je suis d’accord avec vous que ce n’est pas le seul pouvoir présidentiel qui n’est pas contrôlé. Mais le contrôle du pouvoir présidentiel permettait automatiquement celui des autres pouvoirs, car le phénomène clientéliste étend ses ramifications du sommet de l’Etat jusqu’à la base de la pyramide sociale. Mende est un client de Kabila. L’impunité dont jouit Kabila, Mende en profite comme client. De même que les clients de Mende et ainsi de suite… à moins que le président s’impose pour soustraire un client de Mende de l’impunité. Non, je ne dis pas que dès qu’on voit une erreur, on va la corriger forcément. On peut voir une erreur et ne pas la corriger non seulement parce qu’on n’a pas la volonté de la corriger, comme vous le dites, mais aussi et surtout parce qu’on ne sait pas comment la corriger. Pour preuve, nous savons que nos partis ne fonctionnent pas comme cela se doit. Mais où sont les pistes de solution pour qu’ils fonctionnent comme il faut ? La mauvaise disposition des choses ne résulte donc pas du choix de ceux qui sont au pouvoir. La preuve, Joseph Kabila n’était pas là quand la nation a levé l’option du système démocratique actuel. Et même si c’est lui qui aurait initié ce système, en ne demandant que la tenue des élections crédibles et transparentes dans le cadre du même système, l’opposition démontre clairement que les dysfonctionnements systémiques n’existent pas.

  5. L’immobilisme est bien là, visible comme le nez au milieu du visage ou comme le soleil qui bille à midi au Congo. Comme je l’avait dit la fois passée, au 15è siècle, les étrangers blancs achetaient aux rois africains des esclaves à vil prix. Au 19è siècles, en donnant quelques petits cadeaux,ils obtenaient des nos monarques des concessions de terres pour l’exploitation agricole et minière. Depuis les indépendances, les multinationales font la même chose. Les blancs ou les asiatiques débarquent à Kinshasa, laissent quelques enveloppes grasses à la Présidence de la République. Quand ils arrivent au lieu indiqué. ils donnent aux chefs coutumiers selon le « rites traditionnels, un sac de sel ,un costume pour le chef, un sac de sucre, des pagnes pour les femmes du chef… Enfin ils procèdent à l’opération expropriation-exploration-exploitation-exportation des minerais. Tout se déroule à l’insu du peuple congolais qui trouve cela normal. Les bouviers tutsi font aussi la même chose au Bandundu comme partout ailleurs au Congo.
    Nous sommes dans un système économique globalisé. Si une entreprise s’installe au Congo, c’est une excellente chose. Cela suppose les emplois pour les nationaux, création des richesses, taxes pour le trésor public…
    Est-ce toujours le cas? Je pense que ces entreprises d’extractions minières font plus de la prédation que du partenariat gagnant-gagnant.

    Il s’est tenu en Afrique du Sud une conférence sur les investissements dans le domaine minier. Le Congo, un pays minier, a été invisible, inaudible.Pourquoi? Parce que les partenaires savent que nous sommes un peuple sans épaisseur, vénal, inconscient.

    C’est pas la démocratie à l’occidental, ni la nouvelle architecture institutionnelle, qui va faire évoluer notre mentalité.

  6. Merci cher MBTT pour cet article et je souhaite cette fois ci lire ici d’autres articles contradictoires de la part de ceux qui soutiennent le changement de mentalité pour aboutir à une démocratie.Et donc je ne voudrais pas lire des réactions simples à cet article mais plutôt un raisonnement bien articulé dans un article. Merci encore une fois.

    1. Cher Roger MURHUZA,
      Remarquez que je ne demande pas plus que ce que vous demandez. Nicolas Boileau, le styliste par excellence de la langue française, théoricien du classicisme et défenseur du pouvoir de la raison écrivait : « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement. Et les mots pour le dire arrivent aisément ». Espérons qu’il y a dans ce forum quelqu’un pour relever votre défi. En ce qui me concerne, j’épouse la vision du philosophe Héraclite pour qui « rien n’est permanent sauf le changement ». Et pour conduire le changement, il faut résoudre les dysfonctionnements propres à chaque système, le système pouvant être une équipe, une entreprise ou l’ensemble des institutions d’une nation.

    2. Mais qui a dit ou écrit, sur ce site, que pour  »aboutir à une démocratie », il fallait changer de mentalité?

      Ce débat devient stérile. On mélange les poivrons et les cornichons…ça devient fatiguant. On réfléchit sur les outils pour corriger ce qui ne va pas na buala. Il n’y a pas de remède miracle. Loin s’en faut. On lance des idées. C’est ça le débat. Penser autrement que la ligne Mayoyo, n’est pas divaguer. Ne pas publier un article sur CIC n’est pas non plus un signe de nécrose du cerveau.

      1. Cher Jo Bongos,

        Quand vous affirmez qu’on réfléchit sur les outils pour corriger ce qui ne va pas na buala, cela signifie que vous reconnaissez l’importance de la réflexion si l’on veut que le buala aille bien un jour. Alors, pourquoi la réflexion, si importante à vos yeux, vous fatiguerait-elle soudainement ? Parmi les outils, n’avez-vous jamais lu dans ce forum que pour certains intervenants, l’un d’eux se nommait « changement de mentalité » ? Demandez des éclaircissements là-dessus serait-il contraire à l’art du débat, puisque vous reconnaissez que nous débattons ?

  7. Mon frère Mayoyo,
    Un minimum de pragmatisme de votre part d’avoir émis une certaine réaction, même en un seul mot, une exclamation ou tout autre moyen d’expression sur une préoccupante situation qui a cours dans votre contrée de naissance, aurait donné un sens à votre chère recherche d’une bonne disposition des choses. Je crains que quand vous en parlerez comme vous le faites maintenant, traitant de tous les maux Mobutu, Anzuluni et les natifs du Kivu pour n’avoir pas traité « convenablement » les tutsis de Lemera où LD KABILA aurait initié la « rébellion », selon vos dire, vos frères et cousins seront déjà chassés de leurs villages et en errance en forêts et savanes.

    Puisqu’il faut rester dans le texte étant donné que pour vous, tout ce qui touche à vos protégés tutsis est « matière réservée », je vous recommande de convoquer un colloque ou symposium pour mieux exposer vos idées. Celles-ci, lancées en effet d’annonce ici ne peuvent peut-être pas trouver le traitement adéquoit. A ce propos si vous vous obstinez à les présenter ici, ceci laisse sous entendre que la « haute rencontre scientifique » qui les avait approuvées en Afrique n’offre certes aucune crédibilité.

    Dans votre article antérieur, outre plusieurs compatriotes dont Nono, Jo Bongos, Elili et autres, je vous ai fait voir votre gesticulation devant une question qui date depuis des siècles et qui a une solution réelle aujourd’hui. Les constitutions démocratiques autonomiques « occidentales » tiennent bien compte du faitt cultutel et éthnique des populations qui, selon des mécanismes décidés par le peuple, peuvent déclancher la réconfiguration territoriale même de l’Etat.

    Puisque la matière ne sera jamais assimilée et si vous décliner la proposition du symposium, je vous invite à une analyse statistique: celle de revoir tous vos articles des années antérieures à ce jour et les critiques (positives et négatives) des lecteurs y relatives, et en tirer les conclusions qui s’imposent, en toute honnêteté et probité intellectuelle.

    1. Mon frère mamale,

      Je suis un homme ouvert à la critique. Je ne demande pas le ciel. Je demande que ceux qui estiment que la solution à notre problème majeur, l’absence criante de démocratie et de bonne gouvernance, réside surtout dans le changement de mentalité, qu’ils m’expliquent clairement comment changer la mentalité de l’homme congolais. Puisque vous me prenez pour un ami des Tutsi pour avoir défendu l’idée de l’existence des Tutsi congolais, je voudrais que vous m’expliquiez de quelle nationalité d’origine sont les descendants des Tutsi qui avaient fondé la bourgade de Lemera avant la tenue de la Conférence de Berlin. Quand vous me citez les noms de plusieurs personnes et que vous me demandez de faire, en toute honnêteté et probité intellectuelle, une analyse statistique de leurs remarques depuis que j’interviens dans ce forum, je vous réponds que depuis le lancement officiel du deuxième processus de démocratisation dans notre pays, je me suis toujours trouvé en minorité chaque fois que j’annonçais ou j’écrivais que compte tenu de la mauvaise option levée par la Conférence Nationale Souveraine, la démocratie ne serait pas au rendez-vous. Aujourd’hui, mes contradicteurs ne célèbrent pas la démocratie et la bonne gouvernance. Ils maudissent les nouveaux jouisseurs de la république. Il y a deux semaines, un ami et « frère » qui est conseillé dans un cabinet ministériel à Kinshasa m’a demandé un exemplaire de mon livre traitant de la démocratie en m’expliquant que l’exemplaire que je lui avais offert à l’époque (1996), un professeur de l’UNIKIN se l’est approprié. Je lui ai téléphoné aujourd’hui lors de la pause de midi pour lui annoncer que son livre arrivait à Kinshasa demain, avec un deuxième exemplaire pour le Dr Sondji. Savez-vous qu’elle a été la réaction de l’ami et « frère » ? Il a dit ceci : « Dans ce livre-là, mon frère, vous aviez fait preuve d’une rare capacité d’anticipation du point de vue analytique. Vos réflexions sont plus que d’actualité ». Alors, vous pouvez me citer les noms de tous les Congolais, cela ne va pas m’ébranler dans mes convictions. Une chose est certaine, contrairement à l’écrasante majorité de l’élite de notre pays, je n’avais pas dansé le Mutwashi le 24 avril 1990. Je savais que ce qui nous arrive aujourd’hui allait arriver.

      1. Cher cousin Mayoyo,

        Puis-je suggérer que vous envoyez un exemplaire à Muzitu qui pourrait l’exploiter dans ses tribunes ?
        Godefroid Mayobo est un bon client également.

  8. Chers Compatriotes,
    Que des citations ! Je suis vraiment impressionné. Vous connaissez bien les grecs, les français, les anglais, les allemands etc.. Mais qu’est-ce qui dans votre culture peut vous permettre d’atteindre l’objectif que vous suivez, à savoir le redressement du Congo. Je suis triste de constater que vous parlez de la mauvaise application de la démocratie occidentale au Congo. Cela me semble une affirmation d’une bonne volonté qui me surprend vu le niveau de connaissance que vous avez. Existe-t-il une démocratie occidentale ? Ou la démocratie (idée, concernant la gestion de la chose publique), se manifeste à travers plusieurs formes de démocratie en occident, ce qui rend parfois les suiveurs que nous sommes (Socrate, présocratiques etc…), n’arrivons pas à nous retrouver. Un des problèmes des pères de l’indépendance du Congo, a été leur limite dans la formation scolaire et aussi la non connaissance de ce qui se passait ailleurs. Mais ils avaient une détermination commune, et une solidarité dans la réclamation de l’indépendance immédiate. Cher MBTT, si vous pensez qu’avant l’action technique pour monter une démocratie congolaise, il faut qu’il y ait une volonté politique et aussi une défense d’une valeur de reconnaissance de dignité humaine de chaque congolais comme un droit fondamental, alors, vous faites une très bonne analyse, mais qui ne voit pas l’origine de notre problème. Le jour où nous atteignons ce niveau, les réflexions techniques qui ont été réalisées par plusieurs étudiants Zaïrois, dans plusieurs universités du monde, apparaîtront et peut-être verrons-nous, je souhaite encore être en vie pour le voir, apparaître une forme de démocratie inédite dans l’histoire de l’humanité. Car, l’imitation d’une forme de démocratie quelconque de l’occident ou de l’orient qui ne serait pas enracinée dans nos mentalités, est une illusion que vous pouvez caresser, et j’aimerais aussi que cela se réalise. Il est inconcevable qu’actuellement certains de nos compatriotes continuent à considérer les pygmées comme des sous humains. Et je vous prends à témoin, vous même. Ce que les uns disent des pygmées d’autres le disent d’autres tribus : « Ngombe alonga te », c’est un dicton triste dans l’Equateur. Je crois que vous n’êtes pas sans savoir toutes les querelles autour du Maréchal entre les officiers supérieurs de l’armée issues de différentes tribus de l’Equateur. Alors, ne regardons pas seulement dans la direction technique, regardons aussi dans la direction humaine. Quelle est la personnalité collective qui se dégage du Congolais actuellement ? Nous débattons pour une cause qui est commune : « le Congo ». Nous avons des perceptions différentes de la question. Il serait mieux que chacun de nous développe ce qu’il pense, et que probablement un jour, de ce choc de ces différentes idées, surgira une solution. Je sais que nous avons un grand problème. C’est que nous lions la question de développement à celle de la démocratie. Ceci est aussi à mon avis, une erreur monumentale. La démocratie occidentale dont nous sommes devenus des hérauts conscients ou inconscients est quelque chose qui se présente comme une tour de babel, c’est-à-dire un piège qui nous entraînerait dans des confusions sans possibilité de nous entendre et d’avoir un compromis pour une solution adéquate à nos problèmes. Si la démocratie était une solution pour nous, les occidentaux ne la brandirait pas pour nous. On a assassiné Kaddafi pour libérer la Libye du dictateur, mais la Libye est abandonné à son triste sort actuellement et personne n’en parle. On a fait la même chose en Iraq, en Afghanistan. Et actuellement, le Congo présente une situation beaucoup plus dramatique, et nous Congolais, nous sommes dans des palabres où nous exposons volontiers ce que nous savons des occidentaux (leurs sciences etc), sans parfois les ouvertures nécessaires aux dires des autres. Alors, démocratie ? Eh comment vivrons-nous cela avec une mentalité que nous avons développé d’être allergique aux observations différentes des pensées que nous développons ? Pour l’instant, le Congo a besoin de la paix, et des projets de développement pour donner à chacun de ses citoyens un niveau de vie digne. Ce n’est pas la démocratie telle que nous sommes en train de l’envisager en ligne. De toutes les façons ceci est encore au niveau pour le mieux du projet, pour le pire de l’illusion. Que Dieu nous vienne en aide.

    1. Cher Elili,

      Merci pour votre intervention. Contrairement à ce que vous écrivez, je ne pense pas « qu’avant l’action technique pour monter une démocratie congolaise, il faut qu’il y ait une volonté politique et aussi une défense d’une valeur de reconnaissance de dignité humaine de chaque congolais comme un droit fondamental ». Ce n’est pas ça mon propos. La volonté politique, nous l’avons toujours eue. C’est bien elle qui a permis que la Conférence Nationale Souveraine lève l’option du système démocratique actuel. Ce faisant, la CNS manifestait reconnaissait la dignité humaine de chaque congolais comme un droit fondamental. Je soutiens plutôt qu’avant de chercher à construire une démocratie effective au Congo, il faut d’abord prendre conscience du fait que le système démocratique actuel ne marche pas non pas parce que ses animateurs sont mauvais mais parce que ce système présente des dysfonctionnements systémiques qu’il convient de corriger. Il ne suffit pas de prendre conscience de ce fait. Encore faut-il savoir comment corriger ces dysfonctionnements. Contrairement à ce que vous affirmez ailleurs, je ne lie pas la question de développement à celle de la démocratie. Mais je reste convaincu que pour un pays potentiellement riche comme le nôtre, une démocratie et une bonne gouvernance effectives permettraient à coup sûr des sauts quantitatifs et qualitatifs au vécu des citoyens. Si pour vous, demander des explications sur la procédure qui mènerait vers le changement de mentalité signifie manquer d’ouverture aux dires des autres, je préfère assumer cela car je ne me vois pas soutenir une démarche inexplicable. Puis-je maintenant vous posez une question? Si pour vous le Congo pour l’instant a besoin de paix et des projets de développement, pensez-vous trouver cela dans un forum bien nommé « Opinion & débat »?

  9. Cher MBTT,
    Je vous dois beaucoup de respect parce que vous donnez l’occasion à chacun de nous de participer à un débat où nous exposons nos idées, sans intention de nuire à la personnalité de l’autre. Vous tenez pour vraie et indiscutable la volonté des participants à la Conférence Nationale Souveraine d’établir une démocratie qui reconnaîtrait les droits fondamentaux à tout congolais. Ceci n’est pas mon point de vue. Dieu merci, je n’ai pas participé à ce forum qui était plus un lieu où les frustrés de la deuxième république se sont réunies, sous le prétexte que vous invoquez, pour régler des comptes au Maréchal. Il est étonnant que vous qui avez un esprit critique et d’ouverture n’ayez pas vu exactement ce qui se passait. A mon humble avis, ce forum a été un lieu de libération de la parole qui avait été jusque là liée par le régime. C’est ainsi que même les criminels comme les anciens rebelles qui avaient semé la désolation dans la région d’Uélé où avait été assassiné la Sœur Anuarite ont eu l’occasion de se défouler contre le Maréchal. En politique, les intentions avouées ne comptent pas surtout quand elles sont contredites par les actions. Vous écrivez : « il faut d’abord prendre conscience du fait que le système démocratique actuel ne marche pas non pas parce que ses animateurs sont mauvais mais parce que ce système présente des dysfonctionnements systémiques qu’il convient de corriger. » Il est surprenant de vous entendre qualifier le système criminel de Kinshasa de démocratique. Le régime de Kinshasa est tout sauf démocratique. Le qualificatif « démocratique » utilisé ici, est sémantiquement et pragmatiquement vide de ce qui mérite d’être qualifié de « démocratique », à savoir « gestion de la chose publique par le peuple », soit directement, soit par délégation, et où les dirigeants doivent garantir l’application de la volonté du peuple et rendre à celui-ci des comptes concernant les mandats leur confiés par le « souverain primaire ». Vous parlez de dysfonctionnement quand le cardinal parle de « mensonge systémique ». Un dysfonctionnement est quelque chose de technique et qui est facile à régler surtout parce que dès qu’il est constaté, la correction se fait par les experts et de façon plus technique. Mais un mensonge est un choix délibéré, et sa finalité est visée. Un dysfonctionnement peut être dû à l’ignorance. Mais un dysfonctionnement voulu par la mauvaise disposition que vous constatez et que je reconnais avec vous n’est pas un résultat d’une ignorance, ou d’une incompétence technique, mais le résultat d’un choix délibéré pour maintenir le peuple dans le dénuement complet afin de lui enlever sa dignité. Vous dites : « Si pour vous, demander des explications sur la procédure qui mènerait vers le changement de mentalité signifie manquer d’ouverture aux dires des autres, je préfère assumer cela car je ne me vois pas soutenir une démarche inexplicable ». Ma réponse est non. Mais quelle est la finalité de cette demande ? Je ne me vois pas soutenir une démarche inexplicable. Personne ne vous demande de soutenir l’inexplicable. Mais n’empêche que vous utilisez des appareils électroniques dont vous ne comprenez pas le fonctionnement. Je reconnais en vous un savant capable de comprendre tout ce que les autres énoncent. Même dans les sciences humaines, il existe des spécialisations diverses et nous ne sommes pas tous capables de comprendre tout ce que les autres disent. Vous avez le mérite de susciter le débat. Et ceci est bien lorsque nous écrivons tous dans un forum dont vous mentionnez bien le titre. Mais reconnaissons aussi que ce n’est pas un lieu où nous pouvons tous, comme vous le faites si bien, nous étendre sur certains sujets de façon exhaustive. Mais quel homme a exposé une pensée de façon exhaustive ? Je n’en connais pas, nos pensées comme nous leurs auteurs, nous ne sommes que des maillons qui continuent une chaîne et nous pensons. Une pensée éternelle n’existe que dans la bouche de ceux qui se limitent à citer, et non sous la plume de ceux qui doivent la secouer pour la continuer. C’est ce qui fait d’ailleurs la richesse des hommes et de leurs pensées. Que Dieu nous vienne en aide.

    1. Cher Elili,

      Si vous relisez nos échanges avec le Dr Sondji, vous conviendrez avec moi que lui, vous et moi avons la même lecture de la Conférence Nationale. S’il est vrai que les conférenciers voulaient en découdre avec le Marechal, il est aussi vrai qu’ils étaient sincères dans leur intention de construire un Etat démocratique, D’ailleurs, la Constitution actuelle qui est une émanation de l’option démocratique levée à la CNS reconnait les droits fondamentaux des Congolais. J’ai bien vu et analysé ce qui se passait à la CNS que je qualifie d’ailleurs de confusion nationale en matière de construction de la démocratie. J’ai rédigé un article sur les dysfonctionnements systémiques, Ce qu’on attend d’un contradicteur, c’est qu’il parte de ce qui a été écrit dans l’article pour démontrer le contraire. Quand on met en place un système politique pour que les dirigeants rendent des comptent au peuple et qu’on s’aperçoit que ces dirigeants mentent de manière systématique et en toute impunité, c’est qu’il y a dysfonctionnement systémique. On doit se demander pourquoi ils bénéficient de l’impunité alors qu’ils mentent et chercher à savoir comment corriger le système pour que les menteurs soient sanctionnés. Dans un débat, quand on pose une question, c’est pour mieux comprendre la pensée de l’autre. Dans le domaine de la gouvernance, toutes les solutions possibles et imaginables sont explicables. Je constate simplement que quand je demande aux défenseurs de la thèse de changement de mentalité d’expliquer comment y parvenir, personne n’est en mesure de répondre. N’est-ce pas la même finalité que vous poursuivez quand vous posez des questions dans ce forum ? Les appareils électroniques que j’utile et dont je ne comprends pas le fonctionnement, ce n’est pas sorcier. Quand je me tourne vers un spécialiste du domaine, je vais comprendre comment cela fonctionne. Quand on défend une thèse, c’est qu’on sait de quoi on parle et on doit être en mesure de l’expliquer. Et quand on ne peut pas fournir des explications, c’est qu’on ne sait pas de quoi on parle. On divague. Je pense que vous avez déjà assisté à une défense de thèse dans votre vie. Doit-on vous faire un dessin pour que vous compreniez quel serait le sort d’une personne qui ne saurait répondre aux questions sur la thèse qu’elle a développée ? Je dois vous avouez que je ne reconnais plus Elili quand il affirme le plus naturellement que nous devons reconnaitre que ce forum n’est pas le lieu où nous pouvons tous nous étendre sur certains sujets de façon exhaustive. On déclare dans ce forum que le changement de mentalité est la solution à notre problème. Mais quand on pose une question pour mieux comprendre cette solution, on nous dit que ce n’est pas ici qu’on doit répondre. Ce sera où alors ? Au ciel ? En réalité, on ne veut pas répondre parce qu’on sait qu’on va raconter de carabistouilles. Je vais en congé pour quelques jours. Pendant mes petits congés, je vis entièrement déconnecté de l’Internet, de la télévision et de la radio. A mon retour, je vais vous expliquez pourquoi nous sommes si désarmés face aux problèmes de gouvernance en dépit de nos grands diplômes. Amitiés !

    2. Cher Monsieur Mayoyo,
      J’allais abonder dans le meme sens que notre frere Roger Murhuza pour demander des articles contradictoires de la part de ceux de nos freres qui defendent la these de changement de mentalite. Mais je me suis rendu compte que c’est de la peine perdue. Mais j’ai une question que je ne veux pas que vous jugiez mal ou voyiez comme une mauvaise intention de ma part. C’est juste une curiosite. Est-ce qu’en dehors de CIC, vous avez deja defendu ou vous continuer a defendre votre vision ailleurs et quelles ont ete et qulles sont les reactions de ceux qui vous lisent ou vous ecoutent? Merci d’avance si vous repondez a ma question comme vous avez la bonne habitude que tout le monde reconnait de repondre aux questions. Pour finir, je pense comme Elili que vous avez le grand merite de suciter des debats sur des questions tres importantes. Et merci a CIC.

  10. Chers Compatriotes,
    Je dois avouer le plaisir que j’éprouve à participer à ce débat. Cher Bien Aimé MBTT, ici je pèse tous les mots que j’utilise à votre endroit. Nous partageons les mêmes points de vue sur la situation générale du pays. J’ai lu le docteur Sondji dont je suivais régulièrement les interventions sur la télévision et surtout, je garde un souvenir remarquable de sa discussion sur le plateau de télévision avec le professeur Kabuya… La différence d’opinion qui est entre vous et moi et qui n’est pas une contradiction de votre point de vue, car je ne nie pas le dysfonctionnement, c’est lorsque vous avouez que la solution au dysfonctionnement est la solution pour le redressement du Congo. C’est là que j’interviens pour vous donner une autre vision. C’est le problème de l’homme congolais en tant qu’homme qui a développé une résistance psychologique vis-à-vis de tout ce qui peut le conduire au redressement lorsque cela lui demande de se remettre en question pour un changement radical de mentalité. J’ai l’impression que vous pensez que le règlement du dysfonctionnement conduirait au changement des mentalités lorsque les Congolais seraient forcés par le fonctionnement normal du système de changer. Ce que vous dites est logique et tient. Mais en ce qui me concerne, la volonté d’une mise en place d’une telle solution avec pour but de mettre sur un même pied d’égalité du point de vue du droit tous les congolais, même les pygmées exige de ceux qui doivent entreprendre une telle action, ait la volonté de le faire. Vous savez cher MBTT, que personnellement, je plains le Maréchal du Zaïre pour une chose. L’homme a avoué par deux fois son incompétence, et chaque fois il a été trahi par les premiers universitaires congolais qui devaient mettre au point le système qui devrait être au service du pays. La première fois avec la commission des secrétaires généraux, je cite les termes de mémoire (!), et la deuxième fois avec beaucoup de bourses universitaires accordées aux Congolais, et Rwandais, Burundais, Angolais, Congolais de Brazzaville qui avaient choisi le Zaïre comme leur patrie. Chaque fois que ces universitaires revenaient avec des titres, on allait jusqu’à organiser des fêtes au niveau du pays pour saluer leurs titres, exploits etc… Qu’Est-ce que ces universitaires ont fait ? Ils ont été incapables même d’organiser les universités dans la gestion prévisionnel des professeurs. Je vous comprends, ceux qui parlent de changement de mentalité n’ont pas pu répondre à vos attentes, peut-être parce que la question leur était posée à pied levé, et qu’ils ont été surpris de voir que leur intuition quant au problème ne suffit pas et qu’il faut tout un travail technique à faire. Pour ce qui me concerne, je pense que le Congolais accepte volontiers un cousin incompétent qu’un autre compétent mais qui n’est pas de chez lui. Les choses sont bien définies : on a la séparation des pouvoirs qui ne fonctionnent pas. Et pour cause. Les juges sont nommés par la présidence, les ministres par la même voie, les députés sont aussi presque tous ou la majorité sous la coupe de la présidence. Pourquoi cela ne fonctionne pas ? Les juges qui ont essayé de faire marcher les choses dans cet environnement ont quitté le pays pour les raisons que vous connaissez. Qu’Est-ce qu’il faut ? Les acteurs qui ont la volonté de faire marcher les institutions qui sont là et bien définies. Que Dieu nous vienne en aide.

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