LD Kabila: dix-neuf ans de mystère!

Qui a tué le président Laurent-Désiré Kabila? Qui a commandité ce crime? Quel en est le mobile? Quid de l’arme du crime? Voilà des questions qui restent sans réponse dix-neuf années après l’annonce de « l’attentat » qui ôta la vie à Mzee Kabila. C’était le 16 janvier 2001.

La journée de ce jeudi 16 janvier 2020 est chômée sur toute l’étendue du territoire national. C’est la commémoration du 19ème  anniversaire de la disparition du président Laurent-Désiré Kabila, « abattu » dans son bureau. Une énigme criminelle non élucidée à ce jour.

Présumé assassin, membre de la garde rapprochée de Mzee, le lieutenant Rachid Mweze Muzele (et non Rachidi Kasereka Mizele, selon Georges Mirindi dans son ouvrage « La mort de LD Kabila: Ne nie pas c’était bien toi », éditions Vérone), sera abattu par le colonel Eddy Kapend, alors aide de camp du chef de l’Etat.

Médecin urgentiste aux cliniques Ngaliema, docteur Armand Kubunga Mutombo était de service ce mardi 16 janvier 2001. C’est lui qui reçut le corps sans vie de LD Kabila. Le « toubib » fut éberlué de constater des impacts de balles. Sauf que le défunt ne baignait pas dans une mare de sang alors qu’il avait l’aorte sectionnée. « Le décès est antérieur aux coups de balles », conclut-il en son for intérieur.

Le médecin sera interpellé quelques heures plus tard par des agents de l’ANR (Agence nationale de renseignements). Ceux-ci ont constaté que « quelque chose » manquait. Par curiosité, Kabunga avait gardé par devers lui le maillot de corps que portait le Mzee. Les « flics » avaient sans doute reçu l’ordre de ne laisser aucune trace derrière eux…

A la surprise générale, dès le lendemain 17 janvier, on apprenait que, par « vote secret », le gouvernement a « désigné » le général-major « Joseph Kabila » – qui était assigné à résidence à Lubumbashi -, en qualité de « coordonnateur » des activités de l’armée et de l’exécutif national.

Le 18 janvier, Dominique Sakombi-Inongo, alors ministre de l’Information, fit une déclaration qui troubla les esprits. Il annonça qu’il n’y aura pas d’enquêtes étant donné que « l’assassin a été tué ». Questions: comment peut-on classer de manière aussi désinvolte un dossier criminel qui touche à la sécurité nationale? Et si l’assassinat de Mzee était, en réalité, un « coup d’Etat de palais » et que les nouveaux maîtres du pays faisaient partie des « putschistes »?

Qui est le successeur de Mzee? Chef d’état-major des forces terrestres au moment des faits, « Joseph Kabila » et « son père » ne s’adressaient plus la parole. En cause, « l’abandon », le 6 décembre 2000, de la localité de Pweto aux forces du mouvement rebelle pro-rwandais du RCD (Rassemblement congolais pour la démocratie). C’est « Joseph » qui dirigeait les opérations. avant de trouver refuge en Zambie.

Le Mzee était furieux. Deux années après la rupture de la « coopération » entre lui et ses anciens mentors ougandais et rwandais, il y avait fait entreposer un important arsenal à Pweto pour stopper la progression des combattants du RCD vers Lubumbashi.

Dès le lendemain de cette débâcle, le général-major « Kabila » est « assigné à résidence » au chef-lieu de la province du Katanga. Selon des sources, c’est Augustin Katumba Mwanke, alors gouverneur de l’ex-Shaba, qui convaincra « Papa Kabila » de ne pas envoyer « son fils » devant un peloton d’exécution « pour trahison ».

Dans son ouvrage cité précédemment, le lieutenant Georges Mirindi avance un fait qui semble constituer le « mobile » du crime. Selon lui, le 28 décembre 2000, le président LD Kabila avait tenu une « causerie morale » devant des officiers réunis au Camp militaire Kimbembe. Le chef de l’Etat avait, à cette occasion, annoncé sa volonté de « purger » l’armée de ses officiers incompétents. Pour cet ancien garde du corps, le Mzee avait signé son « arrêt mort ». La suite est arrivée le 16 janvier 2001.

Dès le mois de février 2001, on a assisté à des rafles dans l’entourage du défunt Président. Curieusement, les responsables des renseignements militaires furent épargnés alors que le présumé tueur était issu des rangs de l’armée. Que dire de « Joseph Kabila » qui assumait les fonctions de chef d’état-major des forces terrestres, une situation qui le range dans les rangs des « suspects »?

Après un long « procès stalinien » tenu la plupart de temps à huis clos, le « verdict » tombera le 7 janvier 2003. Comble du cynisme, le président de la Cour d’ordre militaire, le général Nawele Bakongo dira, tel Ponce Pilate, que « les enquêtes se poursuivent, il y aura d’autres procès Kabila ». Bref, le procès n’a pas fait éclater la vérité.

Dix-neuf ans après la disparition de LD Kabila, nul ne sait non seulement qui a commandité ce crime mais aussi le mobile de celui-ci. Que dire de l’arme du crime qui n’a jamais été retrouvée? Pendant ce temps, plusieurs fils de ce pays sont privés de liberté depuis bientôt deux décennies sans que la justice n’ait pu démontrer la matérialité des faits mis à leur charge.

Dans son allocution d’investiture le 26 janvier 2001, « Joseph Kabila » déclarait ces mots: « Je rassure le peuple congolais qu’une enquête judiciaire est déjà ouverte afin que la lumière soit faite sur les circonstances de l’assassinat de l’illustre disparu ». Dix-sept années après, le successeur de Mzee n’a pas honoré cette promesse solennelle…

 

Baudouin Amba Wetshi