Le « préavis » est signifié. Et maintenant!

Les Kinois ont réservé à Etienne Tshisekedi wa Mulumba un accueil triomphal lors de son retour après deux ans d’absence du pays.

Après l’important meeting organisé, dimanche 31 juillet, au cours duquel le président du « Conseil des sages » a donné, au nom du « Rassemblement », un « préavis de trois mois » au président sortant « Joseph Kabila », l’heure est venue pour les Forces politiques et sociales acquises au changement de quitter leur « petit nuage » pour redescendre sur terre. Il s’agit de répondre à une question fondamentale qui pourrait être formulée comme suit: Conquérir le pouvoir pour quoi faire?

Pour s’affirmer en tant qu’alternative à l’oligarchie au pouvoir, le « Rassemblement » doit faire connaitre ses priorités ou programme commun de gouvernement. Le Rassemblement serait mal inspiré de faire durer le suspens jusqu’au 19 décembre prochain. De même, il serait malvenu de compiler quelques bonnes intentions dans un catalogue.

Le combat que mène le Rassemblement est une cause juste et noble. L’objectif est de faire triompher les principes ayant servi de balises aux rédacteurs de la Loi fondamentale en vigueur au Congo-Kinshasa. On peut citer notamment: assurer l’alternance démocratique, garantir la bonne gouvernance, contrer toute tentative de dérive dictatoriale, instaurer l’Etat de droit.

En promettant des bosses et des plaies à tout ceux qui refusent d’aller au « dialogue made in Kabila » pour permettre au « raïs » de briguer un troisième mandat -, la majorité présidentielle a confirmé que l’on va assister à un duel entre les conservateurs – les réactionnaires? – et les progressistes.

Le pouvoir étant une force au service d’une idée, l’heure est plus que jamais venue pour les forces du progrès réunies au sein du Rassemblement de réfléchir sur l’après-31 juillet.

Cette coalition sur laquelle la grande majorité des Congolais fonde ses espoirs serait mal inspirée de considérer l’exigence du respect de la Constitution et des délais légaux pour l’élection présidentielle comme une fin en soi voire un « programme politique ».

Au risque de lasser tant l’opinion nationale qu’internationale, les Forces politiques et sociales doivent, ici et maintenant, faire connaitre leur vision de la société congolaise de demain en indiquant clairement quelques priorités ou l’ébauche d’un programme commun en conformité avec les attentes de la population.

D’aucuns pourraient objecter qu’en Afrique noire le programme n’a pas d’importance au motif que les électeurs ont la fâcheuse habitude d’accorder leur suffrage aux acteurs politiques qui leur sont proches au plan ethnique, tribal ou régional. C’est vrai. Il reste que dans ce monde moderne, l’exercice du pouvoir d’Etat est avant tout un contrat social. Les parties doivent savoir à quoi ils s’engagent.

Durant la transition 1990-1997, sous le régime Mobutu, un slogan revenait sans cesse dans les milieux de l’opposition radicale: « Mobutu doit partir ». Des observateurs redoutent que les forces politiques et sociales issues du Conclave de Genval retombent dans les mêmes travers qui consistent à ressasser des slogans creux. A preuve, Mobutu est parti mais le système qu’il incarnait a survécu.

Réconcilier les Congolais avec eux-mêmes, doter le Congo-Kinshasa d’une défense forte, lutter contre la pauvreté, promouvoir le progrès économique et social, établir la justice, l’égalité et la solidarité devraient servir de base à un tel programme.

La société congolaise de demain devrait être l’antithèse de celle incarnée par « Joseph Kabila ». Celui-ci a semblé prendre un malicieux plaisir de s’appuyer sur un groupe des Congolais contre d’autres…

 

Baudouin Amba Wetshi