Le « raïs » hors mandat a-t-il la scoumoune?

Le mois de février est un mois horrible. Pas pour tout le monde. Au cours de la première moitié de ce mois de février 2018, le cortège de l’improbable successeur de Mzee Kabila, alias l’homme aux multiples lieux de naissance (Hewa Bora II, Lulenge, Fizi, Mpiki etc.) et plusieurs patronymes (Kanambe, Mtwale, Kabange, Christopher, Hyppolyte etc.) a été impliqué dans plusieurs accidents de circulation.

Selon mon ami qui sait tout sur tout et presque tout sur rien sur les cancans de Kinshasa-Lez-Immondices, le « duel spirituel » que les prêtres catholiques ont promis d’opposer aux balles et gaz lacrymogènes des tueurs à gage du « raïs » hors mandat commence à produire « ses effets ». C’est en tout cas ce qui se raconte dans les milieux des « balobiens » et « balobiennes » de Lipopo ya ba nganga.

D’après mon ami qui sait décidément tout, le « raïs » hors mandat, alias commandant suprême des FARDC, de la police nationale, de la « garde prétorienne » et des mercenaires a regagné Kin-la poubelle ce dimanche 18 février. Il revenait de Zambie que dirige un autre dictateur et soiffard nommé Edgar Lungu.

A Lusaka, le « raïs » hors mandat qui avait dans sa suite notamment plusieurs opposants débauchés (José Makila Sumanda, Jean-Lucien Bussa Togba et Jean-Marie Ingele Ifoto) a eu la frayeur de sa vie lorsqu’une camionnette est venue emboutir la limousine dans laquelle il se trouvait avec le chef de la diplomatie zambienne Joe Malinji. L’accident a eu lieu dimanche 17.

« BALANDI BISO TI AWA »

Friand de l’humour noir, mon ami m’a fait une confidence. « Après le choc entre les deux véhicules, me souffla-t-il dans le creux de l’oreille, un membre de la garde rapprochée du raïs hors mandat s’écria: balandi biso ti awa! ». Traduction: « Ils nous ont suivis jusqu’ici! ». « Ils », c’est qui?, lui ai-je demandé. Réponse: « Ce sont les miliciens Kamuina Nsapu ».

Mon ami qui sait tout sur tout et presque tout sur rien de poursuivre sa confidence: « Le conducteur du camion zambien est un veinard. Si cet incident avait eu lieu à Kin, il aurait été embarqué dans un des véhicules des ‘GR’ pour une destination inconnue ».

A en croire mon ami, le « raïs » vient de totaliser trois accidents en moins de 17 jours. Pour lui, l’homme à la barbe poivre sel à la Jomo Kenyatta, a la « scoumoune ». Voyant mon air interrogatif, il explique: « la scoumoune, la poisse et la malchance sont des synonymes ».

Après cette brève explication, l’ami d’étayer sa thèse en rappelant qu’au cours de ce mois de février 2018, le cortège du « raïs » a été mêlé à trois accrochages. « Le premier, relate-t-il, remonte à la journée de lundi 5 février ». C’était au croisement de l’avenue du 24 novembre – rebaptisée pompeusement avenue de « Libération » – et du boulevard du 30 juin. « Une Jeep du convoi a percuté deux voitures qui se trouvaient en arrêt pour laisser passer les piétons dont des élèves ». Bilan: plusieurs blessés. « Les ‘GR’ ont emporté les blessés », assure l’ami.

Le second accident a eu lieu le mardi 13 février sur la Nationale n°1 aux environs de Songololo dans la province du Kongo Central. Le « raïs » hors mandat revenait de Matadi où il venait d’assister à l’inauguration d’un nouveau système de forage de la société « Perenco » qui siphonne le pétrole des Kongomani. Bilan: cinq « GR » tués.

D’après mon ami qui sait décidément tout, le « raïs » hors mandat considère le Congo-Kin comme un bien appartenant à son clan politique et familial. « Le cortège du raïs roule toujours à tombeau ouvert avec un mépris évident pour les piétons et les automobilistes Kongomani », glisse-t-il. « La répression sanglante des marches pacifiques organisées le 31 décembre 2017 et le 21 janvier 2018 par les ‘laïcs cathos’ a engendré une logique de guerre asymétrique entre les Catholiques et le raïs ».

« DUEL SPIRITUEL »

A en croire l’ami, les « Cathos » auraient décidé d’opposer le « jeûne et prière » aux balles de Kalachnikov et gaz lacrymogènes du « raïs » et non pas les « ndika » chers au leader de l’ex-BDK Ne Muanda Nsemi.

Voyant que je pouffais de rire, l’ami adopta un air sérieux. Il me rappela un passage de l’homélie prononcée par l’abbé Luyeye lors de la messe organisée le vendredi 9 février à la mémoire des victimes des massacres. « Que celui qui a déjà donné l’ordre de tirer sur les manifestants, que celui qui a tiré sur les manifestants sans arme, sache que la balle est dans son propre corps et non dans le corps de celui qui est tombé, la balle est dans sa propre conscience et disons Père pardonne leur car ils ne savent pas ce qu’ils font ».

Pour mon ami, entre le raïs hors mandat et les Cathos, le « duel spirituel » est engagé. Selon lui, le révérend François-David Ekofo l’avait prévenu dans son sermon qui lui a valu de prendre le chemin de l’exil. Ekofo avait cité Esaie 5:20 dont les paroles sonnent comme une malédiction: « Malheur à ceux qui appellent le mal bien et bien mal, Qui change les ténèbres en lumière, et la lumière en ténèbres, Qui changent l’amertume en douceur et la douceur en amertume ».

Doté d’un esprit retors, l’ami de conclure le plus sérieusement que « le raïs a la scoumoune ». « Il est hanté par les fantômes de ses nombreuses victimes dont les corps sont enfouis dans des fosses communes au Kasaï et à Maluku ou jetés dans le fleuve. Chaque pas que le raïs fera désormais, c’est un pas vers la mort… » Irrationnel? L’avenir le dira.

 

Par Robert Yuka ea Djema © Congoindépendant 2003-2018