Le réveil de la magistrature en RDC. Est-ce l’amorce d’un nouveau départ ?

Mwamba Tshibangu
Mwamba Tshibangu

Le procès de 100 jours qui est en cours à Kinshasa a monopolisé l’attention de tous suscitant des commentaires en sens divers. Hautement médiatisé grâce à la diffusion en direct sur les antennes de la RTNC, il a été suivi massivement à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Le point de chute de cet événement aura lieu le jeudi 11 juin courant lors des plaidoiries des parties accusatrices et défenderesses. Après les joutes oratoires, ce qui importera au peuple congolais c’est, manifestement, le verdict qui sera rendu contre les accusés et notamment contre la personne de Vital Kamerhe, directeur du cabinet du chef de l’État.

Ce verdict sera hautement symbolique. Il sera un indicateur majeur de l’indépendance acquise de la magistrature après une longue période d’embastillement. Il canalisera ensuite l’espoir que ce procès a revêtu au sein de la population de voir émerger un autre type de fonctionnement de l’appareil judiciaire. Enfin, il focalisera l’attention du public sur les retombées comportementales, dans le futur, des acteurs politiques, économiques et de tous les citoyens lambda au regard des condamnations qui seront prononcées.

Jamais dans l’histoire du pays, les gens n’avaient vu l’autorité judiciaire s’exercer de manière aussi claire et impérative pour tous. Voir tout ce beau monde répondre aux injonctions du tribunal pour être là d’abord et défiler ensuite, un à un, selon la volonté du juge, revêtu de son pouvoir judiciaire, était une grande première en RDC. Beaucoup de barrières et beaucoup de mythes sont tombées en fracas. La démonstration était faite que personne ne pouvait s’arroger le droit ou le privilège, en vertu de ses fonctions ou du poids de son portefeuille, de se placer au-dessus de la loi.

Les autorités judiciaires étaient implacables dans leur volonté d’exercer avec plénitude le pouvoir de dire la loi. Bien entendu, il n’y avait rien d’intrinsèquement nouveau dans cette pratique, le pays ayant toujours vécu au rythme de procès. La grande différence, avec ce procès, c’est l’atmosphère nouvelle qui était en l’air. Omniprésente. C’est la conjoncture. Une nouvelle. Une autre, il faut le préciser. Si dans le passé les juges ne jouissaient pas de toutes leurs prérogatives pour bien exercer leurs fonctions, cette fois-ci, un esprit nouveau semblait souffler dans le macrocosme congolais. C’est comme si, subitement, ce qui se clamait comme slogan ou du moins comme désir, c’est-à-dire, l’instauration d’un État de droit, s’est soudainement mué en réalité.  Une réalité qui est en train de définir ses contours et de prendre, petit à petit, ses mesures.

Dans ce contexte où l’on devait briser les barricades et vaincre la résistance qui s’oppose à cet élan nouveau, il faut saluer le courage des juges et de ceux et celles qui sont en première ligne. Ils s’exposent en effet aux répercussions des renégats. Ils subissent, directement ou indirectement, le courroux de ceux qui voient leur privilège s’écrouler comme des châteaux de cartes; de ceux qui voient leur système qui leur garantissait la protection et l’impunité s’évaporer comme de l’eau dans une chaudière. Devant le danger qui les guette, ceux qui se croyaient tout permis sont désormais prêts à tout, même à « mettre le feu » s’il le faut. Ils peuvent attiser des situations chaotiques dans tout le pays pour parvenir à leur dessein de ne pas laisser évoluer « la République des juges »; de ne pas permettre à la magistrature d’avoir les mains libres pour poursuivre et sanctionner tout contrevenant à la loi. Des menaces sont réellement proférées à l’égard de plusieurs personnes. Par ailleurs, la République compte déjà une victime illustre immolée sous l’autel de l’instauration de l’État de droit. Hommage au premier juge principal, le regretté. Raphaël Nanyi qui a payé de sa vie pour son intégrité et pour faire vaincre la cause de la République.

Le chemin à parcourir pour parvenir à une justice véritablement indépendante est encore long. Un seul acte moral ne fait pas la vertu, dit-on. Il faudra que toute la république se lève pour soutenir d’abord les magistrats qui sont au front dans ce procès de 100 jours afin que leur exemple et leur loyauté à la République puissent être suivis par tous les autres magistrats dans toutes les juridictions et provinces du pays. Quant à ceux et celles qui avaient commis des infractions ou détourné les deniers publics qu’ils aient le courage de se repentir. Ils ont le choix entre : restituer les biens de l’État ou accepter de subir la rigueur de la loi.

Pour que l’effet de ce procès puisse être durable et marquer le début du changement d’esprits et des mentalités dans la pratique professionnelle des gens et dans leur relation avec les biens de l’État, il faudra que tout le monde ait d’abord la conscience de servir loyalement et avec abnégation le pays. En le faisant, ils créeront les conditions physiques et matérielles pour le remettre rapidement sur la voie du progrès et de la modernisation des infrastructures. Pour réussir ce pari, il faut dépolitiser les esprits. Il faut regarder dans la même direction et agir avec courage et intelligence pour que la R.D.C qui a été jusqu’ici sacrifiée pour des intérêts personnels et égoïstes puisse réellement se lever et amorcer un nouveau départ vers la prospérité.

 

Par Mwamba Tshibangu