Les banques commerciales du Congo/Kin pas assez performantes

Gaston Mutamba Lukusa

Dans son édition du mois d’octobre 2021, Jeune Afrique Magazine a publié le classement des 200 premières banques d’Afrique suivant le total de leur bilan. Dans ce classement, il y a seulement deux banques du Congo/Kinshasa. Il s’agit de la RAWBANK qui  se retrouve à la 103ème position avec un total de bilan de 2.894 millions de dollars et de EQUITY BCDC qui est classée 111ème avec un total de bilan de 2.594 millions de dollars. On se serait attendu à plus ! RAWBANK appartient à des Indo-Pakistanais tandis que EQUITY BCDC est contrôlée par des Kenyans. Le classement est dominé par l’Afrique du Sud, l’Egypte et le Nigéria, les trois plus grandes économies africaines. Les dix premières banques  sont par ordre : 1° Standard Bank Group (Afrique du Sud) avec 172.822 millions de dollars, 2° First Banking Group (Afrique du Sud) avec 131.453 millions, 3° National Bank of Egypt (Egypte) avec 126.860 millions, 4° Standard Bank of South Africa (Afrique du Sud) avec 113.225 millions, 5° Nedbank Group (Afrique du Sud) avec 83.796 millions, 6° Absa Bank (Afrique du Sud), avec 79.135 millions, 7° Banque Misr (Egypte) avec 77.878 millions, 8° Attijariwafa Bank (Maroc) avec 63.071 millions, 9° Banque centrale populaire (Maroc) avec 49.323 millions et 10° Rand Merchant Bank (Afrique du Sud) avec 43.173 millions.

Les difficultés du système bancaire

Vu le poids économique de la RD Congo, d’aucuns auraient voulu voir plusieurs banques commerciales congolaises figurer dans ce classement. Ce qui n’est malheureusement pas le cas. Les banques congolaise ont subi de plein fouet la détérioration économique qui a débuté au cours des années 1980. Cette crise a atteint son paroxysme au cours des années 1990 avec l’hyperinflation et la pénurie des signes monétaires ou de numéraires. A cette époque les opérateurs économiques ont  préféré fuir devant la monnaie nationale. En pratique l’opérateur avait deux idées en tête : se débarrasser au plus vite de la monnaie nationale et conserver au maximum des valeurs refuge. Avec la crise économique que le pays a connue au cours des années 1990, le secteur informel s’est développé. Il n’est autre qu’une réponse à la précarité généralisée à laquelle est confrontée la population. Ce secteur se caractérise surtout par le non-respect de règles formelles (ex. fiscalité) et par une marginalisation par rapport aux institutions en place et notamment les banques. Les entreprises ont fermé les unes après les autres à la suite des pillages et de l’absence du pouvoir d’achat avec comme conséquence un accroissement du chômage. Le pays  a commencé à se caractériser par une insuffisance de ressources en monnaie locale et par une faible couverture bancaire. De façon générale, l’économie devenait démonétisée. Les marchés des capitaux comme ceux des changes se sont contractés et ne fonctionnant presque plus qu’à des fins spéculatives. Le taux de bancarisation est devenu l’un  des plus faibles du monde. Il s’agit du nombre des comptes ouverts auprès des banques commerciales par rapport à la population. Une masse importante d’argent a commencé à circuler en dehors du système bancaire. Le rôle d’intermédiation des banques est devenu quasi inexistant. Les banquiers avaient souvent des coffres vides Dans cet environnement délétère, les banques se sont trouvées confrontées à plusieurs difficultés financières. A partir de l’an 2000, beaucoup d’entre elles sont tombées en faillite alors que d’autres mettaient en place des plans de restructuration. Les signes manifestes de profond déséquilibre furent les suivants : insuffisance des fonds propres, fonds de roulement négatif, pertes d’exploitation cumulées, exclusion de la Chambre de compensation, cessation d’activité, absence de toute perspective de relance. C’est ainsi que 11 banques cessèrent leurs activités :  African Trade Bank (A.T.B.), Banque Continentale au Congo (BANCOC), Banque à la Confiance d’Or (BANCOR) , Compagnie Bancaire de Commerce et de Crédit (COBAC), Banque de Commerce et de Développement (B.C.D.),  FRANSABANK, STANBIC BANK, Union de banques congolaises (UBC), Banque congolaise du Commerce extérieur, Banque de crédit agricole (BCA), Nouvelle banque de Kinshasa (NBK). En 2011, il y eut liquidation de la Banque Congolaise. La confiance de la population dans les  banques s’est à nouveau érodée avec la faillite, en mars 2016, pour cause de mauvaise gestion, de la 3ème banque du pays, à savoir la Banque internationale pour l’Afrique au Congo (BIAC) avec un total bilantaire évalué à USD 579,62 millions. Cette faillite fut suivie en juin 2017 par celle de la FIBANK (First International Bank) dont les activités furent reprises par AFRILAND FIRSTBANK. Le problème qui est récurrent est la mauvaise gestion et l’insuffisance des fonds propres. Le nombre des banques commerciales opérant dans le pays a rarement dépassé 20. De vastes étendues du territoire se retrouvent sans aucune structure bancaire. Le taux de bancarisation est toujours faible. Il est de 6% contre une moyenne de 45% en Afrique subsaharienne. Il y a aussi un  manque de diversité et d’institutions financières sectorielles.

En dépit des réformes dans le secteur bancaire et la liquidation des banques malades, les opérateurs économiques continuent à se méfier des institutions financières à cause des taux d’intérêts et des frais bancaires élevés. A ceci, il faut ajouter la mauvaise qualité des services. C’est le cas par exemple des retraits des fonds aux guichets qui prennent souvent des heures. Les banques justifient les taux d’intérêt élevés par un très mauvais climat des affaires, le manque de fiabilité des registres d’état-civil, l’insécurité juridique et judiciaire, les coupures fréquentes de courant électrique, le prix élevé des connexions internet etc. Ce qui se traduit par des charges d’exploitation onéreuses et une faible rentabilité. Il faut aussi noter que les investissements des banques ne bénéficient pas d’exonérations douanières et fiscales du Code des investissements. A signaler aussi que la plupart des opérations financières s’effectuent en dollars américains et hors circuit bancaire. Tant que cette importante masse monétaire, qui est de l’ordre de  90% de la masse monétaire totale,  continuera à circuler hors circuits bancaires, il sera difficile d’avoir des banques rentables, performantes et liquides. Il reste donc à drainer vers les banques cette masse monétaire qui circule en dehors des circuits officiels. Pour cela, il faut recourir à de nouveaux instruments attractifs. Cela prendra du temps pour restaurer la confiance dans la monnaie nationale et dans les banques. Les perspectives de relance du système bancaire ne peuvent se comprendre que dans une volonté de  restauration du cadre général dans lequel les opérateurs économiques peuvent facilement œuvrer, à savoir un cadre juridique sécurisant, une infrastructure légale fiable et des réglementations applicables. C’est dans la mesure où ce cadre général d’activité est restauré et réhabilité que la confiance peut renaître. Il est aussi temps de songer à accorder des facilités douanières et fiscales aux banques qui procèdent à des investissements afin de soutenir leur développement.

Aucune banque n’appartient à des Congolais

Un bâtiment de la RAWBANK

Avec une population de près de 100 millions d’habitants et une superficie de 2,345 millions de km2, le pays dispose actuellement de 15 banques commerciales seulement, à savoir : Rawbank, Equity BCDC, CITIBANK, SOFIBANQUE, TMB, ACCESS BANK, UBA (United Bank of Africa), ECOBANK, Afriland First Bank, BOA (Bank of Africa), FBNBANK (First Bank of Nigeria Bank), Standard Bank, Advans Banque, BGFI BANK, Byblos Bank. Contrairement à ce qui se passe dans d’autres pays africains où il existe des banques qui appartiennent à des nationaux, aucune banque commerciale n’appartient ici à des Congolais. Elles sont toutes à capitaux étrangers. Nous avons connu dans le passé des banques qui appartenaient à des Congolais, c’est le cas de la Banque de Kinshasa créée par M. Augustin Dokolo Sanu, de la Banque de commerce et de développement fondée par M. Laurent Désiré Kabila, de la BIC conçue par M. Pascal Kinduelo Lumbu ainsi que des banques appartenant à l’Etat telles que la BCA, BCCE, UBC, BCA, NBK. Toutes ces banques n’existent plus. Elles ont toutes été liquidées à la suite d’une mauvaise gestion à l’exception de la BIC (Banque internationale de crédit) qui fut vendue à l’homme d’affaires israélien Dan Gertler quand elle connut des difficultés financières. Celui-ci la revendit quelques mois plus tard à des Nigérians. Elle devint FBNBANK.

Pour créer une banque, il faut se constituer en SARLl et disposer d’un capital minimum de 50 millions de dollars américains (depuis le 31 décembre 2020). Il est difficile de trouver actuellement un homme d’affaires congolais disposant de tels avoirs. Il y eut à l’époque de grands hommes d’affaires tels que Moleka, Dokolo, Litho, Kansebu, Bemba, Makaya Lezi, Kisombe, Kinduelu etc. Nombre d’entre eux  sont disparus aujourd’hui. Leurs biens furent partagés entre une multitude d’héritiers suivant les règles générales de liquidation de la  succession prévues dans le Code de la famille. Des querelles entre héritiers finissent toujours par liquider les entreprises qui furent créées par le défunt.

Comme une banque doit se constituer en société anonyme conformément au droit de l’OHADA (Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires), il faut aussi trouver des associés. Ce qui est un autre exercice difficile au vu de la mentalité congolaise et de la méfiance générée par plusieurs cas d’escroquerie.  Il ne reste donc plus qu’une volonté des pouvoirs publics de promouvoir des banques à capitaux congolais. L’Etat devra encourager les Congolais qui ont créé des sociétés de microfinances à les transformer en banque commerciale. Des fonds pourraient leur être alloués afin de disposer du capital minimum requis de 50 millions de dollars. De même des cadres congolais compétents œuvrant à la direction d’autres banques devront être encouragés à rejoindre les nouvelles entités financières.

Gaston Mutamba Lukusa

2 Commentaires on “Les banques commerciales du Congo/Kin pas assez performantes

  1. Aussi longtemps que l’état congolais n’érigera pas une banque congolaise qui prendra des risques avec des jeunes entrepreneurs à s’engager dans les affaires. Point n’est besoin d’espérer retrouver comme par le passé des capitaines d’industrie comme Dokolo, Bemba, etc… Qui ne sait pas que la Rawbank est un soutien actif pour tous indiens venant faire des affaires en Rdc. Cessons de nous comporter comme des inconscients.

Comments are closed.