Les gesticulations de la police routière

Gaston Mutamba Lukusa

A Kinshasa, le calvaire d’un automobiliste commence du moment qu’il prend la route. Du coup il devient un gibier peureux. Des prédateurs rôdent. Enfer et damnation!

Il y a les conducteurs de taxi motos. Ceux-ci se croient tout permis, invincibles et invulnérables. Il faut faire attention à ne pas les écorcher. Sinon, ton véhicule est brûlé et toi réduit en torche vivante. Parfois, des délinquants parmi eux arrachent les sacs des dames. Sur la route, tu croises d’autres délinquants qui arrachent les perruques des femmes. Aux différents carrefours, il y a des aveugles qui sont censés ne pas te voir mais qui aperçoivent les billets de banque. Il y a enfin les inévitables taxis jaunes dont les chauffeurs ne connaissent pas le code de la route. Ils considèrent la route comme un champs de bataille. Stupeur et tremblements!

Ceci expliquant cela, chacun veut te soutirer en peu de sous. Chacun veut bouffer de l’argent. Tout en haut de la chaîne alimentaire, trône le policier. Un super prédateur! Mon ami qui sait ce qui se passe dans tous les coins et recoins de Kinshasa fut un jour arrêté par des agents de l’ordre… ou du désordre, postés en embuscade à un carrefour. Ils étaient quatre. Deux se mirent devant le véhicule et les deux autres campèrent du côté conducteur. Ils lui demandèrent les papiers du véhicule: permis de conduire, carte rose, assurance etc. A côté de lui, il y avait pourtant un conducteur en infraction car son véhicule n’avait ni rétroviseur, ni feux arrière… Croyez-vous que ce conducteur fût interpellé par les policiers? Nenni! Le péché de mon ami est de rouler dans une voiture en bon état de marche. Cela signifiait qu’il avait des sous. Enfer et damnation!

Tous ses documents étaient en règle au grand ébahissement des policiers. Il leur demanda alors pourquoi ils le retenaient. Ils lui dirent qu’il avait mal négocié le virage. Stupeur et tremblements! Il n’y avait aucun virage à cet endroit. Ils lui dirent de payer 100 dollars sinon ils l’emmènent au commissariat. Devinez la suite. Bref passons.

D’après mon ami qui sait ce qui se passe dans tous les coins et recoins de Kinshasa, ces jours-ci les policiers arrachent les plaques d’immatriculation des véhicules des conducteurs récalcitrants avec une dextérité digne de Houdini. Pour ceux qui ne le savent pas, Harry Houdini est considéré comme le plus grand magicien de tous les temps. Parmi ses exploits, il fit disparaître un éléphant. Comme si cela ne suffisait pas, la police vient de lancer un communiqué de presse selon lequel à partir du 1 février 2021, aucun véhicule sans plaque ne peut plus circuler sur la voie publique. Ainsi donc, un malheur ne vient jamais seul. On dit chez nous que si quelqu’un t’a mordu, il t’a rappelé que tu as des dents.

 

GML

3 Commentaires on “Les gesticulations de la police routière

  1. Ces policiers agissent ainsi parce qu’ils ne sont pas payés depuis des mois. L’ argent qui devait servir pour payer ces pauvres diables va ailleurs. L ‘ union sacrée d’abord !

  2. Un personnel vieillissant pour une bonne partie d’entre eux, recruté « à la congolaise » c-à-d sans critères rigoureux, mal encadré, jamais recyclé, ne maitrisant même pas les rudiments de leur profession!
    Quel est l’article de la loi qui permet aux policiers de roulage de s’introduire dans la voiture d’un conducteur ou d’arracher les plaques d’immatriculation?
    Savent-ils pourquoi ils sont là? Réguler la circulation et guider les conducteurs, ou être à l’affût du moindre prétexte pour rançonner les conducteurs?
    Le spectacle désolant qu’offre cette unité de la Police ne semble émouvoir personne , en tout cas pas les « autorités »! Observent-ils le manège qui se produit au carrefour du Palais du Peuple où les policiers qui y sont postés quémandent systématiquement « de l’eau » au moindre conducteur qui s’y arrête quand la voie est au feu rouge?
    Celui qui parle d’état de droit est loin de s’imaginer l’ampleur et la complexité de la problématique!

  3. Le mal doit être attaqué à sa racine. Ce ne sont là que les conséquences de l’irresponsabilité d’une classe politique unique au monde (pourrie jusqu’à la moëlle).
    Allez-y voir chez nos voisins angolais ou chez les Namibiens, la discipline y est de fer.

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