Les « kabilistes historiques » renâclent à soutenir le « raïs »

A l’occasion de la commémoration du 15ème anniversaire du décès énigmatique du « soldat du peuple », le Mzee Laurent-Désiré Kabila, le secrétaire général du PPRD, Henri Mova Sakanyi, a organisé, le 18 janvier 2016, une réunion secrète du « clan kabiliste ». Un seul point était à l’ordre du jour: soutien au « rais », alias « Papa Roméo », alias « président-raïs ». Des « kabilistes historiques » ne sont pas allés par quatre chemins en disant « niet » tout en accusant le successeur de Mzee d’avoir renié la pensée de son « père ». Les mots « déviation », « trahison » et « ingratitude » revenaient sans cesse au cours de ce colloque très singulier.

Selon mon ami qui sait tout sur tout et presque tout sur rien sur les potins de « Lipopo ya ba Nganga », plusieurs « kabilistes historiques » – du moins ceux qui sont encore en vie – avaient répondu présent. Pas tous. L’ami de citer entre autres: Didier Kazadi Nyembwe (ancien administrateur général de l’ANR), Salomon Banamuhere (ministre de la Décentralisation), Abdoulaye Yerodia Ndombasi (Sénateur), She Léonard Okitundu (Sénateur), José Kajangwa (ancien PDG de la RTNC), Raphaël Ghenda (ancien ministre de l’Information), Didier Mumengi (ancien ministre de l’Information), Babi Mbayi Ngalula (ancien ministre du Plan), Mutombo Tshibal (ancien ministre des Sports).

Mon ami qui aime bien faire durer le suspens, me posa une question: « Devines, qui était le grand absent! ». Je lui ai répondu avec ma candeur habituelle: « Pierre-Victor Mpoyo? ». « Tu étais en hibernation ou quoi, réagit-il avec le ton dédaigneux de celui qui sait tout. Ignores-tu que le vieux Pierre-Victor a trépassé depuis l’année dernière? ». Après avoir murmuré « paix à son âme », l’ami me souffla dans le creux de l’oreille, le patronyme du grand absent: « Il s’agit de l’ancien ministre de la Justice Jeannot Mwenze Kongolo… »

J’ai eu juste le temps de lâcher un « ah bon! » que mon ami, qui sait décidément tout, de commencer à relater l’ambiance qui a régné. Selon lui, Mova a pris la parole en invitant les participants à se rassembler derrière le « raïs ». « Ce régime est le nôtre, aurait lancé l’orateur. C’est Mzee qui a voulu que son fils prenne sa succession. Nous devons soutenir son fils en resserrant les rangs derrière lui en ce moment où le pays traverse une zone de forte turbulence ».

A en croire mon ami, on a rarement vu le très narcissique Mova Sakanyi aussi « bousculé ». Il raconte: « Après le mot introductif de l’ancien diplomate à Bruxelles, plusieurs ‘kabilistes historiques’ ont pris la parole à tour de rôle pour accuser le raïs Joseph Kabila Kabange d’avoir ‘trahi’ les valeurs que défendait son prédécesseur parmi lesquelles l’amour de la patrie, la souveraineté, l’intégrité du territoire et la dignité nationale ». L’ami de préciser que les interventions fusaient surtout du côté des collaborateurs de Mzee abandonnés à leur triste sort.

Mon ami qui a une mémoire d’éléphant de rappeler que l’ex-tout puissant ministre de la Justice Jeannot Mwenze Kongolo avait accusé le « rais », alias « Papa Roméo », en août 2012, de connivence avec les combattants du M23. « Mwenze était allé plus loin en accusant le successeur de Mzee de ‘trahison’ pour avoir fait retirer la plainte déposée contre le Rwanda à la Cour internationale de justice à La Haye ».

A en croire toujours mon ami, l’absence de Jeannot Mwenze a été vivement regrettée. « Jeannot n’a jamais fait mystère de son opposition au troisième mandat que le raïs tente désespérément de briguer », dit-il. « Mwenze ne cesse de dire haut et fort que l’alternance est nécessaire pour permettre au pays de ‘respirer’ et de repartir avec un souffle nouveau », souligne l’ami.

Anti-raïs primaire, mon ami dit avoir recueilli des confidences de quelques déçus du « kabilisme joséphite » particulièrement auprès de ceux poursuivent leur « traversée de la savane ». « Le raïs est un ingrat », aurait confié un de ses interlocuteurs. Un autre d’enchaîner: « Savez-vous que le raïs n’a jamais mis les pieds à Pweto pour s’incliner devant la tombe de l’homme qui fut son plus proche collaborateur en l’occurrence Augustin Katumba Mwanke? C’est un homme sans cœur! »

Selon mon ami, ces confidences ont pris le relief d’un véritable réquisitoire lorsqu’un des « kabilistes historiques » a égrené, avec les larmes aux yeux, les noms de leurs camarades décédés « dans un total dénuement »: Etienne Richard Mbaya, Pierre-Victor Mpoyo, Gaétan Kakudji, Célestin Luanghy, Edi Angulu Mabengi.

Un des kabilistes historiques de fustiger l’initiative de Mova: »Henri Mova n’a pas les qualités d’un idéologue. Il est à la tête d’un parti qui n’existe que sur papier. Il n’est pas question pour nous de soutenir le raïs qui a trahi le Mzee en infiltrant des soldats rwandais dans l’armée congolaise ».

Erudit, mon ami d’inviter le « président-raïs », alias « Papa Roméo » à s’imprégner de la sagesse contenue dans cette citation de Boileau: « Aimez qu’on vous conseille, et non pas qu’on vous loue… »

 

Robert Yuka ea Djema
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