Les populations dites à ‘nationalité douteuse’ au Kivu

Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo
Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo

Les relations entre les ‘autochtones’ et les ‘allochtones’ du Kivu ont déstabilisé plus d’une fois le Congo-Kinshasa. Elles sont à l’origine de la perte de pouvoir par deux présidents congolais: Mobutu Sese Seko et Laurent-Désiré Kabila. Au lendemain de l’indépendance et surtout de la guerre dite de libération de l’AFDL jusqu’à ce jour, le peuple congolais a payé et continue à payer un lourd tribut du fait de ces relations. Certes, bien de rebellions et guerres civiles en Afrique sont téléguidées de l’extérieur. Mais elles reposent toujours sur des conflits réels. Cet article jette une lumière crue sur ces ‘allochtones’ ou populations dites à nationalité douteuse; question de savoir si l’étiquette qu’on leur colle à la peau relève du fantasme ou de la réalité. Comme l’a si bien dit Koffi Olomide, « Kozanga koyeba eza liwa ya ndambo ». Ce qui pourrait être traduit par cet extrait de la Bible de Jérusalem: « Mon peuple périt, faute de connaissance » (Osée 4.6) quand il ne peut vivre sans heurts ni préjugés.

Au Kivu vivent des Hutu et Tutsi, établis avant, pendant et après la colonisation. Avant la création de ce qui deviendra d’abord l’Etat Indépendant du Congo à l’issue de la conférence de Berlin en 1885, puis Congo Belge en 1908 pour finir par accéder à la souveraineté internationale en tant que République du Congo en 1960, des sujets du Mwami rwandais, essentiellement des Hutu, avaient fui leur royaume et s’étaient installés dans ce qui deviendra le Nord-Kivu où ils avaient établi des liens matrimoniaux avec les populations autochtones. Cette émigration a donné naissance à une tribu, celle des Banya Bwisha (les gens de Bwisha), également présents au Sud-ouest de l’Ouganda. « Dans le Bwisha congolais, ceux-ci sont constitués en chefferie autonome depuis 1920, sous l’autorité du Mwami Ndeze de 1920 à sa mort en 1980. Ailleurs au Kivu, ces populations cohabitent avec les Hunde, les Havu, les Shi, les Fulero, etc. depuis des dates diverses ».

Peu avant 1900, des Hutu et des Tutsi vont s’installer dans l’actuel espace Sud-Kivu dont « quelques familles de pasteurs Tutsi, fuyant le Ruanda traversèrent la Ruzizi, pénétrèrent au Congo Belge et se fixèrent en premier lieu à Lemera dans la chefferie des Fulero au Sud-Kivu. Les descendants de ces émigrés gagnèrent la chefferie des Vira et y fondèrent les villages de Galye, Munanira, Kishombwe et Kalonge-Kataka, au-dessus des derniers villages Vira. L’immigration ne donna pas lieu à des réactions hostiles de la part des Vira parce qu’elle se localisa en dehors des terres occupées par ceux-ci ».

Pendant la colonisation, l’émigration des populations du Ruanda-Urundi vers le Kivu revêtit deux formes: l’émigration spontanée et celle des transplantés qui eut lieu surtout à partir des années 30 jusqu’au milieu des années 50. On était transplanté de façon individuelle, à la suite d’un recrutement pour les plantations européennes du Kivu (et les mines du Katanga), ou par familles entières, à la fois pour pallier les famines récurrentes au Ruanda-Urundi et pour décongestionner un territoire relativement surpeuplé.

Au sujet des recrutements pour les mines, « une mission de cinq agents de l’Union Minière du Haut-Katanga recruta des Rwandais de 1926 à 1931, à une époque où des Rwandais quittaient aussi leur pays pour chercher de l’embauche en Uganda ». Quant au glissement de la population, constituée essentiellement de Hutu, il n’avait touché que le Nord-Kivu. « Pendant une première période (1937-1947), le Congo Belge ouvrit à l’émigration des Banyarwanda 37.000 ha de terre fertile dans le Gishari ». Une fois ce territoire saturé, une autre aire d’émigration fut ouverte, « la région des Washali-Mokoto-Mushari-Bwito », cette fois de 1949 à 1953. La Mission d’Immigration des Banyarwanda dirigea les émigrants vers les nouvelles terres. « Cependant, un certain nombre [d’entre eux] se sont infiltrés dans les régions non strictement contrôlées par la Mission, ou ont continué à s’installer dans les régions déjà saturées ».

Avec la décolonisation et les indépendances, le Kivu va s’enrichir de bien d’autres strates de population venues cette fois-ci non plus du Ruanda-Urundi mais de la République du Rwanda. « Entre 1959 et 1964, des vagues de réfugiés tutsi, fuyant les pogroms du Rwanda voisin, s’installent et s’intègrent progressivement dans le Nord et le Sud-Kivu. Sommairement installés dans des camps de réfugiés situés principalement dans les territoires de Masisi, Walikale et Kalehe, ils ne vont pas tarder à s’immerger progressivement dans le pays d’accueil. Cette immersion a été facilitée par le fait qu’en 1967, le gouvernement congolais décida de fermer tous les camps de réfugiés administrés par le HCR », sans pour autant procéder au retour dans la mère-patrie. Car, le pouvoir du président hutu Juvénal Habyarimana leur barrait la route au nom du surpeuplement de son pays. Laquelle route sera ouverte plus tard par la force des armes du mouvement rebelle Front patriotique rwandais (FPR).

A la même époque, Jan Vansina signale la présence d’autres immigrants relativement récents, les Rundi, dans la plaine de la Ruzizi au Sud-Kivu, qui sont culturellement à rattacher aux Rundi (essentiellement Hutu) du Burundi.

A ces immigrés viendront s’ajouter des Tutsi chassés du Rwanda par le pogrom de 1973-74 visant essentiellement les intellectuels, des Hutu fuyant les pogroms du tutsi power au Burundi et enfin les réfugiés économiques et les clandestins, possédant généralement les cartes d’identité de leurs pays d’origine et du pays d’accueil.

La faillite de l’Etat aidant dans le Congo des années Mobutu, tout étranger originaire d’Afrique subsaharienne pouvait s’octroyer la nationalité congolaise. Il suffisait pour ce faire de se procurer une carte d’identité, même dans la rue. Ce que firent des milliers de réfugiés et de clandestins rwandais et burundais au Kivu. Comme des milliers de réfugiés et de clandestins angolais dans le Bas-Congo, au Sud de Bandundu et à Kinshasa. Le drame est que le Kivu est une région surpeuplée, où la densité rurale a toujours été largement supérieure à la moyenne nationale. Déjà en 1955, on dénombrait, pour la région de Rutshuru, Masisi, Kalehe, Kabare, Mwenga, Fizi et Uvira, « une population rurale de 640.000 habitants sur 27.000 km², soit une densité moyenne de 23/km²; la moyenne générale du Congo était de 4,23/km² ». Les problèmes fonciers se posent donc avec beaucoup plus d’acuité au Kivu qu’ailleurs au Congo. Ce qui explique en partie le conflit de nationalité qui a toujours régné dans la province.

Il convient de noter qu’à l’instar du mouvement de retour de nombreux réfugiés angolais au lendemain de l’indépendance de leur pays, c’est par milliers que les réfugiés tutsi qui s’étaient octroyés la nationalité congolaise sont rentrés dans leur mère patrie au lendemain du rétablissement de l’hégémonie tutsi au Rwanda, à la suite de la victoire du FPR en 1994.

Même si l’étiquette de populations d’origine étrangère leur colle également à la peau, il convient de noter que les populations d’expression kinyarwanda de Bwisha au Nord-Kivu et de Minembwe au Sud-Kivu, Hutu et Tutsi confondus, sont des Congolais de souche conformément à la définition de la nationalité congolaise d’origine telle que contenue dans les différentes Constitutions du pays. Car, « est Congolais d’origine toute personne dont un des ascendants est ou a été membre d’une tribu ou d’une partie de tribu établie sur le territoire du Congo avant le 18 octobre 1908 », date du passage de l’Etat Indépendant du Congo, propriété personnelle du Roi Léopold II, au Congo Belge.

« Kozanga koyeba eza liwa ya ndambo » (dixit Koffi Olomide). On pourrait enchaîner que « Koloba sans koyeba, eza liboma ». Le lecteur qui souhaiterait disposer de références bibliographiques de ce qui est écrit dans ces lignes peut les obtenir dans mon ouvrage « La Deuxième Guerre Occidentale contre le Congo. Offensive des médias et dessous des cartes » (Paris, L’Harmattan, 2006, 285 pages). Celui-ci traite entre autres du conflit de nationalité au Kivu (pages 163-166), premier sous-chapitre du quatrième chapitre intitulé « La vague Kabila, une guerre aux multiples agendas ».

Partout au monde, pour rendre l’action publique plus efficace, proche du bien public et de l’intérêt général, et donc plus légitime, les gouvernants n’ont d’autre alternative que d’affirmer le primat de la connaissance sur les affabulations, fantasmes, hallucinations, perceptions et préjugés. Car, seule une bonne connaissance des réalités rend les sociétés plus facilement ou harmonieusement gouvernables et contribue à la résolution pacifique et durable des conflits inhérents à la vie en société et finalement à la bonne gestion de la res publica.

NB: Le prochain article va mettre en lumière la gestion du conflit de nationalité au Kivu, de l’époque coloniale à nos jours.

 

Par Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo

12 thoughts on “Les populations dites à ‘nationalité douteuse’ au Kivu

  1. Bandeko,
    Une mise au point: L’actuel Rwanda dans sa forme geographique et politique n’existe que depuis le 20eme siècle, après des siècles de conflits entre differents royaumes et principautes (principalities). On retrouve deux classes sociales ou groupes ethniques, a savoir les Tutsis et les Hutus, parmi les 20 clans qui le composent. Ils ont tous la meme culture et parlent la meme langue (le Kinyarwanda). Et, encore une fois, l’erreur fondamentale, c’est de considerer les deux classes sociales comme des tribus ou ethnies.
    Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo qui considere les “Banyamulenge” comme “Congolais authentiques” ou “Congolais d’origine” fonde toute son argumentation sur la seule et unique citation du professeur Georges Weis et qui est la suivante: « quelques familles de pasteurs Tutsi, fuyant le Ruanda traversèrent la Ruzizi, pénétrèrent au Congo Belge et se fixèrent en premier lieu à Lemera dans la chefferie des Fulero au Sud-Kivu. Les descendants de ces émigrés gagnèrent la chefferie des Vira et y fondèrent les villages de Galye, Munanira, Kishombwe et Kalonge-Kataka, au-dessus des derniers villages Vira. L’immigration ne donna pas lieu à des réactions hostiles de la part des Vira parce qu’elle se localisa en dehors des terres occupées par ceux-ci ». Et il tente maintenant de rationaliser avec “la Convention du 28 juillet 1951 relative au statut des refugies”! Une tentative ratee!
    Premiere observation: Lorsque le professeur Georges Weis publie son livre en 1959 et ce pres de 8 ans après la convention du 28 juillet 1951 relative au statut des refugies, non seulement il identifie ces “quelques familles de pasteurs Tutsi” comme “des emigres” dans la deuxieme phrase de sa citation mais il apporte aussi une autre precision dans la premiere phrase quant a la circonstance qui accompagnait l’emigration de ces Tutsis vers le Congo Belge en mentionnant notamment “…fuyant le Rwanda…”! S’il faut reconcilier les deux phrases, est-il errone de considerer ces “emigres fuyant le Rwanda” comme “refugies”? Et que dit le dictionnaire francais en ce qui concerne le mot “refugie”? Ne s’agit-il pas d’un nom et adjectif qui se dit “d’une personne qui a du fuir son pays afin d’echapper a un danger (guerre, persecutions, catastrophe naturelle, etc,)”? Et cette notion de “refugie” tiree du dictionnaire francais differe-t-elle en substance de celle de la Convention du 28 juillet 1951 relative au statut des refugies qui la definit comme suit: “une personne qui se trouve hors du pays don’t elle a la nationalite ou dans lequel elle a sa residence habituelle; qui craint avec raison d’etre persecute du fait de son appartenance communautaire, de sa religion, de sa nationalite, de son appartenance a un groupe social ou de ses opinions politiques; et qui ne peut ou ne veut se reclamer de la protection de ce pays ou y retourner en raison de la dite crainte”? Et que dire donc de l’emigration passee en France avec le terme “émigré” apparu vers 1791 “pendant la Revolution francaise”, selon Wikipedia, “pour designer toute personne quittant la France pour des raisons politiques”? Le meme terme ne designe-t-il pas aussi “des “partisans de l’Ancien Regime refugies a l’etranger pendant la Revolution francaise”? Et l’autre adjectif “refugies” n’apporte-t-il donc pas une precision quant au statut de ces “partisans de l’Ancien Regime” a cette époque-la?
    Deuxieme observation: Il s’agit non seulement de l’etymologie mais aussi de la grammaire. Le professeur Georges Weis utilise la preposition “dans” qui signifie “a l’interieur de” pour situer avec precision la location de ces “quelques familles de pasteurs Tutsi” a Lemera qui n’est ni en dehors, ni autour, ni a proximite, ni a cote, ni au dessus, ni en dessous, de la chefferie des Fuleros au Sud-Kivu! Memement pour la chefferie des Vira ou les “descendants de ces emigres y fonderent des villages au dessus des derniers villages vira” car le pronom “y” qui indique le lieu confirme la realite selon laquelle ils[les descendants de ces emigres] n’avaient pas aussi leur propre roi ou Mwami! Ce qui revient a dire que dans la configuration pre-coloniale et que le pouvoir colonial n’a pas pertubee, la chefferie des Fulero et Vira sont des “Etats traditionnels” et non des “Terra nullius” ou “nobody’s land”! Et, en rapport avec la definition en francais facile du mot “emigre” qui, selon Wikipedia, se refere a “celui qui a quitte l’endroit ou il se trouvait pour un autre endroit, un autre Etat, afin de s’y installer durablement”, Le professeur Georges Weis a donc raison d’identifier ces “quelques familles de pasteurs Tutsi” ainsi, c’est a dire, encore une fois, comme “emigres”. Mais le fait de quitter le Rwanda (un Etat “independent” et/ou traditionnel) involontairement – car ils ont fui – fait d’eux des “refugies”! Just common sense!
    Troisieme observation: pretendant d’avoir fait des recherches approfondies pour son papier, Tipo-Tipo demeure incapable – s’il ne fait pas prevue d’une malhonnete intellectuelle – de citer un seul roi ou Mwami qui aurait garanti l’autonomie d’une chefferie pour ces “quelques familles de pasteurs Tutsi” ainsi que leurs descendants, alors que l’auteur J-Francois Depelchin indique clairement dans son ouvrage que “les Tutsis etaient subordonnes aux Bavira, Lega, Bembe, et Fulero”. Et Depelchin d’ajouter qu’a Uvira, ayant tout lien avec le mwami du Rwanda, “leurs chefs etaient en effet des sous-chefs qui etaient des subordonnes du mwami des Fulero”.
    Quatrieme observation: Ignorant ma question la derniere fois, il tente de tromper la vigilance en s’empressant d’ecrire« Dans le Bwisha congolais, ceux-ci sont constitués en chefferie autonome depuis 1920, sous l’autorité du Mwami Ndeze de 1920 à sa mort en 1980. “ Mais qu’est ce qui s’est reellement passe? J’ai toujours fait allusion a des “chefferies atypiques” don’t celles de Bwisha et de Gishari, c’est a dire creees de toutes pieces par le pouvoir colonial. La premiere, situee au sud de Rutshuru et administree par Daniel Ndeze Rugabo II, un Hutu nomme Mwami par les Belges en juin 1919 contre toute pratique ancestrale; il sera investi le 1er janvier 1920. Et la deuxieme, en arrachant une partie de terre des Hundes en 1939. Mais lorsque ces derniers se revoltent en 1957, le pouvoir colonial supprime la chefferie. Et les Hundes recuperent leur terre de Gishari laquelle reintegre finalement la chefferie Hunde dans le Masisi. Voila d’ailleurs toute la pertinence de la date du 18 octobre 1908 retenue a l’article 6 de la Constitution de Luluabourg du 1er aout 1964 et qui definit pour la toute premiere fois la nationalite congolaise basee sur la notion de “tribu”!
    Une parenthese. Mon arriere grand-pere etait Congolais d’origine. Mais l’article 6 de la Constitution de Luluabourg du 1er aout 1964 ne le lui a reconnu que retrospectivement a la date du 30 juin 1960 mais a la date de son entrée en vigueur! “Beta boule”!
    Cinquieme observation: A la question posee par Mayoyo Tipo Tipo qui est celle de savoir “Est-il exact d’affirmer que des pasteurs Tutsi émigrant avant 1885 d’une partie du Rwanda actuel et entrant dans l’actuel espace Congo-Kinshasa allaient trouver refuge dans ce dernier pays alors même que le Rwanda et le Congo-Kinshasa n’existaient pas encore, alors même que les ancêtres du Congo-Kinshasa, c’est-à-dire le Congo Belge, l’Etat Indépendant du Congo ou encore, dans une moindre mesure, l’Association Internationale pour le Congo, n’étaient pas encore nés? La reponse est donnee a la premiere et la deuxieme observation ci-dessus.
    Sixieme observation: Tipo Tipo pose la question suivante: “Peut-on considérer ces Tutsi comme des réfugiés alors que la notion de réfugié est récente et remonte à la fin de la Deuxième Guerre Mondiale?” La notion de “refugie”, comme je l’ai explique ci-dessus, n’est ni recente, ni remonte a la fin de la Deuxieme guerre mondiale, encore moins avec la Convention du 28 juillet 1951 relative au statut des refugies! Loin s’en faut! Cette convention ainsi que le protocole de 1967 n’ont fait qu’etablir une regle et une exigence pour les pays membres de reconnaitre les droits des refugies! S’il y a eu une deuxieme guerre mondiale, c’est qu’il y a d’abord eu une premiere guerre mondiale! Et avant cela, plusieurs guerres ou conflits, persecutions, catastrophe naturelle, etc. qui ont pousse les etres humains ou les citoyens du monde a trouver refuge en dehors des frontieres qui limitent leur Etat, pays, patrie, nation ou territoire d’une nation! Il suffit de lire la Bible, en reference aux “Six villes” ainsi que les instructions donnees aux Israelites par l’Eternel Dieu!
    Salut! Tala ku tseki, tala ku mamba!

    1. Cher chryso45,
      Votre première observation :
      Le mouvement dont il est question ici a lieu peu avant 1900. A cette époque, le Congo Belge n’existe pas de même que la République du Rwanda. Quand George Weis écrit que ces migrants ont fui le Rwanda, il faut comprendre qu’ils ont fui l’espace qui deviendra plus tard le Rwanda. Quand il écrit qu’ils sont entrés au Congo Belge, il faut comprendre qu’ils sont entrés dans l’espace qui deviendra plus tard le Congo Belge. Il s’agit donc d’un mouvement migratoire comme il en existait des milliers à travers l’Afrique traditionnelle. Ces migrants ne sont pas des réfugiés au Congo-Kinshasa parce que la notion de refugié date de la Deuxième Guerre Mondiale et ils étaient au Congo-Kinshasa avant que ce pays n’existe.
      Votre deuxième observation :
      Oui, les chefferies des Fulero et des Vira étaient des Etats traditionnels. Mais les Etats traditionnelles n’avaient pas des frontières tracées. Les frontières se limitaient aux communautés qui reconnaissaient l’autorité de ces Etats. Relisez l’extrait que Nono a soumis à la lecture de tous : « Les territoires de Mwenga, Fizi et Uvira se les rejetèrent longtemps, les refoulant dès qu’ils manifestaient l’intention de se fixer en un point ; en 1950 seulement, on leur permit, en même temps qu’à une population hétérogène de Congolais, d’installer des villages fixes dans les dépressions de la Bijombo et de la Musondja ». Cela signifie qu’ailleurs, les Tutsi étaient repoussés mais dans les hauts plateaux de l’Itombwe, ils s’étaient installés sans heurts parce que les terres qu’ils venaient d’occuper n’étaient revendiquées par aucune tribu. Des terres où il n’y avait âme qui vive, cela existait et continue d’exister au Congo-Kinshasa et ailleurs en Afrique. Si les hauts plateaux de l’Itombwe n’intéressaient pas les tribus vivant dans les dépressions, ce n’est pas à vous de venir déclarer ici que cela faisait partie de leurs chefferies.
      Votre troisième observation :
      Il n’y a pas que J-François Depelchin qui indique qu’ailleurs qu’aux hauts plateaux de l’Itombwe, « les Tutsi étaient subordonnés aux Bavira, Lega, Bembe, et Fulero”. Même alors, du moment que leur présence dans la zone précède l’année 1908, année de référence pour la définition de la nationalité congolaise d’origine qui trouve grâce à vos yeux, ils sont des Congolais d’origine.
      Votre quatrième observation :
      Qu’une chefferie soit typique ou atypique, cela ne change rien du moment que ses populations répondent au critère définissant la nationalité congolaise d’origine, celui-là même que vous préférez. Ne parlez-vous pas de « la pertinence de la date du 18 octobre 1908 retenue à l’article 6 de la Constitution de Luluabourg du 1er aout 1964 et qui définit pour la toute première fois la nationalité congolaise basée sur la notion de “tribu” » ?
      Votre cinquième observation :
      Je constate que vous ne faites toujours aucune différence entre le Royaume du Rwanda et la République du Rwanda de même que vous ne faites aucune différence entre le Royaume Kongo et la République du Congo-Kinshasa ou celle du Congo-Brazzaville. Tant qu’on y est, pourquoi ne réclamez-vous pas les terres et les populations du Royaume Kongo passées à l’Angola ou au Congo-Brazzaville ? Pourquoi ne réclamez-vous pas les terres et les populations du Rwanda actuel que le Congo Belge a perdues en ramenant la frontière de 1885, située alors à l’intérieur du Rwanda actuel en 1885 au tracé actuel depuis 1910 ?
      Votre sixième observation :
      Les Tutsi congolais aspiraient à vivre sans heurts avec leurs compatriotes. Mais des hallucinés de votre tempe ne l’entendaient pas ainsi. Excités par un processus de démocratisation mal conçu, ils les ont traités de réfugiés rwandais qu’il fallait refouler au Rwanda, ce que vous allez lire dans mon prochain article. Appuyés par leurs frères ethniques du Rwanda, les Tutsi congolais ont défendu leur droit inaliénable a la nationalité congolaise. Depuis lors, le Congo-Kinshasa, ce géant aux pieds d’argile, vit sous la domination de l’hégémonie tutsi restaurée au Rwanda. Et les hallucinés congolais authentiques n’ont que leurs yeux pour pleurer. Continuez à tenir vos discours totalement délirants et vous verrez prochainement le Minembwe s’échapper du Congo-Kinshasa. Une chose est certaine, il sera impossible de refouler les Tutsi et Hutu congolais du Congo-Kinshasa. N’en déplaise à vos perceptions, fantasmes et hallucinations, ils sont aussi Congolais que vous et moi. Ce n’est pas moi qui le dis. C’est la définition du Congolais d’origine que vous défendez tout en excluant des hommes et femmes que cette même définition considère pourtant comme des Congolais d’origine.

  2. Cher Mayoyo,
    Honnêtement je ne trouve rien à dire de suite sur votre analyse, je me répéterais mais en même temps j’aurais voulu insister sur deux trois points essentiels qui ne semblent pas avoir retenu votre attention, à tort selon moi. J’y reviendrai sans doute mais en attendant je vous convie, vous et tous les les braves habitués du CI, à une lecture très éclairante sur le sujet qui nous concerne. C’est Ndaywell qui l’autre jour (9 mars 2020) au Sénat français lors du Colloque sur l’Afrique des Grands Lacs a balayé en 10 pages notre histoire tendue face à certaines population de l’Est et a nos voisins. Il a nommé sans scrupule d’où viennent nos maux et réclame pour le Congo la fin du rôle injuste et douloureux de bouc-émissaire qu’on lui assigne. Voici son Mémoire, lisez-le, il vaut la peine d’être lu car les paroles respirent plus que jamais la vérité d’une science :
    ###[« Colloque sur «l’Afrique des Grands Lacs, soixante ans de tragiques instabilités» – Palais de Luxembourg (9 mars 2020) – Paris
    LES CONFLITS DES GRANDS LACS SUR LE TERRITOIRE CONGOLAIS : LE CALVAIRE DU BOUC-EMISSAIRE DOIT AVOIR UNE FIN – Isidore NDAYWEL, Historien congolais »
    = http://www.echosdafrique.com/wp-content/uploads/2020/03/Congo-s%C3%A9nat-Paris.pdf
    Je remercie les organisateurs du colloque de m’avoir associé à cette réflexion. Toutefois, ma contribution ne portera que sur les faits congolais. Commençons par préciser que ce concept de Grands Lacs ne va pas de soi. Le Congo/Kinshasa n’est pas exclusivement un pays des Grands Lacs, bien qu’il soit baigné par l’ensemble des lacs du graben depuis le lac Albert jusqu’au lac Moëro en passant par les lacs Kivu, Edouard et Tanganyika,ce qui n’est pas le cas d’aucun autre pays de la région.
    #ENTRE L’AFRIQUE CENTRALE ET LES GRANDS LACS
    #Les Congolais, préfèrent se réclamer de l’Afrique centrale, concept géographique plus englobant, puisque, en plus des Grands Lacs, le pays est entouré de bien d’autres voisins (l’Angola, la Zambie, la Tanzanie, le Soudan du Sud, la Centrafrique et le Congo/Brazzaville).
    Pourtant, pourra-t-on objecter, c’est le Zaïre de Mobutu qui avait été, en son temps, l’initiateur de la création en 1976 de la Communauté économique des Pays des Grands Lacs(CEPGL) pour prôner l’intégration Economique de l’ancienne Afrique belge. Cette initiative n’avait été prise qu’après la tentative avortée de créer une Union des Etats d’Afrique Centrale(UEAC), en 1968, avec la Centrafrique de Jean-Bedel Bokassa et le Tchadde François Tombalbaye (1); une Union qui avait l’ambition d’opérer le regroupement de l’ancienne AEF (Afrique Equatoriale française) avec l’ancien Congo belge-Rwanda-Burundi.
    Le peu d’empressement du Congo à s’identifier comme membre de la région des Grands Lacs tient surtout à l’amalgame qui tend à l’impliquer dans le bourbier des conflits internes au Rwanda et/ou au Burundi; de là, à le faire passer pour un acteur majeur de cet imbroglio, il n’y a qu’un pas trop vite, trop souvent et tropfacilement franchi. On l’oublie trop souvent. Les Congolais constituent un peuple façonné par une grande diversité des cultures « classiques » du continent, telles qu’inventoriées par l’ethnologie coloniale. (2) Une diversité complétée par le concours de la main-d’œuvre recrutée par le pouvoir colonial depuis la période léopoldienne, provenant de toutes les Afriques : de l’ouest, de l’est, du sud, en plus des voisins immédiats, particulièrement, angolais, congolais (Brazzaville), rhodésiens (zambiens) et bien entendu, rwando-burundais. Ils possèdent donc une longue tradition d’accueil et d’intégration des nouveaux-venus, y compris des réfugiés de l’ère postcoloniale.
    (1) Pour plus d’information sur la politique régionale de Mobutu, voir Ndaywel è Nziem, I., Histoire générale du Congo, de l’héritage ancien à la République Démocratique, Bruxelles-Kinshasa, Duculot-Afrique éditions, 1998, pp. 696-705.
    (2) Vansina, J., Introduction à l’ethnographie congolaise, Kinshasa, éditions universitaires, 1965.
    Sur le dossier des « Grands Lacs », rappelons d’abord les fondamentaux! Le Kivu est la portée d’entrée congolaise dans l’univers des pays des Grands Lacs. Cette partie orientale de l’Afrique Centrale est une région singulière par sa géographie, son histoire et l’aménagement de ses espaces (3). Dans cette région de la plus forte densité du continent, que certains géographes qualifient de « bombe démographique » (4), le Kivu constitue la partie la moins peuplée. Mais, paradoxalement, sur le territoire congolais, cette province, née en 1933 en détachement de la grande province orientale et éclatée en 1984 en trois provinces autonomes (le nord-Kivu, le sud-Kivu et le Maniema) constitue la région la plus saturée sur le plan démographique. En 2010, la densité du Nord-Kivu(5) était évalué à 103 ha au km2, celle du Sud-Kivu(6) à 79,2 contre 6,5 au Bandundu, 5,2 en province orientale, 4,7 à l’Equateur et 3,4 au Katanga(7). Pourtant, depuis les temps anciens, il s’est toujours opéré de part et d’autre du graben, une sorte d’équilibrage démographique interne, par un mouvement de déplacement des populations, d’Est à l’Ouest. Pour preuve, la plupart des groupes ethniques du Nord-Kivu, les Tembo, Nyanga et Nande entre autres, rapportent dans leurs traditions d’origine d’être venus de l’Ouganda actuel et qu’ils auraient traversé ou contourné le lac pour s’installer dans leur habitat actuel.
    (3) Chrétien, J.P., L’Afrique des Grands Lacs: deux mille ans d’histoire, Paris, Aubier, 2000.
    (4) Pourtier, R., «La guerre au Kivu: un conflit multidimensionnel», Afrique Contemporaine, 180; octobre-novembre 1996, pp. 15-38.
    (5) Le nord-Kivu est composé des territoires ci-après: Beni, Lubero, Walikale, Rutshuru, Masisi, Goma.
    (6)Le sud-Kivu a pour territoires, Fizi, Mwenga, Uvira, Shabunda, Kahele, Kabare, Walungu.
    (7 ) Cf de Saint Moulin, L., Atlas du jubilé d’or de la RD Congo,Kinshasa, 2011, p. 23.
    #C’est à la fin du XIXè siècle, que ce mouvement connut sa première accélération, à cause de l’absolutisme du règne du mwami Kigeri IV Rwabugiri et des dissensions graves qui éclatèrent après sa disparition.A la saturation d’origine historique s’ajouta celle d’origine coloniale. Les Belges, ayant reçu en mandat de la Société des Nations les anciennes colonies allemandes du Rwanda et de l’Urundi, ils les ont utilisées abondamment comme réservoirs de la main-d’œuvre pour les plantations de caféier et théier au Kivu et pour les travaux des mines du Katanga. De 1937 à 1945, le Comité national du Kivu(CNKI), regroupement des colons installés dans cette région agro-pastorale, avait mis en place une politique de transplantation et de sédentarisation de ces immigrés pour les mettre à l’abri des famines périodiques enregistrées au Rwanda. D’où la création de deux structures successives de recrutement : la MOR (Main-d’œuvre rwandaise) et la MIB (Mission d’Immigration des Banyarwanda), alors que, sur la même période, la réduction des espaces disponibles ne cessait de s’accentuer par la création du parc Albert(Virunga) créé en 1925 et qui connut des extensions en 1929 puis en 1935, avant d’être rejoint plus tard par un autre parc, celui de Kahuzi-Biega.Toutefois, jusqu’à la fin de la période coloniale, malgré les vagues migratoires signalées, un certain équilibre était respecté. En témoignent les péripéties de l’histoire de la décolonisation.La Belgique, acculée à gérer les urgences d’une décolonisation accélérée, n’avait jugé pas utile d’aligner la question des immigrés rwando-burundais dans ses priorités. La seule disposition y relative fut le décret colonial du 23 mars 1960 qui autorisa «les ressortissants du Rwanda-Urundi résidant au Congo depuis 10 ans d’être électeurs, sans être éligibles.
    […]
    LE CONGO ET LE RWANDA-BURUNDI : LE FACE A FACE
    #Sur terrain, une crise de type nouveau commença à paraître, à l’ère de la décolonisation, par l’accélération des flux migratoires rwandais et, accessoirement burundais, et par la position dominante que les immigrants se mirent à revendiquer. Au Rwanda, le point de départ avait été les événements de la Toussaint 1959 qui avaient abouti à l’abolition de la féodalité et à l’élimination de la royauté. Le Parmehutu de Grégoire Kayibanda, le futur président de la république, à la base de ces « révolutions », inaugura de la sorte l’exil massif des Tutsi vers le Congo, l’Ouganda et le Burundi. Les contre-attaques que ces derniers organisèrent en 1961 puis en 1963 mais qui échouèrent, ne réussirent qu’à accentuer ce mouvement d’exil vers le Congo mais aussi vers le Burundi et l’Ouganda. La défenestration de Kayibanda par Juvénal Habyarimana en 1968 n’apporta qu’un changement dans la continuité du mouvement d’exil des Tutsi. Au Congo, cette diaspora rwandaise fut intégrée; certains de ses ressortissants occupèrent de hauts postes dans les structures hiérarchiques de l’Etat. Tel fut le cas de Barthélémy Bisengimana, le tout-puissant directeur de cabinet de Mobutu, qui joua, entre mai 1969 et février 1977, pratiquement le rôle de Vice-Président de la République. Il instaura un régime de faveur à l’égard des Rwandophones. Non seulement, il fit passer une loi accordant la nationalité zaïroise à tous les ressortissants rwandais qui habitaient le Congo depuis le 30 juin 1960 (10), mais il nomma ou désigna plusieurs d’entre eux à la tête des entreprises d’Etat dans le cadre de la politique de la zaïrianisation. Du coup, auNord-Kivu, les territoires de Masisi et de Rutshuru changèrent de « propriétaires », puisque les immigrés y étaient plus nombreux que les autochtones. Au Sud-Kivu, cette région congolaise accueillit une forte diaspora hutu, provenant du Burundi, chassée par le régime du colonel Michel Micombero, spécialement à la suite de la tentative du coup d’Etat avorté des hutus de1969 qui aboutit à des exécutions massives de cette catégorie de la population. Leur contre-attaque de 1972, pour venger les victimes de 1969 par l’élimination sauvage des élites Tutsi, tourna à de véritables carnages. A leur tour, ces Hutu réussirent à faire déclencher contre eux-mêmes de véritables massacres. Ces exterminations réciproques de 1969/1972, inscrites dans la mémoire collective burundaise, firent des milliers de victimes(11). Elles furent suivies naturellement de l’essaimage des réfugiés dans les pays limitrophes, notamment au Zaïre de Mobutu. Mais, dans la suite, au fur et à mesure que le régime de Mobutu s’affaiblissait, les revendications des communautés autochtones du Kivu devinrent plus audibles.Elles finirent par aboutir à l’abolition de la généreuse loi sur la nationalité lors des travaux de la Conférence Nationale Souveraine. L’histoire de la région connut un véritable tournant au début des années 90.
    (10) Ordonnance-loi n°71-002 DU 28 mars 1971. Article unique: « Les personnes originaires du Rwanda-Urundi établies au Congo à la date du 30 juin 1960 sont réputées avoir la nationalité zaïroise à la date susdite ».
    (11) Chrétien, J.P. et Dupaquier, J.F., Burundi 1972 au bord des génocides, Paris, Karthala, 2007
    […]
    L’histoire connut une accélération brusque et brutale en1994, à la suite du bombardement, le 6 avril, de l’avion présidentiel du Rwanda, provoquant la mort des présidents du Rwanda, Juvénal Habyarimana et du Burundi, Cyprien Ntaryamira. Le génocide qui fut déclenché engendra une guerre ouverte et la victoire du pouvoir du FPR au mois de juillet par la prise de la capitale de Kigali et celle de la ville frontalière de Gisenyi.
    Ce changement créa au Congo-Zaïre deux situations inattendues. D’abord, nombre de Rwandophones congolais, qui ne juraient pourtant que par leur « congolité », émigrèrent au Rwanda, occupant de hautes responsabilités dans les structuresdu pays. Cette situation finit par convaincre les Congolais sur la quasi impossibilité d’intégration réelle des Rwandophones au Congo par leur sens de solidarité, toujours agissante, avec les autres Rwandophones du Rwanda. Ensuite, ces réfugiés des années 60, furent remplacés par d’autres, les réfugiés des années 90, dans des conditions que l’on connaît. Leur poursuite sur le territoire congolais, pour être définitivement anéantis, se réalisa sous le parapluie de la guerre de libération de Laurent-Désiré Kabila. La guerre rwando-rwandaise s’est donc poursuivie dans les camps des réfugiés, avant de s’étendre dans les forêts congolaises jusqu’à atteindre le Congo/Brazzaville. Après la brouille de la coalition victorieuse rwando-ougandaise avec leur partenaire congolais, Laurent-DésiréKabila devenuChef de l’Etat, le 17 mai 1997, cette coalition attaqua les forces congolaises et initia des rébellions internes. Ce nouveau cycle de guerre et son cortège de rébellions qui provoqua une sorte de guerre généralisée, la guerre mondiale africaine, par l’intervention du Zimbabwe, de la Namibie du Tchad et de l’Angola aux côtés des forces congolaises, fut à la base de plusieurs crimes. Il s’est agi notamment dumassacre des militaires congolais désarmés à Kavumu(Bukavu) et de l’organisation d’une opération aéroportée pour prendre à revers Kinshasa, à partir du Bas-Congo, en procédant à la coupure d’électricité d’Inga alimentant la ville et les usines du Bas-Congo, sans parler des catastrophes environnementales et sanitaires, comme la destruction de la faune du parc de Virunga, la multiplication des viols crapuleux et l’utilisation des corps féminins comme terrains de guerre, en plus de l’inféodation de la gouvernance du Congo à des oligarchies rwandaises.
    #UN BOUC-EMISSAIRE NOMME LA RDC
    #Cette sorte de guerre de trente ans, qui déchire l’Est du Congo depuis un peu plus de deux décennies, sert en réalité d’alibi au pillage des ressources naturelles du sol et du sous-sol, une partie du revenu de ce pillage servant à financer la guerre, si indispensable pour assurer le maintien de ces activités maffieuses. Ce cercle vicieux repose sur la tradition de faire du Congo, à cause de sa massivité spatiale,de son gigantisme et de ses richesses naturelles multiples et multiformes le bouc-émissaire de tous les fléaux qui déchirent cette région. A titre d’illustrations, évoquons ici quatre principales « accusations » gratuites, quatre erreurs d’analyse, parmi tant d’autres,qui constituent les contre-vérités mises au compte de ce pays et de ses habitants.
    Première contre-vérité : les Congolais seraient complices des génocidaires hutu. Cette fausse affirmation a pour origine l’accueil des milliers de réfugiés de 1994, parmi lesquels, précise-t-on, il y avait aussi des miliciens Interhamwe et des troupes en débandade des FAR (Forces armées rwandaises) de Juvénal Habyarimana. Pourtant, l’épisode historique de la gestion de ces camps de réfugiés est connu. On sait que le gouvernement congolais du Premier ministre Kengo wa Dondo avait décidé à l’époque du rapatriement immédiat de tous les réfugiés. Mais le HCR s’y opposa fermement; des pressions furent exercées auprès du maréchal Mobutu pour qu’il contraigne le gouvernement à ne pas mettre à exécution sa décision qui aurait empêché le débordement de ces hostilités sur le territoire congolais.Il va sans dire, par ailleurs, que cette démarche ne relevait évidemment d’aucune prise de position identitaire, pour privilégier les Hutu au détriment des Tutsi. Pour preuve, à la suite des événements de la Toussaint rwandaise en 1959 ayant provoqué l’abolition de la royauté au Rwanda, ce furent les Tutsi rwandais qui furent accueillis massivement au Congo.
    […]
    Deuxième contre-vérité : les Congolais seraient racistes : ils « rejettent » les Banyamulenge parce qu’ils sont des Tutsi. En fait, « l’affaire banyamulenge»est celle-là même qui a servi de prétexte en 1996 à la guerre du Rwanda au Congo. La confusion qui règne autour de ce terme traduit simplement le désarroi des Congolais face à une situation devenue explosive autour des enjeux fonciers et des pressions démographiques multiformes et incontrôlables d’origine rwandaise qui n’hésitent plus à recourir à la violence pour aboutir à leurs fins. Le terme banyamulenge a surgi vers le début des années 70(13). Les immigrants rwandophones des plateaux de l’Itombwe (près de Mulenge ou Murenge) dans le sud-Kivu l’ont mis en honneur pour faire prévaloir leur antériorité sur le territoire congolais, afin de se différencier des vagues migratoires qui ont suivi, particulièrement à l’âge postcolonial. Les enquêtes menées par l’historienne américaine, Catarina Newbury, avaient confirmé effectivement l’arrivée d’un groupe des Banyarwanda, venus s’installer dans cette région, pour se mettre à l’abri des violences du règne de Rwabugiri. Mais, jusqu’aux années 70, reconnaît un des principaux leaders du groupe, Manassé (Müller) Ruhimbika, leur dénomination était celle de « banyarwanda »(14). L’option qu’ils avaient prise de se différencier des autres immigrants n’était pas nécessairement de pure façade. L’on a vu, par exemple, un officier de cette contrée, le commandant Masunzu, qui en un premier temps avait combattu dans les rangs du FPR de Paul Kagamé, puis dans ceux de l’AFDL et du RCD-Goma, faire volte-face en un second temps, pour s’opposer à l’emprise du Rwanda et à la présence envahissante de ses troupes au Congo(15). Il n’empêche que le résultat auquel a abouti de nos jours l’initiative de différencier ce petit groupe des Banyarwanda des autres immigrants rwandais est plus que décevant. Au lieu de désigner exclusivement les habitants de l’Itombwe au Sud-Kivu, ce terme s’est généralisé pour désigner tous les Rwandophones se trouvant sur le territoire congolais, y compris ceux du nord-Kivu. Banyamulenge, de nos jours,ne serait plus qu’une manière de désigner les « Rwandais » résidant au Congo.
    (12) Willame, J.C., Banyarwanda et Banyamulenge : violences ethniques et gestion de l’identitaire au Kivu, Bruxelles-Paris, Institut Africain-l’Harmattan, 1997, p. 46
    (13) Jacques Depelchin affirme que le nom aurait été donné par des Banyarwanda pour qualifier ceux des leurs qui s’étaient dirigés vers Murenge (Depelchin, J., From Capitalism to Imperialism: A History of Social and economical formations in Eastern ZaIre, Thèse de doctorat, Stanford University, 1974, pp. 66-70). Ce qui n’est pas confirmé par les données congolaises.14Ruhimbika M., Les Banyamulenge(Congo-Zaïre) entre deux guerres, Paris, l’Harmattan, 2001, p. 21.
    (15) de Villers G., RDC: De la guerre aux élections: l’ascension de Joseph Kabila et la naissance de la Troisième République (janvier 2001-août 2998),Tervuren-Paris, MRAC-l’Harmattan, 2009, pp. 145-146.
    La confusion était donc inévitable, puisque les immigrés plus récents n’ont jamais osé s’afficher, eux aussi,comme «étrangers». Car, se déclarer «réfugiés rwandais» et solliciter une hypothétique naturalisation, comme l’exige la loi, c’était justement faire aveu de ses origines externes et se priver d’un certain nombre de privilèges, notamment ceux de faire de la politique. Or, c’est précisément pour des raisons de compétition politique et foncière que la vie au Kivu, de plus en plus à l’étroit, est devenu intenable. Sans relever de la mauvaise foi, cette situation difficile, confuse et complexe est un grand défi qui ne pourra réellement se résoudre dans la durée que si les ressortissants des deux pays concernés sortent du climat de violence et de ressentiment qui règnent encore entre eux(16). Dans le contexte actuel d’hostilité larvée, le concept de banyamulenge et ceux qui s’en réclament,fonctionnent comme une sorte de cheval de Troie permanent dans la citadelle congolaise, pour justifier, pour des raisons de stratégie, toutes sortes d’infiltration rwandaise dans les affaires congolaises, y compris dans les secrets de défense et de sécurité. On comprend que la méfiance soit de règle, côté congolais.
    #Troisième contre-vérité: le Congo est à la base de la réduction de l’espace du Rwanda.Il existe un mythe du grand Rwanda qui s’est développé dans la région et qui, depuis la fin des années 90, nourrit un imaginaire susceptible de pérenniser le climat de violence existant. A partir de la manipulation des mythes anciens, on prétend qu’il aurait existé naguère un «grand Rwanda qui englobait les espaces actuels du nord et du sud-Kivu; que ce grand Rwanda aurait été combattu puis réduit à des portions congrues lors des conquêtes coloniales.
    […]
    Quatrième contre-vérité : les guerres et les pillages de l’Est du Congo seraient la résultante des conflits intercongolais et de la gouvernance de ce pays. De manière incontestable, ces guerres et pillages tirent leur source d’abord et avant tout du transfert de la guerre rwando-rwandaise sur les rives occidentales des Grands lacs. L’exigence de poursuite des « vaincus » par les « vainqueurs », sur le territoire congolais, fut à la base de la nécessité d’une « couverture » congolaise. On connaît à présent en détail les étapes de cette histoire : identification des acteurs congolais capables de servir d’écran aux objectifs réels de la guerre; appui à la création de leur « alliance » par la signature d’un accord signé à Kigali mais portant mention de Lemera, une bourgade congolaise; finalisation des opérations de poursuite et de massacre des fuyards sous le signe d’une guerre de libération; élimination brutale du goulot d’étranglement que représentait Laurent-Désiré Kabila.
    […]
    QUE CONCLURE ?
    #Il est temps de mettre un terme au calvaire du pays bouc-émissaire de la région des Grands Lacs. Pour ce faire, deux éléments doivent être retenus ici.
    Le premier est d’opérer en urgence un réajustement des regards sur le dossier des violences des «Grands Lacs», en contestant l’impérialisme des discours et analyses considérés jusqu’ici comme d’une pertinence indiscutable.Le Congo n’est pas la périphérie du Rwanda. De même, la condamnation des méfaits des incursions rwando-ougandaises au Congo ne constitue en rien une négation du génocide tutsi au Rwanda. Il s’agit de deux histoires différentes, mais successives, l’une étant une excroissance de l’autre. Des victimes de ces tragédies se comptent dans tous les pays et, elles ont droit à la même justice réparatrice. Et, pour sortir des pièges d’une vaine opposition, de surcroît stérile, entre deux histoires douloureuses et macabres, celle du Rwanda et celle de la RDC, un grand et fructueux débat s’impose, confrontant tous les regards et apportant tous les éclairages utiles. Un débat auquel devraient prendre part non seulement les politiques et les experts mais aussi les authentiques représentants des populations concernées.
    Le second élément est corollaire au premier. Pour couper court à la « rwandophobie » ambiante et revenir aux meilleures relations qui existaient entre pays riverains des Grands Lacs, il est essentiel que les maîtres du Rwanda et l’Ouganda reconnaissent les torts qu’ils ont commis avec leurs armées au Congo notamment pour les catastrophes humanitaires, sanitaires et écologiques qu’ils ont provoqué et le pillage des ressources naturelles du sol et du sous-sol qu’ils ont réalisé. Ces dégâts appellent réparation.Des tribunaux internationaux, comme la Cour Internationale de Justice(CIJ) devraient s’en saisir. Une évaluation sommaire des méfaits commis uniquement par l’Ouganda, en comptabilisant les dommages à la faune, à la flore, aux personnes, aux services publics, en plus des ceux d’ordre macroéconomique ainsi que les pillages et l’exploitation illégale des minerais, aboutit à une facture de plus de 16 milliards de dollars. Qu’en sera-t-il du Rwanda dont l’occupation a été plus longue sur des espaces plus larges avec des méfaits plus importants ? Faire l’impasse sur ces crimes odieux et s’engager, de manière précipitée, dans un prétendu processus d’intégration régionale, de surcroît décrétée d’en haut, ne serait qu’une manière d’accumuler des frustrations des populations, au profit des agendas cachés qui ne viseraient nullement leurs intérêts .
    La justice est donc non seulement indispensable mais elle est aussi incontournable pour ouvrir la voie à une véritable paix dans la région.Visiblement, cette paix est plus qu’attendue, de part et d’autre. Le Congo, qui est confronté à des enjeux mondiaux autrement plus cruciaux pour son devenir,ne peut se payer le luxe de ne pas compter sur la solidarité régionale pour faire face à ces défis. Quant aux autres pays des grands lacs, notamment le Rwanda et le Burundi, ils ne peuvent non plus se passer du Congo avec qui ils partagent à la fois les frontières, une histoire coloniale commune mais aussi des expériences malheureuses de guerres, rébellions et massacres de population. C’est dans un tel contexte, que pourrait être inventé dans la région des Grands Lacs, un nouveau vécu régional, sans mettre pour autant en cause les frontières qui existent.]

    1. Cher Nono,
      J’ai à la maison les deux éditions de l’Histoire du Zaïre/Congo de mon professeur d’UNILU et ancien élève du Collège jésuite Saint Ignace à Kiniati, l’historien Isidore Ndaywel è Nziem, également membre du Comité des chrétiens laïcs. J’ai également suivi les péripéties ayant entouré la tenue de ce colloque dont la dictature rwandaise ne voulait pas. Merci donc de mettre à la disposition de tous l’intervention de cet éminent professeur. Notez que sur le concept de Grands Lacs, j’ai déjà publié dans ce journal en ligne un article qui abonde dans le même sens que sa réflexion. Concernant le sujet qui nous intéresse depuis peu, on peut lire ce qui suit dans les renvois en bas de page de l’intervention du professeur : « La plupart des groupes ethniques du Nord-Kivu, les Tembo, Nyanga et Nande entre autres, rapportent dans leurs traditions d’origine d’être venus de l’Ouganda actuel et qu’ils auraient traversé ou contourné le lac pour s’installer dans leur habitat actuel ». Faut-il en déduire que ces groupes ethniques sont des réfugiés au Congo-Kinshasa ? Non. Il en est pourtant de même des Tutsi des hauts plateaux de l’Itombwe. Je m’acharne à vous faire comprendre que ce sont des Congolais d’origine. Que dit l’intervention du professeur Ndaywel ? D’abord, sur les « Banyamulenge », le professeur parle de « confusion qui règne autour de ce terme » ; ce que j’ai déjà souligné dans un article précèdent parlant de l’amalgame fait par le Président Félix Tshisekedi à Londres quand il parlait des Banyamulenge. Car, poursuit le professeur Ndaywel, « Au lieu de désigner exclusivement les habitants de l’Itombwe au Sud-Kivu, ce terme s’est généralisé pour désigner tous les Rwandophones se trouvant sur le territoire congolais, y compris ceux du Nord-Kivu ». Ensuite, le professeur explique pourquoi les Tutsi de l’Itombwe ont pris le nom de Banyamulenge, tout en situant dans le temps leur installation dans ce qui deviendra la Congo Belge : « Le terme banyamulenge a surgi vers le début des années 70. Les immigrants rwandophones des plateaux de l’Itombwe (près de Mulenge ou Murenge) dans le Sud-Kivu l’ont mis en honneur pour faire prévaloir leur antériorité sur le territoire congolais, afin de se différencier des vagues migratoires qui ont suivi, particulièrement à l’âge postcolonial. Les enquêtes menées par l’historienne américaine, Catarina Newbury, avaient confirmé effectivement l’arrivée d’un groupe des Banyarwanda, venus s’installer dans cette région, pour se mettre à l’abri des violences du règne de Rwabugiri ». Quant à la conclusion du professeur, en votre qualité de lecteur assidu de ce journal en ligne, vous reconnaitrez là-dedans plusieurs pistes que j’ai déjà explorées, notamment la nécessité d’une justice pour le Congo-Kinshasa. Maintenant que l’historien le plus éminent du pays a parlé, au lieu du Bula Matadi sans frontières et chercheur free-lance que je suis, n’auriez-vous pas intérêt à faire taire vos perceptions, fantasmes et hallucinations sur la nationalité des Tutsi de Minembwe ? Nono, yo oyaka kaka na ba preuves contre yo moko na bato lokola yo, neti ba chryso45.

  3. Cher Mayoyo,
    #J’espère pour vous qu’il se trouve parmi vos lecteurs des Congolais qui contrairement à moi ont appris du nouveau autant sur les faits relatés que sur vos interprétations, quant à moi j’ai davantage lu dans votre prose une faiblesse systémique de l’argumentaire et une méprise dans le projet défendu. En effet personnellement j’ai dit et répété mon refus d’une nationalité pleine basée sur l’arrivée précoloniale au Congo des immigrés rwandais tant le problème principal est celui de leur histoire effective qui après un siècle de séjour au Congo se solde par un conflit persistant qui voit Banyarwanda et Banyamulenge qui ont largement vécu en étrangers, se sont voulus étrangers et ont été vus comme des étrangers. Le nœud du problème n’est donc pas le décret d’une date d’arrivée miracle mais un objectif et une vie qui rendent leur statut de Congolais peu compatible avec celui d’un patriote Congolais. Voilà d’ailleurs comment Ndaywel explique à sa manière le dilemme des immigrés rwandais qui auraient beau totalisé des siècles au Congo resteraient Rwandais et difficilement Congolais, s’ils n’agissent pas autrement, pour le moins :
    « […]D’abord, nombre de Rwandophones congolais, qui ne juraient pourtant que par leur « congolité », émigrèrent au Rwanda, occupant de hautes responsabilités dans les structures du pays. CETTE SITUATION FINIT PAR CONVAINCRE LES CONGOLAIS SUR LA QUASI IMPOSSIBILITÉ D’INTÉGRATION RÉELLE DES RWANDOPHONES AU CONGO par leur sens de solidarité, toujours agissante, avec les autres Rwandophones du Rwanda. Ensuite, ces réfugiés des années 60, furent remplacés par d’autres, les réfugiés des années 90, dans des conditions que l’on connaît. Leur poursuite sur le territoire congolais, pour être définitivement anéantis, se réalisa sous le parapluie de la guerre de libération de Laurent-Désiré Kabila. La guerre rwando-rwandaise s’est donc poursuivie dans les camps des réfugiés, avant de s’étendre dans les forêts congolaises jusqu’à atteindre le Congo/Brazzaville.[…] »
    #Vous vous êtes épuisé à trouver à tout prix des arguments confortant votre thèse selon laquelle les fameuses « populations à nationalité douteuse » ont des raisons de revendiquer une nationalité pleine et fondée, ceux qui en douteraient ne seraient que des ignorants qui se bercent de fantasme et des préjugés mais derrière votre suffisance d’en savoir plus que quiconque vous manquez de nous démontrer sans discussion comment l’éventuel déficit de cohabitation harmonieuse entre ‘autochtones ignorants’ et ‘allochtones honnêtes’ trouverait sa source dans la non-reconnaissance de l’ arrivée de ces derniers sur notre sol dans les clous prévus par notre Constitution et non ailleurs.
    Pas d’autres pistes selon vous aux raisons de ce voisinage conflictuel et pas de motif chez les immigrés : vous nous déroulez votre chronologie des faits qui en imposerait aux ‘ignorants et méchants’ Congolais sans jamais fouiller du côté des ‘allochtones’, même pas évaluer le succès ou non de cette entreprise, même pas demander aux principaux acteurs ce qu’ils pensent du chemin qu’ils ont fait; après tout ils pourraient ne pas s’en satisfaire complètement.
    #Autant de trous et des dérives dans votre défense… et un soupçon raisonnable de manque lorsque vous ne dites même pas un mot d’un évènement aussi capital que le génocide rwandais de 1994 qui révèle le mal profond dans la société rwandaise d’où viennent ces immigrés, société avec laquelle ils continuent de ‘commercer’ et qui ne manque pas de les manipuler contre le Congo. Oui, le Rwanda berceau d’origine des Banyamulenge est largement intervenu en négatif au Congo depuis leur génocide et les immigrés rwandais au Congo ont compati et collaboré à leurs heures sombres comme ils l’ont activement soutenu jusqu’à provoquer une guerre rwando-Congolaise qui validait leur proximité avec le Rwanda pas toujours bénéfique pour le Congo.
    #Bref il est très insuffisant de plaider pour la nationalité sans conditions des immigrés rwandais au Congo en passant par pertes et profits leur histoire au Congo et l’histoire de leur complicité criminelle avec le Rwanda de Kagame qui en dit long sur leur réel statut au Congo qui ne peut donc se limiter à la seule date de l’installation de leurs ancêtres au Congo ? En méritent-ils alors d’être intronisés Congolais sans autres examens, sans autres procédures ? Voilà dans tous les cas la raison de mon insatisfaction quant à votre démonstration. A ne dérouler que les péripéties de leur séjour au Congo depuis un siècle et surtout à ne pointer que leur arrivée avant la colonisation en laissant au passage dans l’air le statut de nombreuses autres cargaisons arrivées pendant et après la colonisation, interpelle bien davantage sur vos objectifs selon votre propre lecture de la Constitution. La nationalité sans conditions aux Banyarwanda et aux auto-proclamés Banyamulenge (comment en récupérer ceux-ci et rejeter ceux-là et pour en faire quoi ?), la paix de cimetière aux Kivus, le bon voisinage entre voisins y compris les transfrontaliers, une rescousse aux desseins hégémonistes et expansionnistes de Kagame ?
    #Tenez, vous convenez que malgré quelques couacs la cohabitation entre allochtones rwandophones et autochtones Congolais a été longtemps pacifique mais pourquoi n’en retenons-nous qu’une conflictualité souterraine récurrente ? Pourquoi par exemple l’autorité coloniale avait dû supprimer en 1957 la chefferie de Gishari cédée 15 ans plus tôt aux Banyarwanda ? Le conflit est donc bien plus complexe, il n’a pas comme mobile que la non-reconnaissance de l’arrivée ancienne des immigrés rwandais aujourd’hui très nombreux dans les Kivus, une interprétation réductrice et inexacte s’il en est tant le conflit relève « des querelles de terre, de pouvoir coutumier mais surtout des questions profondes quasi existentielles d’identité, de nationalité Congolaise et d’un prosaïque clientélisme politique , souvent royalement ignorés par vos analyses chiffrées et calendaires.
    Les fatwa, les sentences et les prétendues études intelligentes ont brouillé le chemin : les « allochtones » peinent à se muer en « autochtones », les immigrés en Congolais tout court ; je crains ainsi que vous continuez à faire beaucoup de bruits qui au lieu déminer le terrain en ajoutent la difficulté de sa compréhension et même de sa résolution. A se demander si vous ne faites pas exprès de donner des ailes à des ennemis du pays avec des prétendues vérités rabâchées à foison mais loin du vécu, des souhaits et des agendas des uns et des autres aux Kivus et sur les Kivus. Sert-il alors à quelque chose de prêcher tant pour la nationalité pleine des ‘populations à nationalité douteuse’ par des arguments incomplets ?
    #On en aura vite oublié que le nœud de la relation à l’Est entre le Congo et ses voisins tourne autour d’un marché de prédation, de dupes pour nous : une guerre s’est instaurée depuis 25 ans et a longtemps prévalu pour un pillage planifié de ressources naturelles du Congo dont les Banyarwanda (Banyamulenge) servent aussi de monnaie d’échange. Nous serions alors bien légers à ne pas le voir et à jouer à la perpétuation du conflit en accordant à n’importe quel prix notre soutien aux Banyarwanda. Nous nous devons de jouer la souveraineté responsable en étant exigeants envers eux surtout avec leur histoire criminelle envers les nôtres.
    Il y’a bien sûr à côté de la complicité de la CI la responsabilité de notre État. A cause de son irresponsabilité notre riche Congo centre de toutes les convoitises laisse ses richesses enrichir voisins, multinationales et autres étrangers pendant que son peuple sombre dans la misère et la guerre derrière des prétendus impératifs de sécurité d’un Rwanda. Le génocide des millions des Congolais est oublié en attendant de nous réveiller tant nous restons encore unis pour un Congo indivisible et plus beau qu’avant malgré notre adversité actuelle. Raison de ne pas prêter la main à nos ennemis sans le savoir en proclamant sans condition des Banyarwanda nos frères alors qu’ils continuent à manquer de loyauté à leur Congo d’adoption et de se croire tout permis sans jamais rendre des comptes….

  4. # »[…]n’auriez-vous pas intérêt à faire taire vos perceptions, fantasmes et hallucinations sur la nationalité des Tutsi de Minembwe ? Nono, yo oyaka kaka na ba preuves contre yo moko na bato lokola yo, neti ba chryso45. »
    Mon pauvre Mayoyo, voilà que depuis quelques jours, vous perdez votre temps à répéter sans fin quasi triomphant votre mantra magique, PERCEPTION, PERCEPTION’… pour l’opposer à ‘RÉALITÉ’. Qu’est-ce donc une ‘perception’, n’est elle pas celle qui nous rapproche de l’objet ou plutôt de la situation devant nous par des processus conscients ou inconscients ? Croyez-vous que devant une situation douloureuse et complexe comme la guerre à l’Est les observateurs n’ont pas le droit d’activer des mécanismes divers pour l’évaluer. Votre méprise c’est justement d’avoir fait de la présence des immigrés rwandais une situation linéaire et momifiée qu’on ne comprendrait qu’en fonction de la prétendue date de l’arrivée de leurs divers ancêtres au Congo sans jamais prendre en compte leurs comportements, acte et vécu réel pendant tout ce temps comme ceux des autochtones et de tous les autres protagonistes ?
    #Régulièrement vous glissez sur ‘je l’ai lu’, ‘je le savais’ mais jamais vous ne les confrontez au cours des choses d’un conflit qui perdure malgré vos cris quasi puérils de victoire. Croyez-vous que les Banyamulenge ou Banyarwanda continuent à être vu de nationalité douteuse parce que l’arrivée de leurs ancêtres précoloniale ne leur aurait été pas reconnue ou parce que d’abord ils continuent à se comporter d’une certaine manière ? Mollo, cher ami, vous n’avez pas encore gagné la guerre parce que justement vous vous êtes trompé de guerre…

    1. Cher Nono,
      Je n’ai jamais écrit quoi que ce soit pour obtenir des applaudissements. Et je ne me suis jamais empêché d’écrire quoi que ce soit par crainte des huées fanatiques. Cela dit, dans l’intervention du professeur Ndaywel que vous avez publié vous-même, il est question des deux attitudes des Tutsi vivant au Congo. Primo, l’attitude des réfugiés des années 60 « qui ne juraient pourtant que par leur ‘congolité’ » et qui « émigrèrent au Rwanda, occupant de hautes responsabilités dans les structures du pays ». Secundo, l’attitude des Tutsi de Minembwe. Voici ce qu’écrit le professeur Ndaywel à leur sujet : « L’option qu’ils avaient prise de se différencier des autres immigrants n’était pas nécessairement de pure façade. L’on a vu, par exemple, un officier de cette contrée, le commandant Masunzu, qui en un premier temps avait combattu dans les rangs du FPR de Paul Kagamé, puis dans ceux de l’AFDL et du RCD-Goma, faire volte-face en un second temps, pour s’opposer à l’emprise du Rwanda et à la présence envahissante de ses troupes au Congo ». Pour votre information, plusieurs officiers Tutsi de Minembwe ont été massacrés par les troupes du dictateur rwandais.
      Autre chose. Quand parlant de moi vous écrivez « Mon pauvre Mayoyo », vous arrive-t-il de réfléchir ? Moi, mon identité est connue dans cet espace « Opinion & débat ». Peut-on en dire autant de votre identité à vous ? Vous êtes ‘Nono’. Mais ‘Nono’ qui ? ‘Nono Ba Diamant’, la danseuse de Koffi Olomide ? Rien que sur ce plan de l’identité, qui est pauvre entre vous et moi ? Passons maintenant à nos contributions respectives dans ce forum. Vous, on ne vous rencontre que dans les réactions. Moi, je suis présent et plus que présent non seulement dans les réactions mais aussi et surtout dans les publications. A votre avis, qui est pauvre entre vous et moi ? Réfléchissez avant de sauter sur votre clavier.
      Pour revenir à nos moutons, mes écrits de vous empêchent pas de réexaminer, comme vous le proposez, la nationalité des Tutsi de Minembwe. Je ne me demande pas comment vous allez vous y prendre même si cette question me brule les lèvres. Mais allez-y ! Allez-y jusqu’au bout. Puisque comme les Tutsi de Minembwe, les Tembo, Nande et autres ethnies du Nord-Kivu sont venues d’ailleurs, cette fois de l’actuel espace Ouganda, c’est le texte du professeur Ndaywel que vous avez publié qui le dit, réexaminez aussi leur nationalité. Allez-y ! Car au bout du compte, vous allez vous rendre compte que vos hallucinations sont dangereuses et contraires à la dignité que vous rechercherez pour notre nation.

      1. Cher Mayoyo,
        #Gloser sur l’expression « mon pauvre Mayoyo », c’est dire que vous avez épuisé vos arguments ou cela vous a-il choqué au plus haut point ? Pauvre de moi qui croyais que dire à quelqu’un « mon pauvre Nono », était une marque attendrissante de proximité, de camaraderie et pas une insulte ni un mépris quelconque ! Bon, je ne suis rien par rapport à votre grandeur et il m’arrive de réfléchir, aussi je vous présente mes excuses sincères si je vous ai blessé autant.
        #Sur notre fameux sujet, je crois avoir tout dit sauf peut-être à préciser deux points. Comme je l’ai dit et répété, l’examen du dossier de la nationalité des Banyamulenge signifie revoir les procédures : au lieu d’un décret à la cantonade qui impose d’autorité une nationalité et un octroi de terre, l’État doit initier une véritable instruction qui assoit tout le monde pour aboutir à une décision la plus consensuelle possible, nationale sans immixtion des voisins de l’autre rive. Sinon, on n’en est plus à un oracle près tant vous les avez accumulés à ce sujet, sinon disais-je, je crains qu’on vive une guerre de 100 ans avec ses accalmies et ses rebondissements successifs. Aussi dire que j’avais appris que les vrais propriétaires de nos forêts et savanes sont les Pygmées, les vrais autochtones et tous nous sommes venus d’ailleurs, avons immigré depuis maintenant quelques siècles, bien longtemps avant Berlin et l’EIC, bien avant les royaumes que nous avons bâti là où nos arrières, arrières ancêtres se sont installés. Du coup je ne comprends pas cette digression à mélanger les époques.
        #Enfin permettez -moi de conclure en empruntant une fois de plus la voix consensuelle du Professeur Ndaywel maintenant que vous aussi l’avez adoptée :
        1°[…]L’histoire connut une accélération brusque et brutale en1994, à la suite du bombardement, le 6 avril, de l’avion présidentiel du Rwanda, provoquant la mort des présidents du Rwanda, Juvénal Habyarimana et du Burundi, Cyprien Ntaryamira. Le génocide qui fut déclenché engendra une guerre ouverte et la victoire du pouvoir du FPR au mois de juillet par la prise de la capitale de Kigali et celle de la ville frontalière de Gisenyi.Ce changement créa au Congo-Zaïre deux situations inattendues.
        (NOUS SOMMES DONC EN 1994, TOUT CE QUI EST DIT ICI CONCERNE DONC DES TUTSI INDISCRIMINÉS QUI ONT REJOINT AU RWANDA KAGAME, SON FPR ET SON ADMINISTRATION. LE DISTINGUO FAIT ENTRE REFUGES DE 60 ET DE 90 NE VAUT QU’EN FONCTION D’UNE ANALYSE DE LEUR ATTITUDE ET NON PAR RAPPORT A LEUR ORIGINE. LES BANYAMULENGE DONT J’AI CONNUS QUELQUES UNS A PARTIR DE BUKAVU NE FURENT PAS LES MOINS NOMBREUX DES LES ANNÉES 90 INCORPORANT L’APR).
        D’abord, nombre de Rwandophones congolais, qui ne juraient pourtant que par leur « congolité », émigrèrent au Rwanda, occupant de hautes responsabilités dans les structures du pays. Cette situation finit par convaincre les Congolais sur la quasi impossibilité d’intégration réelle des Rwandophones au Congo par leur sens de solidarité, toujours agissante, avec les autres Rwandophones du Rwanda. Ensuite, ces réfugiés des années 60, furent remplacés par d’autres, les réfugiés des années 90, dans des conditions que l’on connaît. Leur poursuite sur le territoire congolais, pour être définitivement anéantis, se réalisa sous le parapluie de la guerre de libération de Laurent-Désiré Kabila. La guerre rwando-rwandaise s’est donc poursuivie dans les camps des réfugiés, avant de s’étendre dans les forêts congolaises jusqu’à atteindre le Congo/Brazzaville.
        #2° Mais, jusqu’aux années 70, reconnaît un des principaux leaders du groupe, Manassé (Müller) Ruhimbika, leur dénomination était celle de « banyarwanda »(14). L’option qu’ils avaient prise de se différencier des autres immigrants n’était pas nécessairement de pure façade. L’on a vu, par exemple, un officier de cette contrée, le commandant Masunzu, qui en un premier temps avait combattu dans les rangs du FPR de Paul Kagamé, puis dans ceux de l’AFDL et du RCD-Goma, faire volte-face en un second temps, pour s’opposer à l’emprise du Rwanda et à la présence envahissante de ses troupes au Congo(15). Il n’empêche que le résultat auquel a abouti de nos jours l’initiative de différencier ce petit groupe des Banyarwanda des autres immigrants rwandais est plus que décevant. Au lieu de désigner exclusivement les habitants de l’Itombwe au Sud-Kivu, ce terme s’est généralisé pour désigner tous les Rwandophones se trouvant sur le territoire congolais, y compris ceux du nord-Kivu. Banyamulenge, de nos jours,ne serait plus qu’une manière de désigner les « Rwandais » résidant au Congo.
        (LA DIFFÉRENCIATION PRATIQUÉE PAR LES BANYAMULENGE BASÉE SUR LEUR CONVICTION DE REPRÉSENTER UNE FOURNÉE PRÉCOLONIALE OU SIMPLEMENT OPPORTUNISTE NE VAUT EN FAIT QUE POUR EUX ET PAS POUR LES CONGOLAIS QUI N’Y VOIENT QU’UNE MANIPULATION DE PLUS. ELLE NE SERVIRA A LA LIMITE QUE POUR LES JURISTES QUI JUSQUE-LA NE SONT PAS ENTRÉS EN SCÈNE MALGRÉ LES PROCLAMATIONS PRÉSIDENTIELLES A LONDRES)
        #2 ° La confusion était donc inévitable, puisque les immigrés plus récents n’ont jamais osé s’afficher, eux aussi, comme «étrangers». Car, se déclarer « réfugiés rwandais » et solliciter une hypothétique naturalisation, comme l’exige la loi, c’était justement faire aveu de ses origines externes et se priver d’un certain nombre de privilèges, notamment ceux de faire de la politique. Or, c’est précisément pour des raisons de compétition politique et foncière que la vie au Kivu, de plus en plus à l’étroit, est devenu intenable. Sans relever de la mauvaise foi, cette situation difficile, confuse et complexe est un grand défi qui ne pourra réellement se résoudre dans la durée que si les ressortissants des deux pays concernés sortent du climat de violence et de ressentiment qui règnent encore entre eux(16). Dans le contexte actuel d’hostilité larvée, le concept de banyamulenge et ceux qui s’en réclament,fonctionnent comme une sorte de cheval de Troie permanent dans la citadelle congolaise, pour justifier, pour des raisons de stratégie, toutes sortes d’infiltration rwandaise dans les affaires congolaises, y compris dans les secrets de défense et de sécurité. On comprend que la méfiance soit de règle, côté congolais.
        (ON N’A PAS BESOIN D’UN COMMENTAIRE SUPPLÉMENTAIRE SAUF A TROUVER DANS LA MÉFIANCE DES CONGOLAIS UNE NON-AFFAIRE)

  5. Cher Nono,
    Vous vous faites d’illusions quand vous vous imaginez qu’on va un jour examiner le dossier de la nationalité des Banyamulenge si par Banyamulenge vous entendez aussi les Tutsi de Minembwe. Car ceux-ci sont des Congolais d’origine. On peut examiner le dossier de nationalité des réfugiés Tutsi rwandais. Mais ce serait un travail très difficile du fait que Mobutu en détruisant les camps de ces réfugiés les avait laissés se fondre dans la masse. Par ailleurs, les Tutsi de Minembwe ne peuvent pas être condamnés pour avoir été chercher de l’appui au Rwanda quand des hallucinés congolais du Kivu voulaient les « rendre au Rwanda » en les prenant pour des Rwandais ; avis que vous semblez partager alors que vous n’êtes pas plus Congolais qu’eux. Quand vous êtes en danger, vous allez chercher des appuis où vous pouvez. En Centrafrique, les musulmans ont toujours été marginalisés. Ils ont créé le groupe rebelle Seleka et ils ont pris le pouvoir avec l’appui des Tchadiens. Avant la rébellion Seleka, seules les fêtes chrétiennes étaient respectées officiellement. Aujourd’hui, les fêtes musulmanes les sont aussi même si les Seleka ont perdu le pouvoir. On ne doit pas blâmer les Tutsi de Minembwe de s’être défendus. On doit blâmer les idiots qui s’imaginaient que c’étaient des Rwandais à rendre au Rwanda. Si vous n’avez pas compris cela, vous devez vous préparer a d’autres atrocités car aucune puissance planétaire ne nous laissera nous Congolais mettre les Tutsi de Minembwe dehors. Dire cela, ce n’est pas blanchir les crimes qu’ils auraient commis.

Comments are closed.