L’Occident qu’on haït, l’Occident qu’on aime

Wina Lokondo
Wina Lokondo

L’Occident entretient, depuis plus de cinq siècles, des rapports complexes avec le reste du monde. Des rapports de révulsion et d’attirance. Un Occident à deux visages. Il y a d’abord, d’un côté, cet Occident que d’aucuns – individus ou peuples – haïssent. Celui qui a pratiqué l’esclavage (l’ignoble « commerce triangulaire »), qui s’est, par la colonisation, approprié des territoires avec ce que cela comprenait de tueries, de brimades, d’humiliations, de désacculturations et d’exploitations économiques. Cet Occident qui, par ses avancées technologiques et sa puissance militaire, continue, après la colonisation, à influer sur le destin des autres pays du monde, et pas toujours au profit de ces derniers, lesquels se démènent de diverses façons pour sortir du carcan dans lequel il tiendrait à les maintenir. Le discours anti-Occident ou anti-impérialisme en est un des moyens et constitue une permanente offre politique dans beaucoup de pays anciennement colonisés où les populations en sont très réceptives. Il a été et il continue d’être un des thèmes de la littérature politique négro-africaine. Les intellectuels et les politiques africains, d’hier comme d’aujourd’hui, en querelle avec « l’Occident », y recourent systématiquement.

Le rejet compulsif que provoque l’homme occidental (congénitalement « dominateur et raciste »?) chez certaines personnes explique leur discours relativiste actuel – irresponsable et indécent, il faut le dire – devant le terrorisme aveugle qui frappe dans les villes occidentales. « Les Occidentaux récoltent ce qu’ils sèment ailleurs »; « On fait grand bruit pour les morts de Paris, de Berlin ou de Londres. Qui parle des morts d’Afrique? », lit-on à travers les réseaux sociaux. Les imprécations contre l’Occident, appuyées d’images et de faits historiques, y sont abondamment déversées. De quoi donner bonne conscience aux « fous d’Allah », sataniques personnages – dont la haine de l’Occident constitue la matrice de leur logiciel psychologique -, qui y trouvent ainsi des alliés. Pour ceux-ci comme pour ceux-là, il faut combattre l’Occident et le… détruire.

Et puis, il y a cet autre Occident qui attire et qu’on aime. Celui qui a dénoncé et aboli l’esclavage, qui a, bon ou mal gré, cessé avec la colonisation. Qui a formé, dans ses universités et avec des bourses lui octroyées, un grand nombre de l’élite intellectuelle et politique de ses anciennes colonies, qui accoure le premier chaque fois que ces dernières sont frappées par une calamité. Son action pour contenir l’épidémie Ebola en Afrique en est une illustration. Cet Occident qui y soutient et finance des structures sociales de base (hôpitaux et écoles) et les élections, qui a produit la Charte des droits de l’homme, qui promeut les libertés individuelles, qui combat – par des lois – le racisme et la xénophobie, qui ouvre ses portes aux peuples du reste du monde, qui a institué la laïcité comme moyen et condition du vivre-ensemble. Qui donne à tout individu vivant dans son espace géographique, non seulement le minimum vital (allocations sociales diverses instituées en droits acquis), mais aussi la possibilité de vivre en paix et de s’épanouir économiquement et intellectuellement. Et c’est bien cette réalité et cet espoir d’une vie meilleure qu’offre l’Occident à tout être humain qui explique l’incessante émigration vers ses terres des gens de toutes les races et de toutes les religions venant de différents pays du monde.

L’Occident ne s’est pas limité, depuis le 18è siècle, à lancer les idées humanistes, tirées de préceptes du christianisme (« Partage ton pain avec celui qui a faim », « Ne te détourne pas de ton semblable », « Fais entrer dans ta maison le malheureux sans toit »,…). Il s’est investi, au fil du temps et non sans tâtonnements et inévitables contradictions, à les matérialiser et à les distiller dans les consciences. Les massives arrivées de migrants – majoritairement musulmans – et leur (pacifique) accueil par ses peuples…chrétiens en est l’éloquente preuve. Quand, au même moment, dans certains coins en Afrique et ailleurs, le rejet (avec brutalité) des « étrangers » est systématique, sinon à la mode.

L’Occident « dominateur » cessera-t-il un jour de s’ingérer dans les affaires des autres pays, de ses anciennes colonies en particulier? Poser cette question devrait amener quiconque à en poser une autre: pourquoi l’Occident domine-t-il et en quoi tient-il sa force de domination? La puissance de l’Occident se résume en trois choses dont le mélange engendre absolument le progrès de tout pays qui se les approprie.

La première est la science. L’Occident a découvert et a compris, depuis la dynamique des Lumières du 18è siècle, que la maîtrise du monde et de ses réalités passe par le développement de l’intelligence de l’Homme, débarrassé de préjugés et de quelques « blocages » sociaux et philosophiques. La liberté de penser et d’agir est à la base de ses progrès intellectuels et technologiques et de son continuel développement socio-économique. Ainsi l’Occident ne cesse-t-il de consacrer une grande part de sa richesse au financement de la recherche scientifique en se dotant notamment de bonnes écoles et de meilleures universités aux bibliothèques et aux laboratoires richement garnis en livres et divers matériels. Doit-on dès lors s’étonner qu’il tienne, depuis des siècles, le leadership en termes d’inventions (armes, satellites, fusées, téléphones, produits et matériels médicaux, etc.) et d’influence sur d’autres peuples?

Le second facteur qui sous-tend la force de domination de l’Occident est la démocratie, véritable idéologie d’épanouissement collective et individuelle, en ce qu’elle est non seulement un cadre des libertés et de tolérance, mais aussi en ce qu’elle permet le choix des dirigeants par le peuple et l’alternance, la rotation des citoyens à la gestion de l’Etat, à tous les niveaux. Rotation qui empêche toute personne de rester trop longtemps au pouvoir avec les conséquences et abus que cela occasionne habituellement: népotisme, régionalisme, clientélisme politique généralisé et générateur d’impunité, confusion entre biens publics et biens privés, inhibition d’ambitions de ceux qui aspirent légitimement d’accéder au pouvoir, frustrations qui enfantent séditions civiles ou rébellions armées.

Le troisième secret du progrès et, donc, de la force de l’Occident est la bonne gouvernance qui met en avant le mérite, la compétence, la culture du résultat; qui exige également la visibilité dans la gestion de l’argent et des biens de l’Etat, le respect de la loi, la surveillance de tout gestionnaire et la nécessaire obligation de le sanctionner en cas d’inefficacité ou d’abus.

Les théoriciens de l’art de la guerre affirment qu’on ne peut gagner une bataille sans connaître l’ennemi, notamment son état psychologique et les armes dont il dispose. Les pays africains parviendront-ils à inverser les rapports de force avec l’Occident ou, du moins, à réduire son influence sur eux en ne recourant pas aux mêmes « moyens de combat », ou à d’autres plus efficaces, utilisés par ce dernier, autrement dit, en ne consentant pas à consacrer une part importante de leurs budgets à la formation de leurs populations, en refusant de leur offrir des écoles et des universités performantes d’où sortiraient de bons ingénieurs et des savants? En refusant d’installer un environnement politique serein, en continuant de rejeter, sans en proposer des modèles alternatifs, les principes de la bonne gouvernance et les valeurs de la démocratie « occidentale » qui, pourtant, ont permis  à beaucoup de pays qui les ont intelligemment adoptés – avec quelques et nécessaires adaptations locales – de prospérer?

L’Allemagne, un pays occidental, avait été militairement vaincue et complètement détruite en 1945. Elle s’est relevée par le travail du peuple allemand lui-même. Elle est aujourd’hui la première puissance économique de l’Europe. Le secret de son fulgurant développement a trois noms, les mêmes: science, démocratie et bonne gouvernance. Les intellectuels et les politiques africains cesseront-ils de rêvasser – à l’image des « Brics » qui se proposent un autre schéma de développement économique sans, à ce jour, montrer lequel et dont les économies stagnent aujourd’hui – de réinventer la roue simplement parce que celle qui existe, bonne et performante soit-elle, a été inventée par « l’autre », par l’Occident?

On ne doit bien sûr pas s’interdire de dénoncer les mauvais agissements de l’Occident et ses « virées » militaro-affairistes en Afrique ainsi que les drames qu’elles occasionnent souvent. Mais faut-il aussi que nous l’en empêchions en rendant nos pays économiquement et institutionnellement forts. Ceux-ci ne deviendront pas puissants par nos seuls pleurs et nos continuelles jérémiades anti-occidentales. Des dirigeants vénaux, incompétents, inefficaces et irresponsables, le non-respect des principes et des lois, des institutions politiques instables, des administrations désorganisées, des armées faibles et des frontières poreuses ne pourront jamais dissuader les filous des autres continents de venir faire leur sinistre marché en Afrique et, à l’occasion, y perpétrer des crimes, avec ou sans leurs alliés locaux. Jamais. Les Africains finiront-ils par le comprendre?

 

Par Wina Lokondo

6 réflexions au sujet de « L’Occident qu’on haït, l’Occident qu’on aime »

  1. Chers Compatriotes,
    L’Occident que l’on hait et l’Occident que l’on aime ? Je dirai plutôt, l’Africain naïf, qui ne veut pas ouvrir les yeux, même si les personnes de bonne volonté lui parlent d’une manière ou d’une autre. « Aimer l’Occident » ? Je ne sais pas qui de l’Africain noir peut affirmer ceci sans que sa personne ne puisse poser problème. Dans les relations privées, on peut parler d’amour entre personnes, c’est ainsi que nos frères marient les occidentales ainsi que nos soeurs. Au début de ces mariages, nous n’entendons que le discours d’amour: étape idéaliste ou on vit une cécité sentimentale ou charnelle. Il faut les interroger lorsque le couple a déjà quelques mois, sinon années d’existence pour entendre un autre son de cloche: réaliste cette fois. Mais les relations entre Etats ne s’évaluent pas en terme de Haine et d’Amour. C’est ainsi que les Etats Africains constituent encore aujourd’hui une curiosité pour les Occidentaux. Il est incroyable de voir les Etats dont les chefs d’Etat sont plus riches que le pays, alors qu’à leur accession à l’indépendance, ils n’avaient pas de compte en banque. Même lorsque nous savons bien que ces personnages tiennent à leur place à cause de nos problèmes internes, nous pointons du doigt l’Occident. Et lorsque de ce même Occident, certaines bonnes volontés, à titre personnel, posent des gestes d’encouragement pour que l’Afrique avance, de l’Afrique on assiste à des comportements qui sont tout, sauf productif. Lorsque l’on dit de l’Occident, « la démocratie est un luxe pour les Africains ». Nous crions vite au racisme, au lieu de nous poser une question fondamentale: « qu’est-ce qui est à l’origine d’une telle affirmation ? ». Lorsque de ce même occident une voix se lève : « l’Africain n’est pas dans l’histoire ». Nous reprenons toujours un refrain: racisme. Et pour toute réponse, nous parlons du passé glorieux de nos ancêtres et nous n’ouvrons pas les yeux sur nos erreurs présentes. Un pays comme le Congo, qui est eu un président comme « Joseph Kabila » est une honte devant la face du monde. Et chercher coûte que coûte à ne reprendre que les personnes « personnalités » qui n’ont fonctionné que dans les systèmes de dictature, en fermant la porte aux personnalités qui, dans ces dictatures ont voulu casser cette spirale de terrorisme d’Etat envers sa population prouve suffisamment que nous sommes aveugles et que nous ne voulons pas prendre des risques pour prendre en main notre destin collectif. Maintenant que la CPI a eu la sagesse de revenir à l’injustice commise à l’endroit d’un sénateur d’un pays souverain (je parle de la souveraineté du pays et non d’un individu), la liesse prend la population qui a été frustrée, et on ne veut pas se poser de bonnes questions pour l’avenir du pays. Le tribalisme et la recherche d’intérêts individuels et l’opportunisme prennent le devant pour pouvoir imaginer celui qui a trahi « en acceptant l’inacceptable » devrait devenir encore candidat aux élections présidentielles. On va jusqu’à le comparer à Mandela. Oui Mandela chef de guerre contre les blancs de l’Afrique du Sud ? Eh bien, la chanson connue reprend le dessus. C’est l’Occident qui décide de nos chefs d’Etat. Et à quoi aurait servi l’indépendance ? Chers compatriotes, nous avons ici l’occasion de renverser le cours de notre histoire en optant pour des personnalités qui pourront conduire une transition vers les institutions démocratiques au profit de tous les Congolais. Bemba est un homme d’Affaires qui n’acceptera que l’inacceptable dont nous ne connaissons même pas le contenu. Ouvrez les yeux, chers compatriotes, faisons notre histoire, et cessons d’imaginer que seuls ceux qui ont eu l’occasion d’être au bon moment au bon endroit sont ceux qui peuvent nous conduire à la libération. Nous sommes encore colonisés mais avec nos propres frères comme des courroies de transmission de ce néocolonialisme. Que Dieu nous vienne en aide.

  2. « { Elomlbe dit :
    9 juin 2018 à 12 h 54 min
    Je suis d’accord avec le Dr Mpuila. Cette posture prise par certains compatriotes qui s’arrogent le droit de juger les autres commence à bien faire. Au lieu d’aborder des sujets concrets sur l’avenir du Congo, il y en a qui se complaisent dans la diabolisation et le dénigrement. Je trouve cette attitude lamentable et indigne. Ce forum a été détourné de son objectif, il est devenu une espèce de poubelle où n’importe qui peut se permettre de proférer des insultes ou se livrer à des affirmations gratuites et calomnieuses. C’est trop facile de jacasser en accusant le monde entier de tous les crimes qui se commettent au Congo alors qu’on est incapable de proposer la moindre solution pour l’avenir de ce pays. } »

    PEUT-ETRE PAS AUTANT SÉVÈRE MAIS DANS TOUS LES CAS PAS MIEUX : MARRE DES CENSEURS TOUT AZIMUT, DES DONNEURS DES LEÇONS QUI CROIENT TOUT SAVOIR DE LEUR CLAVIER ACCUSANT TOUT LE MONDE D’ETRE COLLABO EN S’AUTOPROCLAMANT LE MEILLEUR SUR NUL BILAN ET SANS DOUTE POUR RÉGLER QUELQUE PART DES FRUSTRATIONS PERSONNELLES !!!

  3. « L’Occident qu’on haït, l’Occident qu’on aime » est d’abord cet Occident qui s’est invité à nous et dont la cohabitation en ce monde de plus en plus globalisé nous est contournable mais mutatis mutandis c’est aussi cet Occident qui s’est imposé à nous par un rapport de forces largement en sa faveur…
    C’est dire que quelle que soit la rudesse de celui-ci il nous faut convenir que c’est sa puissance qui le lui permet et Lokondo résume justement la triade causale de celle-ci : « la science, la démocratie et la bonne gouvernance » dont il est devenu maître pour le bonheur de ses concitoyens…
    Que nous faut-il faire de plus pour le détrôner, le concurrencer ou l’approcher car c’est là un objectif raisonnable sinon vital pour des millions d’Africains qui nombreux ‘survivent’ en place de ‘vivre’ ? D’abord privilégier comme lui l’acquisition, la pratique et l’exploitation de la « science », user dans nos pays de la « démocratie », cette vertu qui a l’heur de favoriser tous pour le meilleur, pour être acteur de son destin et enfin pratiquer cette « bonne gouvernance » qui repose la conduite du pays sur les recettes des bons résultats au service du plus grand nombre…

    Bref j’ai aimé ce rappel humble mais combien revigorant de notre ami Lokondo sur cet Occident qu’en fait l’Afrique n’a pas tant à aimer ou à haïr mais avec lequel il est obligé de cohabiter ; il conclue ainsi : « On ne doit bien sûr pas s’interdire de dénoncer les mauvais agissements de l’Occident et ses « virées » militaro-affairistes en Afrique ainsi que les drames qu’elles occasionnent souvent. Mais faut-il aussi que nous l’en empêchions en rendant nos pays économiquement et institutionnellement forts. Ceux-ci ne deviendront pas puissants par nos seuls pleurs et nos continuelles jérémiades anti-occidentales. Des dirigeants vénaux, incompétents, inefficaces et irresponsables, le non-respect des principes et des lois, des institutions politiques instables, des administrations désorganisées, des armées faibles et des frontières poreuses ne pourront jamais dissuader les filous des autres continents de venir faire leur sinistre marché en Afrique et, à l’occasion, y perpétrer des crimes, avec ou sans leurs alliés locaux. Jamais. Les Africains finiront-ils par le comprendre ? »

  4. D´entrée de jeu, une correction rapide de la petite faute – sans doute par inadvertance – dans le titre (Je le fais juste pcqu´il s´agit de l´article et non d´un post dans le forum): « hais » et non « le verbe « haïs ».

    Lokondo a présenté un texte que je trouve équilibré et son but très noble. Je voudrais juste ajouter ou approfondir quelques aspects: Les idées humanistes remontent à un peu plus loin que l´ère chrétienne, donc au-delà des préceptes du Christianisme. Par ailleurs, parler de massives arrivées de migrants et de leur (pacifique) accueil comme « preuve éloquente » de l´humanisme de l´Occident me semble très délicat, voire choquant, car dès que l´on essaie de mentionner les causes de ces massives arrivées, on tombe des nues: un acte d´aggression très sauvage de l´Occident. Ces gens qui viennent n´ont pas de demandé à l´Occident d´aller les bombarder et ce, à répétition! Je t´agresse, te spolie, tue ta famille et prends les 2 survivants de ta famille et demande au monde d´apprécier mon humanisme. Cela est plutôt un pseudohumanisme. Denis Haliday et Hans von Sponeck (deux diplomates qui ont dirigé successivement le programme d´aide humanitaire en Irak et ont successivement démissionné à cause de la politique criminelle – génocidaire – de l´Occident dans ce pays bombardé, détruit et pris en otage) ont ensemble écrit « The Hostage Nation » (=Irak). Vous avez dit humanisme? On bombarde l´Afghanistan, l´Irak, la Libye puis la Syrie. Et le petit nombre de réfugiés qui réussissent à atteindre péniblement l´Occident, vous les accueillez non sans médiatisation, alors que vous imposez un silence épais sur le sort inhumain du grand nombre de femmes, hommes et enfants qui ne peuvent quitter les pays détruits ou les régions environnantes et vous parlez d´ »expression éloquente » d´humanisme dans ce contexte? Si Kabila envoie des sacs de riz aux réfugiés congolais qui sont en Angola, parleriez-vous de l´ »expression éloquente » de son humanisme?

    Ce point me permet de bien me tourner vers les 3 points qui selon vous font la ‘puissance’ de l´Occident. Avant de l´aborder, une image de référence: Une publication (ou une conférence) qui vous présente, vous en tant que Congolais, Kagame comme un homme de réussite dont la puissance repose sur 3 pilliers: la science, la démocratie et la bonne gouvernance. Que ressentiriez-vous? Comment réagiriez? Je m´imagine que vous exigeriez une prise de parole pour souligner, par exemple, qu´avant tout il y a le pillier du pillage. Prière de garder cette image à l´esprit pour la suite. Vous me diriez que vous l´avez mentionné. Oui, mais pas comme pillier. Et cela fait une grande différence.

    L´Occident a été pendant longtemps barbare; les Grecs étaient même plus intéressés à échanger avec les égyptiens, les perses, indiens… Ce n´est pas moi qui le dis, mais Amartya Sen (économiste et philosophe indien, initiateur de l’approche par les capabilités, prix Nobel d’économie pour ses travaux sur la famine, sur la théorie du développement humain, sur l’économie du bien-être, sur les mécanismes fondamentaux de la pauvreté et sur le libéralisme politique). Cet état de guerre permanente a permis à l´Occident de développer des armes (nécessité de (sur)vie!). Les armes lui donnèrent avec le temps et dans les rencontres avec les autres peuples un avantage considérable. Ajouté à cela le goût de vol, de pillage, il a mis en place le système que vous connaissez. La science, la démocratie et la bonne gouvernance sont certes promus par la suite, mais il est court de ne voir qu´elles; surtout qu´elles sont des éléments que l´Occident aime brandir dans SON récit, un récit ‘soigné’ qu´il sert bien, voire impose par plusieurs moyens. L´Occident n´est pas que géographique; il vit d´une manière ou d´une autre dans les esprits. Évaluer le rapport à l´Occident est une véritable tâche d´autopsie. Car on peut perdre de vue que l´Occident dont on parle, parle déjà « en » nous-mêmes.
    Quant à la démocratie, il y a aussi beaucoup à dire. Mon post est déjà long. Je rappelle seulement cette citation de Jimmy Carter (en 2015): « Les ÉtatsUnis ne sont plus une démocratie mais une oligarchie, c’est-à-dire un pays dirigé par une petite classe supérieure riche qui constitue au plus 1% de la population totale. Un candidat à l’élection présidentielle US a besoin d’au moins 300 millions de dollars pour concourir. Il y a plus de 320 millions d’habitants aux USA, mais combien peuvent disposer d’une telle somme ? Si vous n’appartenez pas à l’oligarchie, vous n’avez aucune chance d’être un jour élu Président des États-Unis. Le Président est toujours choisi parmi les riches. Les 100 sénateurs aussi appartiennent à l’oligarchie : ils ne siègent pas au Sénat qui n’est pas un cénacle de « vieux sages », mais une assemblée de riches ! En moyenne la fortune d’un sénateur est de 3 millions de dollars. Ceux qui occupent des fonctions exécutives sont encore plus riches : certains des membres de l’Administration Trump ne sont pas des millionnaires, mais des milliardaires. Leurs intérêts est de défendre leur fortune et de devenir encore plus riches. Ce qui est classique dans un système oligarchique. C’est donc l’oligarchie US qui dirige l’Empire US. » CELA VEUT DIRE que nous devons être lucides dans notre combat pour l´émergence de l´Afrique. Un combat pour la démocratie en Afrique voudrait aussi signifier que – tout en restant ouverts – nous maîtrisions notre histoire (glorieuse ou pas glorieuse), nos traditions pour mettre en place un système qui tienne compte de « nos » valeurs, qui redonne de la place à (de vrais alors) vieux sages, ainsi de suite. L´Occident ne lésine pas sur les moyens à mettre pour fouiller, maîtriser son histoire et la promouvoir (Il sait pourquoi). Alors, pourquoi pas nous?

    Il faut AGIR. Brièvement, à mon avis, la situation actuelle du Congo, nous oblige à nous appuyer sur l´Église catholique (et protestante dans une certaine mesure) qui est présente partout au Congo plus que l´État. C´est avec elle que nous pouvons bien affronter et vaincre les ennemis du pays, les suppléants de l´Occident. C´est avec elle qu´on peut conscientiser et former les acteurs qui construiront le Congo tel que Lokondo le décrit si bien. Ce ne sont pas les Mende qui vont mettre en pratique les idées émises par Lokondo. Les évêques, les prêtres et les agents pastoraux ne sont pas parfaits certes, mais qui peut prétendre être mieux placé qu´eux dans le Congo actuel? Ensemble avec eux, agissons pour organiser des actions de lutte pour sauver le Congo et le reconstruire.

  5. … La science, la démocratie et la bonne gouvernance sont certes promues par la suite…
    (Complément: hais et non haïs, hait et non haït)

  6. Comme à son habitude, Wina Lokondo,nous a livré une excellente réflexion sur les rapports entre l’Occident et les autres peuples.
    Les trois armes qui font la force de l’Occident s’appellent la science, la démocratie et la bonne gouvernance. Mais nous africains(congolais),nous le savons. Mais nous refusons de nous les approprier. Celui qui ferme les yeux pour ne pas voir un pire qu’un aveugle.
    Dans les monde moderne, l’éducation est au centre de tout. Un peuple non éduqué est condamné au sous-développement, à la misère. Dans le budget annuel du Congo, quelle la part allouée à l’enseignement? Tout juste le montant pour le fonctionnement du cabinet du ministre de tutelle. Les institutions publiques ( la Présidence de la République, le Gouvernement, les deux Chambre du Parlement) brassent des millions de $.Les infrastructures scolaires et universitaires se dégradent, disparaissent même à certains endroits, les enfants apprennent sous les manguiers et le palmiers, assis à même le sol, les personnel est enseignant mal ou pas payé .Tout ça ne dérange nullement les pouvoirs publics. L’analphabétisme progresse. Le peuple grogne peut-être, mais ne gronde jamais.

    Les médias ont annoncé avec pompe que l’Etat congolais accordera chaque année des bourses à 500 étudiants pour les études dans les domaines scientifiques dans les meilleures universités du mondes. Qui en seront les bénéficiaires? Probablement des neveux/nièce, des petits-cousin(e)s & alliés des hommes proches du pouvoir. Une voie royale pour leur immigration. Pourquoi ne pas créer une université des sciences et de technologie au Congo et faire appel aux professeurs étrangers?
    La démocratie ne fait pas partie de nos valeurs. Kabila n’est pas combattu parce qu’il est dictateur/imposteur, mais tout simplement parce qu’il n’a pas su donner à manger à la majorité des Congolais. S’il y avait réussi, il pourrait rester au pouvoir toute sa vie. Les Congolais qu’il a nourris ne demandent que ça. Si son successeur conjuguent le verbe manges aux 3 personnes du singulier et du pluriel, il aura droit à la présidence à vie.

    La bonne gouvernance ne fait partie de notre culture. La corruption, l’enrichissement sans cause, le népotisme, le tribalisme, le régionalisme, les détournements des deniers publics, l’incivisme fiscal sont considérés en Occident comme des délits. Chez nous ces antivaleurs sont tolérés et impunis.

    Pour arriver à sa réussite actuelle, l’Occident a emprunté le chemin de la science, de la démocratie et de la bonne gouvernance. Les Congolais (les Africains) n’en veulent pas. Nous faisons la politique de l’autruche.

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