Lubumbashi: « Joseph Kabila » sur le chemin de l’exil?

Des informations parcellaires indiquent que l’ex-président « Joseph Kabila » serait arrivé dimanche 21 février à Dubaï. Il semblerait que cette seconde ville des Emirats Arabes Unis ne serait qu’une « escale ». La Havane, à Cuba, serait la destination finale. Spéculation? Sur un posting attribué à Zacharie Bababaswe, on peut lire: « Je viens de l’apprendre: il vient de quitter le Congo définitivement ». Depuis le 10 décembre dernier à ce jour, l’ex-Président congolais a accumulé plusieurs revers au plan politique. Le rebondissement de l’affaire Chebeya & Bazana – avec l’apparition de trois nouveaux « acteurs » – pourrait bousculer la sérénité du « clan Kabila ».

Des éléments du « contingent organique » de la Garde républicaine déployés à Lubumbashi

Dimanche 21 février, une vidéo a fait le « buzz » sur les réseaux sociaux. On y voit plusieurs dizaines des « bérets rouges » dans un avion. Qui sont-ils? On apprendra qu’il s’agit d’un « régiment organique » composé de 1.800 fantassins de la Garde républicaine. Ils viennent d’être déployés à Lubumbashi. C’est le général Christian Tshiwewe, commandant de la garde Républicaine, en personne, qui a convoyé, ces éléments des Forces armées de la RD Congo. Mission: rétablir la sécurité. Le 14 février dernier, les miliciens Bakata Katanga ont mené une nouvelle incursion à Lubumbashi. C’est la troisième attaque depuis l’arrivée de Felix Tshisekedi Tshilombo au pouvoir.

Depuis le 11 décembre dernier, l’ex-président « Joseph Kabila » séjourne dans le « Grand Katanga ». Après avoir passé quelques jours à Kolwezi (Lualaba), il a rejoint sa ferme située sur la route de Kasumbalesa dans le Haut-Katanga.

Coïncidence ou pas, le même dimanche 21 vers 21h30, on apprenait que le « sénateur à vie » venait de quitter Lubumbashi. Destination: Lusaka. Dans la capitale zambienne, il aurait embarqué dans un vol à destination de Dubaï (EAU). Selon les mêmes sources, cette seconde ville des Emirats Arabes Unis ne serait qu’un « transit ». La capitale cubaine serait la destination finale.

Vers 23h00, le voyage à Dubaï a été confirmé par une « Autorisation de sortie » émanant de la Maison militaire du chef de l’Etat sous le numéro PR/MM/0073/2021. On peut y lire: « Je soussigné Franck Buamunda Ntumba, général-major, chef de la Maison militaire du Président de la République, atteste par la présente que les officiers des Forces armées de la RDC ci-dessous, sont autorisés à se rendre à Dubaï aux Emirats Arabes Unis via la Zambie, pour une mission de service de quinze jours ».

Derrière « Joseph Kabila », on voit l’ancien officier d’ordonnance John Ngoy wa Kabila

Le premier officier renseigné s’appelle John Ngoy wa Kabila, matricule 1-67-97-14990-28. Il s’agit d’un homme bien connu du grand public pour avoir servi en qualité d’officier d’ordonnance de l’ex-raïs. Les autres officiers sont: Major Ben Kalala Lumpungu, matricule 1-78-97-74370-16; major Ronny Mpoyi Katebi, matricule 1-75-99-30501-40, Capitaine Maloba Dibwe Madilu, matricule 1-78-97-02538-61.

« KABILA » DANS UNE POSITION INCONFORTABLE

Une source apparemment proche de « Kabila » a précisé sur les réseaux sociaux que l’objet de ce déplacement: « Joseph Kabila est allé à Dubaï afin de répondre à une invitation ». L’ex-président devrait, selon cette source, participer à une « conférence Afrique-Moyen Orient ». Problème, aucune réunion du genre n’est annoncée sur la « toile ».

Questions: Quelle la motivation réelle de ce voyage? « Kabila » a-t-il décidé de quitter définitivement le Congo-Kinshasa comme on peut lire dans le posting attribué à Bababaswe? Il est trop tôt pour répondre par l’affirmative. Une chose paraît sûre: la position de l’ancien chef de l’Etat devenait de plus en plus inconfortable au regard des revers accumulés par sa mouvance. Outre le basculement de la majorité parlementaire au profit de l’Union Sacrée de la Nation, on pourrait épingler la destitution de la Présidente de l’Assemblée nationale (10 décembre 2020), la démission forcée du Premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba (27 janvier 2021) et la destitution du Président du sénat (5 février 2021). Comme si cela ne suffisait pas, on assiste au rebondissement de l’affaire relative au double assassinat de Floribert Chebeya Bahizire et de son assistant et chauffeur Fidèle Bazana Edadi. Proche parmi les proches de « Kabila », le général John Numbi Banza reste le suspect numéro un. C’est lui qui avait donné rendez-vous, ce jour fatal du 1er juin 2010, au regretté directeur exécutif de l’association de défense des droits de l’Homme, « La Voix des Sans Voix ». L’apparition de trois nouveaux « acteurs » dans ce dossier (Hergile Ilunga wa Ilunga, Alain Kayeye Longwa, et Jacques Mugabo) pourraient « bousculer » la quiétude tant de l’ex-raïs que de l’ex-inspecteur général de l’armée congolaise.

Pour boucler la boucle de cette espèce de « scoumoune », il y a la « démilitarisation » en cours de la garde chargée d’assurer la protection des résidences occupées par « Kabila » et sa famille. La symbolique est forte en dépit du fait qu’il s’agit d’une situation prévue dans la loi portant Statut des anciens Présidents de la République. Ce texte prévoit des policiers pour accomplir cette mission.

Sauf si l’autorisation de sortie signée par le chef de la Maison militaire a été antidatée, il apparait que ce document, daté du 16 février 2021, a été élaboré bien avant l’arrivée à Lubumbashi du « contingent organique » de la « GR ». A première vue, il n’y a aucune relation de cause à effet entre l’arrivée de ces « forces spéciales » et le départ de « Kabila » pour Dubaï. Une certitude cependant: l’étau se resserre autour d’un John Numbi Banza qui ne voudra sans doute pas « mourir seul »…

 

Baudouin Amba Wetshi