Mascarades: Le requiem d’une démocratie mort-née au Congo-Kinshasa

Couverture du livre

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De l’exportation des conflits internationaux à la dynamique géostratégique et économique dans les grands lacs africains, cet ouvrage retrace la fabrique des ethnies et tensions par des fins coloniales et leurs transpositions sur la géopolitique actuelle en République démocratique du Congo. De Mobutu à Kagame, la transition de l’épicentre de la gouvernance sous-régionale ne passe pas sans laisser des fresques. Pendant que ça brûle encore au Nord-Kivu et au Kasaï, Joseph Kabila, enchanteur actuel d’une série des nouveaux dictateurs, s’obstine à jouer le pompier-pyromane par des dialogues échappatoires pour une prédation à vie du plus grand pays francophone. Entre-temps, le Congo meurtri traîne à booster l’avenir de l’Afrique et les habituelles scènes d’horreur de 1987-1999 se rééditent.

L’ouvrage s’inscrit dans le contexte géopolitique RDCongolais, plaçant la République démocratique du Congo dans « l’espace mondial » et dans son contexte sociologique et démographique d’Etat multi-nations en quête de démocratie et de grandeur depuis 1960, mais dont les espoirs concoctés dans les salons d’ici et d’ailleurs ont plusieurs accouché de patents échecs et de quelques instants de compromis…, et non sans compromissions.

À travers ses onze (11) chapitres, il s’est agi pour l’auteur de donner, au-delà d’un simple point de vue, une manière de relater le contexte de fin de règne de Joseph Kabila, le plaçant en miroir de la « tumultueuse » histoire politique du Congo. Mascarades remonte entre autre l’histoire des conflits qui ont ensanglanté les Grands-Lacs, fait un cap sur les tractations de la transition entre les époques Mobutu-Kagame jonchées par « des prédations et des boucheries humaines, les plus riches en bilan humain et démonte les théories de complot entourant ses légendes et ses histoires récentes ». (Sic.) Il s’agit essentiellement d’une épopée des guerres, de désintégration, et de d’une longue série d’impuissance des civilisations et de neutralisation des consciences, ayant consacré la mort de ce que serait l’État-charnière du développement de l’Afrique. L’auteur s’attèle particulièrement sur les péripéties bardées, les joutes d’instabilités, les successions d’acteurs et les tentatives de renaissance, avant de chuter sur les dribles politiques de Joseph Kabila et les germes d’une prise de conscience citoyenne.

De l’exportation des conflits dans les grands-lacs à l’enjambement entre « nations », en passant par les tragédies des dernières heures de l’ère Mobutu et les fresques laissées par les soixante ans d’un Lumumbisme qui se définit et se redessine dans le nationalisme sensationnel au chevet du Ngbandisme et de l’anti-kagamisme; l’auteur explore la fabrique des ethnies et des tribus dans ce qu’est devenu le Congo ex-belge. « La spéculation sur la balkanisation constitue plutôt un marketing de la peur et du terrorisme, pour voiler la mauvaise gouvernance politique et économique du pays, faisant passer, par syndrome de Stockholm et manipulation de l’opinion publique, l’appareil politique pour une bande de sauveteurs d’une paix volatile ».

Sous un style mêlant pensées lyriques, déconstruction et reconstitution méthodique des tabous et non-dits dans l’artificiel et indispensable « vivre-ensemble » à la Congolaise, Mascarades démonte et démontre les manipulations sociopolitiques, les vingt années de politique de terre-brulée, d’intox et d’écrasement qui engraissent « l’intenable théorie du complot » sur ce que serait un plan de balkanisation de la RDC.

Sans langue de bois, les chapitres intermédiaires du livre retraçant les cocktails de négociations et des tribunes sur « la fabrique de l’apprenti-président jusqu’à la mécanique boulimique d’un milliardaire-président », s’intituleraient mieux « Le ‘petit’ Kabila expliqué » (sic.); sans se passer de la critique des ratés et des essaies et erreurs d’une opposition hétéroclite. Mascarades revient sur les tentatives de conciliations pro-alternance « sans issus d’alternative », du Front-Citoyen 2016 au Rassemblement des Forces Politiques et Sociales acquises au Changement (RASSOP). Autocritique, Marcel Héritier revient aussi sur le contexte de naissance de LUCHA, de FILIMBI et de l’effet contagion en RDC de la transition démocratique consécutive à l’insurrection populaire au Burkina-Faso. Il fournit aussi sa part de vérité autour des mouvements citoyens en RDC et sur son kidnapping et son arrestation entre février et septembre 2016.

L’auteur parle aussi des massacres de Beni comme un génocide sporadique pour assouvir les faits divers politiciens et bedonner une appétence boulimique et hédonique. Revenant sur la rhétorique médiatique et institutionnelle à propos des vrais faux ADF et/ou Nalu, Mascarades déconstruit les « fausses thèses islamistes » et le « maquillage d’un crime d’État et procès de la honte » autour de l’assassinat du Colonel Mamadou Ndala.

D’une manière synchronique, Mascarades revient aussi sur la « superposition des bandes armées », à propos de la fabrique des Forces Armées de la RDC. Plus au début, il exhibe le mutisme juridico-politique et foncière au Kivu, en Ituri et dans tous les grands-lacs, revenant sur ceux qui furent qualifiés de « Zaïrwandais »; depuis les transplantations, les épisodes Barthélémy Bisengimana, Kanyamacumbi, Elvis Mutiri, etc.; bref, les questions foncières et frontalières de 1885 à 2015.

Terminant sur une note mêlant brins d’optimisme et de pessimisme nuancés, l’auteur précise néanmoins: « Comme sous le précédent règne, tous les coups sont expérimentés. Autant manipuler les tensions ethniques au Kivu, au Katanga, en Ituri et au Kasaï; autant entretenir des milices dans tous les quatre coins du pays; autant fabriquer des fausses oppositions politiques et tenir des mains de maître une société civile alimentaire, etc., pourvu que ça fasse diversion et permette de tout tirer en longueur. Surfant sur les vagues d’un nationalisme sensationnel hérité de la colonisation, des années Mobutu ainsi que des premières années du Kabilisme, les frontières culturelles internes de ce qu’est devenu le Congo en 1960 sont plus que jamais en ébullition. Elles s’enlisent, laissant derrière elles des fresques d’un déclin programmé. […] Au-delà des simulations propres à la géopolitique, les signaux sont de plus en plus clairs que la survie du Congo se joue ces dernières années. La constellation Kabila n’en est que l’une des pièces de l’assommoir. Il y a aujourd’hui lieu de croire que le renouvellement de la classe politique Congolaise – qui ne se limite pas au seul départ de Joseph Kabila, mais à une redéfinition de la politique congolaise elle-même par ceux qui comprennent le Congo dans l’espace mondial, par ce qu’il vaut et ce qu’il sait et peut proposer à l’humanité, dans des conditions qui ne lèsent pas l’une des parties – profite plus aux Congolais qu’aux autres « théoriquement » anti-Kabilistes de la scène nationale et internationale ».

A PROPOS DE L’AUTEUR

Né à Beni dans le Nord-Kivu en 1989, Marcel-Héritier Kapitene est militant au sein de la LUCHA (Lutte pour le Changement). Prisonnier d’opinion pour activisme pro-démocratie dans le contexte de fin de règne en République Démocratique du Congo, il quitte le grand pénitencier de Kinshasa en août 2016. Passé par le journalisme et l’enseignement universitaire, il a écrit pour le Groupe de Recherche et d’Information sur la Paix et la Sécurité (GRIP, Bruxelles).

REFERENCES LIBRAIRE

Thème: Essai / Etude politique / Actualité
Format: 134 x 204
Nombre de pages: 366
Date de publication: 30/11/2017
ISBN: 9782414164073

 

Héritier K. Kapitene, militant de la LUCHA
© Congoindépendant 2003-2017

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