Naïrobi: un escadron de la mort aux trousses du colonel Tshibangu?

Selon des sources proches des « services » à Kinshasa, « Joseph Kabila » aurait dépêché, depuis quelques semaines, des « tueurs rwandais » dans la capitale kenyane. Mission: procéder à l’élimination physique du colonel congolais John Tshibangu. Celui-ci est entré en dissidence au lendemain des élections du 28 novembre 2011. Des consultations politiques qui étaient émaillées des irrégularités et des fraudes dénoncées par des observateurs tant nationaux qu’étrangers.

Un mystérieux correspondant – manifestement un Kinois – a contacté, dimanche 29 octobre, l’auteur de ces lignes. « J’ai trouvé vos coordonnées téléphoniques sur votre site. Je vous prie de m’écouter. Ce n’est pas un poisson d’avril anticipé que je vous annonce. Si vous avez la possibilité de joindre, par vos canaux, le colonel John Tshibangu à Nairobi où il a trouvé refuge, dites-lui de ne plus faire confiance qu’à lui-même. Il doit changer ses habitudes ». Qui est au bout du fil? Après quelques secondes de silence, l’homme poursuit: « Je tiens à garder l’anonymat. Je prends d’énormes risques en prenant langue avec média réputé anti-Kabila. Sachez simplement que je suis un patriote. Je travaille dans les ‘services’ à Kinshasa ». Dans quel ‘service’ travaille-t-il? Pas de réponse.

Avant d’interrompre la conversation, le mystérieux correspondant d’ajouter: « Je sais que vous avez interviewé le colonel John Tshibangu au lendemain de sa défection en août 2012. Dites-lui ou à ses proches qu’un escadron de la mort composé de cinq sujets rwandais se trouve déjà au Kenya à ses trousses. Les membres de cette troupe sont occupés à rassembler des informations sur son domicile ainsi que les lieux et personnes qu’il a l’habitude de fréquenter à Nairobi. Il doit sauver sa peau… ». Fin du monologue.

Qui est John Tshibangu? Le colonel John Tshibangu, 47 ans, n’est plus un homme à présenter. Commandant en second de l’ex- 4ème Région militaire (les deux Kasaï), il est entré en dissidence contre le pouvoir kabiliste.

Natif du Kasaï au même titre que le leader de l’UDPS, le regretté Etienne Tshisekedi wa Mulumba, cet officier a fait défection neuf mois après les élections chaotiques organisées le 28 novembre 2011. « Nous exigeons la vérité des urnes », fulminait-il dans une première déclaration à la presse.

En réaction, les autorités politico-militaires lancèrent 300 éléments des « forces spéciales » de l’armée congolaise à ses trousses. Les accusations mises à sa charge sont gravissimes: « atteinte à la sûreté de l’Etat » et « intelligence avec les agresseurs rwandais » du M23.

A l’époque, un des proches de l’officier fugitif répliquait sèchement: « Le colonel Tshibangu est à la tête d’un groupe de militaires congolais fatigués par la mauvaise gouvernance et la manière dont le monde extérieur traite notre pays. Outre, l’exigence de la vérité des urnes, notre objectif est de contribuer à l’instauration de la démocratie et la réhabilitation de l’armée ». La suite est connue.

A Mbuji-Mayi, le gouverneur de la Province du Kasaï Oriental, le même, en l’occurrence le négociant en diamant Alphonse Ngoy Kasanji, ne trouva pas mieux que de lancer une sorte de « Wanted » comme au Far West. La tête de Tshibangu fut mise à prix. Une « prime » de 20.000 $ US était promise à quiconque pouvait fournir des « informations » sur le dissident.

Il y a quelques mois, l’ombre de cet officier – qui semble plus fidèle à Mzee LD Kabila qu’à son controversé successeur – fut aperçue successivement en République Centrafricaine et dans la nouvelle province congolaise du Sud Ubangi.

Dimanche soir, les tentatives de joindre les proches du colonel fugitif sont restées vaines. Si l’envoi au Kenya d’un « escadron de la mort » était confirmé pour abattre John Tshibangu, on ne pourrait s’empêcher de donner raison à ceux qui clament depuis plus d’une décennie que le Congo-Kinshasa est dirigé par un terroriste. Un terroriste d’Etat. Affaire à suivre.

 

Baudouin Amba Wetshi
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