Parlement: Tshisekedi prononce le discours sur l’état de la Nation

Conformément à l’alinéa 3 de l’article 77 de la Constitution, le chef de l’Etat congolais s’adressera, lundi 14 décembre, à 11 heures, aux deux chambres du Parlement réunies en Congrès. Cette seconde allocution du genre intervient au moment où le pays se trouve à la croisée des chemins. Et ce avec la rupture de la coalition Fcc-Cach qui gouverne le pays suivie de la destitution de la Présidente du Bureau de l’Assemblée nationale, Jeanine Mabunda.

La nouvelle de la convocation des deux chambres du Parlement en congrès a été annoncée vendredi 11 décembre par le président du Sénat, Alexis Thambwe Mwamba. Après l’éviction de la Présidente de l’Assemblée nationale Jeanine Mabunda, c’est le « Bureau d’âge » de la Représentation nationale assurant l’intérim qui a invité les députés à prendre part à cette cérémonie. Celle-ci a lieu une fois l’an. La session parlementaire commencée le 15 septembre est censée se clôturer le mardi 15 décembre.

Le discours sur l’état de la Nation est l’occasion pour le chef de l’Etat de dresser le tableau de la situation générale du pays sur le plan social, économique et politique au cours de l’année qui s’achève. Plusieurs paragraphes du speech présidentiel seront, sans doute, consacrés au Covid-19 dont les effets n’ont pas peu contribués à l’aggravation de la situation générale

Felix Tshisekedi devant le Congrès le 13 décembre 2019

Lors de son premier discours sur l’état de la Nation, prononcé le 13 décembre 2019, le président Felix Tshisekedi Tshilombo avait adopté la posture d’un « rassembleur » décidé à mobiliser toutes les énergies nationales. Il avait  annoncé, à cette occasion, que 2020 sera « l’année de l’action ». Douze mois après, le souhait exprimé par le premier magistrat du pays est resté un vœu pieux. A maintes reprises, celui-ci a déploré l’absence de cohésion au sein de l’exécutif national donnant implicitement raison à ceux qui n’ont cessé de qualifier la coalition Fcc-Cach d’une « union contre nature ».

LE PROGRAMME DU GOUVERNEMENT EN JACHÈRE

Le programme du gouvernement – non chiffré – présenté, début septembre 2019, avec emphase, par le Premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba est toujours en jachère. Tout reste au niveau de la rhétorique. La pauvreté explose, l’insécurité continue à l’Est, l’eau et l’électricité restent des denrées rares. Pendant ce temps, les Institutions continuent à consommer l’essentiel du budget de l’Etat au détriment de l’investissement. Les infrastructures sont à l’abandon. Les quelques actions menées pour lutter contre la corruption sont contrecarrées par certains groupes d’intérêts occultes. Aux dernières nouvelles, les réserves de change du pays ne représenteraient que deux semaines d’importation.

L’année 2020 aura été l’année de toutes les querelles entre le Fcc et le Cach plongeant le pays dans l’immobilisme. Cette situation a poussé le chef de l’Etat à entamer, le 2 novembre dernier, les consultations des leaders socio-politiques les plus représentatifs. But: mettre sur pied une « union sacrée de la Nation ». Il s’agit d’un « courant parlementaire » disposé à soutenir la « vision » du numéro un Congolais.

CRISE DE CONFIANCE AU SOMMET DE L’ETAT

Le 24 janvier 2019, la terre entière avait applaudit « une alternance réussie » et une « passation de pouvoir pacifique et civilisée » entre le président sortant « Joseph Kabila » et son successeur Felix Tshisekedi. Ce n’était qu’une illusion. Le constat est là: il n’y a eu qu’une apparence non seulement d’alternance mais aussi de passation de pouvoir. L’ancienne majorité avait fait mine de partir pour mieux rester majoritaire dans les organes délibérants et les exécutifs tant au niveau national que provincial. Les régies financières – à l’exception de la direction générale des impôts – sont toujours dirigées par des « hommes du raïs ». Il en est de même de la Banque centrale. Le Fcc, lui, accuse le chef de l’Etat d’avoir violé la Constitution notamment lors de la nomination de trois juges constitutionnels.

Le Président de la République reçoit le « Premier » Sylvestre Ilunga Ilunkamba à l’époque où la convivialité était de mise

A 48 heures de la tenue du congrès au Palais du peuple, la République est comme paralysée. Elle est paralysée par une « crise de confiance » au sommet de l’Etat. Une crise entre d’une part, le Président de la République et le Premier ministre et d’autre part, entre le Président de la République et les Présidents de deux chambres.

Pour l’opinion, le Congo-Kinshasa présente depuis deux ans le visage d’un monstre à deux têtes. Certains n’hésitent pas à comparer l’alliance Fcc-Cach à une « force d’inertie ». On ne peut que comprendre les cris de joie provoqués par le discours présidentiel du 10 décembre annonçant la fin de la coalition.

Il reste que le « déboulonnage du système Kabila » ne peut constituer à lui seul un programme politique. Les pouvoirs publics doivent convaincre une population congolaise qui attend des réponses concrètes à ses attentes. Il y a urgence d’agir; 2023, c’est déjà demain!

 

Baudouin Amba Wetshi