Portrait: Muhindo Nzangi, un député national fort « honorable »

Elu du Territoire de Lubéro, au Nord-Kivu, le député national Muhindo Nzangi Butondo est l’initiateur de l’interpellation du ministre de la Décentralisation et des réformes institutionnelles Azarias Ruberwa, réputé très proche de « Joseph Kabila ».

« L’affaire Minembwe » est une question qui touche non seulement la sécurité nationale mais aussi l’intégrité du territoire congolais. Un débat vigoureux, commencé le lundi 19 octobre dernier, à l’Assemblée nationale, s’est clôturé, mardi 27, par la réplique de l’interpellé.

Lors de la plénière du 19, tous les intervenants ont salué l’initiative prise par leur collègue Muhindo Nzangi Butondo. A titre indicatif, on retiendra les propos tenus par le député Guy Mafuta: « Cette initiative nous permet de réaffirmer notre appartenance à la nation congolaise. C’est une question nationale. Minembwe appartient au Congo. C’est la mort dans l’âme que nous apprenons les actes de barbarie qui s’y passent ». Comme il fallait s’y attendre, deux caciques du Fcc/Pprd se sont complaints dans le rôle de « l’avocat du diable ». Il s’agit de Felix Kabange Numbi et de Geneviève Inagosi. Ce sont les seuls parlementaires qui ont pris la « défense » de Ruberwa.

Accusé unanimement de « tricherie » et de « conflit d’intérêts » dans le processus d’érection de la localité de Minembwe, au Sud-Kivu, en « commune rurale », Azarias Ruberwa, ministre de la Décentralisation et réformes institutionnelles, a éprouvé du mal à démolir les griefs articulés à son encontre.

L’ART DE BOTTER EN TOUCHE

Azarias Ruberwa, ministre de la Décentralisation

L’interpellé a botté en touche en arguant qu’il était absent du gouvernement à partir de fin 2006 pour ne revenir qu’en 2016. On devrait, selon lui, interroger ses prédécesseurs. A savoir, Antipas Mbusa Nyamuisi et Salomon Banamuhere. Au nom de la continuité de l’Etat, il assume les actes de ses devanciers. En clair, « il a trouvé Minembwe sur la liste des agglomérations devant être élevées au rang de commune ». Le Premier ministre Adolphe Muzito a été le premier à signer le décret y relatif. Son successeur Augustin Matata Ponyo a fait de même en mai 2015. Le ministre n’a pas été capable d’expliquer sa présence dans la caravane de paix conduite par son collègue de la Défense. Caravane qui serait arrivée, « par coïncidence », à Minembwe juste au moment de l’installation du bourgmestre.

Au total, le ministre Ruberwa n’a pas convaincu. Il n’a pas été en mesure de donner des réponses précises aux questions des parlementaires. Les accusations de « tricherie » et de « conflit d’intérêts » sont restées inébranlables. Azarias a, par contre, dit son adhésion – avait-il le choix? – à l’envoi d’une commission d’enquête sur le terrain dans le sens annoncé à Goma par le chef de l’Etat. Il espère que les « commissaires » devraient examiner le cas de toutes les entités territoriales décentralisées. Pour lui, « le contraire serait un acte discriminatoire ». Le ministre de la Décentralisation feint d’ignorer que Minembwe est l’unique cas où une « communauté » d’allochtones, épaulée par des milices communautaires (Ngumino, Twigwaneo) tente de conquérir par la force des terres appartenant historiquement à des autochtones.

LES CONGOLAIS DE 2020 NE SONT PAS LES ZAIROIS DE 1997

Il importe d’ouvrir une petite parenthèse. Fatigués par la longue « transition démocratique » (1990-1997) sous la IIème République et divisés par le bras de fer entre le maréchal Mobutu Sese Seko et Etienne Tshisekedi wa Mulumba, le leader de l’UDPS, les Zaïro-Congolais ont accueilli à bras ouvert les « libérateurs » autoproclamés du 17 mai 1997. Ce n’est qu’après qu’ils découvriront que l’Afdl (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre) n’était qu’un « monstre » dont le « visage » était congolais (LD Kabila) tandis que le « corps » était rwando-ougandais.

C’est en 1998 que la rébellion pro-rwandaise du RCD va ériger la localité de Minembwe en Territoire. Le constat est là: les Congolais de 2020 ne sont pas les Zaïrois de 1997. On peut gager que sous la présidence de « Joseph Kabila » un tel débat parlementaire n’aurait jamais eu lieu. La très kabiliste Jeanine Mabunda, présidente de l’Assemblée, a dû admettre, mardi 27, qu’il n’y avait ni majorité ni opposition dans les discussions sur Minembwe. C’est une question nationale. Fermons la parenthèse.

Clôturant son interpellation mardi, Muhindo a demandé au ministre Ruberwa, ancien cadre du « canal historique » de l’Afdl, au même titre que « Joseph Kabila », de « démissionner de lui-même ».

« OFFENSE AU CHEF DE L’ETAT »

Le député national Muhindo Nzangi en tenue de « bagnard ».

Le député national Muhindo Nzangi a acquis sa « notoriété » suite à un événement fâcheux. Le 11 août 2013, des agents de l’Agence nationale de renseignements (ANR) l’ont arrêté manu militari avant de le transférer, tel un « colis postal » à Kinshasa. Quarante-huit après, c’est une Cour suprême de justice aux ordres qui le condamnera, en procédure de flagrance, à trois ans de prison ferme. Les accusations sont gravissimes: « atteinte à la sécurité de l’Etat » et « outrage au chef de l’Etat ».

A l’époque, le mouvement rebelle pro-rwandais du « M13 » faisait plus la pluie que le beau temps au Nord-Kivu. De passage à Goma, Muhindo est invité à un débat organisé par une radio de la place. Aux intervenants qui déploraient l’indolence de la brigade internationale de la Monusco pour éradiquer les groupes armés, le parlementaire dira ces mots: « Prenez-vous en charge ». Au grand dam du nouveau « raïs » « Joseph Kabila » dont l’attitude était plus qu’ambiguë à l’égard des combattants du M23. Des pistoleros « manipulés » par le maître de Kigali, dixit Patrick Karegeya, ancien chef du service rwandais de contre-espionnage.

Tous les regards sont désormais tournés vers la Présidence de la République et le gouvernement. Azarias Ruberwa démissionnera ou ne démissionnera pas? En attendant, il faut saluer le courage et l’esprit patriotique de Muhindo Nzangi Butondo, un député national qui mérite bien l’épithète « honorable ».

 

B.A.W.

11 thoughts on “Portrait: Muhindo Nzangi, un député national fort « honorable »

  1. On peut donc supposer que Muhindo Nzangi Butondo est cet oiseau rare qu’on trouve difficilement dans cette jungle appelée RDC. Maintenant il faut se demander s’il bénéficiera du soutien des autres poussins de cette basse-cour ? Autrement ceci n’aura été qu’une diversion de plus.

  2. Pensez-vous sérieusement que le FCC allait sacrifier un de ces cadres importants comme Ruberwa sans l’aval de l’homme venu d’ailleurs ? Dans un contexte actuel de crise, le laisser tomber c’est se laisser marquer un but par l’opposition or pour garder la tête haute, il ne le fera pas. Je ne sais pas si la commission demandée trouvera une solution mais tout le monde sait que dans notre pays, commission signifie enterrer une affaire.
    Je termine en corrigeant une contre vérité que je ne puis laisser passer, sur le décret signé par Muzito à l’époque 1er ministre, nulle part figure la commune de Minembwe. laisser distiller un tel message pendant qu’il est facile de vérifier me semble malhonnête. La lutte oui, le combat oui mais dans la vérité.
    Je ne suis pas un défenseur des acteurs politiques que j’exècre d’ailleurs mais un fait est un fait.

  3. LIDJO
    1. « laisser distiller un tel message pendant qu’il est facile de vérifier me semble malhonnête. La lutte oui, le combat oui mais dans la vérité » :
    C´est bien beau ça, mais quand on vous montre que vous avez vous-même falsifié une vérité, un fait, vous ne faites pas preuve d´honnêteté. Vous regardez cette remarque comme du fanatisme. Pouvons-nous aussi dire que vous êtes fanatique de Muzito au regard de votre remarque à B.A.W ?
    Après la « marche – revendication des pneus » de Fayulu, vous écriviez : « Etrange aussi le fait que lorsqu’il s’agit de la cavalerie de l’udps, ces mêmes forces restent inactives, laissant ainsi ces braves gens détruire sans foi ni loi des biens privés. »
    Ce n´est pas un fait, ça, mais l´interprétation subjective de Lidjo d´un fait. Car à la marche de l´Udps, ces forces de l´ordre ont été plus qu´actives. Elles ont TUÉ aussi bien à Kin qu´au Katanga. La vie humaine, c´est plus que le pneu (quatre, fussent-ils).
    2. « Je ne suis pas un défenseur des acteurs politiques que j’exècre d’ailleurs mais un fait est un fait. » :
    C´est l´INCOHÉRENCE, le manque de logique qu´il faut exécrer. En aimant la logique, vous ne direz plus que vous exécrez les acteurs politiques. Formulation abusive tant il est vrai que vous n´exécrez ni Fayulu ni Muzito. Ne sont-ils pas des acteurs politiques ? Linga logique, oko éviter ba fausses (dangereuses) assertions. Bonne journée, ndeko.

    1. @ Procongo
      Je vois que ma réaction sur un article passé vous a fort secoué. J’en suis fort désolé pour vous. L’amalgame que vous faites sur un commentaire portant sur un ancien article avec le présent article me laisse pantois. Je sens que j’ai touché un point sensible en vous. Vous cherchez à me faire passer pour un partisan de Muzito. Libre à vous.
      Et dans votre esprit retors, celui qui parle de Muzito, doit nécessairement soutenir Fayulu, acteur auquel je ne pense même pas et pour lequel je n’ai nullement fait référence dans mon commentaire. Je ne vais même pas chercher à savoir pourquoi ces deux acteurs vous irritent tant. J’ai ma petite idée. Bonne soirée Ndeko.

  4. Un grand respect à Muhindo. Courageux, tenace, lucide et pertinent.
    Il sied de RAPPELER ici la note finale de B.A.W dans son article sur Pius Muabilu qui a aussi courageusement pris distance du FCC :
    « En attendant que les « résistants » qui fleurissent sur les réseaux sociaux décident de prendre les armes pour chasser les « occupants »… »
    Espérons que bakoquitter les EAUX et le rés-EAUX sociaux pour agir sur le terrain.

  5. Il faut noter le courage de ce député. Mais en attendant, à Minembwe, des mercenaires sont en train de massacrer des populations autochtones. Ils cherchent à imposer le fait accompli. En attendant d’autres…consultations, concertations, dialogues…au nom de l’union sacrée…sans aucune base constitutionnelle.

    1. @Jo Bongos
      Au fait, Tshilombo ne peut jamais agir sans l’aval de « Joseph Kabila ». C’est l’essence meme de ce fameux deal et pour lequel on veut nous faire croire aujourd’hui qu’il y a conflit entre ces deux parternaires-en-crime presentes officiellement au peuple congolais par Tshilombo lui-meme en Janvier 2019, le jour de la declaration officielle de sa nomination via la Ceni. Il a l’autorite mais pas le pouvoir! Autrement dit, il n’est pas cense diriger!
      Mais, a observer le comportement de l’ambassadeur americain Mike Hammer dit « Nzita », particulierement sa note d’avertissement pour les ressortissants americains la veille du discours a la « nation » de Tshilombo, pour une raison ou une autre – certes une « mise en garde » venant directement de Kingakati -, ce dernier a eu peur! Car, le message contenu dans son discours ne peut pas etre reconcilie avec celui publie en forme de communique-urgent par « Nzita », son lobbyiste de facto. Depuis un certain temps, on ne nous casse pas les oreilles tantot soit avec un « desarmenent » qui s’etait opere a Kingakati soit avec les fameux marines americains en stand by quelque part sur la cote gabonnaise pour une eventuelle « mission » a Kinshasa? Cette « mission » aurait-elle avorte en derniere minute? Time alone will tell!

      1. chryso45,
        bikoma koma. Sans profondeur. Sans rigueur. Les affirmations (1) et (2) dans un même post révèlent un grave déficit en LOGIQUE de votre part. Kaka yo moko « jamais », kaka yo lisusu « time blablabla ».
        1. « Au fait, Tshilombo ne peut JAMAIS agir sans l’aval de « Joseph Kabila»… »
        2. « Time alone will tell! »

  6. @Baudouin Amba Wetshi
    Dans son intervention, l’Honorable Muhindo Nzangi Butondo acquiesce, justement, sur plusieurs points de mon article qui s’intitule “Minembwegate: une coincidence?”, notamment celui en rapport avec la double nationalite implicite au Congo-Kinshasa des Rwandais d’origine qu’on ne devrait d’ailleurs plus jamais identifier comme “Banyarwanda” ou « rwandophones », encore moins “Banyamulenge”, en votre possession depuis le 22 octobre dernier. Avec la ferme conviction qu’il edifiera davantage vos lecteurs, je vous prie encore une fois de le publier. Je note que mon article presente les faits dans sa chronologie a partir de la date du 16 janvier 2001! Et si « opinions » il y a dans cet article, elles n’engagent que la responsabilite de son auteur que je suis!
    Salut!

  7. LIDJO
    1. « Je vois que ma réaction sur un article passé vous a fort secoué » : Hors-sujet. C´est votre ‘cohérence et honnêteté’ qui sont interrogées ici sur fond d´une discussion antérieure (Sinon à quoi sert le passé ?). Argumentez au lieu de jouer maladroitement à la mère Teresa. Vous devez être désolé pour vous-même.
    2. « Vous cherchez à me faire passer pour un partisan de Muzito » : Vous mentez, sinon DÉMONTREZ-LE ! Je tiens beaucoup aux mots utilisés dans une discussion, dans le cas d´espèce, au mot « exécrer » que vous avez vous-même utilisé. D´où vient le mot partisan ? Olingi b´échappatoires mingi.
    3. « Et dans votre esprit retors, celui qui parle de Muzito, doit nécessairement soutenir Fayulu… » :
    Au lieu de chercher à vous aventurer dans les méandres de mon esprit, argumentez sur base de ce qui est DIT. Votre précédent post sur Fayulu, comparé à l´actuel, expose votre incohérence et manque d´honnêteté au moment où vous voulez faire la leçon à B.A.W.
    4. « pourquoi ces deux acteurs vous irritent tant » : Hors-sujet. C´est votre incohérence et manque d´honnêteté qui sont irritants.

  8. FLASH…FLASH…!
    Un noble et vaillant fils du Pays et militant farouche contre la tyrannie sanguinaire et kleptocratique kabiliste, nous citons notre cher frere Sindika Dokolo, vient de nous quiter aujourd’hui de Dubai ou il sejournait…
    Paix a son ame. Et c’est avec nos remerciements pour sa longue lutte pour l’avenement de l’Alternance au sommet de la RDC. Nul n’est parfait, mais Sindika Dokolo etait parmi les meilleurs espoirs comme grands leaders de la RDC de demain… Un Pays puant de pseudo-intellectuels et « politi-chiens » mediocres…et a la solde de…

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