PPRD-AMP-MP: La fin d’une imposture

Il y a quelque chose de pourrie au sein du « clan kabiliste ». L’union apparente n’est plus ce qu’elle était. Il faut refuser de regarder pour ne pas voir l’ambiance de plus en plus irrespirable qui règne au sein de cette mouvance appelée autrefois AMP (Alliance de la majorité présidentielle) ou MP (Majorité présidentielle). En cause, l’inéligibilité (article 70-1 de la Constitution) qui interdit à « Joseph Kabila » de briguer un troisième mandat. Il y a du sauve-qui-peut dans l’air.

Près d’une année après l’expiration du dernier mandat du successeur de Mzee, la mouvance kabiliste continue à entretenir le plus grand mystère autour de l’identité de son candidat à la prochaine élection présidentielle prévue – si tout va bien – le 23 décembre 2018. En attendant, on assiste chaque jour à une « désunion cordiale » au sein de cette plateforme politique aux allures de grand bazar. Deux faits en témoignent.

Il y a d’abord, la réunion « secrète » – aux allures de conspiration – présidée le vendredi 24 novembre par Aubin Minaku, l’homme à la double casquette de président de l’Assemblée nationale et de secrétaire général de ladite mouvance. A l’ordre du jour: le projet de loi électorale. C’était en présence du président de la Commission électorale nationale dite indépendante.

Grâce aux échos sonores, la terre entière a pu apprendre que le parti dit présidentiel, le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie « ne joue plus collectif ». Ses – ex? – alliés n’entendent plus lui donner un chèque en blanc. Ambiance!

Il y a ensuite l’altercation verbale survenue le 22 novembre, quasiment en mondovision, entre Minaku et le député national Henri-Thomas Lokondo, initiateur d’une interpellation à l’encontre du Premier ministre Bruno Tshibala Nzenzhe. Suite au dépôt tardif du projet de la loi de finances 2018.

Lisant son interpellation, « HTL », comme l’appellent ses proches, a commencé par fustiger la fâcheuse habitude prise par les chefs de gouvernement successifs à prendre des libertés avec la Charte fondamentale. Cette « moralisation » a eu le mérite d’irriter Minaku. Celui-ci a sommé le parlementaire à se limiter au texte de l’interpellation. Un étrange échange s’en est suivi.

En affichant leur dissension, Lokondo et Minaku ont démontré à l’opinion congolaise que la mouvance kabiliste dite « majorité présidentielle » se prépare « à mourir ». Et pour cause, les raisons ayant prévalu à sa création ne sont plus ce qu’elles étaient.

Après l’accession de « Joseph Kabila » à la tête de l’Etat congolais le 26 janvier 2001, plusieurs personnalités ont eu l’idée de doter le nouveau chef de l’Etat d’une « machine partisane » dénommée PPRD (Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie). C’était lors du dialogue intercongolais à Sun City, en Afrique du Sud.

Ces personnalités avaient perdu de vue qu’un parti – un vrai – ne peut survivre à son « autorité morale », sans idéologie ou doctrine. Encore moins, sans programme. C’est bien la doctrine – autrement dit la vision ou les valeurs – qui attire les adhérents. Le programme, lui, tient lieu de machine à capter les électeurs.

Lors de l’élection présidentielle de 2006, des partis politiques, des associations et des « personnalités » ont apporté leur soutien au candidat-président « Joseph Kabila » plutôt qu’à son challenger le « mobutiste » Jean-Pierre Bemba.

Adoubé par l’Occident, « Joseph », mal connu du corps électoral, s’était empressé de donner des gages sous forme de partage du pouvoir à ses alliés. Le pouvoir n’implique-t-il pas l’argent, les privilèges et la gloire?

Attirés par les prébendes, une trentaine de partis politiques, une vingtaine de personnalités et des associations finirent par rejoindre le candidat-président lors de l’élection présidentielle de 2006. C’est la naissance de l’AMP qui sera rebaptisée MP en avril 2011.

En parcourant la charte de la « majorité présidentielle » signée le 5 avril 2011, on cherche en vain les traces d’un véritable programme. En 2006, « Joseph Kabila » a été « élu » sans avoir présenté un projet politique. Ce n’est qu’après le second tour, qu’il va annoncer les fameux « Cinq chantiers ». Un projet pharaonique qui n’a jamais été chiffré. Il en est de même de la « Révolution de modernité » annoncée à l’inauguration du dernier mandat. C’était le 20 décembre 2011.

Le PPRD-AMP-MP qui a été conçue autour de l’idée de partage de postes, d’argent et des privilèges paraît déjà en agonie. Frappé d’inéligibilité, « Joseph Kabila » n’a plus de « butin » à partager. Désormais, c’est chacun pour soi.

Le Congo-Kinshasa se trouve à l’aube de la fin d’une imposture. Une imposture qui dure depuis bientôt dix-sept ans…

 

Baudouin Amba Wetshi © Congoindépendant 2003-2017