Prix Nobel de la Paix: Denis Mukwege en haut de l’affiche!

La nouvelle a été accueillie vendredi 5 octobre à partir de 11h avec une vive satisfaction dans les milieux congolais de la diaspora: « Le Nobel de la Paix 2018 est attribué à Denis Mukwege et Nadia Murad pour leur combat contre les violences sexuelles ». Le « clan kabiliste » qui considère l’Etat congolais comme son bien personnel a préféré banaliser l’événement. Un comportement pour le moins mesquin.

Lambert Mende Omalanga, porte-parole du Gouvernement

Contrairement aux médias d’Etat congolais, la nouvelle de la distinction de Denis Mukwege a été unanimement saluée dans les médias belges et français. La célèbre télévision américaine « CNN », mêmement. La RTBF a ouvert son JT de 19h30 par cette « info » en montrant Denis Mukwege dans son hôpital de Panzi, à Bukavu (Sud Kivu).

Dans le bulletin de l’Agence congolaise de presse daté du 5 octobre 2018, la dépêche relative au Nobel décerné à ce digne fils du pays occupe la 19ème place. Elle est reléguée dans la rubrique « Société, culture, genre ». Pire que de la mauvaise foi.

Réagissant à cette annonce du Comité Nobel norvégien, Lambert Mende Omalanga, ministre de la Communication et porte-parole plus de « Joseph Kabila » que du gouvernement dissimulait à peine son déplaisir. « Le prix Nobel de la Paix n’est pas une sanctification », a-t-il grommelé en soulignant que le gouvernement « salue » cette nouvelle sans perdre de vue les points de « désaccord » avec le célèbre médecin. « Nous n’avons pas été d’accord avec lui dans le passé. Il n’est pas exclu que nous ne soyons pas d’accord à l’avenir. Il peut se tromper », ajoutait-il sur un ton amère.

Dans un communiqué diffusé sur les réseaux sociaux, le constitutionnaliste André Mbata Mangu prend le contre-pied du « clan kabiliste » en félicitant « chaleureusement » le professeur Mukwege, son collègue. « Vous vous êtes battu et continuez à vous battre au mépris des menaces de mort de tout genre », écrit-il. « Ce prestigieux prix que vous avez mérité est venu s’ajouter à de nombreux autres qui vous ont été octroyés, à travers le monde, mais pas un seul dans votre pays ».

« EMPIRE DES TENEBRES »

Polémiste, le professeur Mbata d’asséner: « La démonstration vient ainsi d’être brillamment faite, à travers votre personne, que de l’ ‘Empire des ténèbres’ peut jaillir la lumière et de la médiocrité schizophrénique ambiante, l’excellence ».

Pour André Mbata, Mukwege ne doit nullement considérer l’obtention ce « Nobel » comme « la fin du combat ». Pour lui, ce « Prix » doit être l’occasion « de nous engager avec plus de détermination dans un nouveau combat qui va bien au-delà de la défense des droits de la femme (…) pour devenir le combat pour la défense des droits de tous et de chacun. C’est le combat pour la démocratie que nous devons établir et consolider dans notre pays (…)« .

Le ministre Mende n’a pas tort d’accueillir fraîchement l’honneur planétaire fait à son compatriote Mukwege, surnommé « l’homme qui répare les femmes ». Le médecin n’a jamais fait mystère de son aversion à l’égard du pouvoir en place autant que de sa colère devant l’impuissance des pouvoirs publics face aux milices qui fleurissent dans les deux provinces Kivu. L’homme a une lecture différente de la situation à l’Est: « Il n’y a pas de conflit entre les Congolais ». En revanche, estime-t-il, ce sont les membres des milices tant nationales qu’étrangères qui ont érigé le viol en « armes de guerre » pour « détruire le corps de la femme ».

Prof. André Mbata Mangu

Au mois de mai dernier, Denis Mukwege a co-animé une conférence de presse à Bruxelles en compagnie de ses collègues professeurs André Mbata Mangu et Alphonse Maindo. Les trois universitaires font partie d’un groupe de « douze intellectuels » qui militent en faveur d’une « transition citoyenne ».

« RUPTURE » AVEC LE SYSTÈME KABILISTE

Pour le directeur de l’hôpital Panzi, il est illusoire d’espérer un véritable « changement » impliquant la transformation de la société congolaise « aussi longtemps que les acteurs politiques actuels auront à régenter les affaires du pays ».

Au moment où des informations parcellaires font état des difficultés de la CENI (Commission électorale nationale indépendante) à financer la suite du processus électoral, des observateurs « rêvent » d’un régime de transition. Sans « Joseph Kabila ». Un régime qui devrait être mis en place dans le cas où les élections n’auraient pas lieu le 23 décembre prochain. Les animateurs de cette transition seront chargés d’organiser les consultations politiques.

Problème: les initiateurs de cette idée – qui semble, par ailleurs, recueillir l’assentiment d’une majorité des Congolais – peinent à aller au-delà de l’incantation. Ils se contentent d’invoquer le fameux article 64 de la Constitution qui stipule dans son premier alinéa que « tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exercice en violation des dispositions de la présente Constitution ». Pas un mot sur le mécanisme destiné à mettre en place ce régime.

Nombreux sont les Congolais qui souhaiteraient voir Denis Mukwege et le cardinal Laurent Monsengwo prendre la direction d’un pouvoir transitoire. En 2016, le médecin excluait toute ambition présidentielle en répétant à qui voulait l’entendre qu’il n’est qu’un « citoyen qui demande des comptes aux dirigeants de son pays ».

Lors de la conférence de presse tenue le 28 mai à Bruxelles, « Docteur Denis » a radicalisé son propos en martelant la nécessité d’une « rupture » avec le système en place. « Si nous ne faisons rien pour que la situation change, la mort va nous trouver dans nos lits », concluait-il.

 

Baudouin Amba Wetshi