« Procès 100 jours »: « VK » a perdu une « bataille » en « grande instance »

Bretteur réputé, Vital Kamerhe n’entend nullement s’incliner après le verdict rendu samedi 20 juin 2020 par le tribunal de grande instance de Kinshasa/Gombe: 20 ans de travaux forcés assortis de 10 ans d’inéligibilité. Membre de l’équipe de défense de l’homme qui porte encore le titre de directeur de cabinet du Président de la République, l’avocat Jean-Marie Kabengela Ilunga a, d’ores et déjà, annoncé la défense ira en appel afin d’obtenir la réformation de ce qu’il considère comme « un jugement mal rendu ». En clair, « VK » a perdu une bataille. Et non la guerre!

Qui aurait pu imaginer que Vital Kamerhe allait être embastillé à la prison de Makala, seize mois après l’investiture de son allié politique, Felix Tshisekedi Tshilombo, à la tête de l’Etat? Le président de l’UNC (Union pour la nation congolaise) se trouve désormais face à ce mystère appelé « destin ». Que restera-t-il de la coalition Cach « Cap pour le changement » après la mise « entre parenthèse » pour ne dire « hors-jeu » de cet autre pilier de ce cartel? On apprenait que le climat était tendu, samedi, notamment à Bukavu, le fief de « VK ».

Le verdict rendu par le tribunal de grande instance de Kinshasa/Gombe est déversement commenté. L’Association congolaise d’accès à la justice (Acaj) que dirige Georges Kapiamba ne tarit pas d’éloge le « professionnalisme » ayant caractérisé le déroulement du procès.

Me Jean-Marie Kabengela Ilunga

Me Jean-Marie Kabengela Ilunga a un avis plus nuancé. Pour lui, « le jugement a été mal rendu ». Il estime que le juge a, non seulement, développé une « mauvaise motivation » mais surtout n’a pas été capable de « démontrer que Vital Kamerhe a signé un document attestant qu’il a reçu de l’argent ». Kabengela ne s’est pas arrêté là. Il s’est insurgé contre la condamnation de l’épouse Kamerhe et sa fille Soraya alors qu’elles « n’étaient pas parties au procès ».

LE TRIOMPHE MODESTE DE LA PARTIE CIVILE

Tel un boxeur qui vient de remporter un combat, le bâtonnier Coco Kayudi Misamu, représentant de la partie civile en l’occurrence l’Etat congolais, a fait preuve d’un « triomphe modeste » qui ne peut que l’honorer. Il s’est refusé de commenter le jugement rendu. Dieu seul sait combien cet avocat, au ton réquisitorial, a tenu le grand public en haleine à chacune de ses interventions. « La République a recouvré ses droits. L’Etat va voir ce qu’il y a lieu de faire », a-t-il presque murmuré.

Sur son compte Twitter, Sam Bokolombe Batuli, professeur de droit, écrit ces mots: « Le jugement est assez motivé en fait et en droit eu égard aux éléments constitutifs des infractions retenues. Les condamnations sont conséquentes. (…), sauf mauvaise foi, les peines ne sont pas imméritées. Place aux voies de recours dont je doute, toutefois, du succès ».

Observateur extérieur basé au « Grand Katanga », Maître « Bertrand » vient clôturer les réactions enregistrées. Pour lui, Kamerhe a semblé un moment prendre plaisir à « narguer » les juges. Une erreur. « Les juges se trouvaient devant un défi. Celui de confirmer l’indépendance du pouvoir judiciaire par rapport à l’Exécutif et le Législatif », ajoute-t-il. Pour ce praticien du droit, « Vital » a tenté, sans succès, de « politiser » ce procès. Une allusion à la lettre n°195/CC/SEC-GREchef/BB/2020 datée du 18 juin par laquelle le greffier en chef de la Cour constitutionnelle a demandé à son homologue du tribunal de grande instance de Kinshasa/Gombe lui faire parvenir le dossier judiciaire RP 26931. Celui-ci se trouvait déjà aux mains des juges occupés à délibérer sur le jugement à prononcer.

Il faut dire que tout au long de la plaidoirie, la défense de « VK » a soulevé une exception d’inconstitutionnalité au sujet de la peine des « travaux forcés » infligée à son client. L’article 16-5 de la Constitution stipule que « nul ne peut être astreint à un travail forcé ou obligatoire ».

Sur les réseaux sociaux, un enregistrement audio fait état une imminente « chasse aux Kasaïens » vivant dans les provinces du Kivu. L’auteur anonyme de cet élément accuse le politicien kivutien, Norbert Basengezi Kantitima, de « réactiver » la fameuse « milice Mudundu 40 », anciennement proche du RCD (Rassemblement Congolais pour la démocratie). Dans un autre audio, Basengezi dément son implication à une telle entreprise. Des manifestations ont eu lieu samedi à Bukavu et Walungu

NE PAS SABORDER LA COALITION CACH

Samih Jammal

Que reproche-t-on à Vital Kamerhe? Il lui est reproché d’avoir notamment « coopéré » dans le détournement de la somme de 48.831.148 U$D destinés à l’achat et l’érection de 1.500 maisons préfabriquées. Le fournisseur n’est autre que l’homme d’affaires Libanais Samih Jammal, accusé non seulement de participation à ce détournement mais aussi au blanchiment de capitaux pour avoir transféré frauduleusement plus de 10 millions de U$D « sans passer par un établissement de crédit ou par son intermédiaire ».

Il est également reproché à Kamerhe d’avoir, en sa qualité de directeur de cabinet présidentiel, reçu quelques « cadeaux immobiliers » de la part de Jammal. Celui-ci entendait par ces « gestes », estime le tribunal, à gagner les marchés publics de construction des maisons préfabriquées. En français facile, cela s’appelle corruption. Tout au long du procès, « Vital » n’a cessé de clamer son innocence.

Et maintenant!

L’arrestation de Kamerhe est une bonne nouvelle pour les partisans de « l’Etat de droit ». Quel que soit l’issue de cette affaire, ces derniers estiment que c’est une avancée dans la bonne direction. Pour eux, c’est un message clair qui a été envoyé à tous les prévaricateurs. Ceux d’hier et d’aujourd’hui. N’en déplaise à « Fatshi » qui avait pris l’engagement quasi-solennel de ne pas « fouiner dans le passé ». La justice, elle, aura à cœur de nettoyer les écuries d’Augias.

A l’Assemblée nationale, on assiste à une agitation. Des caciques du Fcc (Front commun pour le Congo) initient des propositions de loi ayant pour but de « réformer » notamment le Conseil supérieur de la magistrature

L’emprisonnement de « VK » est loin d’être une bonne nouvelle pour le président Felix Tshisekedi Tshilombo. Celui-ci se retrouve désormais seul face aux « caïmans » de la mouvance kabiliste. Empêtrée dans ses contradictions internes, l’UDPS ne lui est d’aucun secours. La guerre des « sous-chefs » qui y règne a miné ce parti de l’intérieur.

Selon des observateurs, « Fatshi » serait bien inspiré de ne pas saborder la coalition Cach. Et ce en dépit du fait que la confiance mutuelle n’est plus ce qu’elle était. « Pour le moment Vital a perdu une bataille et non la guerre », estime un Kamerhiste…

 

Baudouin Amba Wetshi