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5 DECEMBRE 2005 |
Questions directes à Tharcisse Loseke Nembalemba
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Ancien ministre du Tourisme du gouvernement d’Etienne Tshisekedi, professeur de neuro-chirurgie, Tharcisse Loseke Nembalemba vient de rentrer à Bruxelles où il travaille en qualité de médecin au prestigieux Centre Hospitalier Edith Cavell. Loseke vient de séjourner au Congo. Après Kinshasa, il s’est rendu dans le district de Sankuru, au Kasaï oriental. Il a bien voulu livrer à notre journal quelques observations sur l’évolution de la situation générale du pays. « Il faut rejeter le projet de Constitution lors du référendum. L’élection de Kabila à la tête de l’Etat sera une grosse bêtise collective » Quelle est la première impression que vous avez eue en arrivant à Kinshasa ? Dès l’aéroport de Ndjili, j’ai été saisi par une impression de désolation. Ce qui frappe le voyageur c’est d’abord cette ambiance de désordre. Rien ne va. Les services publics évoluent en ordre dispersé. Dès que vous arrivez à l’aérogare, vous êtes assailli par des badauds. Il y a, ensuite, l’extrême pauvreté de la population. En ville, les gens ne vous parlent que de leurs difficultés sociales et des insuffisances du gouvernement. C’est la débrouillardise en permanence. Bref, le pays n’est pas gouverné. Revenons un peu sur le plan social. Qu’avez-vous observé ? Les enseignants qui étaient en grève ont dû se résoudre à reprendre le travail. Ils restent toujours impayés ou sous-payés avec des promesses fallacieuses de ce gouvernement qui ne manifeste aucune volonté politique de conduire des réformes au plan social. La population vit dans un dénuement total. On a l’étrange impression que la guerre n’a pas eu lieu seulement à l’Est ou au Nord-Est du pays mais aussi à Kinshasa. Les fonctionnaires, les médecins, les paramédicaux ne sont pas payés. Sous d’autres cieux, la situation que vous décrivez aurait pu provoquer des émeutes voire une révolution populaire. Comment expliquer cette résignation de la masse? Le fait de maintenir la population dans la misère constitue une stratégie pour anéantir la volonté collective. Au Congo, c’est assez symptomatique de voir une population qui vit dans l’asservissement, l’indignité la plus totale et qui n’arrive plus à réagir. C’est dommage ! La faute incombe surtout aux représentants des forces politiques et sociales. Ceux-ci auraient dû prendre des initiatives pour dire « ça suffit ! ». Face à la misère sociale, on parle de l’opulence qu’afficheraient les dirigeants. Quel est votre commentaire ? C’est ça le contraste ! A Kinshasa, malgré le mauvais état des routes, on voit des officiels rouler carrosse. Cette opulence est tellement scandaleuse qu’on est amené à se demander si les personnalités qui affichent ce train de vie sont en paix avec leur conscience. L’homme politique congolais a la redoutable réputation d’avoir deux discours. L’un quand il broie du noir dans les rangs de l’opposition armée ou non armée ; l’autre quand il accède au confort du pouvoir. En tant qu’homme politique, comment expliquez-vous cette incohérence ? Les vrais leaders de l’opposition - qui réclament le changement – n’ont jamais été compromis dans des situations comme celles que nous déplorons maintenant. Les autres politiciens sont arrivés au pouvoir pour défendre leurs intérêts personnels. Les vrais opposants sont restés constants et ont un idéal de changement pour ce pays. Qu’avez-vous observé au plan politique particulièrement sur le processus électoral? Je suis allé dans l’arrière-pays pour toucher du doigt ce qui se fait en matière d’enrôlement des électeurs. J’en ai profité pour savoir ce que les citoyens du Congo profond pensent des consultations politiques à venir. S’agissant de l’enrôlement, j’ai été impressionné par le déploiement logistique de la communauté internationale – par le truchement de la Monuc – à l’intérieur du pays. J’ai vu, dans des villages de mon Sankuru natal, des groupes électrogènes de la taille d’une mallette et des kits qui enregistraient les gens en pleine brousse. Je tiens à dire que, contrairement à ce que certains pensent ici à l’extérieur, l’enrôlement se déroule dans des conditions assez satisfaisantes. Il me semble qu’il sera difficile qu’on puisse manipuler les listes électorales. Chaque enregistrement est une combinaison de trois éléments : l’identité, la photo et l’empreinte digitale. Ces trois éléments sont permanents pour chaque électeur. Je crois qu’il sera difficile d’ajouter des faux noms. Militez-vous dans un parti actuellement ? Je milite dans l’UDPS. Lors d’une conférence de presse animée par Raphaël Katebe Katoto, on vous a vu à ses côtés… Nous formons une alliance des forces du changement avec M. Katebe. Nous allons démontrer ce dont nous sommes capables lors du référendum. Que pensez-vous du projet de Constitution à soumettre au référendum ? Ce texte constitue une insulte pour notre pays. Ce projet contient beaucoup de dispositions qui sont à la fois contradictoires et conflictuelles. Un exemple ? La lecture cumulée des articles 222, 228 et 229. L’article 222 dispose que les institutions actuelles restent en fonction jusqu’à la mise en place des institutions correspondantes issues des urnes. L’article 228 abroge la Constitution de la transition avec la promulgation de la future Constitution. Cela revient à dire que les institutions actuelles vont demeurer en place sans la loi fondamentale de transition. Les autorités issues de l’Accord global n’auront plus de base juridique pour gouverner le pays. C’est dans l’hypothèse où le « Oui » l’emporte. Le pays va se retrouver dans une situation où le chef de l’Etat ne pourra plus prendre des décrets, ne pouvant plus se référer au texte constitutionnel abrogé. Les ministres ne pourront plus signer des arrêtés etc. On s’achemine donc vers un vide juridique. Pour nous, il faut rejeter purement et simplement ce projet de Constitution. Il y a beaucoup des dispositions qui sont en fait des pièges. Supposons que le « Non » l’emporte. Que va-t-il se passer ? Je ne peux pas prédire l’avenir. Mon souhait est que le référendum se solde par un « Non ». Y aura-t-il blocage ? Je ne pense pas. Personne ne pourra tirer profit d’un blocage. Ni les animateurs de la transition. Encore moins ceux qui, comme nous, souhaitent un autre texte constitutionnel. La victoire du « Non » sera un signal fort tant pour la communauté internationale que des animateurs des institutions de la transition. L’idéal serait qu’on procède à une requalification de la transition avec un autre leadership. Que dites-vous aux Congolais qui allèguent que l’élection présidentielle ne serait, pour la « communauté internationale », qu’un alibi pour légitimer Joseph Kabila ? Je n’ai pas l’impression que la communauté internationale soutient M. Kabila. C’est une vue de l’esprit. C’est une campagne de désinformation auprès de la population congolaise. Selon les informations en ma possession, la communauté internationale attendrait – avant de « se positionner » - de connaître les prétendants à la présidence de la République qui vont se manifester après la promulgation de la loi électorale. A propos de M. Kabila Joseph, je peux vous dire que son impopularité est telle qu’il ne pourra pas se porter candidat. S’il se présentait malgré tout aux élections, ce qu’il n’a pas su prendre la mesure de son rejet auprès de l’opinion. Il prendrait ainsi beaucoup de risque. Les partisans Kabila qui ont aller battre campagne dans le Sankuru ont été invités à déchirer les photos du président dont ils étaient porteurs. Le Sankuru se souvient des promesses fallacieuses du chef de l’Etat. Des promesses non tenues. D’aucuns diront que vous prêchez pour la chapelle tshisekediste Pas du tout ! La population connaît bien le président Kabila. La population est bien au courant de sa nationalité douteuse, de ses insuffisances intellectuelles, de son incompétence et de son goût du pouvoir pour le pouvoir. La population congolaise a acquis une telle maturité qu’on ne peut plus lui dire n’importe quoi. Je peux vous assurer que l’élection de Kabila à la tête de l’Etat sera une bêtise collective du peuple congolais. Si par malheur, il arrivait que Kabila soit élu, la RD Congo risque de patauger pour longtemps dans la situation actuelle. Personnellement, je pense qu’il a très peu de chance de l’emporter. Je me demande même s’il va se présenter aux élections. Comment voyez-vous l’avenir ? J’envisage l’avenir avec optimisme à condition que les élections à venir apportent le changement fort que les Congolais attendent. Je serai pessimiste au cas où les gouvernants actuels prendraient la résolution de s’accrocher au pouvoir en se faisant élire par des méthodes antidémocratiques. Il y a déjà des tentatives pour mettre en place une loi électorale non seulement antidémocratique mais surtout qui cautionne la tricherie. Je vous assure que la population ne se laissera pas faire. Nous savons que le pouvoir va recourir à trois stratégies : l’intimidation, la tricherie et la corruption à grande échelle avec les deniers publics. Les gens n’ont plus peur. Ils s’expriment plus librement que les Congolais de la diaspora. En ce qui concerne la corruption, la population prendra certainement les « cadeaux » des gouvernants. Il n’est pas sûr que son vote sera déterminé par l’argent. Ne craignez-vous que l’argent et l’ « ethnicité » jouent un rôle d’ « incitants majeurs » dans les urnes ? Ce sont des facteurs incontournables. Il y a toujours la fibre tribale qui joue dans le choix des électeurs. C’est un phénomène qui date des années 60. En ce qui concerne la magistrature suprême, le corps électoral doit choisir une seule personne. Quelles que soient les origines ethniques des prétendants, je crois que le peuple congolais jettera son dévolu sur le candidat qui réunit les conditions de compétence, des qualités morales et intellectuelles. De même, le futur président doit être un rassembleur. Il doit aimer son pays pour vouloir son décollage économique et social. Pour l’anecdote, certains barons du PPRD m’ont confié qu’ils attendent la publication de la loi électorale pour se positionner dans des formations politiques plus crédibles et plus rassurantes. Propos recueillis par B. Amba Wetshi
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