RDC, le chemin qui nous mènera au progrès

Dr François Mpuila

Notre socle doit être notre génie propr: il faut enrichir notre génie propre de valeurs des autres peuples, l’adapter pour survivre et progresser face aux superstructures idéologiques des autres peuples et pour mieux affronter le contexte, les défis et les enjeux qui évoluent aux différentes époques. Mais il ne faut pas avoir pour socle et fondement de notre progrès les valeurs des autres peuples.

« Les hommes trébuchent parfois sur la vérité, mais la plupart se redressent et passent vite leur chemin comme si rien ne leur était arrivé » (Winston Churchill), mais tôt ou tard, ils seront rattrapés par la même vérité, ils ne pourront plus l’ignorer, ni l’éviter, ni la minimiser, ni enfouir leur tête dans le sable, ni faire semblant. Et les conséquences seront inévitables et catastrophiques.

Aucun vrai progrès ne peut se réaliser si le génie ancestral propre n’en est pas le socle. C’est une évidence pour tous les peuples de la Terre sauf pour nombreux Noirs d’Afrique en général et nombreux congolais en particulier (Résidents en RDC et de la Diaspora, toutes les tendances, toutes les catégories, toutes les tribus, toutes les couches confondues). C’est l’une des causes principales de l’existence, de la durée et de l’ampleur de la Tragédie congolaise.

Ils sont fiers d’être enfermés dans la Caverne; d’être vidés d’eux-mêmes, de leur consistance ontologique, de leur densité axiologique, de leur aptitude de dépassement, de leur capacité transcendance et d’élévation spirituelle; ils exaltent le fait d’être humainement, culturellement, politiquement, socialement et religieusement aliénés.

Même 60 ans après la proclamation de l’Indépendance et de la Souveraineté nationales, nombreux congolais ne connaissent toujours pas l’histoire du Congo, la description de la situation géostratégique du Congo, les richesses naturelles énergétiques, écologiques, hydrographiques, agricoles, touristiques, multi-artistiques, multiculturelles, minières et minérales ainsi que les potentialités économiques et industrielles considérables du Congo; ils continuent inexorablement à perdre de plus en plus leur identité culturelle (facteur historique, facteur psychologique et facteur linguistique) ; à se bercer d’illusions et d’hallucinations de croire qu’un quelconque progrès d’un homme et d’un peuple peut se réaliser à partir d’un socle humain, culturel, politique, social et religieux étranger.

Quelques citations

Quelques repères de notre génie propre ancestral négro-africain précoloniale. Ces repères sont décrits par nombreux auteurs africains et occidentaux

La culture reflète une vision du monde, une conception de la vie, une manière d’être homme. Les cultures des peuples diffèrent. Il y a donc plusieurs cultures et donc plusieurs manières d’être homme. Mais les caractères personnels sont les attributs de l’unicité de chaque homme et diffèrent d’homme à homme au sein d’une même culture.

L’éducation, la formation, les relations interpersonnelles et intersubjectives ainsi que les systèmes d’organisation politique et d’encadrement social ont une influence certaine sur le devenir et le comportement des individus et des peuples.

La culture africaine précoloniale était par nature fondamentalement et majoritairement fondée sur une superstructure idéologique pacifiste qui faisait l’éloge et l’apologie des valeurs politiques, sociales et spirituelles; sur le respect de la vie, de la dignité humaine, de la liberté et des droits, l’altruisme, la dimension communautaire, la paix, les devoirs, la responsabilité, la croyance absolue et sincère en l’Absolu, la priorité des qualités et des vertus intérieures. La liberté et les droits étaient donc naturels et d’office reconnus par tous. Il ne fallait pas lutter pour les arracher.

La conception de la personne humaine dans la société négro-africaine précoloniale n’était pas incompatible avec les principes et la pratique démocratiques

Les 4 Co – principes: conscience de soi, conscience d’autrui, conscience du monde et conscience de l’Absolu

La personne humaine était identifiée, non comme un individu, un égo, une monade isolée (conception occidentale de la personne humaine), mais comme étant le « je – avec – autrui -dans – le- monde -tourné – vers -l’Absolu »: la personne humaine était donc constituée de 4 Co – principes inséparables : conscience de soi, conscience d’autrui, conscience de l’environnement et conscience de l’Absolu.

La personne humaine était donc un être ouvert qui se posait en se proposant à soi, à autrui, au monde et à l’Absolu; elle n’était pas un être qui se pose en s’enfermant dans sa coquille de l’hyper-ego, et en s’opposant à autrui, à l’environnement et à l’Absolu.

Une évidence première et irrécusable

La personne humaine était une évidence première et irrécusable dans cette société. Sa subjectivité était inaliénable et toujours maintenue en éveil. Elle pouvait toujours, se poser et s’imposer comme une conscience de soi, centre de conception et de décision, conscience critique, sujet libre et responsable, s’affirmer dans la liberté du discours, dans la discussion par la confrontation des opinions diverses. Ces sociétés s’étaient efforcées de promouvoir l’aventure personnelle, l’indépendance d’esprit et de comportement et de donner à la personne beaucoup de latitude.

c) L’Onomastique (étude et signification du nom)

L’étude de la signification du nom dans la société négro-africaine a démontré que le nom, dans cette société, n’était pas une étiquette familiale comme en Occident. La personne humaine, tout en vivant dans la société, a une place unique. Nommer comporte un programme de vie que l’individu doit réaliser lui-même et non par procuration.

Le nom indique l’historicité de chacun dans sa singularité et son unicité non communicable et non réitérable. Il marque chaque individu dans sa réalité ontologique. Le nom indique l’essence d’une personne et ne peut être cité à la légère.

d) Les proverbes

Il existe partout en Afrique, des proverbes et des récits qui mettent en évidence l’importance de la personne humaine ; des textes qui enseignent la ruse, la réflexion, la prudence, le recours à l’intelligence, à soi-même pour sortir victorieux du combat de la vie. Une soumission aveugle à autrui y est présentée comme une naïveté et une imprudence.

Chez les Luba-Kasaï, les contes où la mangouste (“Kabundi”) est le héros principal est l’une des illustrations de ce point de vue.

e) La palabre africaine

Elle consistait en des débats contradictoires et libres où chaque personne avait droit à la parole pour exprimer sans peur, ni tabou, ni contrainte sa pensée, son opinion, ses arguments.

Ces palabres mettaient en évidence l’existence de l’esprit critique la responsabilité ou l’u; montraient, ainsi que les sanctions qui en découlaient, qu’il n’y avait pas de déterminisme social et absolu. Les sanctions interviennent dans une société où il y a des principes, des lois, des règlements, un code d’éthique…, dans une société où chaque personne est responsable de ses idées et de ses actes; dans une société où il y a l’exercice de la liberté.

De la pluralité d’opinions et d’arguments, on aboutissait à un large « consensus », à une décision exécutoire et opposable à tous et à chacun. La décision finale n’était donc pas un phénomène spontané et facile. Elle était conquise sur des subjectivités exigeantes. La nature polémique de la vérité était donc reconnue. C’était un système démocratique fondé sur l’exercice de la liberté, de la responsabilité, de la parole et de la vérité ; une démocratie fondée sur la participation des adultes ou des vieillards aux prises des décisions politiques et sociales.

f) Les égyptologues

Ils ont démontré, de manière imposante, que c’est l’Egypte pharaonique, habitée par les Noirs, qui est la mère lointaine de la science et de la philosophie occidentale, de ces productions théoriques où la personne humaine se pose et s’impose comme sujet libre et responsable, comme puissance inventive et révolutionnaire; que les emprunts inavoués des philosophes grecs à la pensée de cette Egypte est évidente. La théorie des contraires d’Héraclite, la dialectique et les principes de l’âme chez Aristote… tirent leur origine de l’Egypte ancienne. Et la philosophie se caractérise, rappelons-le, par la réflexion, la rupture, grâce au doute, avec le donné; la capacité de soumettre la tradition à une critique sans complaisance, la prise de conscience de soi comme pouvoir autonome du discours, comme liberté créatrice.

g) L’existence des textes philosophiques

Il existait, en outre, en Egypte ancienne, des textes d’une nature philosophique, d’une abstraction remarquable.

La culture négro-africaine précoloniale était donc compatible avec la démocratie et ses implications car la démocratie implique l’affirmation de la personne humaine comme étant une réalité valable et qui assume sa liberté; favorise l’imagination critique; renvoie chacun à la responsabilité personnelle, à la prise en charge de son propre destin conjoint à celui de sa communauté historique; offre à la personne humaine les possibilités d’émergence et d’épanouissement; respecte la diversité des opinions; est soucieuse de la vérité considérée comme chose publique, résultante de l’intersubjectivité et fille de la discussion, de la confrontation des opinions personnelles; vise à éveiller la conscience de soi historique et repousse la confiance aveugle à autrui ou à la tradition ainsi que la conception de l’histoire comme le déterminisme absolu.

A suivre: la démocratie en Afrique négro-africaine précoloniale

Fait le 09 04 2021

 

Pour le Leadership Nationale Congolais de Progrès
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