Répression du 21 janvier: Monsengwo pique une sainte colère!

Quarante-huit heures après la répression sanglante de la deuxième marche organisée par le Comité Laïc de Coordination (CLC), le cardinal Laurent Monsengwo Pasinya a sorti « l’orgue de Staline » pour pilonner les positions de la « Kabilie ». Sur le plan diplomatique, la réprobation est totale.

Lundi 22 janvier, « Joseph Kabila » qui n’a pas la réputation d’un « bosseur » s’est fait violence pour présider la 7ème réunion extraordinaire du Conseil des ministres. Le compte-rendu lu par le très comique Félix Kabange Numbi, ministre de l’Aménagement du Territoire, confirme l’aveuglement de l’oligarchie finissante.

Pendant que des familles pleurent encore leurs morts, des blessés sont admis dans les hôpitaux et que des paisibles citoyens sont embastillés dans des cachots secrets de l’ANR (Agence nationale de renseignements), les ministres réunis sous la présidence de « Kabila » estiment que « la situation est relativement calme dans l’ensemble du territoire national ».

Selon eux, l’appel « à l’insurrection » lancé par le « prélat catholique avec l’opposition » « n’a pas été suivi ». « Kabila » et ses ministres ont poussé l’indécence jusqu’à saluer la « bravoure des forces de l’ordre qui ont bien assuré leur rôle en vue de maintenir l’ordre ».

Le ministre Félix Kabange Numbi

Questions: si la situation générale était aussi « calme », comment explique-t-on les barrages érigés le samedi 20 janvier sur les artères principales de la capitale pour fouiller les véhicules des particuliers et contrôler les « pièces d’identité »? Si la situation était relativement calme, comment expliquer la nervosité manifestée dimanche 21 janvier par les forces dites de sécurité? Que dire des prêtres et des fidèles déshabillés dans la résidence du ministre Kabange Numbi sous le fallacieux prétexte que ceux-ci s’étaient introduit pour l’agresser?

Moulés dans le mensonge, « Kabila » et ses ministres assurent que les victimes déplorées dimanche dernier ont été atteintes par des balles tirées par des « inciviques ». Ceux-ci s’étaient « infiltrés parmi ces manifestants ». Bilan officiel: deux morts et 16 blessés graves dont deux éléments de la police. Personne n’est dupe.

« UNE PRISON À CIEL OUVERT »

Dans une communication faite mardi 23 janvier devant des journalistes, l’archevêque de Kinshasa de s’interroger: « Sommes-nous dans une prison en plein air? » Une allusion aux barrières que « Joseph Kabila » et ses sbires avaient déployées le samedi.

Le cardinal Monsengwo peine à comprendre que des militaires et des policiers puissent « canarder » des paisibles citoyens qui ne représentaient aucun danger pour les institutions. « Comment peut-on tuer des hommes, des femmes et des enfants, jeunes et vieux scandant des cantiques religieux, munis de bibles, chapelets et crucifix? ». Et de poursuivre son interrogation: « Que veut-on au juste? » Il répond aussitôt: « Nous voulons que règne la force de la loi et non la loi de la force ».

Le Cardinal de s’étonner du comportement de la force publique « alors que » le « général » Sylvano Kasongo, chef de la police kinoise, avait prétendu que les troupes descendues sur le terrain avaient reçu des consignes de veiller au respect des libertés et de l’intégrité physique des « marcheurs ».

Marie-Ange Mushobekwa
La ministre Marie-Ange Mushobekwa

Interviewée mardi par RFI, la ministre des « Droits humains », Marie-Ange Mushobekwa, a déclaré que « les auteurs de ces actes ne seront pas impunis ». Comment croire en ce qu’elle dit alors que les auteurs de la répression de septembre 2016 n’ont pas été inquiétés? « Les enquêtes sont encore en cours », a-t-elle bredouillé avant de reprocher à l’église catholique de « prendre parti » pour un camp en livrant l’autre « au lynchage ».

RÉPROBATION DIPLOMATIQUE

Sur plan diplomatique, le pouvoir kabiliste est plus que jamais isolé. Sur son compte Twitter, le chef de la Délégation de l’Union Européenne à Kinshasa, a écrit que « les violences de dimanche dernier (…) vont à l’encontre de l’engagement affiché du gouvernement de créer les conditions propices pour l’organisation des élections (…) ». L’ambassadeur Bart Ouvry appellent les autorités congolaises à ouvrir des « enquêtes judiciaires effectives afin que les responsables puissent en répondre devant la justice ».

Sur son compte Twitter, le chef de la diplomatie belge, Didier Reynders, dit avoir demandé au Conseil des Affaires étrangères de l’UE (CAE) des « actes concrets pour garantir enfin le respect des droits les plus élémentaires » au Congo-Kinshasa.

Dans un communiqué commun, l’ambassadeur britannique, John Murton, et le chargé d’affaires des Etats-Unis à Kinshasa se disent « consternés par la violence perpétrée par les forces de sécurité (…) ».

Après avoir regretté la coupure des services de l’Internet et SMS, les deux diplomates de souligner que les « actions du gouvernement entravent le processus démocratique, font obstruction à la mise en œuvre de l’Accord de la Saint Sylvestre (…) ». Ils appellent, à leur tour, les autorités à ouvrir des informations judiciaires afin de déterminer les responsabilités et réitèrent leur demande tendant à la libération des prisonniers politiques et à l’arrêt des « poursuites politiquement motivées » et à la « duplication des partis politiques ». Ils demandent enfin « aux pouvoir congolais de permettre aux partis politiques de changer leurs représentants à la CENI (…) ».

« NOUS IRONS JUSQU’AU BOUT »

Pr Isidore Ndaywel E Nziem

Dans une déclaration publiée lundi 22 janvier sous les signatures des professeurs Thierry Nlandu Mayamba, Isidore Ndaywel E Nziem et de Justin Okana, le Comité Laïc de Coordination dit regretter que le pouvoir kabiliste ait choisi, « encore une fois », de répondre à « nos revendications » par « la répression aveugle, méchante » et « barbare ».

Contrairement au discours politiquement serein claironné lors du Conseil des ministres précité, le « CLC » note que la marche du 21 janvier a drainé plus de monde que celle du 31 décembre 2017. Comme pour répondre à ceux qui s’interrogent sur les objectifs de ces manifestations, le CLC de préciser leurs exigences: « L’application stricte et intégrale de l’accord de la Saint-Sylvestre, c’est-à-dire la libération sans condition des prisonniers politiques, la fin de l’exil des opposants menacés à leur retour au pays, la libération des espaces médiatiques et la réouverture des médias injustement fermés ». Sans oublier: « la fin du dédoublement des partis politiques, le libre exercice des activités politiques par tous notamment le droit de manifester, la restructuration de la CENI, la confirmation par le chef de l’Etat qu’il ne briguera pas un troisième mandat comme l’exige la Constitution ».

Le CLC conclut sa déclaration en demandant au « peuple de Dieu de rester mobilisé pour répondre à son prochain appel ». « (…), nous irons jusqu’au bout ».

 

B.A.W.
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