Tempête à l’Elysée: Macron « éclaboussé » par un proche aux méthodes de voyou

Le président Emmanuel Macron a ordonné vendredi 20 juillet le licenciement d’Alexandre Benalla, un de ses proches chargé de sa sécurité rapprochée. Le 1er mai dernier, l’homme, muni d’un brassard de la police et d’un casque d’agents de l’ordre, a frappé violemment un manifestant. L’incident a été filmé et posté sur YouTube. L’affaire a pris, jeudi 19 juillet, la tournure d’une affaire d’Etat. Et ce suite à un article du quotidien « Le Monde ». La justice est saisie. Le ministre français de l’Intérieur, Gérard Collomb, va être entendu, lundi 23, au sénat. Le 29 septembre 2010, des membres de la garde prétorienne de « Joseph Kabila » ont tabassé à mort Armand Tungulu. Le 6 août 2014, le Congolais Jacques Miango a été copieusement battu par des membres de l’entourage du « raïs » à Washington. Au Congo-Kinshasa, ces deux dernières affaires n’ont connu aucune suite judiciaire. En cause, l’absence d’une séparation effective des pouvoirs.

La polémique fait rage au sein du landernau politique français. En cause, les révélations du quotidien « Le Monde » daté du 19 juillet sur le comportement violent d’un proche parmi les proches du président Emmanuel Macron. Son nom: Alexandre Benalla. Lors de son investiture à l’Elysée le 14 mai 2017, le successeur de François Hollande avait pourtant dit haut et fort son ambition d’incarner une « république exemplaire ».

Jean-Luc Mélenchon

Le 1er mai dernier, Benalla, chargé de mission à la Présidence française, est filmé en train de brutaliser, sans motif apparent, une jeune dame. Ce jour-là, il devait accompagner les forces de l’ordre en tant qu’ « observateur ». On le voit sur la même vidéo frappant à terre un jeune homme. Enregistrées par un militant de « La France Insoumise » de Jean-Luc Mélenchon, les images sont postées sur You Tube. Surprise: l’agresseur dont question est aussitôt identifié. Il s’agit d’un membre de la sécurité rapprochée de Macron. Scandale!

Le problème? Gendarme de réserve, ce fonctionnaire élyséen portait un brassard de la police et un casque des agents de l’ordre (CRS) alors qu’il ne fait pas partie de la police. Les syndicats de la police sont vent debout. Le procureur de la République de Paris François Molins a ouvert une information judiciaire. Qui était au courant des agissements de cet « homme du Président » Macron? Qui l’avait autorisé à porter le brassard de la police et le casque des CRS? L’Elysée entretiendrait-il une « police parallèle »? Le président Macron était-il au courant?

Quelles que soient les conclusions des enquêtes ouvertes sur cette affaire, on ne pourrait s’empêcher de saluer la vivacité de la démocratie française. Les Français viennent de prouver que toute démocratie digne de ce nom a besoin de contre-pouvoirs. A savoir notamment, les médias, la justice et les syndicats.

AFFAIRE ARMAND TUNGULU

Armand Tungulu

Comparaison n’étant pas raison, l’affaire Benalla n’est pas sans rappeler aux citoyens congolais des faits criminels quasi-analogues, restés impunis, impliquant des membres de la garde rapprochée et de l’entourage de « Joseph Kabila ».

Le 29 septembre 2010, le Bruxellois Armand Tungulu Mudiandambu en séjour à Kinshasa est tabassé à mort avant d’être emporté par les fameux « GR », la garde prétorienne de « Kabila ». Selon la thèse officielle, « Armand » se trouvait sur l’avenue du 24 novembre au moment où  passait le cortège du successeur de Mzee. Le Bruxellois est accusé d’avoir « caillassé » le 4×4 dans lequel se trouvait ce dernier. Personne ne connaîtra la version de Tungulu dont le corps sans vie a été gardé au Camp Tshatshi avant d’être enseveli dans un lieu connu de « Kabila » seul et ses sbires. Le despote qui trône à Kin ne se contente par de faire exécuter ses victimes. Il s’est arrogé le droit de disposer de leurs corps.

Sous d’autres cieux, les violences exercées sur un citoyen par des fonctionnaires – à fortiori rattachés au chef de l’Etat -, auraient provoqué une affaire d’Etat. Huit années après, le dossier relatif à l’assassinat de Tungulu a été purement et simplement classé. Aucune enquête n’a été ouverte tant au niveau judiciaire que parlementaire.

AFFAIRE JACQUES MIANGO

Début août 2014, « Joseph Kabila » se rend aux Etats-Unis où se tient une réunion entre Barack Obama et des dirigeants africains. Pour mémoire, au mois d’avril de cette même année, le secrétaire d’Etat américain d’alors John F. Kerry s’est rendu à Kinshasa. But: exhorter le potentat congolais à respecter le nombre de mandats présidentiels fixés par la Constitution. A savoir, un mandat de cinq ans renouvelable une fois.

Jacques Miango

Durant son séjour américain, « Kabila » est descendu à l’hôtel Capella de Georgetown. Informés, des activistes politiques congolaises communément appelés « combattants » sont allés chahutés le « raïs » à partir du trottoir d’en face. L’Apareco Jacques Miango en faisait partie. Tout se passait sans violence. La situation a dégénéré au moment du retour de « Kabila » à son hôtel. Des membres de l’entourage du président congolais se sont acharnés sur Miango. L’agression a été filmée et postée sur You Tube par un jeune américain qui passait par-là.

Après examen médical, le Congolais présentait une commotion cérébrale, une dizaine de dents cassées et des fractures au niveau du cou et de la colonne vertébrale. En 2015, ce dernier saisit la justice américaine. Au banc des accusés, il y a non seulement « Joseph Kabila » mais aussi l’Etat congolais et des membres de l’entourage présidentiel. C’est le cas notamment de Raymond Tshibanda (ministre des Affaires étrangères), Jacques Mukaleng Makal (Presse de la Présidence), Jean-Marie Kasamba (Télé 50), Sam Mpengo Mbey (journaliste) et Séraphin Ngwej (ambassadeur itinérant). Certaines sources épinglaient également un certain « Prince Lusala ».

On est tenté de dire que Jacques Miango a eu de la veine. Si les faits décrits avaient eu lieu à Kinshasa, on peut parier qu’il ne serait plus de ce monde. Au « Congo démocratique », « Joseph Kabila » s’est substitué à l’Etat. L’homme concentre entre ses mains tous les trois Pouvoirs. L’Etat, c’est lui!

Lors des « marches pacifiques » organisées par le Comité laïc de coordination (CLC) le 31 décembre 2017, le 21 janvier et le 25 février 2018, les Kinois ont vu des forces dites de sécurité opérées avec des hommes armés en civil. « Kabila » entretient manifestement une milice. Ce fait n’a guère suscité de l’indignation. Bien au contraire, la population est vite passée à « autre chose ».

Vendredi 20 juillet, le Français Alexandre Benalla a été placé en garde à vue. Cette affaire n’est pas sans intérêt. Elle donne au monde entier en général et aux régimes autoritaires du continent en particulier une belle leçon de démocratie. La séparation des Pouvoirs apparaît ici comme le pilier de tout système démocratique.

 

Baudouin Amba Wetshi